LE RÉMOIS
(Pagus Remensis).
Le Rémois, bien qu'ordinairement désigné dans les anciens titres sous le nom de pagus Remensis, est nommé pagus Hemtianus dans le capitulaire de Servais, en 853. Il n'est pas hors de propos de faire remarquer que cette forme adjective, toute bizarre qu'elle paraisse, a été fréquemment employée en français dans les derniers siècles du moyen-âge. En effet, à cette époque, nous trouvons dans certaines villes voisines de Reims, là porte Rancienne et la rue Rancienne; les documents mentionnent aussi en Champagne des routes qualifiées de voie Rancienne », et un village voisin de la cité métropolitaine, nommé en latin Nova villa in Monte Remensi, est dit en français du quatorzième siècle la Nuefville en Mont-Rentien C'est chez un poète du règne de Philippe-Auguste que nous rencontrons pour la première fois la forme vulgaire de Remtianus: le trouvère désigne le Rémois sous le nom de Raincien :
1. Nous avons souvent rencontré dans les aveux et dénombrements conservés aux Archives Nationales (série. P), la dénomination de Rancienne appliquée à des portes ou à des rues d'Épernay et de Ch.Uons. Les mêmes documents nous ont fait connaître des voies ranciennes.
2. Ce village qui semble être la Neuvillette, hameau dépendant des communes de Courcy et de Saint-Thierry (Marne), est appelé en latin Nova villa de Blonte Remensi, v- 1260 (Nécrologe do l'église de Reims, dans Varin, Archives législatives de la ville de Reims, 2* partie, Statuts, t. I, p. 81). — Nova villa in Monte Remensi, 1303-1312 (Arch. admin. de la ville de Reims, t, II, p. 1047-1048). Nous trouvons le môme lieu désigné en français sous les formes suivantes: La yueville à Mont-Rantien, comm. du xtv* siècle (Varin, Arch. admin.. 1. 1, p. 1090).— Im Nuevillea Mont-Rancien. 1322 {Ibid.. t. Il, p. 1318).- La Xuefville-en-Mont-Rencien lez Reims, v. 1371 (Arch. nationales, S. 5036, n* 31). — Im Suefveville à Montrancien, 1384 (Varin. Arch. adm., t. 111, p. 382). -La Nuefville-en-Morrencicn, I38U (Arch. nationales, S. 5036, n« 26). - La Nuefville-en-MoniRainssien, 1496 (Varin, Arch. adm., t. III, p. 865).
Cil qui mist cest conte en romane, Où il a fait noter biaus chans Por remembrançe des chançons, Veut que ses pris et ses renons Voist en Raincien, en Champaignc
Los recherches que nous avons faites sur le pagus Remensis nous ont démontré combien est peu acceptable la théorie qui distingue les pagi en majores et en minores *. Si l'on admettait cette théorie, on devrait distinguer un pagus Remensis comprenant le territoire entier de l'ancienne civitas Remorum et un ]mgus Remensis ne s'étendant que sur une petite étendue de pays aux environs de la ville archiépiscopale ; or, nous n'avons trouvé, parmi les nombreux documents qui mentionnent le pagus Remensis, aucun texte qui permette de supposer que cette désignation ait été appliquée à l'ensemble du diocèse de Reims, même au diocèse de Reims tel qu'il fut après le démembrement opéré par saint Remy.
Nous avons trouvé la mention du pagus Remensis dans plus de vingt documents, dont le plus ancien remonte à la fin du vi° siècle, tandis que le plus moderne ne date que du onzième.
1 . Grégoire de Tours est le plus ancien auteur qui mentionne le pagus Remensis; il y passa, en 591, lorsqu'il se rendait auprès du roi Childebert3.
< 2. Suivant une charte de 650 environ, Grimoald donna à Yèvêque Remacle et aux monastères de Malmédy et de Stavelot dont il était abbé, la villa Genniniacum située dans le pagus Remensis avec tous ses accessoires, à savoir deux moulins sur la Suippe (suos molendinos in Supia), une vigne in Boterio et une autre appendicia que dicitur Terune juœta fluviolum Axina4. Grimoald avait acquis Terune de Godetrude; ce lieu ne peut donc être regardé comme une dépendance directe de Germiniaeum qui avait été donné à ce même personnage par le roi Sigebert et, par conséquent, sa situation dans le
1. Tels sont les vers du début du roman de Guillaume de Dole [Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 826).
2. Cette distinction des pagi majores et pagi minores a été adoptée par Guérard, Essai sur le système de divisions territoriales, p. 47.
3. « Fuerit nobis causa quaedarn Cbildeberti régis adiré praeaentiam. • Pergentibus quoque nobis, iter per pagum Hemensem agressi su m us. » {Miracula sancti Martini, I. IV, c. 26).
4. Pardessus. Diplomate, ckartae, epistolae, leges, t. 11, p. 192.
pagus Remensis n'est pas indiquée par la charte; du reste Terron-sur-Aisne 1 (c'est le nom moderne de Teruné) est distant de Germiniacum de vingt-deux kilomètres. — La traduction de Germiniacum peut embarrasser au premier coup d'œil, car on ne trouve qu'une seule localité du nom de Germigny dans le territoire de l'ancien diocèse de Reims, et, ce village, situé au sudouest de Reims, ne peut convenir au Germiniacum qui comptait comme annexes deux moulins construits sur la Suippe. Mais il existait jadis une autre paroisse de ce nom, avec une église dédiée à saint Remacle lui-même2, entre la Neuville-en-Tournafuy (Ardennes, arr. de Rethel, cant. de Juniville) et Gauroy-Iès-Machaut (même dép., arr. de Vouziers, canton de Machaut); et le lieu où elle s'élevait fait partie de la première de ces deux communes. Germigny, éloigné de la Suippe de huit kilomètres environ, était nommé indifféremment Germigny-Pend-la-Pie et Germignylès-Machaut; il fut, dit-on, détruit dans les guerres du seizième siècle.3
3. Un privilège accordé par Nivard, évêque de Reims, vers 662, à l'abbaye naissante d'Hautvillers (Marne, arr. de Reims, canton d'Ay) nous apprend quelques circonstances de la fondation de cette maison. Berchair ayant demandé à l'évêque un lieu où il pût vivre selon la règle des saints Benoît et Colomban, Nivard lui donna le locellus qui dicitur Altivillaris, in fine Remensi super fluvium Maternae prope villam Disiacum4, domaine qu'il avait acquis par échange de Bavo et de Théodram. Il y ajouta la villa de Disiacum avec son église dédiée à saint Timothèe; Hautvillers dépendait alors de cette paroisse5. Le fait de la subordination d'Hautvillers à Disiacum , aujourd'hui Dizy (Marne, arr. de Reims, canton d'Ay) nous permet de compter également ce dernier village, dont le territoire est contigu a