‹ Études sur les poissonsChapitre 2 sur 20 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

PERCOÏDES.

Cuvier, Bègne animal, t. II, p. i 3 i, 1829.

Les Iravaux de iVI. Gtinlher’ et de M. Ganestrini^ ont inontré condiien cette lamille est composée d’éléments hétérogènes; il convient toiitelbis de remarquer <pie Cuvier en avait déjà fait l’observation, et les iclithyologistes se sont bornes, dans plusieurs cas, à mieux indicpier les divisions déjà introduites dans le Règne animal, en élevant celles-ci au rang de famille.

Les espèces que nous avons eu à examiner se rapportent à dix genres, les mis appartenant aux Percoïdes proprement dits Gtlir.), Centropoiiim, Apo-

gon, Serranm, Pleclropoma, Mesoprion, Centroprûlù, Dioplites; d’autres aux Bencidœ, Holoceutrmn; enfin aux Polynemidœ et aux Spliyrœmda>. Les types les plus différents se trouvent donc représentés dans cette région.

Genre CENTROPOMUS, Lacép.

Cuvier, Règne animal, I. II, p. i 3 /i, 1829.

Percoïdes à ventrales tlioraciques; sept rayons brancbiostéges; dorsales dis-

' (lûnlher, Catalogue of the Fishes in llie British Mu-

séum.

* Canestriui, Zur Systematik der Pevcoïden {Verlumdl. Zool.-Bot. Gcsell. Mien, l. X, Ahhnndl. p. 291, 1860).

ZOOLOGIE

linctes; toutes les dents en velours; préopercule dentelé; opercule obtus, privé d’épine.

Ce genre présente un intérêt particulier; il est, en effet, jusqu’à aujourd’hui, propre aux parties tropicales de l’Ainérique, ce qui nous engage à en donner ici une révision complète.

Ces Poissons, généralement connus sous le nom de Brochets de mer, offrent, avec leur homonyme des eaux douces, certaines ressemblances par la forme de la tête et leur museau aplati, élargi; mais c’est à cela que se bornent les rapports. Leurs mâchoires sont même dépourvues de ces dents longues et acérées, très-développées chez quelcpies genres voisins, comme les Lucioperca, et si caractéristiques de \Esox, auquel on veut les comparer. Aux particularités essentielles énoncées dans la diagnose on peut ajouter les suivantes :

La mâchoire inférieure déj)asse constamment la supérieure; des lignes saillantes, au nombre de quatre, se voient sur la tête, où elles forment un dessin plus ou moins irrégulier et vers la nuque circonscrivent deux espaces triangulaires revêtus d’écailles *, les parties antérieures étant nues; la joue, l’operculaire et le sous-opercule sont écailleux; le limbe du préopercule et l’inleropercule, au contraire, ne présentent pas d’écailles. Langue lisse et pointue. Deux nageoires dorsales distinctes, la première triangulaire, avec huit épines fortes, les deux premières très-courtes; la seconde avec une épine et neuf ou dix rayons mous. Anale avec trois épines et six ou sept rayons mous; la seconde épine rein arcpiablement longue et robuste, souvent égale à la hauteur du corps. Caudale fourchue. Sur-scapulaire dentelé. Ligne latérale étendue presque en ligne droite du haut de la fente branchiale au milieu de la nageoire caudale et se prolongeant visiblement sur celle-ci. Une pseudoh rancliie.

Les écailles des Centropomes ne paraissent pas avoir jusqu’ici fixé l’attention des zoologistes; elles offrent cependant quelques particularités intéressantes. Les résultats présentés ici ne doivent toutefois être acceptés qu’avec certaines réserves, la rareté des exemplaires n’a permis d’observer pour chacun d’eux qu’un petit nombre de ces organes, et l’on sait que, sur un même Poisson, suivant les ré- * PI. I, fj[f. i a, 2 (i, 3 a.

gions du corps , on peut trouver des différences assez sensibles , capables d’induire en erreur un observateur non prévenu. Pour obvier à cet inconvénient, les écailles ont été prises, aussi exactement qu’il nous a été possible de le faire, dans des régions correspondantes du corps sur les différents individus : l’écaille des lianes vers le milieu de la hauteur entre la ligne latérale et le profil ventral, près ou sur la ligne transversale; l’écaille de la ligne latérale sur ou près de cette même ligne transversale; enfin l’écaille ventrale, beaucoup moins importante que les précédentes, eu avant de l’anus '. Malgré ces précautions, il est probable (pie les analogies doivent être regardées comme ayant plus de valeur que les dillérences.

Les dimensions des écailles en rapport avec la taille des Poissons sont assez variables, si l’on s’en tient aux formules des lignes latérale et transversale; mais, pour la première, les ebifires les pins élevés se rapporlant assez exactement aux espèces les plus allongées , les conclusions qu’on en pourrait tirer n’ont pas d’importance au point de vue qui nous occupe ici. Il n’en est pas de même de la seconde. Si les dimensions des écailles ne variaient que peu, on devrait, en effet, trouver les chiffres les plus forts sur les espèces proportionnellement les plus hautes, ce (pii est loin de se vérifier : ainsi le Centropomus armatiis, Gill., dont la hauteur atteint près du quart de la longueur, donne pour la ligne transversale 7/12, et le Centropomus ajfinis, Steind., 7/1 1, sa hauteur étant le cinquième de la longueur: chez les Centropomus iindec/imalis , Bloch, et le Centropomus nigrescens, Gthr. , pour lescjuels ce rapport est environ du sixième ou du septième, les formules sont, au contraire, 9/16 et 10/1 4 . Aussi peut-on tirer de la dimension des écailles des caractères spécifiques d’autant meilleurs qu’ils sont très - frappants , lorsqu’on compare des individus à peu près de même taille.

Ijes écailles, considérées isolément, sont toujours d’un type franchement cténoïde. Celles des flancs ont une forme plus ou moins exaclement carrée ; cependant, si l’une des dimensions l’emporte, c’est la hauteur; la différence est toujours petite. Le foyer se trouve le plus ordinairement reculé jusqu’à la limite de l’aire spiiiigère^, et petit, plus rarement central ou subcentral, dans ce cas élargi.

' Ces observations sont applicables à tous les Poissons caille ventrale, qui a souvent été' prise entre Fanus et la

dont il sera question dans le cours de ce travail, sauf l’é- nageoire anale. — “PI. 1, (ig. i c, ac; I bia, ta; l ter, ta.

ZOOLOGIE

couveit de vermiculations el séparé de l’aire spinigère par un nombre plus ou moins considérable de crêtes concentriques L On sait que ces variations n’ont qu’une très-médiocre importance, et sont en rapport avec le mode de développement et 1 âge de 1 écaille plutôt qu’avec une forme typique particulière. Les lobes marginaux du champ postérieur montrent dans leur distribution quelques différences plus intéressantes, et, comme on retrouvera celles-ci dans les autres écailles, il est à présumer cruelles sont générales et pourraient donner de bons caiacteies spécifiques. En premier lieu, le nombre de ces lobes varie dans des limites assez étendues, puisqu’il peut tomber à six"" et s’élever parfois à dix-huit ou vingt L Sous ce rapport, les Centropomes que nous avons pu étudier se partageraient en deux groupes : ceux qui présentent de six à neuf lobes, tels sont les Ceniropomm Meximnus, Boc., C. CAivieri, Boc., C. affinis, Steind., C. armatus, GilL, C. Umoîmms, Boc., et ceux chez lesquels on en rencontre de treize à vingt, G. undecimalis , Bloch, C. ntgrescens, Gthr. Cependant, le nombre de ces lobes marginaux pouvant dilférer, pour un même individu, suivant le point où l’écaille a ete piise, et, dans une meme espece, suivant l’âge, cette division n’aurait cju’une laible valeur, si la disiribulion de ces mêmes lobes sur le contour de l’écaille ne venait lui donner une nouvelle importance. En effet, dans toutes les espèces du premier groupe, ces lobes marginaux n’existent que sur le bord antérieur'', suivant le type habituel pour beaucoup de Percoïdes; chez le Centropomus undecimalis, Bl., et le G. nigrescens, Gthr., ils s’étendent plus loin et occupent une partie des hords latéraux, dans certains cas jusqu’à leur moitié antérieure®. Les cretes concentriques n’oflrent rien de spécial sur te champ postérieur ou sur les champs latéraux; elles sont plus serrées en avant, surtout entre les sillons cen- Iripètes, et deviennent moins nombreuses et plus écartées en se rapprochant de 1 aire spinigère; c’est là un lait général chez tous les Poissons. L’aire spinigère ou champ posteiieur est le plus souvent en segment de cercle avec une hmitc anteiieuie en ligne a peu près di’oite, formant la corde de l’arc représenté par le boid hbie. Les spinules sur ce dernier sont toujours en assez grand nombre: un

' PI. l, fig. 3 c.

■ PI. I ter, lig. 1 a.

^ PI. I bis, lig. 1 a.

l’I. I, fig. 1 c, UC, 3c; [)1. I 1er, fig.

® PI. I bis, fig. 1 a.

rang extérieur, un rang un peu plus intérieur, dont les spinules alternent avec celles du rang precedent, font saillie sur le Lord 5 tous deux sont comptés dans les nombres qu on trouvera plus loin à la description des espèces.

Les écailles de la partie ventrale inférieure du corps ^ sont toujours irrégulièremenl arrondies ou ovalaires; le loyer large, central ou subcentral, peut occuper jusqu au quart de la surface, son diamètre étant moitié du diamètre total; sa surface est couverte de vermiculations. Quant aux lobes marginaux, on retrouve ici une disposition semlilable à celle que nous avons signalée précédemment. Dans le plus grand nombre des especes, ils sont limités au bord antérieur^ chez les Centi opoinuH uudecimnhs , Bl., et C. nigTescens , Gtlir. ils s’étendent en arrière et peuvent occuper le demi-contour de l’écaille. L’aire spinigère est le plus souvent fort rudimentaire, parfois réduite à un seul rang de spinules, des crêtes concentriques remplaçant les rangs qui manquent entre le foyer et le bord épineux; preuve évidente que ces parties sont des productions homologues, comme la parlaitemenl établi M. Baudelot'' dans son mémoire sur la structure des écailles des Poissons osseux.

Les écailles de la ligne latérale sont des plus simples; elles se rapportent au type a canal perforant. Une large ouverture circulaire occupe le foyer, qui est plus ou moins central; elle est protégée du coté externe par une lamelle scléreuse , allongée, tantôt a bords parallèles, tantôt rétrécie en avant. Cette lamelle

olïie ceci de particulier quelle n adhéré au reste de l’écaille c[ue sur une petite partie de son etendue, par le bord contigu au champ spinigère, les trois autres bords étant libres’; elle forme ainsi une sorte de battant, qu’il est facile de faire jouer comme une pelile porte sur l’écaille encore humide. C’est le premier genre jusqu’ici où l’on ait, pensons-nous, constaté une semblable disposition; en général, chez les autres Percina, l’adhérence a lieu également sur les bords supérieur et inférieur, dans toute ou presque toute leur étendue, et la lamelle forme ainsi

' P). I bis y fig-, ib, pl. I ter, f]g. i h ^ PI. l ter, fig. 1 b.

' PI. I bis, fig. 1 b.

‘ Archives de zoologie eæpà'im. et gén. l. II, p. 443 , 1 878.

Pl. I bis, lig. 2 a.

Cette qualification générale, presque inusitée aiijour-

ZÜOI.OGIE DU MEXIQUE. lï' PARTIE.

il hui comme synonyme de fibreux, peut servir provisoirement à de'signer le tissu dur qui constitue les écailles. Le terme osseux, dont on se sert souvent, est ine.vact; celui de dentineux conviendrait mieux sans doute, mais pourrait prêtei’ a des discussions qui ne doivent pas prendre place dans ce travail.

’ Pl. I bis, fig. 1 c et 2; pl. I ter, fig. 1 c.

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lin véritable canal ouvert du côté du bord adhérent de fécaille et débouchant à son autre extrémité par la perforation, ordinairement prolongée par un tube simple ou ramifié'. Les lobes marginaux sont de dimensions très-inégales sur une même écaille; on voit toujours en face du canal un lobe médian huit à dix fois plus grand que les autres et qui occupe une grande partie du bord adhérent; de chaque côté s’en trouvent de plus petits, en nombre variable. Leur disposition rappelle d’ailleurs celle dont il a été parlé pour les deux sortes d’écailles précédemment décrites; le plus souvent, ces lobes n’occupent que le bord antérieur^; pour deux espèces, les Centropomus midecimalis , Bl. , et C. nigrescens, Gtlir.'*, ils remontent assez loin, jusqu’à moitié, sur les bords latéraux. L’aire spinigère est d’ordinaire bien complète, c’est-à-dire armée de spinules plus ou moins intactes, suivant qu’on se rapproche plus ou moins du bord libre''; parfois, cependant, ces spinules n’existent que sur le bord, les rangs manquants étant encore remplacés par des crêtes concentriques, c’est là sans doute un fait accidentel; nous ne l’avons observé que chez le Centropomus Cuvieri, Boc.^ Enfin, dans certaines espèces, le Centropomus armatus, Gill, et surtout le C. Unionensis, Boc.^ le bord libre présente une échancrure notable, destinée à recevoir la saillie formée par le canal de l’écaille sous-jacente suivante; chez les autres Centropomes, celte échancrure est nulle ou peu accusée’. Ces deux espèces sont les plus élevées, ou, si l’on veut , les plus raccourcies du groupe ; il semblerait en quelque sorte que l’animal a subi un tassement d’avant en arrière, ayant forcé les écailles à chevaucher davantage les unes sur les autres.

En résumé, d’après ce que nous connaissons des écailles chez les Boissons osseux, étude qui est à peine ébauchée et n’a surtout été faite jusqu’ici que sur un nombre trop restreint d’espèces, les Centropomes présentent peut-être dans la structure du canal des écailles de la ligne latérale un caractère propre à les faire distinguer des genres voisins. En second lieu, si nous comparons entre elles les différentes espèces, nous voyons que les unes ont les lobes marginaux nombreux et occupant une grande partie du contour, d’autres présentant les

' Écaülcs de la ligne latérale des Sermnm et desjt/cnoprioH, par exemple.

PI. I bis, fig. a ; pl. 1 let-, llg. 1 c.

■' Pl. I bk, tig. 1 c.

' Pl. 1 bis, lig. 1 c.

* Pl. I lei-, (ig. I c.

“ Pl. 1 bis, lig. a.

’ Pl. I bis, lig. 1 c.

caractères opposés; un groupement différent peut être obtenu, basé sur l’état de développement de l’échancrure marginale au Ijord libre des écailles de la ligm; latérale. Ces particularités peuvent être d’un emploi utile pour les distinctions spécifiques.

Le nom de Cenlropomus a été créé par Lacépède’, qui réunissait dans ce genre les Perches à deux dorsales ayant un opercule non épineux. La composition de ce groupe a été profondément modifiée’^ par Cuvier dès la première édition du Règne animai; il n’y admet que quatre espèces : la Variole [Laten Nîloticus, Gml.); la Sciœna imdecinialis, Bl.; le Lutjan gymnocépbale [Ambassis (Jommersomi, C. V.); le Pandoomenoo, Russ. [Laies calcari/er, BL). Une étude plus approfondie conduisit plus tard ce naturaliste à éliminer encore trois de ces Poissons, et la Sciœna unâecimaUs , BL, fut laissée seule comme type du genre Centropome. C’est ainsi qu’il a été compris, depuis la publication du second volume de l’Histoire des Poissons ^ et de la dernière édition du Règne animal ^ juscpie dans ces derniers temps, par la plupart des ichtliyologistes*^.

Cette espèce unique aurait eu une aire d’extension très-vaste, puisque, suivant Cuvier et Valenciennes, elle se trouvait «tout autour de l’Amérique méridionale^, n Ces auteurs l’indiquent, en effet, comme ayant été rencontrée dans différentes

‘ Lacépède, Histoire naturelle des Poissons, t. IV. p. 2 48 , an x.

* Le tableau ci -dessous montre la composition primitive de ce groupe. Il donne, suivant la nomenclature usitée aujourd’hui, la synonymie des différents Poissons réunis par J>ucdpède dans le genre Centro|)onie. On peut voir rpie le Sandre et la Variole s'y trouvent, mais l’Apron n’y est pas nommé; c’est par erreur (ju’on a cité ce dernier, dans l'Histoire des Poissons (Cuvier et Valenciennes, t. Il, p. 109), eonmieen ayant fait partie.

Les numéros qui, dans la dernière colonne, précèdent les dénominations empruntées à Lacépède , indiquent l’ordre dans lequel sont disposées les dix-huit espèces admises par ce naturaliste.

l'EKCOlDES.

Labrax lupus, Lacép

Làbrax lincalus, Bl

Laies Niloticus, Gnü

Centropoîuus undvcimalis , Bl

Lucioperca sanûra, Cuv

Apogon imherbis , Lin

Cheilodipierus octo-viitatus , C. V...

8 C&ntpopomus hqms.

7 C. lincalus.

i-j C. Niloticus.

() C. undecim-radialus.

i C. sandat.

i5 C. aureus.

l/l C. macrodon.

Cheilodiptems lineatus, Forsk G C. Arabicas.

Amhassis Commersonii, C.Y 12 C. ambassis.

Ambassis Commersonü,L.'S 3 C. safga.

Diacope fulvijîannna , Forsk a C. hoher.

Dtdes 7utpcslris , Lùcé\) i3 C. rupcslris.

Myripristis hüxagonus , Lacép 16 C. ruber.

SCIÉPÎOÏDES.

Corvina ocellata , Lii] 18 Coitropomus ocellatus.

Conodon Plumleri, BJ 10 C. Plumieri.

Umhnna alburnus , Lin h C. alburnns.

INCERTÆ SELIS.

Labrax seii Mngil iiidet 11 C. mdlm.

^ 5 C. lophar.

” Cuvier, Règne animal, t. Il, p. 2g4, 1817.

“ Cuvier et Valenciennes, Histoire des Poissons, t. II, p. 102, 1828.

^ Cuvier, Règne animal, nouv. édition, t. Il, p. i, 84 ,

“ Günther, Cm. of the Fislies in the Prit. Mus. 1. 1 , p. 79 , 1 809.

’ Cuvier et Valenciennes, Histoire des Poissons, t. II, p. 108.

ZOOLOGIE

îles de la mer des Antilles (Cuba, Saint-Domingue, etc.), à Piio-Janeiro et même à Inma '.

Des localités si différentes pouvaient faire supposer qu’on avait confondu sous une même dénomination plusieurs espèces distinctes, et, dans ces dernières années, une analyse minutieuse des caractères a conduit en effet les naturalistes à l’établissement de types devenus nombreux aujourd’hui.

M. Poey^, pour les Centropomes de l’île de Cuba, a distingué cinq espèces : les Centropomus appemUcMhtus , C . parallehis, C. pectinaius, C. pedimacula, C. ensiferus, qui ont été généralement adoptées. Toutefois, comme on le verra, la première ne diffère pas réellement du Centropomus undecimalis, Bl. ; il est juste de reconnaître cpie la description et la figure données dans l’Histoire des Poissons prêtent à la confusion, puisqu’elles ne se rapportent vraisend)lablement pas au même individu ni à la même espèce. M. Ilill, d’après M. Poey, avait, avant le travail de ce dernier, signalé une espèce différente du type primitif, mais sans la faire connaître suffisamment.

Un peu plus tard, M. GilP décrivait le Centropomus armatus des côtes occidentales de l’Amérique centrale, et, l’année suivante, M. Steindachner ^ d’une part, M. Gïmther^ de l’autre, faisaient connaître plusieurs types nouveaux : le premier, le Centropomus affi,nis, des côtes orientales de l’Amérique du Sud; le second, les Centropomus médius, C. nigrescens, du versant occidental, et le C. brevis, dont l’origine est inconnue.

Enfin, en 1868, Tun de nous® a décrit quatre espèces, dont une, le Centropomus scaber, doit être réunie au C. affinis, Steind. Les trois autres, Centropomus IJnionensis, C. Mexicanus, C. Cuvieri, appartiennent à des localités très-différentes et proviennent de la côte occidentale, de la côte orientale et de Saint- Domingue.

Ua pelil individu séché, donné au Muséum par Moreau de Jonès, porte l’indication ffîle do France;» c’est sans doute une erreur. Autant qu’on en peut juger, vu son état médiocre de conservation, il se rapproche du l'ænlropomus ojùiis, Steind.; sa longueur est d’environ

■ Felipe Poey, Mem. sobre la flist. nal. de la isla de (dibii, t. II, p. 1 19 , 1 856-58.

Théod. Gill, Urneeed. Acad. nat. sc. Philadelphia, i8G3, p. i63.

* Fr. Steindachner , Siliungsb. Akad. rFw-s'. Wien. , t. XLIX, I, p. 9 oo,pl. I, (ig. 9, i8C4.

® A. Giinther, Proceed. Zool. Soc. I.ondon, i864. p. ihh.

“ lîoconri , Ann. sc. nal. 5' série, t. IX, p. go, i 8 G 8 .

En résumé, même en tenant compte des doubles emplois bien établis, le nombre des espèces du genre Centropomus serait assez considérable, puisqu’on peut en compter treize.

Sont-ce réellement autant de types distincts? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre aujourd’hui. Un petit nombre d’entre eux ont été figurés, plusieurs sont très-iricomplélement caractérisés; souvent les auteurs ont employé des méthodes différentes pour les rapports de mensuration; aussi devient-il difficile bien souvent de comparer ces descriptions h En tout cas, plusieurs de ces Poissons offrant entre eux d’extrêmes ressenffjlances, on ne pourrait juger de la valeur réelle des espèces que par la comparaison directe de types authentiques, ce qui malheureusement ne nous a pas été possible pour toutes.

D’après les individus que nous avons eus entre les tnains et les renseignemeids fournis par les auteurs, les différences principales se trouvent d’abord dans les proportions générales, le rapport de la hauteur à la longueur variant du quart au cinquième et même au sixième. Les proportions de ta tête, comparées à la longueur totale, changent aussi d’une manière analogue, mais dans des limites assez étroites. Le plus ou moins de largeur du museau, des espaces écailleux de la nuque signalés plus haut, le plus ou moins de courbure dans la portion antérieure du profil du dos, peuvent ép;alement fournir d’assez bons caractères, (|uoique d’une appréciation délicate comme les précédenls. La dentelure du bord intérieur du premier sous-orbitaire, celle des deux bords concentriques du préopercule, la longueur relative du lobe membraneux du sous-opercule, donnent

' Pour évilei' ici toute confusion , nous pre'venons que les mesures, à moins d’indication contraire, seront prises conformément aux règles établies par M. Giinther, dans un ouvrage qui fait justenieut autorité sur la matière (Calai. Bnt.Miis. Fishes, t. 1, p. v, iSSg) :

1 ° La longueur totale est la distance mesurée entre le bout du museau et l’extrémité de la queue étendue;

a° La hauteur du corps est pi-ise au point le plus éicvii (en général, en avant de la première dorsale);

3° La longueur delà tète est la distance mesurée entre le point le plus antérieur du museau et le point le plus recidé de l’os operculaire ;

4° La longueur du museau est la distance mesurée entre le point le plus antérieur du museau et la verticale abaissée au devant de l’œil ;

5° Les deux derniers rayons, à la nageoire dorsale comme à la ventrale, correspondant à un seul espace interépineux , ne sont comptés que |)our un ;

6" La ligne latérale exprime le nombre des rangées d’écailles dans le sens longitudinal du haut de la fente opcrcidaire à la base de la caudale;

f La ligne transversale est comptée obliquement en suivant la rangée d’écailles qui commence immédiatement eu avant de la première dorsale, y compris les écailles impaires (|ui peuvent se trouver sur la ligne médiane.

On trouvera, au reste, les mesures directes des principales dimensions pour les animaux décrits dans ce travail, ce qui permettra d’obtenir les mensurations comparatives suivant telle mélliotle donnée.

là

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des indications pins positives. Les caractères les plus importants sans contredit se tirent de la ligne latérale , dont le nombre d’écailles peut varier de 48 à go, lait qui, à lui seul, permet d’affirmer l’existence de plusieurs espèces distinctes dans ce groupe, d’après les connaissances acquises actuellement sur le développement de ces organes chez les Poissons osseux. La position de Fanale, comparée a celle de la dorsale molle, offre aussi quelques particularités intéressantes; il en est de même pour la longueur relative des seconde et troisième épines de la première de ces nageoires, mais ce dernier caractère prêterait peut-être à la critique. La coloration est remarquablement uniforme dans tout le genre, sauf pour la ligne latérale, qui peut ou non être accentuée par une teinte sombre. Quant aux caractères anatomiques, le seul dont on ait fait usage jusqu’à présent est la disposition de la vessie natatoire; son extrémité antérieure, simplement arrondie dans presque toutes les espèces, présente chez l’une d’elles, le Cerdropomus undecimahs, BL, deux prolongements latéraux en forme d’auricutes, sur lesquels M. Poey le premier a appelé l’attention ' ; cette particularité n’a pas été étudiée avec assez de soin, sur un nombre suffisant d’individus de différents types, pour qu’on puisse cependant juger d’une manière absolue sa valeur. 11 faut aussi faire entrer en ligne de compte, pour la distinction des espèces, les variations que présentent les écailles du corps et de la ligne latérale.

Les Centropomes habitent soit les eaux salées, soit les eaux douces, sans s’éloigner beaucoup des côtes, dans l’un comme dans l’autre cas. Ces mœurs sont-elles communes à toutes les espèces? Pour une espèce donnée, la saison et un étal physiologique particulier sont-ils en rapport avec ces différences d’habitat? C’est ce que nous ignorons encore.

Ces Poissons sont propres a l’Amérique intertropicale. Le Coidropomus nigres- ((‘Ms, Gthr. , a etc rencontre a Mazatlan; le G. üjfinis, Stemd., à Montevideo. Ce sont les stations extrêmes en latitude.

Jusqu’ici les espèces peuvent être regardées comme étant propres à l’un ou 1 autre versant; il n’y a doute que pour le Ceniropomus Mexicanus, Boc. Elles sont plus nombreuses sur le versant oriental ou Atlantique, où nous en trouvons

‘ Popy, Mem. sobre la llisi. nal. de lu Ma de Cuba, pi. XIII, lig. i, i850-58.

huil : les Cenlropomus midecmaUs, Bl.; C. paralleliis, Poey; C . pedimacula , Poey; 0. Cuvieri, Boc.; C. ensiferus, Poey; C. ajfinis, Steind.; C. pectinahis, Poey; 0. Meœicanus, Boc. Il est vrai qu’elles se réduiraient à cinq, dans le cas où les six dernières espèces devraient être réunies deux à deux, comme plusieurs de leurs caractères et même les localités dans lesquelles on les a signalées peuvenl porter à le croire. Sur le versant Pacifique s’en rencontrent quatre : les Centropomm nigrescens, Glhr.; C. médius, Gthr, ; C. armatns, GiW -, C. IJnionensis,Jjoc.

L’aire d’extension pour ces différents animaux paraît très-variable; ce qui lient peut-être à l’imperfection de nos connaissances. Parmi les Centropomes à liabitat étendu, on doit citer en première ligne le Centropomus undecimalis, Bl., (|u’on rencontre dans le golfe du Mexique, à Cuba et jusqu’au Brésil; le C. affinis, Steind., signalé à Belize, à la Guyane, à Bio-Janeiro, et qui, si l’assimilation avec le C. ensiferus, Poey, était démontrée, se trouverait à Cuba. Dans cette dernière île et à Babia, les auteurs citent le C. paraUelus, Poey. Sur le versant Pacifique, le C. nigrescens, Gthr., sorte d’équivalent zoologique du G. undecimalis, BL, a été certainement rencontré à Mazatlan et à Cliiapam, peut-être même à Lima; cette dernière localité toutefois est douteuse. Le C. armalus, Gill, Irouvé à Cliiapam et à Panama, offrirait une aire d’extension plus restreinte. Enfiu le C. pectinatus, Poey, u’a été signalé jusqu’ici qu’à Cuba; il est vrai que, si ce Centropome doil être réuni au C. Mexicanus , Boc., il habiterait non-seulement le golfe du Mexic[ue, mais peut-être même Oaxaca, sur le versant Pacificpie. Le G. pedimacula, Poey, de Cuba, est aussi très-voisin du G. Cuvieri, Boc., recueilli à Haïti. Quant aux G. médius, Gthr., et G. Unionensis, Boc. , jusqu’ici cbacim d’eux n’est connu que d’une seule localité.

Les caractères des Centropomus ne permettent pas de les éloigner des Per- (‘oïdes, voisins des Perches proprement dites, dont Cuvier formait son premier groupe, et que M. Günther, avec quelques modifications, a réunies sous le nom de Percina. C’est avec le genre Laies, en particulier, que les rapports paraissent les plus intimes; on a vu plus haut que, dans la première édition du Bègue animal, ces Poissons étaient réunis aux Centropomes, L’apparence générale offre de grandes analogies; la forme de la tête est la même; il n’est pas jusqu’aux crêtes du vertex qui donnent des figures triangulaires fort analogues, au premier coup

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d’œil, dans les deux genres. La disposition des dents et des nageoires est absolument la même. Cuvier s’est basé, pour distinguer les Centropomes, sur l’absence d’épine operculaire, épine, il faut le dire, peu saillante aussi chez la Variole, et sur la denticulation différente du préopercule; il convient d’ajouter au moins la lorme de la nageoire caudale, la différence frappante de taille des épines anales, enfin la présence d’une pseudo-brancbie, qui manque chez les Lates. Mais, à l’exception de ce dernier caractère, qu’on doit tenir pour important, les autres particularités pourraient, à la rigueur, être regardées comme propres à justifier des distinclions simplement specifîf|ues. La distribution géographique semble aussi confirmer ce rapprochement. Les deux genres sont intertropicaux, et, si les Lates paraissent moins franchement marins que les Centropomes, cependant les espèces des Indes habitant les embouchures des grands fleuves doivent vivre dans des eaux au moins très-mélangées; ce sont aussi les habitudes des Centropomes; plusieurs espèces même, suivant M. Poey, ne se trouveraient que dans les eaux douces. Ces considérations permettent de regarder ces deux genres comme équivalents zoologicjues pour l’ancien et le nouveau continent*.

En résumé, dans un arrangement naturel, ces genres ne doivent pas être éloignés, et la divsposition adoptée dans le Régné animal ainsi que dans la grande Histoire des Poissons est certainement préférable à celle donnée par M. Güntber'^ et M. Canestrini^, qui, tous deux, éloignent ces genres l’un de l’autre, et, laissant les Laies près des Perça et des Lahrax, rapprochent les Centropomus des hteks, avec lesquels ces Poissons n’oflfent que des rapports très-éloignés. Les Etehs ne doivent meme pas être conservés dans la section des Percina; tous leurs caractères les rapprochent des Luljamis et des Diacope.

Les différentes espèces de Centropomes étant très-voisines les unes des autres, il est difficile de les disposer dans un ordre réellement naturel. Celui que nous avons adopté, en partant de l’espèce typique, le Centropomus undecimctlis, Bl., est surtout basé sur la forme plus ou moins allongée du corps et le nombre des écailles de la ligne latérale''.

L. Vaillant. Sw la distribution géographique des Per- ’ Canesti'ini, Zur Systemaiik der Percoïden {Verhandl. nne {Comptes rendus de r Acad, des ScAAA\\’,p. 1278, Zool.-Bot. Gesell. Wicn, L 'Ü, Abhandl. p. Si 1, 1860).

" Nous donnons, à litre do simple renseignement, nu

Gi'mtlier, Cat. Lrit. Mus. hshes, t. I, p. 56 , iSSp. tableau synoptique qui pourra faciliter les ddtenninations ;

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