LE TARDENOIS
(Pagus Tardinensis).
Il n'est pas besoin d'avoir étudié les documents du moyen-âge pour connaître l'emplacement de ce pagus, que les textes latins désignent indifféremment sous les formes Tardanensis, Tardinensis, Tardonensis, et même Tardunensis. Les surnoms de Fère-en-Tardenois (Aisne) et de Ville-en-Tardenois (Marne) , conservés par la tradition, suffisent pour montrer que ce pays s'étendait jadis sur les deux diocèses de Soissons et de Reims 5. M. Guérard, guidé sans doute par la présence d'un archidiaconé de Tardenois au diocèse de Soissons, classa le pagus Tardinensis parmi les divisions de la cicitas Suessionensis6. En étudiant ici le Tardenois conjointement avec les divisions du diocèse de Reims, nous n'avons point eu l'intention de combattre cette attribution; mais aucun travail particulier n'ayant été fait pour ce pagus semi-rémois et semi-suession, il nous a semblé qu'il était
1. « La Neufville-en-Porcicn, 1389 (Archives nationales, P 183, 66). 1 « Nouvion-en-Porcien, » 1777 (Archives administratives de la ville de Reims, i. II, p. 1082).
3. Remoucourt-en-Porcien, » 1389 (Archives nationales, P 183, 57). \. « Séri8-en-Porcif»n, » 1392 (Archives nationales, P 183, 76, fol. 4).
5. Père était du diocèse de Soissons et Ville de celui de Reims.
6. Guérard, Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, p.
utile de chercher à fixer pour quelle part il entrait dans l'un et dans l'autre diocèse. Nous ne pouvions, du reste, adopter une conclusion en ce qui regarde la limite occidentale du pagus Remensis, qu'après avoir comparé les textes relatifs à ce pays avec ceux qui concernent le Tardenois.
Les documents antérieurs au xn° siècle où se trouve la mention du pagus Tardinensis, ne sont pas fort nombreux ; -nous n'en avons rencontré que sept ou huit 1 :
1. Le Tardenois, de même que les autres pagi de la région, est connu dès les premières années du neuvième siècle ; il faisait partie du missaticum confié par Charlemagne aux soins de Wulfhair, qui, en 812, devait remplacer Tilpin sur le siège de Reims 2.
2. Il figure également en 853, sous le nom de pagus Tardinisus, dans le deuxième missaticum échu à Hincmar, le fougueux prélat rémois 3.
3. Lu diplôme accordé par Charles le Chauve à l'église de Saint- Corneille de Compiègne, le 5 mai 877, le jour même de la dédicace de cette église collégiale, est précieux pour les renseignements qu'il nous fournit sur le pagus Tardanensis . Parmi les nombreuses possessions données par ce prince au nouveau monastère, on remarque la villa Ruminiacum, la colla Sanctae Magrac, la cilla Sarciacum qui, d'après le diplôme, étaient situées in pago Tardinensi*. — La villa Ruminiacum se nomme aujourd'hui Romigny (Marne, arrondiss. de Reims, canton de Ville-en-Tardenois.) La cella sanctae Magrae est certainement la celle ou prieuré de Fismes, désignée quelquefois à l'époque carolingienne sous le nom de martyrium sanctae Macrae; on sait que sainte Macro, mise à mort à Fismes, y était
1. Nous ne comptons pas au nombre de ces documents un diplôme de 877 relatif à l'abbaye d'Hasnon. 11 y serait fait mention, suivant Aubert Le Mire, du comilatus Tardanensis ; mais il faut évidemment lire Taruanensis. Voyez nos Études sur les Pagi, premier fascicule, p. 16.