Papyi-us Aihistasi II, pl. V, l
Quand le roi était belliqueux et appartenait à cette lignée do conquérants dont les armes victorieuses soumirent à l'Egypte plus de la moitié du monde alors connu, non-seulement les Papyrus, mais les murs des temples, se couvraient du récit poétique de ses batailles et de ses exploits. Ici encore l'influence de L'idée religieuse que les Egyptiens attachaient au pouvoir royal se fait vivement sentir. A moins de circonstances imprévues ou de nécessités urgentes, le roi. au début de son régne, n'était pas libre de combattre où il lui plaisait. Horus, avant de se porter contre les peuples du Nord, avait triomphé des nations du Midi : le roi était obligé de suivre cet exemple et de diriger une première campagne contre les peuples de lAbyssinie et du Soudan. C'était à peine une guerre. Les tribus nègres du Haut NU, habituées de longue date à trembler devant les Egyptiens, tenaient à peine et cherchaient un refuge dans le désert, les montagnes ou les marais; le vainqueur entrait dans les villages abandonnés, pillait et brûlait les cabanes, y taisait quelques prisonniers, ramassait les troupeaux et les objets précieux, bois d'ornement, poudre et lingots d'or, vases de métal émaillés ou ciselés, plumes d'autruche, que les pauvres gens n'avaient pas en le temps de cacher ou d'emmener avec eux , puis rentrait triomphalement en Egypte, après quelques semaines de victoires faciles. Le roi eu prenait texte pour placer dans un temple des bas-reliefs commémoratifs où il était figuré foulant aux pieds les barbares d'Ethiopie , tandis que les légendes du cadre exai-
de ses devoirs mythologiques . il a le droit de porter la guerre où bon lui semble.
C'est au Nord (pie s'ouvraient les grands champs de bataille des Pharaons. La Syrie, la Phénicie, la Mésopotamie étaient deux mille ans avant notre ère. le siège de nations riches et belliqueuses dont la défaite était non-seulement glorieuse mais profitable aux vainqueurs. Du jour où Tothniès 1er alla planter ses étendards et dresser sa stèle aux bords de l'Euphrate. jusqu'au moment où la lâcheté des prêtres-rois et l'épuisement de la nation forcèrent l'Egypte à rentrer dans ses étroites limites, tous les peuples de Syrie furent en lutte perpétuelle avec les années des Pharaons. Divisés en mille tribus indépendantes et. par suite, trop faibles pour résister individuellement a l'ennemi qui les meuacait, ils se coalisaient sous les ordres des peuplée du Nord Rotenmts on X'itàs, entraînaient parfois avec eux les nations de l'extrême Asie , Dardaniens . Troyens . Lyciens , Mysiens ou
oogle
s'alliaient aux pirates A (lirons. Etrusques et Sarcles qui couraient les mers, pour venir livrer bataille aux Egyptiens. C'est sur eux que les Aménophis et les Tothmès, les Ramsès et les Sétis remportèrent leurs grandes victoires : c'est au milieu de leurs tentes et de leurs forteresses que nous transportent les bas-reliefs historiques de Thèbes. Les grandes scènes retracées sur les murailles de Karnak et de Louqsor font revivre à nos yeux le souvenir et l'image de ces luttes si longtemps oubliées entre deux races éteintes. Nous leur devons de pouvoir suivre Sésostris en Asie : nous franchissons avec lui les larges fleuves de la Syrie , nous assiégeons les villes crénelées , perchées sur des rochers à pic : nous assistons aux affaires décisives et nous en saisissons les péripéties : les fantassins luttent pied contre pied , les chars se heurtent et se brisent , et , dominant tout le champ de bataille , la figure gigantesque du souverain terrasse les ennemis épouvantés.
Au retour de ces expéditions lointaines, tandis que la population de Thèbes se pressait sur le passage du vainqueur et l'accueillait de ses cris enthousiastes , la poésie ne restait pas muette. Les scribes royaux se mettaient à l'œuvre pour chanter dignement les exploits du Dieu ; avec quel succès , les découvertes de ces dernières années nous l'ont assez montré. Sans doute la plupart de leurs chants triomphaux ne méritaient pas d'être gravés sur la pierre . comme ils l'ont été ; ce n'était souvent qu'une compilation laborieuse de lieux communs mythologiques ou de phrases sonores devenues banales à force d'avoir servi. Mais, à côté des rhapsodies officielles, on rencontre parfois des œuvres vraiment grandes et fortes où l'inspiration domine et l'emporte sur la nécessité de flatter. L'éloge d'ailleurs était souvent mérité. A en juger par les monuments , Tothmès III M un général singulièrement heureux et habile. Sans cesse en marche d'une extrémité de son empire â l'autre , une année sous les murs de Ninive et l'année d'après au fond de l'Ethiopie, il rendit à ses successeurs le monde égyptien plus grand qu'il ne l'avait reçu et tel qu'il ne fut plus jamais après lui : quoi d'étonnant si ses guerres incessantes inspirèrent dignement les poètes de sa cour ! «Ammon-Kâ. seigneur des trônes du monde, dit : «Viens à moi ! Réjouis-toi de contempler ma grâce, ô mon fils qui me défends, [hâ-men-xoper\ vivant à jamais. C'est grâce à toi que je me lève : • mon cœur s'élargit à ton heureuse arrivée
dans mon temple : mes deux mains unissent tes membres à la vie;1 tes grâces sont plus précieuses que mon corps.2 Je suis établi dans ma demeure : je fais des miracles pour toi.3 Je te donne la force et la puissance sur toutes les terres étrangères : je répands tes esprits et la terreur que tu inspires sur toutes les contrées , ton effroi jusqu'aux quatre piliers du ciel : j'agrandis l'épouvante que tu jettes dans tous les seins ; je fais \retentir] le rugissement de ta Majesté chez les barbares : leB chefs de tous les pays rassemblés en ton poing, j'ouvre mes deux bras moi-même . je les lie pour toi [ces chef») . Je serre en un faisceau les barbares de Nubie,4 par myriades et milliers: ceux
ûbn, se dit du lever du Soleil. Quant à j » mer-tâ-u, c'est
une locution adverbiale répondant a finie» à , an moyen de. . .
I. 2 n'thn dd-t tli-a h'd-k m-su di»x Le sens premier de $ n'nm est
pétrir, modeler, former d'où le nom du dieu Num . Xvoifitg, Xvoîuiç, qui est représenté modelant l'oeuf du inonde sur le tour a potier. Le sens dérive est joindre, unir.
i/.è* I. 2, nezem-tli am-t-uk et s'enb-t-a. (fa Rougé , Id. p. S et p. Il note 3: « tes grâces plaisent à ma - M. Brugsch a déterminé
le sens du mot 8 JJ s'enb-t Dict. ». v. /.)", mais donne une ver-
sion différente du passage : | ^ | ^\\ | Jj^=» , , ,^£.J ^ nezem-uï sexem-t-n-k er n'enbt-a : » deine Macht war meinem Leibe angenehm.» 11 me semble que la version , j ■»■*-* <*"
texte de M. de Rougé est plus d accord avec le verbe | jj ^ \\ m zem-ui que la leçon Ç du texte de Brugsch.
hamhùm h'on-ek Xet s'emer-t-pàtlt dr-u ueb-t xomd m xeted-k trdï-a
dn-t-ùï-u zes-a nûlt'-u-n-ek *e-t dema-a annn ucnet-t. Je considère tet,
du Nord, par centaines de mille , comme prisonniers. Je renverse qui t'est rebelle sous tes sandales , afin que tu écrases les chefs obstinés , ainsi que je te l'ordonne : la terre dans toute sa largeur et son étendue , l'Occident et l'Orient sont sous le lieu de ta face. Tu parcours toutes les terres , le cœur joyeux : et personne ne résiste, dans le temps de ta Majesté, 1 car c'est moi qui te guide , quand tu vas vers eux. Tu as traversé le grand fleuve du Nàhàràin,2 dans ta force et dans ta puissance. Je t'ai ordonné de leur faire entendre tes rugissements , jusque dans leurs cavernes ; 3 j'ai privé leur nez des souffles de la vie. Je fais pénétrer l'effroi de ta Majesté dans leurs cœurs. Mon urœus, qui siège sur ta tête,4 les dévore de sa flamme; elle emmène captifs et liés par la chevelure les peuples de Kàdi\u elle brûle de son feu les peuples qui résident dans les ports 1) ; elle tranche la tête des Aàmûs, sans qu'ils puissent résister, détruisant leurs enfants par son pouvoir.6 Je fais parcourir à tes forces le monde entier ; mon urœus brille sur qui t'est soumis : il n'y a point de rebelle contre toi sous la voûte du ciel. [Lu peuples] viennent avec les tributs sur leurs dos, courbés devant ta Majesté , ainsi que je l'ordonne. Je fais faiblir les prisonniers qui se révoltent sous ton règne leur cœur brûlé , leur membres tremblants.
comme le pronom mixte «le la troisième persoune du pluriel se rapportant a
^»*5te«*5te< ùsC^3 ^^-^ ° lr* cf>ef* t"'ttt'fi tmtioiu, ce qui
m a porté à couper la phrase autrement que M. de Rougé ne l'avait fait.
(le ru j hàâjour, temps, époque. Il faut donc traduire «Il n'y a
point qui résiste, au temps de ta Majesté.»