LA GUERRE SUÉVO-SARMATE DE DOMITIEN
ET LA GCBRRE SUÈVE DE NERYA.
Trois inscriptions font mention d'une guerre qui aurait eu lieu sous Domitien et à laquelle elles donnent le nom de guerre suévosarmate ^ On sait que dans les monuments qui rapportent l'obtention de décorations militaires, la désignation des guerres a un caractère fixe et ofdciel. Or. l'analogie (par exemple de la guerre arménio-parthique de L. Vcrus) montre que la désignation que nous rencontrons ici ne peut s'appliquer qu'à une double guerre commencée contre les Suèves et devenue ensuite une guerre sarmate.
Bien que peu do chapitres de l'histoire présentent d'aussi nombreuses lacunes que celui des campagnes de Domitien, on arrive cependant à déterminer avec certitude, parmi les événements dont la tradition a conservé le souvenir, ceux auxquels se rattache la désignation en question
1. Orelli, 3049 = Honzen, p. 265 : L. Aconio..., 7 leg. XI C. p. /*., leg. IIII F. f., leg. V. Maced., VII C. p, /*., donis donato ab imp. Traiano Aug. Germanie, ohbellum Dacic... et a priorib. prindpibus.., [do]nis donato [ob bellum Suebicum] et Sonna tic. flenzen 6766 : ... drio Q, f. Hor, Sep.,.to,. tribuno militum l[eg. secundae adiutricis p, /*., donis [mili]iaribus bello Suebkn e[t\ Sannaitco. Henzen, 6012 : ... [Bellicio] P. [/.] SteL Solller]ti.,. leg. leg. XIII \g]e[m], donat. don. militarib. expedit. S%teb\i]c. et Sarm. Le fait que l'emporeur qui a conft^rô les dona n'est pas nommé ou qu'il est compris tacitement dans les priores principes montre, comme les autres indices chronologiques, qu*il s'agit de Domitien.
Au dire de Dion ^ les Lygiens, peuple de la Germanie indépendante, dont le territoire était situé probablement dans ia Sllésie actuelle, avaient sollicité le secours de Domitien contre les Suèves et ce prince leur envoya cent cavaliers. Cela aurait,poussé les Suèves à s'allier avec les Jazyges et à traverser le Danube pour envahir le territoire romain. Ces Suèves étaient donc les habitants du royaume de Vannius, c'étaient les restes des Suèves ou Marcomans amenés en Bohême par Marbod et qui, après avoir perdu sous Tibère leurs chefs nationaux, et avoir été reconduits pour la seconde fois vers rOrient, s'étaient flxés sur les rives du March où le Quade Vannius devint leur chef 2. — D'autres auteurs font également allusion à cette guerre, parmi eux Tacite, qui dans Taperçu général qu'on lit au début^es Histoires, mentionne les : coortae in nos Sarmotorum et Sueborum gentes^, Suétone et les poëtes de l'époque parlent aussi d'une légion massacrée parles Sarmales; et d'une fête célébrée par Domitien à l'occasion d'une victoire remportée sur eux ^. Les légions qui, d'après les inscriptions, prirent part à cette guerre, la IlAdiutrix et la XIII Gemina sont du reste connues pour avoir fait partie de l'armée du Danube.
Quant à la date de cette guerre suévo-sarmate, elle ne pourra être flxée plus exactement qu'après qu'on aura étudié en détail la chronologie du règne de Domitien. Nous voyons par Martial qu'elle fut postérieure à la révolte de Saturninus^ qui eut probablement lieu vers 88, et à peu près contemporaine des premiers engagements sérieux avec les Daces (p. 94, note 5).
1. LXVII, 5. Les mots év x9i Mu<r(a devant AOyioi proviennent de Fignorance de l'auteur des extraits. Voy. Reimarus, note sur ce passage, et Zeuss, die JDeutschen, p. 119. Tacite, Ann, XII, 29, raconte une guerre précédente entre ces Lygiens et les Suèves sur le Danube. Encore ici les alliés de ces derniers sont les Sarmaiae Jazyges.
2. Tacite, Annales, II, 63 ; XII, 29 ; Pline, h. n, IV, 12, 81.
3. 1. 2. U a surtout en vue la guerre sous Vespasien dont il parle Hist. IV, 54, et connue aussi par Josèphe, belL lud., Vil, 4, 3; mais nous ne savons pas que les Suèves y aient joué un rôle.
4. Suétone, Dom. 6 : expeditiones.., suscepit sponte in Cattos, necessario unam in Sarmatas, legiane cum légat 0 cacsOy in JDacos duos... De Catiis Dacisque,.. duplicem triumphum egit; de Sannatis lauream modo CapUoUno lovi reitulit. Martial (£p. VII, 8; VIII, 15, etc.) et Statius {SUv., III, 3,170) : qvkoe modo Marcomanos post horrida bella vagosque Sauromatas Latio non est dignata irbtmpho, mentionnent aussi le triomphe dédaigné. D'après le contexte de Stace, les Marcomans ne peuvent guère être que les Suèves de Vannius. Cette substitution de noms n'a pas lieu d'étonner chez un poëte. Les Quades et les Marcomans, que Dion (LXXVIJ» 7) mentionne à côté des Daces, sont sans doute également les SuôveB.
La guerre suéyo-sarmate de Domîtien nous permet de déterminer ce que fut la guerre suèye sous Nerva. Elle est mentionnée uniquement dans l'inscription d'un tribun de la légion / Adiutrix ^ décoré à l'occasion de cette campagne. M. Henzen ^ est le seul savant qui s'en soit occupé, et il en cherche le théâtre dans la Germanie- Supérieure. Mais il y a des raisons sérieuses de douter de cette hypothèse. On ne voit dans cette période aucune peuplade du nom de Suèves figurer sur le Rhin. Depuis la guerre de Domitien contre les Chattes il n'est plus question d'aucune expédition contre les Allemands d'Outre-Rhin ; car on ne peut compter pour une guerre l'assistance passive des troupes de Spurinna dans la catastrophe des Bruclères (p. 10). Le silence de Pline dans son Panégyrique prouve que, sous Nerva, il n'y eut en Germanie ni guerre, ni danger de guerre, et que le titre de Gertnanicus^ adopté en automne 97 par Nerva et Trajan, ne se rapporte pas à des événements survenus dans les provinces ou Trajan commandait en personne ; car il eût dû y prendre une part active 3.
Par contre, nous venons de le voir, on s'était battu longtemps et opiniâtrement sous Domitien contre les Suèves, c'est-à-dire contre les Germains du Danube. Il faut donc rapporter le bellum suebicum de Nerva et l'adoption du titre de Germanicus à une reprise des hostilités sur le Danube. Un argument décisif en faveur de cette explication nous est fourni par un fait rapporté dans Pline ^, mais souvent mai expliqué. Suivant cet auteur, Nerva, le jour même où il adopta Trajan, en octobre ou novembre 97, reçut la nouvelle d'une victoire ex Pannonia\ c'est évidemment à cette occasion qu'il prit le titre de Germanicus^ titre qu'il conféra aussi à son fils adoptif. Trajan ne se rendit pas à Rome immédiatement après la mort de Nerva qui survint bientôt ; il passa sur le Danube l'hiver 98-99^, et ce fait n'est pas non plus sans connexion avec les événements militaires dont nous venons de parler ; le prince voulut sans doute s'assurer, sur le théâtre même de la guerre, des résultats de la dernière campagne. Au même ensemble de faits se rattache encore la mesure en vertu de laquelle L, Iulius Ursus Servianus^ qui,
1. Henzen, 5439: 0. AUio P. f, Maec, Prisco.., trib. mil, leg. l adiutrie., donis dotiato ab imp. Nerva Caesare Au^. Germ. bello Suebic. Conl", Eckhel, V], 406.