‹ Études sur les poissons (volume 2)Chapitre 13 sur 17 · IMPRIMERIE .NATIO.NAI.E · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE .NATIO.NAI.E

GOBIIDÆ.

LISTE DES ESPÈCES FAISANT PARTIE DES COLLECTIONS DE LA COMMISSION SCIENTIFIQUE DU MEXIQUE.

Genre PHILYPNUS, Cuvier et Valenciennes.

Philypnus dormitor, Lace'pède ( Eleotris dormitatrix, auctorum).

Habitat. — Martinique (Bélanger).

N° A. 9782 du Catalogue de la collection du Muséum.

Philypnus lateralis, Gill 1 ( Eleotris lateralis, auctorum).

Habitat. — Rio Polochic, Lac Isabal (Bocourt).

N os 94-319, 3 ao du Catalogue de la collection du Muséum.

N° 96-321 du Catalogue de la collection du Muséum.

Genre DORMIT ATOR, Gill.

Dormitator maculatus, Bloch ( Eleotris maculata, auctorum).

Habitat. — Marais de Belize, Rivière Mullins (Bocourt); Tascotlan (Baron von Mueller).

N 01 94-3a3 à 327 du Catalogue do la collection du Muséum.

N 0! g 4 - 3 a 8 à 33 a des Entrées.

N° g 4-333 des Entrées.

N° 94-339 des Entrées.

N° 94-3og du Catalogue de la collection du Muséum (?)*.

N° 2 532 du Catalogue de la collection du Muséum.

Genre ËLEOTRIS, Bloch-Schneider.

Eleotris Pisonis, Gmelin (Eleotris gijrinus, auctorum).

Habitat. — Martinique (Bocourt).

N° 96-322 du Catalogue de la collection du Muséum.

1 II est permis de se demander si ces exemplaires appartiennent réellement à cette espèce ou variété. La distinction spécifique est, en effet, contestée non sans raison, par M. Günther (1861, p. 1 a a ) ; MM. Jordau et Evermann , de leur côté, avouent que le seul caractère distinctif positif serait tiré de la coloration plus brillante dans le Philypnus lateralis que dans le P. dormitor (1898 , p. 9 1 95).

Les individus du lac Isabal et du Rio Polochic ont peutêtre aussi un moins grand nombre d’écaillcs, 54 à 56 /a 5 à 28, tandis que celui de la Martinique a pour formule 6 a/ 3 o. La détermination reste donc douteuse, si l’on ajoute surtout que ces Poissons vienneutdu versant Atlantique, taudis que les types du Philypnus lateralis venaient

du versant Pacifique. Tout cela parle en faveur de la réunion de ces deux espèces.

Il n’est pas inutile de remarquer en passant que , dans l'Histoire des Poissons (1837, t. XII, p. 2.55), le renvoi au Gobiomorus dormitor dans Lacépède est fait par erreur au t. II, p. 599, la page réelle étant 589. Comme il n’arrive que trop souvent, cette faute typographique a été répétée par les auteurs subséquents ( Giiulher, Jordan et Evermann , etc. ).

2 Cet exemplaire de très petite taille , 2 6 -f- fi = 3 2 millimètres, ne peut être déterminé d’une façon positive; il me paraît cependant se rapprocher plutôt du Dormitator maculatus que de toute autre espèce.

Eleotris abacurus, Jordan et Gilbert ( Eleolm belizianus. Sauvage).

Habitat. — Mexique (Méhédin); Vera-Cruz (Boucard); Belize (Morelet); Cayenne (Mélinon).

N“ g 4 - 3 io à 3 i 3 du Catalogue de la collection du Muséum.

N“ 9 4 - 3 1 4 à 317 des Entrées.

N° gi- 3 1 8 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° a538 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° 27 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° A. 2216 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° A. 2 3 1 7 du Catalogue de la collection du Muséum.

Genre SICYDIUM, Cuvier et Valenciennes.

Sicydium Plumieri, Bloch.

Habitat. — Martinique (Bocourt); Rio-Madre Viejo, Guatemala (Bocourt).

N“ g 4 - 3 o 3 à 3 o 5 du Catalogue de la collection du Muséum.

N" 94-3o 6 à 3 o 8 des Entrées.

Sicydium Antillarum, Ogilvie Grant.

Habitat. — Martinique (Bocourt, Bélanger).

N° g 4-302 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° A. 9733 du Catalogue de la collection du Muséum.

Genre AWAOUS, Steindachner.

Awaous taiasica, Lichtenstein ( Gobius banana, auctorum).

Habitat. — - Martinique (Bélanger); Mexique (Sallé, Boucard).

N° A. 9897 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° A. 9898 du Catalogue de la collection du Muséum.

N° A. 989g du Catalogue de la collection du Muséum.

N° 1868-99 des Entrées.

Ces genres et ces espèces sont la plupart trop connues pour qu’il me paraisse utile d’y insister ici; je me bornerai à quelques remarques critiques sur les Eleotris et les Sicydium.

Genre ELEOTRIS.

Ce genre, bien défini aujourd’hui, peut être donné comme exemple des inconvénients de l’application du principe de la priorité, poussé, peut-on dire, jusqu’à l’absurde, en admettant comme créateurs d’un groupe des ichtyologistes qui n’en ont eu aucune idée, ni comme définition, ni comme compréhension.

Sans aucun doute, c’est Gronovius qui le premier, en 1766, se servit du nom A' Eleotris. Il l’empruntait à Athénée, à ce que nous apprend Valenciennes (Histoire des Poissons, t. XII, p. 218); mais il caractérisait le genre d’une manière

ZOOLOGIE

imparfaite, la méthode binominale n’étant pas encore universellement adoptée à lepoque où il écrivait. Il y cite trois Poissons, dont deux n’appartiennent certainement pas au genre Eleotns, tel qu’il est limité aujourd’hui, mais au genre Gobius; le troisième, décrit d’après des exemplaires qu’il avait sous les yeux, sans localité d’habitat précise (vivit sub zona torrida ), est rapporté à une espèce du Brésil citée et figurée par Marcgraff et Pison ; j’aurai à revenir tout à l’heure sur ces figures assez imparfaites et prêtant au doute, lorscpi’il s’agit surtout d’un genre très homogène, dans lequel, beaucoup d’espèces étant très voisines les unes des autres, la distinction ne peut en être laite qu’à l’aide de documents très précis.

Le nom, repris dans l’édition de Bloch donnée par Schneider, s’y trouve peutêtre encore plus mal défini, car la courte diagnose par laquelle on le caractérise au milieu des Octopterygii : Pinnœ ventrales membrana connexœ, est insuffisante, et de plus fausse en ce qui concerne la plupart des animaux que l’ichtyologiste de Berlin y fait entrer. Il cite en effet 11 espèces, dont 10 sont données comme

appartenant, suivant lui, positivement à cette coupe générique. Or, abstraction faite de YEleotris lophar, Forskàll, dont il est difficile d’établir la signification exacte, et de YEleotris Mauritii ( Nomeus Gronovii, Linné-Gmelin), ce dernier du groupe des Scombéroïdes s. lai., des 8 restantes, 5 par leurs ventrales réunies en ventouses sont par cela seul exclues de ce genre tel qu’il est défini, et doivent être rapprochées du véritable genre Gobius comme le caractérise Bloch-Schneider : Gobius minutas y G. ocellaris, G. cyprinoides, Sicydium lagocephalum, Apocryptes lanceolatus. Seuls les Eleotns strigata et E. Boddarti auraient les nageoires ventrales non réunies en ventouses, mais simplement rapprochées. On s’accorde à regarder aujourdhui la seconde de ces deux espèces comme le type d’un genre distinct, le genre Periophthalmus. Il ne reste donc, mais alors parfaitement à sa place, que YEleotris strigata , espèce bien décrite et admirablement figurée par Broussonnet. Ce Poisson, étant en tête de série, paraîtrait pouvoir être regardé comme type; mais les auteurs (il est difficile de s’expliquer pourquoi, à moins que ce ne soit à cause de la rareté de cet animal) ont préféré prendre YEleotris Pisonis, emprunté à Linne-Gmelin et que Bloch-Schneider, avec toute raison, ne place dans son genre Eleotns que sous expresses réserves et comme espèce mal connue ( Species non dejiniendœ).

Cette réserve paraît d’ailleurs des plus justifiées. On sait, en effet, que le Gobius Pisonis, Linné-Gmelin , devenu Eleotris Pisonis, Bloch-Schneider, est fondé exclusivement sur les données descriptives et iconographiques fournies par l’ouvrage de Bison et Marcgraff. Ce travail, sur l’incomparable valeur duquel les naturalistes se sont depuis longtemps universellement accordés, et cpii, pour 1 époque, est des plus remarquables, ne pouvait cependant devancer la science en nous fournissant des détails dont l’Histoire naturelle n’a fait ressortir l’importance qu au fur et à mesure de ses progrès. Le texte ne renferme, au point de vue zoologique, que des renseignements assez vagues, très insuffisants, et, sans les deux figures qui l’accompagnent, il n’est pas téméraire de dire qu’on neût jamais pu soupçonner à quel groupe il convenait de rapporter ces Poissons; cependant une d’entre elles, celle de Y Amore Guacu, est suffisante pour affirmer qu il s agit la d’un Gobioïde, que même on peut rapprocher avec assez de vraisemblance des Eleotris.

Avant, au reste, d’aller plus loin, et pour mettre sous les yeux du lecteur l’ensemble des documents relatifs à ces Poissons, je crois utile de reproduire ici le passage qui les concerne dans les intéressants travaux de Lichtenstein sur Y Histoire naturelle de Pison et Marcgraff 1 :

k Amore Guacu, Amore Pixuma et Amore Tinga. — Gronovius, dans son Muséum ichthyologicum (p. 16 et 17), a fait des deux premiers de ces Poissons deux espèces de son genre Eleotris : ce sont ses première et troisième espèces, quoiqu en fait il soit difficile de justifier qu’elles appartiennent réellement à ce genre, car nulle part dans Marcgraff il n’est question de la constitution des nageoires ventrales. Lors donc que Gmelin va jusqu’à établir sur l’un d’eux (1 Amore Pixuma) son Gobius Pisonis, on doit trouver très justifiée la réserve de Schneider, a savoir si un Poisson muni de nageoires ventrales divisées en filaments, comme le montre la figure, peut bien être effectivement un Gobius ou un Eleotris. Mais alors,

1 Lichtenstein, 1818 à 1829, Die Werke von Marcgrave und Piso über Nalurgeschichte Brasilicnsis , erlauterl aux den wiede r aufgefundcncn Originalabbildungen , dans les Abhandlungen der Krnùgliclm Aleadernie der Wissenscliafien zu Berlin : t" partie, 1818. |>. 201-292;

2' partie, 1819, p. i 55 -iy 8 ; 3 ” partie, 1822, p. 287- 287; 4 e partie, 1822, p. 267-288, et 1829, p. 4 g- 65 . Malgré ce titre très général, il n’est question dans ce travail que de zoologie, et même spécialement que des animaux vertébrés.

ZOOLOGIE

qu’est-ce que ce peut être ? Il est bien difficile d’en rien décider à l’heure actuelle. Pour ce cpii est du premier cité dans l’énumération (Àmore Guacu) nous avons, il est vrai, l’autorité de Cuvier, qui pense y reconnaître réellement un Gobius 1 . Il n’y a rien à formuler ni pour ni contre cette opinion; le caractère principal manque complètement sur une des figures originales et, par suite, on ne peut avoir aucun éclaircissement à cet égard. Du second des Poissons cités, c’est-à-dire de 1 ’ Amore Pixuma, il existe à la vérité (/. M., I, p. 5 g 2 ) un dessin d’après lequel indubitablement a été faite la mauvaise gravure sur bois; mais, malgré le soin avec lequel il a été exécuté, on peut difficilement en tirer quelque chose de certain pour la détermination du genre. Ce dessin représente un Poisson d’environ 8 pouces ( 2 i 7 mm ) de long, ayant la tête aplatie, arrondie en avant, les yeux écartés l’un de l’autre, brillants, avec deux nageoires dorsales partout d’égale hauteur, et celles-ci, comme d’ailleurs toutes les autres nageoires, peu satisfaisantes dans leurs rapports, ainsi que le montre la gravure sur bois; sous les orifices branchiaux, sont indiquées deux nageoires ventrales en filaments; je ne me risque pas de décider ce que signifient ces rayons divisés , figurés assez grossièrement ou, si l’on veut, d’une façon très primitive; en tous cas, la double nageoire dorsale interdit de penser à un Blennius. La partie supérieure du Poisson est noire, la partie tout à fait ventrale blanche, à l’exception des nageoires. À côté est écrit : Amorecima. Le Tamaota, auquel, dans le texte, Marcgraff compare son Poisson comme taille et comme aspect , est le Calaphractus callichthys, dont l’aspect général et, à dire vrai, l’apparence de Poisson sans écailles ou faiblement écailleux n’est pas sans justifier le rapprochement. Aussi cette figure n’est-elle pas une représentation fautive d’un Pimelodus, en regardant ces filaments pour des barbillons incorrectement placés? C’est une conjecture que je risque au petit bonheur, faute de trouver mieux. De 1’ Amore Tunga, il n’y a absolument rien à dire, tous les moyens d’étude faisant défaut 3 . »

1 Cette partie du travail de Lichtenstein datant en réalité de 1821, il s’agit de ia première édition du Rc/fiie animal (1817); dans ia seconde (1829), i 'Amore

Guacu et 1 Amore Pixuma sont réunis plus formellement dans les Eleotris.

8 s Menzel désigne par L. P. ( Liber Principis) ia petite collection des dessins qu’il avait sous les yeux comme point

de comparaison et qu’il cite toujours soigneusement. Je désigne par I. M. ( Icônes Menzelii) la grande collection des peintures h l’huile» ( Lichtenstein , 1818, p. 211, note). — Voir aussi les détails historiques donnés par Cuvier et Valenciennes ( Histoire des Poissons, t. 1 , p. 58 et 59).

3 Lichtenstein, 1829, loc. cit., p. 63 . Le travail est, dans le texte, dalé du 10 août 1826.

Lichtenstein, on le voit, fait preuve d’une grande réserve. Doit-on s’en tenir là? Ne pourrait-on pas, au moins en ce qui concerne YAmore Guacu, arriver a une détermination spécifique précise? C’est ce que n’ont pas cru des zoologistes des plus autorisés, Cuvier et Valenciennes d’une part, M. Güuther d autre part. Les premiers (1837, t. p. 222), tout en le rapprochant de leur Eleotris gyrinus, font des restrictions tellement formelles, qu’ils se demandent si le terme : «jointes?? ( junctas ), appliqué aux ventrales, ne conduirait pas plutôt à ranger ce Poisson parmi les Gobius. Le second, s’il place dans la synonymie de ce même Eleotris gyrinus le Gobius Pisonis, Linné-Gmelin ( Eleotris Pisonis, Bloch- Schneider) , fait précéder ces noms d’un point d’interrogation significatif. C’est cette dernière manière de voir qu’avaient adoptée MM. Jordan et Gilbert (1882, p. 63 i), en prenant il est vrai, mais à tort, Gronovius, comme auteur du genre Eleotris, tout en regardant comme type YE. gyrinus, Cuvier et Valenciennes, loutelois, dans leur très récent travail, MM. Jordan et Evermann n’hésitent plus à rapporter le genre Eleotris à Bloch-Schneider, en y décrivant au long un Eleotris Pisonis, Gmelin , dans la synonymie duquel est placé Y Eleotris gyrinus, Cuvier et Valenciennes.

Il est bon de revenir ici sur la valeur qu’on peut donner à ces figures de Pison et Marcgraff. Dans le Systema Naturæ de Linné-Gmelin , sans tenir compte de la phrase caractéristique qui s’y trouve, laquelle est tout à fait insuffisante, la seule indication positive est le renvoi à l’ouvrage de Pison et Marcgraff, auquel la citation de Ray Wilbughby n’ajoute rien. Or il indique comme référence YAmore Pixuma, Poisson, on vient de le voir, absolument indéterminable, la figure qui le réprésente étant des plus défectueuses et d’ailleurs simplement une copie réduite empruntée au Liber Mentzelii, où l’espèce est intitulée Amorecima. Quelle raison peut-on invoquer pour faire cet Amore Pixuma synonyme de Y Eleotris gyrinus . tel qu’il est décrit et figuré par Cuvier et Valenciennes?

Ces derniers auteurs, avec beaucoup plus de logique, semble-t-il, pensent, on l’a vu, que s’il y a une assimilation à faire, ce serait avec YAmore Guacu, comme il a été dit plus haut, lequel n’est cité ni par Gronovius, ni par Linné-Gmelin.

En se plaçant au point de vue de la répartition géographique, et n’ayant égard ici qu’aux espèces (Y Eleotris du Nouveau Monde, elles n’étaient signalées, jusqu’à ces derniers temps, peut-on dire, que des régions intertropicales

ZOOLOGIE

au nord de l’Équateur. Dans le catalogue de M. Günther, sur les h 9 espèces énumérées dans ce genre, nous en relevons 9 américaines, parmi lesquelles 3 seulement : Eleotris maculata, Bloch, E. gyrinus, Cuvier et Valenciennes, h. guavina, Cuvier et Valenciennes, sont indiquées comme descendant jusqu’à la Guyane; la première est en outre signalée de la République de l’Équateur; en somme, aucune espèce ne paraissait avoir été signalée du Brésil et spécialement des régions explorées par Pison et Marcgraff, c’est-à-dire le Pernambuco, du 5° au io° de latitude Sud environ. A partir de 1861, année de la publication de ce catalogue classique, je relève 1 1 espèces signalées comme nouvelles et qui, en les énumérant par grandes régions, seraient : de l’Amérique centrale sur l’Océan Pacifique : Eleotris seminudus, Günther; E.pictus, Kner et Steindachner; E. æquidens, Jordan et Gilbert; de celte même région sur le versant Atlantique : E. longipes, Günther; E. belizianus, Sauvage; E. abacurus, Jordan et Gilbert; des Antilles : h. omocyaneus, Poey; E. perniger, Gope; E. Maltzani, Hilgendorf; de la Guyane : E. amblyupsis , Gope; de Bahia : E. perniger, Cope (déjà cité des Antilles);/?, brasiliensis , Sauvage.

D apres ces données, c était plutôt à ces deux dernières espèces qu’il aurait fallu avoir égard pour les rapprochements avec les Poissons vus par Pison et Marcgraff.

Aujourd’hui la question change de face. Les actives recherches des ichtyologistes américains et en particulier les travaux de MM. Eigenmann ont montré que plusieurs Eleotris, X Eleotris gyrinus spécialement, ont une extension géographique beaucoup plus grande et descendent jusqu’au tropique du Capricorne à Rio de Janeiro.

Il 11 y a ui ait donc pas impossibilité a ce que Pison et Marcgraff eussent vu cette espèce; mais il n’y a aucune certitude que cela soit, ce n’est pas même une probabilité, c’est une simple vue hypothétique que rien ne justifie. Il serait donc illogique de s en prévaloir pour établir une priorité purement arbitraire.

Il faudrait réfléchir au but réel qu’on se propose en indiquant les auteurs à la suite des noms de genre ou d’espèce. Ce ne doit pas être uniquement pour une raison historique ou philologique, mais plutôt et en vue de se renseigner sur les sources auxquelles on peut recourir pour s’éclairer sur la valeur et sur les caractères

roi

spéciaux soit du genre, soit de l’espèce étudiée. Il faut dire que, pratiquement, dans la grande majorité des cas, ces choses se confondent et devraient toujours se confondre. En un mot, ce doit être un but d’utilité pour le lecteur, qui, en se reportant aux auteurs nommés, y trouvera des indications suffisantes pour avoir les caractères aussi bien du genre que de l’espèce. Est-ce le cas ici, en suivant les errements des auteurs modernes? A la suite du nom d 'Eleotris, les uns indiquent Gronovius, les autres Bloch-Schneider; cette seconde manière de faire est sans aucun doute plus conforme aux lois de la nomenclature, car Gronovius, ne se servant pas de la dénomination binaire pour les espèces, ne peut être admis dans une classification Linnéenne. Mais, on l’a vu, Bloch-Schneider caractérise et compose très mal son genre Eleotris, de sorte que celui qui voudrait s’éclairer en recourant à cet ouvrage serait sans aucun doute dans 1 impossibilité d’y parvenir. Il faut arriver au Règne animal de Cuvier pour trouver une définition convenable du genre, définition développée dans la grande Histoire des Poissons. C’est donc à celui-ci que doit être rapportée la création du genre, les autres auteurs antérieurs ne méritant d’être cités que conditionnellement, pour donner une énumération complète des ichtyologistes qui ont employé ce nom générique.

En ce qui concerne la désignation spécifique, c’est encore bien pis, si Ion prend pour type le Gobius Pisonis de Linne-Gmebn. Cette première dénomination binaire, la chose a été surabondamment exposée plus haut, n’a aucune signification, le renseignement donné ne permettant pas dy rapporter un specimen connu. C’est ce que Bloch-Schneider lui-même n’a pas hésité a faire, étant donnée la place qu’il lui assigne dans sa classification et les restrictions quil y ajoute.

MM. Jordan et Evermann admettent dans ce genre cinq espèces américaines, quatre sur la côte Est : Eleotris amblyopsis , Cope; E.abacurus, Jordan et Gilbert ; E. Pisonis, Linné-Gmelin; E. perniger, Cope; une sur la côte Ouest : E. pictus, Kner et Steindachner.

Le tableau donné plus haut fait voir que deux espèces seulement se trouvent dans les collections de la Commission scientifique, Y Eleotris Pisonis (j'ai indiqué pourquoi le nom à' Eleotris gyrinus, Cuvier et Valenciennes, me parait prélé-

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