Voir notre chapitre sur le Porcien
du Chàtelet, des deux villages de Vieil-Saint-Remy etdeNeuvizy , que nous savons avoir dépendu du Porcien, ne nous permet pas de supposer une extension du pagus Castricensis en dehors de la limite méridionale du doyenné de Mézières. D'autre part, la présence de Launoy et d'Arches (localités du Porcien) à l'extrémité d'un doyenné qui emprunta successivement sa désignation à l'une et à l'autre de ces paroisses , la situation de la forêt de Froidmont sur les confins des doyennés de Launoy et de Mézières , la position de cette dernière ville en face d' Arches, indiquent certainement que la limite occidentale du comté de Castrice passa dans les limites des subdivisions ecclésiastiques du moyen-âge. Le doyenné de Mézières peut donc être considéré jusqu'à plus ample informé comme ayant une corrélation assez grande avec le comitatus Castricensis *.
Que devint le comté de Castrice sous la troisième race de nos rois? Erlebald qui possédait ce comté en 920 était certainement un des fidèles de Charles-le Simple qu'il alla rejoindre à Worms après sa sortie de Mézières. Il y fut tué et Charles, nous l'avons vu, fit relever son âme de l'excommunication *. Le pagus Castricensis ne tarda certainement pas à passer dans les domaines des rois de Germanie et, en 1005, il était dans les mains du comte Frédéric, vassal du roi de Germanie. On ne peut sans doute suivre Marlot lorsqu'il voit, dans ce comte Frédéric, le duc de Lorraine de même nom qui était mort en 984 3 ; mais il ne serait pas impossible que le comté de Castrice eût été possédé dans la seconde moitié du dixième siècle par les ducs de Lorraine, car on rencontre quelquefois ces derniers dans le territoire de ce comté : ainsi, par exemple, en 960, le duc Frédéric assistait à la reddition
1. On verra cependant par la notice sur le Porcien, que cette conclusion serait légèrement modifiée si l'on acceptait Barbaize et Raillicourt comme représentant les lieux nommés Berbacis et Rovcricwt dans la liste des villages de l'abbaye de Lobbes de 868 (voir plus loin, cbap. V).
1. Chronicon Flodoardi, annis 920 et 921. Il ne faudrait pas croire avec Marlot (Hisl. de la ville, cité et univ. de Reims, t. II, p. 659) en se fondant sur le diplôme de Charles-le-Gros, que le comté de Castrice dépendait dès lors de la Germanie ; à cette époque Charles le Gros gouvernait aussi la France.
3. Marlot, Metrop, Remensis historia, t. I, p. 510.— Le même, Hist. de la ville, cité et univ. de Reims, t. 11, p. 659. Dans son ouvrage français, le savant bénédictin ne dit pas de quel Frédéric il entend parler, et, l'on pourrait croire qu'il fait allusion à Frédéric II, duc de Lorraine de 1026 à 1027, mais son ouvrage latin prouve qu'il voulait parler de l'aïeul de ce duc.
de la forteresse archiépiscopale de Mézières détenue alors par un certain Lambert 1 . Quoi qu'il en soit, la suzeraineté des rois de Germanie sur le pagus Castricensis, résultat probable de l'extension de ce territoire sur la rive droite de la Meuse, que l'on considérait alors comme la' limite de la France et de l'Allemagne, ne fut que temporaire. Vers 1038, en effet, Donchery, qui trente-trois ans auparavant dépendait du royaume de Germanie, fut confisqué par le roi de France Henri I er , à la suite de la révolte d'Etienne et de Thibaut de Blois, fils et héritiers d'Eudes le Champenois avoué de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, et l'investiture de cette avouerie fut donnée par Henri à Gozelon duc de Lorraine, lequel ne tarda pas à restituer Donchery à l'abbé de Saint-Médard 2 . Ce fait ne peut-il pas faire supposer que Donchery était à proximité de quelqu'un des fiefs tenus par Gozelon, en d'autres termes que ce duc était possesseur du comitatus Castricmsis! On perd alors la trace de l'existence de ce comté , qui , peu à peu, passa presque entièrement, par des causes qui nous sont inconnues, dans les mains du comte de Rethel ; celui-ci possédait certainement Mézières dès 117G 3 , et Donchery, dont l'avouerie était encore tenue en 11 90 par le châtelain do Mézières, appartenait au comte de Rethel en 1257 4 .
Si l'on sait fort peu de chose sur les vicissitudes du pagus Castricensis, on possède encore moins de renseignements sur les causes de sa dénomination. Nous ne répéterons pas, avec le rêveur Jeantin, que le nom de Castricium est dû aux nombreux postes romains de la contrée et qu'il signifie simplement « la zone des campements b . » Nous pouvons encore moins nous fier aux quelques lignes consacrées à ce pays par le faussaire qui fabriqua au dix-septième siècle la Chronique de Mézières; cependant l'opinion de ce faussaire n'est peut-être pas uniquement sortie de son imagination. Il est en effet très-probable que, de même que les autres pagi de l'époque franque, le pagus Castricetisis devait son nom à son chef-lieu, qui, dans ce cas, aurait été Castricum.