‹ Études sur les pagi de la Gaule (volume 2)Chapitre 217 sur 354 · L. VII, ch · texte numérisé non relu

L. VII, ch

, i. L. I, chap. 2.

Strabon. Quant à l'Orgas, Kiepert, dans la notice géographique qu'il a jointe au travail de Franz intitulé : Eûnf Inschriften und funf Stddte in Kleinasien, le reconnaît dans un troisième cours d'eau qui, selon le voyageur Arundell, se trouve près de Digetsi, entre Dinaïr et la source du Méandre.

Mais ce n'est pas tout, l'archéologie et l'épigraphie appuient surabondamment ces garanties déjà si claires de la topographie. Dinaïr renferme des antiquités et d'assez nombreuses inscriptions. Celles qui sont en langue grecque ne nous ont pas conservé le nom de la ville, mais on lit en h tin :

QVIAPAMEAE NEGOTIANTUR HG

texte signalé par Arundell et reproduit par Franz dans la brochure citée1.

J'ai d'autant moins lieu de regretter le développement donné à l'identification de Gélènes qu'il y aura, à partir de ce moment et pendant un certain nombre de marches, des difficultés considérables à retrouver l'itinéraire de Xénophon, et que la première condition à remplir pour les aborderétait de faire disparaître toute ombre d'incertitude sur la position du point de départ.

§ 2. Marche à travers la Phrygie occidentale.— En effet, la première ville après Gélènes que l'on puisse identifier avec certitude avec une ville moderne, c'est Iconium, qui a presque intégralement conservé son nom dans celui de Konyeh, et dont les géographes anciens sont unanimes à fixer la position. Or l'itinéraire des Grecs, compté depuis Gélènes jusque-là, ne représente pas moins de quatre-vingt-douze parasanges, soit 2,700 stades ou 510 kil. 6, tandis que, mesuré au compas avec une ouverture de 100 stades, en tenant compte des détours imposés à la route directe par les obstacles naturels, il n'en donnerait pas plus de 1400, soit 259 kilomètres.

Il est donc certain que l'armée fit un grand détour, pour un motif ou pour un autre. Il est certain aussi que ce détour ne fut pas fait vers le sud, puisqu'on ne trouve, parmi les lieux nommés par Xénophon, aucun nom qui se rapporte à la topographie, très-bien connue aujourd'hui, de la Lycie et de la Pamphylie : tous au contraire, ou sont inconnus ou nous reportent dans une

1. Cf. Bailie, Fascicul. huer. 1846, p. 238, et Le Bas, Voyage, 111, n. 716. Hamilton, appendice, 193-206; Corp. insc. Graec., 3957 a 3966.

direction au N.-E. d'Apamée; c'est donc en Phrvgie que ces marches ont été faites. Le premier nom signalé par Xénophon, à dix parasanges de Célènes, est Peltae, ville que Pline et Ptolémée ont nommée aussi et qu'ils placent, le premier dans la Phrygie Parorée; le second, avec plus de précision, dans la Grande Phrygie, au N.-E. d'Apamée, 1° 15' plusàl'E. et 35' plus au nord1.

Il est vrai que, ni seule, ni même combinée avec l'indication de Xénophon, celle de Ptolémée ne nous donne une garantie de précision suffisante. Les parasanges de l'itinéraire ne doivent point être comptés à vol d'oiseau, et Ptolémée, outre qu'il ne varie ses indications que de 5' en 5', a une façon plus que défectueuse d'évaluer les longitudes; quant aux latitudes, on pourrait les corriger, ce semble, puisqu'il les soumet à l'erreur uniforme d'évaluer le degré à 500 stades au lieu de 600 ; mais, comme il a sûrement recueilli un bon nombre d'observations directes d'élévations au pôle, il est bien difficile de savoir comment il a combiné les observations vraies et les fausses déductions, quand et comment il accourcit ou allonge les distances pour raccorder les unes avec les autres. Sous le bénéfice de ces réserves et en comparant aux données astronomiques de Ptolémée les 55 kil., 5 que donne l'estimation de Xénophon, nous trouvons que le premier place Peltae vers 64 kil. plus au N. et 97 kilomèt. plus à l'E. qu'Apamée, en évaluant à leur vraie valeur les degrés de latitude et en tenant compte de ce qu'est réellement la longitude à cette hauteur. La formation d'un triangle rectangle (considéré comme rectiligne pour de si faibles distances) donnerait donc environ 116 kil. pour la distance entre les deux villes; et Xénophon se serait trompé d'une bonne moitié en moins, ce qui est impossible. La seule conclusion à tirer est donc que Peltae se trouvait à 40 ou 50 kilom. d'Apamée, entre le N. et l'E.

N'y a-t-il pas moyen de préciser davantage? Hamilton, qui a parcouru cette contrée, a cru reconnaître la plaine, voisine de Peltae, où Cyrus, dit-il, passa la revue de son armée ; celle qu'il a vue est située à une dizaine de milles au S.-O. d'Ischekli (Eumeneia*). H y a confusion de souvenirs quant au fait de la revue, mais vérifions la pensée de l'auteur en ce qui concerne Peltae. La position d'Eumeneia est garantie par plusieurs inscriptions3, et,

I. Ptol. Geogr. V. 2, { 25. — 2. Hamilton, chap. XL. 3. Corpus Insc. Graec. 3892 à 3893, 3901 à 3902. a Lctronne : Sur quelques points de la gèogr. ancienne de f Asie Mineure.

comme le fait observer plus loin 1 le voyageur anglais, la table de Peutinger inscrit Peltae dans son voisinage, sans désigner la distance, et place celle-ci sur la route de Célènes à Dorylée, en passant par Eucarpia. Il est vrai que tous ces points ne sont pas connus avec une égale certitude. Si Dorylée a été identifiée avec Eski-Schehr, où l'on a trouvé un certain nombre d'inscriptions grecques8, la distance à Philadelphie (AHah-Scheher 3) marquée sur les tables, c'est-à-dire 155 milles romains ou 112 milles géographiques4, ne s'accorde que trop bien avec la distance réelle de ces deux villes, car assurément le chemin n'était pas direct dans un pays aussi coupé de rivières et de montagnes. De plus, comme le fait observer Hamilton lui-même5, Pline met les sources de l'Hermus auprès de Dorylée, et Strabon, avec beaucoup de raison, au mont Dindyme, c'est-à-dire au Morad-Dagh, dont Eski-Schehr est assez éloigné (sur le cours inférieur du Thymbrès, affluent du Sangarius). La position d'Eucarpia est débattue6. Mais Dorylée, fût-elle beaucoup plus rapprochée des sources du Thymbrès et du mont Dindyme que ne l'est Eski-Shehr, serait encore au N. de Célènes, et par conséquent c'est vers le N. que l'itinéraire de Xénophon conduit les Grecs en sortant de cette dernière ville, puisque Peltae était sur la route d'Apamée à Dorylée. Or l'armée partant de Célènes pour se diriger vers le Nord, la configuration du terrain l'obligeait à se diriger d'abord vers le N.-O. en descendant la vallée du Méandre, bordée par une chaîne de hauteurs qui l'accompagne précisément jusqu'à la plaine reconnue par Hamilton pour être celle de Peltae, et où la vallée du Sandukli-Tchai, affluent du Méandre, ouvre une route vers le N.-E 7. Enfin la distance de ce lieu à Dinaïr est d'environ 40 kilomètres, ce qui correspond d'une manière trèssuffisante à celle que donne l'Anabase.

Ces considérations nous donnent une approximation suffisante quant à la direction suivie par les Grecs; mais la table de Peutinger, dont un fragment est joint à la c.»rte de Kiepert (Phrygia) qui va être citée, permet une vérification plus exacte de l'assertion de Hamilton, s'il faut réellement, comme il est fort probable,

Page 1