‹ Études sur les pagi de la GauleChapitre 69 sur 85 · Jbid., p · texte numérisé non relu

Jbid., p

G. « Abbatiam Sancti Timothei quam eidem beato Rcmigio ad usura « hospitalitatis tua largita est industria. » (Dom Bouquet, Recueil des historiens de France, t. IX, p. 210.)

mer que la rédaction des chapitres VI et X est postérieure à l'année 96'.), il est également certain qu'elle n'est pas antérieure à l'année 1064. En effet cette dernière date est celle du rétablissement du chapitre de Saint-Timothce par l'archevêque Gervais, qui, du consentement d'Hérimar, abbé de Saint-Remy, rendit à cette église ses revenus primitifs pour la subsistance des clercs 1 .

Le chapitre XIII, consacré aux cens perçus par le monastère de Saint-Remy, accuse aussi dans plusieurs de ses parties un état de choses postérieur à 96J ; ainsi il y est fait mention de cens dus à Conda 2 qui, ainsi que le dit M. Guérard, est évidemment le même que le Cunda in territoho Lingonensi d'une bulle du 20 avril 44 48, c'est-à-dire Condes (Haute-Marne). Or, il est constaté que ce lieu n'entra dans les domaines de Saint-Remy qu'en 964, en vertu du testament de Hugues parent du roi Lother 3 . D'un autre coté, en 968, la reine Gerberge, veuve de Louis d'Outremer, donna à l'abbaye de Saint-Remy, à titre d'alleu, son domaine de Meerssen (au diocèse de Mayence), avec tout ce qui en dépendait, à savoir Cluma, Litta, Hertra, Angledura 1 *. Or, tous ces lieux figurent dans le chapitre XIII, dont la rédaction est postérieure, par conséquent, à l'année 968.

La rédaction des chapitres VI, X et XIII peut donc servir à montrer que le registre connu sous le nom de Polyptyque d'Hincmar ne pouvait être considéré comme antérieur, dans son ensemble, à l'année 969, et, nous avons fait remarquer que l'union des biens de St-' Timothée doit mettre en garde contre l'adoption d'une date postérieure à \ 064 5 ; nous sommes loin cependant de prétendre que la descrip-

!. Voir la charte de Gervais : Gallia Christ., t. X, Instr., c. 24.

2. Polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy, ch. XIII, g 18, p. 30.

3. Marlot, Metropolls Remensis historia, t. I, p. 589. — Recueil des historiens de France, t. IX, p. 624.

4. Marlot, Melr. Rem. historia, t. I, p. 606. — Recueil des hist. de France, t. IX, p. 666.

5. Il serait injuste de ne pas rappeler que quelques-uns de nos arguments ont été employés, il y a cent ans, par Dom Vincent : ce sont les allusions à l'union de l'abbaye de Saint-Timothée contenues dans les chapitres VI et X. M. Guérard qili n'admet pas les conclusions du bénédictin et place la rédaction du polyptyque au ix* siècle en s'appuyant en même temps sur le caractère de l'écriture, dit qu' « on eBt » convaincu, on lisant sa notice, qu'il s'est surtout attaché, pour ré- » soudre cette question de paléographie, à la date de quelques actes, » sans faire attention que ceux-ci étaient des additions postérieures, » telles qu'on en rencontre de nombreuses dans le Polyptyque deSaint- » Germain. » (Polyptyque de l'abbaye de Saint-Remy, p. VII.) M. Guérard reconnaît du reste (p. IX) que les chapitres X et XIII ne peuvent remonter plus haut que 969.

lion de la plupart des fiscs soit aussi moderne que les trois chapitres que nous venons de signaler l .

Le chapitre X étant la seule partie du polyptyque que nous ayons utilisée, nous allons continuer nos recherches pour préciser la partie de la période intermédiaire de 969 à 4064, à laquelle on doit le reporter. L'examen de l'orthographe des noms de lieux nous aidera à nous prononcer sur ce point.

Parmi les désignations géographiques figurant dans le polyptyque, il en est un certain nombre qui se terminent aujourd'hui en y dans les contrées où se trouvaient presque toutes les possessions de Saint- Remy. Cette terminaison est produite, on le sait, par la finale iaeum qui est seule employée dans les documents jusqu'au xi e siècle, et est, au xu e siècle, généralement remplacée en latin par eium, aivm, finale calquée sur les formes vulgaires de l'époque. En disant que iacum est seul employé jusqu'au xi e siècle, nous n'exagérons rien ; car un des maîtres les plus compétents en pareille matière, M. Jule9 Quicherat, s'exprime ainsi à ce sujet : « Comme dernière remarque, » sur la désinence iacum, je noterai ici que, depuis le xu e siècle, » elle a été le plus souvent changée en aiutn ou eium dans le latin » à l'usage des clercs de la langue d'oil : Yitraium, Ivreium (Vitray, » Ivry). Mais alors le latin n'est plus qu'un calque du thème fran-

Cependant, l'auteur de la copie ayant remarqué que les chapitres XIII et XXIX sont de main différente » et que le second est beaucoup plus moderne, M. Guérard suppose que, sans doute, le chapitre X, qui ne contient pas, ainsi que les chapitres précédents ou suivants, la description d'un fisc, est également d'une autre main; mais, alors, on devrait poser la même hypothèse au sujet du chapitre VI dont le début môme et le \ 15 dénotent l'époque récente. Le soin que le copiste du polyptyque a pris de remarquer les différences d'écriture des chapitres XIII et XXIX nous parait être une preuve que le chapitre X était bien de la même main ou du moins d'une écriture presque identique à celle du corps du manuscrit. En outre, peut-on croire que Dom Vincent, qui cherchait à fixer la date du polyptyque en examinant à la fois l'écriture et les différentes notions de nature à faire connaître l'âge de ce précieux volume, n'ait pas été frappé par l'apparence plus récente des caractères pour les chapitres d'où il tirait ses arguments? Nous ne le pensons pas. Il n'y a donc que deux alternatives : ou ne pas supposer une différence dans l'écriture, différence qui n'est appuyée sur aucun témoignage, ou accuser Dom Vincent de mauvaise foi et l'attentif copiste du polyptyque de négligence.

1. Dans la note précédente, nous avons rappelé, d'après M. Guérard, que le chapitre XXIX était d'une écriture plus moderne que le reste du manuscrit.

* C'eat à la page IX do son introduction que M. Guérard noua apprend cette particularité relaUve au chapitre XIII.

» rais l . » La liste des lieux mentionnés dans le polyptyque et dont la terminaison primitive était en iacvm ne nous permet pas de douter que l'époque de la rédaction des chapitres les plus récents ne soit au moins du milieu du xi e siècle, c'est-à-dire de la fin de la période d'union des biens de Saint-Timothée à l'abbaye de Saint-Remy. En effet, sur quatre-vingt-dix noms de lieux ayant originairement la terminaison iacvm (ou iaca lorsqu'ils étaient suivis de la qualification de villa ou curtis), cette terminaison n'est conservée qu'à trente-six, c'est-à-dire à un peu plus du tiers, et il est à remarquer que dans le chapitre X la proportion de la forme eium est beaucoup plus grande. L'examen auquel nous nous sommes livré nous a démontré que le soupçon de rédaction ou du moins de copie postérieure à l'an mil doit être étendue au chap. I, où l'on trouve Adenaius (auj. Aigny), au chapitre III où l'on voit Fleury-le-Petit nommé Floreius, au chapitres XVI et XXIII où figurent Vintuta Catzeia et Cazeius (Chézylès-Bisseuil), et au chapitre XXIX à cause à'Hostrennaius. Nous ne croyons pas inutile de donner ici la liste de tous les noms dont nous parlons, en soulignant ceux où subsiste la finale primitive et en faisant précéder d'un astérisque les noms qui n'appartiennent pas aux chapitres VI, X ou XIII.

Abriniaca Curlis 'Adpnaius

Alaboius 'Albiliacus

Antenaius

Arceius

Ardennaius "Arentiacus

Asciacus

Ascineius 'Atriciaca Curtis

Atspius

Arvenneius

Baireius

Balbeius

Bereniaca Curtis

Betpneius

Burdonaius

Buriniacus 'Susiacus "Cadiniacus

Cainiacus

Calmisciacus

Cambreceius

Cardeneius •Cazoius

Chaincius

Cirsinniaca (colonia) Cocceius * Comptiacus

' Conciacus

Corchereius

Crepoius

Crusneius

CuIIpïus

Divisiacus

Drulleius

Elaviacus "Floreius

Generoius

Gravipius

Gudiniaca Curlis

Guseius

Hami'Mcus

Hildrisei Villa

* flostrennaius Hunrezeius Igneius Jureius Juviniacus LaRereius Liiïiozei Curtis Livreius Luniacus Lupeius

* Luperciacus Magreius Malleius

^Masceius

* Muriniacus

IS'anfftiliaca Curlis Nivitiacus

* Paviliacus Pavillons Preunoius Proviliacus Jtemiliaca Curlis

•Rauciacus Bisleius Bodenaius Saceius

* Saliacus Savercei Cortis Savineius Saviniacus Stirpeius Sugeius Surnpius Tanneius

* Tasiacus Tassceius Todiniacus Trosleius Tunlacus Uldrezei Villa Vr.siniaca Cortis Vpntelaius

' Virdiniacus

* Viriniacus Vitreius

1 . J. Quicherat, De la formation française des anciens noms de lieu, p. 40-4 1 .

Aux conclusions résultant de cette liste, nous devons ajouter que l'on trouve dans le chapitre X des noms latins tellement calqués sur la forme française qu'il peut sembler étrange de les rencontrer des le W siècle. Nous voulons parler d'hla ($ 2) ; cette localité est la même que Y Insula super fluvio Suppia (lsles-sur-Suippe) nommée au § 5 du même chapitre. On y lit aussi (§ 40; Svmmam Sibi y traduction inintelligente de Sommesois, et le nom vulgaire Esciarts 1 Sanclae Mariae (§ U). Nous n'insisterons pas sur ce dernier fait: la présence dans le polyptyque d'un nom emprunté à la langue vulgaire en dit assez. Nous sommes donc en droit d'affirmer que la forme des noms du chapitre X démontre clairement que le polyptyque ne saurait être antérieur au milieu du \r siècle; mais nous ne nions pas, et nous serions au besoin le premier à le soutenir, que la plupart des descriptions de fiscs datent certainement du ix e et du x e siècle.

Restitution du chapitre X du Polyptyque.

Le désordre qui règne dans la première partie du chapitre X, où les biens de l'abbaye de Saint-Timothée sont répartis entre quatre pagi y n'avait pas échappé à M. Guérard, qui, en conséquence, avait cru devoir renoncer à l'idée d'en tirer parti pour la description des pagi. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici ses réflexions ; elles serviront à montrer sa perspicacité, car il a parfaitement reconnu comment le désordre avait été porté dans cette partie si délicate du polyptyque. « Je dois croire, » dit-il, qu'il (le copiste) a dérangé Tordre et la place des noms de » lieu dans les quatre premiers articles du chapitre X. Les lieux, » dans ces articles, sont distribués entre quatre pagi, savoir : \° le » Rémois, 2° le Laonnais, 3° le Tardenois et 4° le Porcien. Or, il » arrive que tel lieu, qui se trouve placé par le texte dans un des » quatre pays ci-dessus nommés, n'en fait réellement pas partie, et » qu'il appartient à l'un des trois autres. Ainsi, par exemple, Abun- » curtis, inscrit sous le titre inpago Tardinensi, serait vainement » cherché dans le Tardenois; tandis qu'on rencontre Auboncourtà » deux lieues nord-est de Rethel, dans les limites du Porcien. Aisella

I. M. Guérard a fait imprimer Esciats, mais un renvoi de la table des gicles (p. 145) nous apprend que le ms. porte Esckirs avec un t pardessus l'r. Ce t, selon nous, doit être considéré comme une addition et non comme une correction de IV.

» qui, d'après notre manuscrit, dépendait du pagus Porcensis, se » présente, sous le nom d'Aizellcs, dans le Laonnais. Summa Turbo, » Somme-Tourbe, village situé entre Reims et Châlons, estpareille- » ment attribué au pagus Porcensis, qui certainement ne s'avançait » pas jusque là. Des terres autour de Reims, circa Remis, sont » encore mises dans le même pagus. Aviola, situé sur la Meuse, » super Mosam, est placé dans le Tardenois, quoique ce canton soit » bien éloigné de la Meuse. Il me serait facile de citer d'autres lieux, ,) dont la position donnée est en contradiction avec la position réelle; » mais ces exemples suffisent pour prouver qu'il règne dans la partie » du manuscrit la plus importante pour la topographie ancienne un » très-grand désordre, lequel doit être imputé soit au rédacteur du » Polyptyque, soit au copiste moderne. Or, il est difficile de conce- » voir que le rédacteur ait commis tant d'erreurs au sujet des divi- » sions territoriales de son temps, et que ces erreurs soient restées » sans correction dans un livre usuel. Il faut donc, je crois, en » accuser le copiste, et les expliquer en supposant qu'il aura trans- » crit en lignes pleines les noms qui étaient disposés en colonnes. «J'alléguerai, à l'appui de cette supposition, que le Polyptyque de » Saint-Germain présente, en plusieurs endroits, une disposition » pareille pour les noms de personnes à la suite des fiscs, et qu'un » lecteur peu attentif serait exposé à lire ces noms de gauche à » droite, au lieu de les lire de haut en bas, comme l'ordre l'exige 1 .»

Ce désordre n'est nullement exagéré, car on remarque des lieux situés dans le diocèse de Reims et tout auprès de cette ville, tels que Pons Fabricatus (Pont fa verger), Très Putei (Troispuits), Warmerii villa (Warmeriville), Bisennae (Bczannes), lesquels sont indiqués comme dépendant du Laonnois. Nous citons ces villages parce qu'aucun de ces noms ne se rencontre ailleurs dans les contrées où l'abbaye de Saint-Rcmy possédait des biens et qu'ainsi la confusion est plus apparente.

Rétablir le tableau inexact dans son état primitif serait un travail d'une utilité incontestable, mais il eût été téméraire de le reproduire par colonnes en l'absence du manuscrit original. C'est ce que M. Guérard a évidemment compris, puisqu'il ne parait avoir fait aucune tentative de restitution. Il aurait fallu pour cela avoir quelques indications préalables, telles que le nombre des colonnes, la mention du commencement des pages dans le cas où le tableau en aurait exigé plusieurs, le nombre de lignes de chaque page, renseignements dont il semblait difficile de tenter la recherche. Heureusement,

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