‹ Études sur les pagi de la GauleChapitre 80 sur 85 · Voyez le mémoire sur le pagus Cas(ricensis, p · texte numérisé non relu

Voyez le mémoire sur le pagus Cas(ricensis, p

3. Voici deux passages de la chronique de Mézières que M. Wattenbach signale, comme dénotant par leur style une rédaction plus moderne que le douzième siècle. (Archiv, t. XI, p. 213-214) :

« Anno 930 Marcus arma fecerat sub Odone rege

» Anno 931. Marcus Dulcomensis cornes cum Victore de Pollyaco iniit » foedus et Stadunensem comitatum in régis obsequio continet; justi- » tiam et pacem fecerunt florescere. Auctoritate Rodulphi, Marcus sce- » leratos et vagabundos Dulcomenses ad militiam conscribit, et, duce » Guarino, ad Hugonem abbatem misit cum signamento. Is Hugo caute » exponit hôs scelestos Nortmannis et omnes in insulis Ligerensibus » gladio perierunt. »

4. M. Wattenbach a reproduit quelques-uns de ces faits; nous ne croyons pas inutile de les indiquer tous ici pour montrer toute l'impudence du faussaire :

« Anno 860 quo nix consanguinea de cœlo cecidit.

» Anno 901. Claudus quidam Maceriacus, nomine Abraham, sanatus est « sancti Remigii intercessione.

» Anno 921 Reliquit [Erlebaldus] ex Isabella,.... Bsther, excellenti

» forma, sed candidum ejus corpusculum erat nigris distinctum macu- » lis et innupta obiit.

» Anno 929. Is Marcus pectens porcos dictus est, non propter segni- ■ tiem, nam eximius erat bellator, sed quia ut se recrearet audiebat » libenter istorum animalium gemitus.

» Anno 932. Acies vise sunt per aercm dimicare. In pago Dulcomensi » apparuit serpens ignivomus et homo de nube lapsus est.

» Anno 945. Quedam mulier de Varco peperit lucium vivum et coro- » natum.

» Anno sequenti Doncherium combustum est.

p Anno 950. Pluit stellulas ac Rosa Guarini puellula ludens in Mosam » cadit et mergitur. »

Mais quel but se proposait le faussaire en fabriquant cet ouvrage? M. Wattenbach nous semble avoir parfaitement démontré qu'il cherchait à flatter la vanité de la famille de Pouilly, dont un des membres se fit délivrer, en \ 768, une copie authentiquée de la chronique de Mézières. Cette hypothèse, que le texte publié par Dom Le Long aurait fait naître difficilement, est en quelque sorte indiquée par le manuscritde Berlin. Le chroniqueur rappelle, à l'occasion du mariage de Garin de Castrice et de Félicité de Pouilly, que le père de celle-ci, Victor de Pouilly, puissant chevalier du comté de Stenay et partisan de Charles le Simple, s'était rendu maître, dans le combat où périt le roi Zwentibold, d'un bouclier d'argent sur lequel était figuré un lion. Cette circonstance à laquelle Louis-Albert de Pouilly rapporte l'origine des armes de sa famille 1 , avait sans doute été introduite pour cela. M. Wattenbach regrette fort que la chronique n'ait pas été continuée jusqu'en <H55, époque prétendue de sa rédaction, car il présume que les événements postérieurs à 4020 seraient venus réduire à néant son authenticité 2 : suivant lui, les descendants de Victor de Pouilly auraient vraisemblablement occupé le premier plan du récit. Nous ne voulons pas suivre jusque-là l'éminent critique: la chronique de Mézières pouvait fort bien n'être donnée que pour un fragment d'une chronique continuée jusqu'en 4455, mais qui n'était pas parvenue dans son entier. Ce que l'on y racontait de Victor de Pouilly pouvait suffire à la vanité de la maison de Pouilly. dont elle montrait un des ancêtres jouant un rôle honorable dès le commencement du dixième siècle 3 . L'auteur aurait pu craindre, en parlant fréquemment des descendants de Victor, de faire voir quel mobile l'inspirait ; d'ailleurs, si son projet avait été d'exalter par dessus tout la gloire des de Pouilly, il eût certainement trouvé moyen de parler de quelque membre de cette famille dans les quatre-vingts der-

1. « Il parait assez vraisemblable, dit L. A. de Pouilly, que le tems où » la noblesse a pris des armes, n'étant pas de beaucoup postérieur à » celui de Victor de Pouilly, ses descendants en ont pris qui rappelloient » une action mémorable de leur auteur. » (Archiv, t. XI, p. 213.)

2. Archiv der Gesellsrhaft fUr xltere deutsche Geschichtskunde, t. XI, p.

3. D'après le Chronicon Maceriense, Victor de Pouilly, qui se fit remarquer dans le combat livré par Charles le Simple au roi de Lorraine Zwentibold, et où ce dernier perdit la vie (900), fut père de Félicité, première épouse de Garin, comte de Castrice. Il s'allia en 931 avec Marc, comte de Dormois et partisan déclaré du roi de France, Haoul, et l'aida en 939 dans sa guerre contre Otton, duc de Lorraine. L'année suivante, il périt avec presque tous les siens à la bataille de Warcq livrée par (ïarin de Castrice â Balthazar de Rethel.

nières années de sa chronique, c'est-à-dire de 940 à 4020. Son silence donne la mesure de sa prudence.

M. Wattenbach n'a pas tenté de déterminer à quelle époque le faussaire composa son œuvre ; nous croyons, d'après nos remarques, pouvoir établir qu'il n'écrivit pas avant le dernier quart du xvir* siècle. En effet, il s'est évidemment servi de la Notitia Galliarum d'Adrien de Valois (publiée en 4 675) ; ce ne peut être en effet que dans ce livre qu'il a puisé l'idée de donner àSlenay le nom de Stadunvm. Le second volume de la Metropolis Remensis hisloria, de Ltom Marlot, qui n'a vu le jour qu'en 4079, a été aussi utilisé par lui, puisque c'estlà seulement qu'il a pu prendre l'indication erronée de la situation d'Omont dans le Dormois, le fait de la bataille de Chaumont-Porcien, et peut-être le nom du comte Hermann de Grandpré. Le faux Alard a donc écrit entre 4079 et 4732, époque où nous le voyons cité par Pierquin, curé de Châtel, et la présence du prétendu manuscrit original dans l'église de Saint-Juvin permet d'en attribuer la fabrication à quelque faussaire aux gages d'une branche de la famille de Pouilly, établie depuis les premières années du seizième siècle à Cornay, village situé à moins d'une lieue de Saint- Juvin K

I. On peut voir une généalogie de la branche des Pouilly qui posséda Cornay dans la Notice historique sur Cornay et son ancien château par le comte Gabriel de Pouilly, son dernier représentant (Méziôres, 1865; p. 32 à 35). M. G. de Pouilly a soin d'avertir que son premier ancêtre connu est Victor de Pouilly.

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