COURS D INSTRUCTION RELIGIEUSE
Les catéchismes de Saint-Lô sont justement célèbres, et leur organisation contribue beaucoup à l'élévation morale et à la prospérité des études dans cette maison. Deux heures par semaine sont données au cours d'instruction rehgicuse. Il est ainsi distribué : une première division, comprenant la septième et la huitième avec la classe préparatoire et le cours élémentaire de français, apprend le catéchisme du diocèse, dont la lettre lui est expliquée ; une homélie à leur portée initie ces jeunes enfants, d'une manière agréable et insinuante, à la connaissance graduelle des vérités chrétiennes. Il y a pour cette division trois catéchistes et un directeur.
Une division intermédiaire, composée de la quatrième, de la cinquième, de la sixième et de la classe de français, entend chaque mercredi une explication développée du catéchisme. Les élèves prennent des notes pendant l'instruction, et ils en font une rédaction soignée à l'étude suivante. Après l'instruction ils sont interrogés sur celle du mercredi précédent; ensuite a lieu la lecture du compte rendu des analyses. La séance est terminée par une homélie. Quatre catéchistes et un directeur sont chargés de cette division.
L'instruction religieuse s'élève comme il convient dans la division supérieure, formée des élèves de philosophie, de rhétorique, de seconde et de troisième. Quatre catéchistes et un directeur rivalisent de zèle pour faire approfondir à ces jeunes gens, dans un cours dont la durée est de quatre ans, la science de la religion. Chaque séance est ouverte par une conférence laborieusement préparée. Les élèves sont ensuite interrogés sur la conférence précédente, et, comme dans les autres divisions, une homélie termine les exercices, qui sont séparés les uns des autres par le chant de cantiques, les avis da directeur et le compte rendu des conférences.
Les rédactions de conférences qui ont été mises sous nos yeux nous ont permis d'apprécier le soin que les élèves apportent à ce travail. L'étendue, la forme, ..les détails, même extérieurs, tout nous a émerveillé. Les compositions en instruction religieuse comptent pour l'excellence, et les élèves savent que l'application qu'ils y auront donnée leur sera très-profitable à
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tous égards, quelque profession qu'ils doivent embrasser plus tard. Nous avons entendu des jeunes gens sortis de Saint-Lô pour suivre les cours publics, en particulier les cours de droit, dire, avec une touchante expression de reconnaissance , quel avantage ils retiraient de l'habitude, longtemps continuée dans les catéchismes, de prendre des notes et de faire des rédactions.
Une instruction religieuse aussi solide et inculquée aussi profondément dans les esprits ne peut pas demeurer stérile. Nous savons que le plus grand nombre des élèves de Saint-Lô, qui sont allés à Paris ou dans une autre grande ville pour achever leurs études, sont restés fidèles à leurs convictions religieuses et font honneur à l'éducation chrétienne qu'ils ont reçue, non-seulement par leur piété, mais aussi par les vertus naturelles que leurs maîtres leur ont appris à chérir comme la base solide de la vertu chrétienne : la loyauté, l'horreur du mensonge, la dignité dans toute leur conduite, l'amour dévoué pour leurs parents, le sentiment patriotique.
C'est ici l'occasion de dire combien nous avons été frappé de l'esprit de foi et de piété qui règne dans toutes les divisions de ce collège diocésain. Partout où on les voit, la bonne tenue des plus grands comme des plus petits commande l'admiration. Leurs maîtres sont toujours avec eux, mais comme des amis et comme des pères, et l'on sent que la discipline intérieure, la foi qui gouverne, les âmes, rendent la surveillance superflue. A la chapelle, on ne peut les voir prier, se recueiUir, chanter, écouter un sermon, accomplir tous les actes de la religion, sans éprouver une émotion profonde.
Dans une telle maison, naturellement, les confessions et les communions sont fréquentes. Aucun élève, à quelque carrière qu'il se destine, ne s'en tient à la lettre de la règle, qui prescrit de se confesser au moins une fois par mois. « Un jeune homme à l'âge des passions, qui veut persévérer dans la vertu, disait un grand ami de la jeunese, M. Allemand, doit se confesser au moins tous les quinze jours. » Lorsqu'on a vu les élèves du petit séminaire de Saint-Lô se confesser et communier, on n'est pas surpris de tout ce que l'on dit du bon esprit et de l'amour de la règle et du devoir porté jusqu'à la sévérité envers soi-même, jusqu'au sacrifice, qui distingue les élèves de cette maison. Il nous resterait à parler des congrégations étabhes dans cha-
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cune des divisions. Nous nous contenterons de dire qu'elles sont, pour le développement de la piété, ce qu'est l'Académie pour le travail et le progrès dans les études.
On comprendra facilement qu'avec de tels élèves il n'est guère besoin d'user de répression. Les punitions sont très-rares, et toujours très-légères : dix, vingt, trente lignes au plus à écrire ou à apprendre par cœur. Jamais de compression, jamais de contrainte; une discipline paternelle, douce sans mollesse et ferme sans dureté, suffît, avec des moyens d'émulation parfaitement organisés, notes hebdomadaires, distributions de récompenses, etc., pour obtenir les plus heureux résultats.
Le diocèse de Coutances, d'oii relève Saint-Lô, est un des plus riches en établissements ecclésiastiques d'éducation. Les maisons de Mortain, de Valognes, d'Avranches, de Coutances, de Saint-James, de Yilledieu, de Montebourg, de Saint-Pierre- Église, sont florissantes, quoique moins importantes que le séminaire-collège de Saint-Lô, et Mgr Bravard, dont le zèle pour l'instruction publique agit toujours et veut toujours faire davantage, est en train de fonder un nouvel établissement à Cherbourg sur des terrains achetés par lui.
Nous aurons ultérieurement diverses occasions de reparler de ces maisons.
UTILITÉ QU IL Y AURAIT DE DONNER QUELQUES NOTIONS SOMMAIRES d'architecture RELIGIEUSE AUX ÉLÈVES DES CLASSES SUPÉRIEURES.
Il y a danger à surcharger excessivement les programmes de classes, et souvent, pour vouloir trop faire, on ne fait rien bien. Cependant nous voudrions proposer, spécialement pour les petits séminaires, un nouveau sujet d'étude, qui n'est admis jusqu'à maintenant que dans de rares maisons, l'étude sommaire de l'architecture du moyen âge.
Pendant trois siècles on a méconnu l'architecture du moyen âge et les arts qui en relèvent. On jetait à nos merveilleuses cathédrales l'humiliante dénomination de gothique et de barbare, et de soi-disant artistes, voire même des conservateurs de monuments publics, déployaient un zèle de vandales pour débar-
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rasser le sol des super fétations gothiques qui le déshonoraient selon eux. Aujourd'hui l'importance et tout l'intérêt qui s'attachent ànos monuments chrétiens, la plus glorieuse portion de nos antiquités nationales, sont mieux reconnus et mieux compris. Les esprits sérieux sont entraînés vers l'étude du moyen âge. De bons travaux se sont produits de divers côtés, des sociétés scientifiques ont été organisées sur tous les points de la France pour étudier, apprécier, décrire, restaurer nos vieux monuments. L'heure nous paraît venue de faire véritablement pénétrer cette étude dans les maisons chrétiennes d'éducation, spécialement dans les grands et même dans les petits séminaires.
Aux supérieurs des séminaires et des collèges chrétiens qui voudraient établir dans leurs maisons un cours d'archéologie dont l'objet spécial serait l'étude de l'architecture religieuse du moyen âge ; à ceux qui sentiraient la nécessité de donner à leurs élèves une idée des diverses époques arcbitectoniques et des divers styles, le style latin, le roman, le style de transition, le style ogival, primaire, secondaire, tertiaire, et en particulier de faire connaître ces œuvres incomparables d'architecture de la meilleure époque, qui prouvent que les arts du dessin et les sciences mathématiques étaient parvenus dès le xii* siècle à une haute perfection ; — à ces supérieurs intelligents nous conseillerions de mettre aux mains des professeurs et des élèves des hautes classes un ouvrage d'un des hommes qui ont le plus contribué à la renaissance de l'art catholique et national, V Abécédaire ou Rudiment d' archéologie de M. A. de Gaumont, déjà classique dans un certain nombre de petits ou grands séminaires, notamment à Saint-Brieuc, à Bayeux, à Reims, à Meaux, à Poitiers, à Luçon (1), à Montheu dans la Charente, et, en Belgique, à Bruxelles et à Louvain.
Nous sommes persuadé que sur le temps, si surchargé qu'il soit déjà, des élèves des petits séminaires et des collèges chrétiens, on pourrait prendre quelques heures pour cette étude, ou plutôt pour cette initiation primaire. On peut tant demander à des enfants doués de cet instinct curieux, avide, qui vole audevant de l'instruction et dévore tous les objets !
C'est pour l'acquisition de ce genre de connaissances qu'il y aurait lieu de faire de ces grandes promenades instructives dont
(1) Lire une remarquable letlrâ pastorale de Mgr l'Evêque de Luçon, qui établit dans son diocèse une association catLolique pour l'étude des monuments chrétiens.
il a été tant parlé dans ces derniers temps. Et quelle partie de la France y prêterait mieux que la Normandie, cette terre classique, pour ainsi dire, des grandes cathédrales, des abbayes, des donjons, des châteaux, de tous les monuments les plus splendides et les plus variés de l'art gothique?
Nous voudrions saisir cette occasion d'appeler l'attention nonseulement des jeunes collégiens et séminaristes de la Normandie et de toute la France, mais celle de tous les chrétiens intelligents, sur une des merveilles d'architecture les plus extraordinaires qui nous aient été conservées à travers toutes les destructions des hommes et des éléments, sur l'abbaye du Mont Saint-Michel au péril de la mer (1), sur la basilique de Richard II de Normandie, des Hildebert, des d'Estouteville et des de Lamps, qui fut aussi une forteresse invincible aux assauts des Anglais et des protestants, que Mgr Bravard, évêque de Coutances et d'Avranches, aura eu la gloire insigne de restituera la religieuse admiration et à la pieuse vénération du monde chrétien.
Il n'y a personne qui ne sache que cette incomparable abbaye, affreusement pillée et dévastée pendant la révolution, fut, durant de longues années, une maison de réclusion, puis une prison centrale de détention et de correction. En 1863 des vues d'économie déterminèrent le gouvernement à transporter les prisonniers
(1) Parmi les compositioas qui furent lues k Saint-Lô par les membres de l'académie de Sainl-Philippe de Néri, au mois de juia 1871, nous avons remarqué un beau travail de M. Ad. Tanquerey, Charlemagne d'après les cliansons de Gestes... On y trouve un passage bien écrit sur le Mont-Saint-Michel que nous voulons citer en partie :
« Le Mont-Saint-Michel est situé presque au fond d'une baie, dans l'angle que forment la côte Normande, qui descend du septentrion, et la côte de Bretagne, qui fuit vers l'occident.
« Le rocher sur lequel il est bâti a 1,000 pas environ de circuit; il est éloigné de près d'une lieue du rivage le plus rapproché. Deux fois le jour, au moment du flux, il est entouré par la mer et devient une ile. La plage qui l'environne est perfide; elle cache sous les pas du voyageur des fondrières que les habitants du pays appellent lises. Quoique généralement plate, elle présente ça et la quelques mamelons de sable, séparés par le lit changeant des rivières ou par de larges sillons qu'y creusent les courants. Dans les eaux basses, les sommets de ces collines sablonneuses restent à sec, et forment comme un aichipel de blancs îlots ; mais, dans les marées, ils sont recouverts par les flots a une grande hauteur. Nulle part, sur nos côtes, la mer n'envahit ses domaines avec plus d'impétuosité. La rapidité de sa course égale celle d'un cheval lancé au galop »
« La moitié de la circonférence du Mont-Saint-Michel, au nord et a l'ouest, était fortifiée par la nature : le roc y est sauvage et escarpé. L'autre moitié, dans la parlie où le rocher s'abaisse, était défendue par une forte muraille dont le pied plon- .geait dans la mer. »
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du Mont Saint-Michel partie à Beaulieu, partie à Fontevrault. C'est alors que Mgr Bravard demanda à l'État de rendre au culte celte antiqae abbaye. Après des difficultés et des tergiversations de la part da ministère des finances, la requête de Mgr de Coutances et d'Avranches fut accordée, mais à des conditions onéreuses. Mgr Bravard ne se rebuta pas, ne s'effraya pas, désireux de sauver à tout prix et de rendre à son ancienne destination cet incomparable monument. Accablé par le poids des charges quïl avait acceptées, Sa Grandeur demanda au gouvernement la permission d'établir une loterie d'un million. Celte prière fut repoussée, mais l'empereur s'engagea à donner 20,000 francs par an sur sa cassette.
Monseigneur voulut tout de suite utiliser ces ressources, et il songea à installer sans retard au Mont Saint-Michel des religieux dont le premier soin serait de faire disparaître tant de ruines, de réparer tant de dégradations. Il s'adressa à la Congrégation des missionnaires de la maison de Pontigny près Auxerre, dont il avait lui-même fait partie. Le grand éloignement, joint à la difficulté de cette restauration, empêcha la communauté d'accepter. Des prêtres du diocèse de Coutances furent placés au Mont Saint-Michel. Ils n'y restèrent que deux ans. Mgr Bravard frappa de nouveau à la porte de Pontigny. Cette fois, la communauté ne refusa pas absolument. Elle se rappela que, lors de son établisement à Pontigny, le sort lui avait donné saint Michel pour protecteur spécial. Elle voulut encore, dans cette grave circonstance, s'en remettre de sa décision au choix de la divine Providence. L'acceptation pure et simple de Mgr l'archevêque de Sens devait être pour elle l'expression de la volonté du ciel. Loin de faire la moindre opposition, il embrassa ce projnt avec amour, et le bénit affectueusement.
Donc, le premier avril 1867, un essaim de sept religieux partait de Pontigny pour venir travailler dans cette nouvelle ruche. Leur nombre s'augmenta bientôt, et ils sont aujourd'hui six Pères et six Frères sous l'intelligente direction du R. P. Robert. Pendant trois ans, ils rivalisèrent tous d'ardeur, et bravèrent fatigues, maladies, souffrances de tous genres, pour accomplir l'importante et si difficile restauration dont ils étaient chargés. Voici quels travaux, grâce à leur courageux et intelligent secours, grâce également à la magnanime persévérance, aux généreux sacrifices et aux efforts de toutes sortes du digne
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successeur de S. Aubert fondateur de l'abbaye du Mont Saint- Michel, purent être exécutés dans ce court espace de temps :
1" L'enlèvement général de tous les planchers qui avaient été établis par l'administration centrale dans les principales salles et en particulier dans la belle crypte de la Merveille, dite les Montgommeries. — 2° La restauration d'un certain nombre de salles, telles que la salle dite ci-devant chapelle de Sainte-Catherine et celle qui lui est contiguë ; la salle dite des Chevaliers avec les couloirs qui y conduisent, la salle du Promenoir et la crypte de l'Aquilon, — 3° L'appropriation de vingt-cinq chambres et des corridors qui les desservent. — 4° La restauration complète de la crypte des Gros Piliers, depuis le pavé jusqu'aux voûtes. Travail immense. Pour le pavage seul, il est entré 423 mètres de granit pris à Saint- James et dépavés pris à Fleury. Toutes les voûtes furent refaites, tous les piliers, tous les murs des chapelles furent remis en bon état. — 5° La restauration de la salle des Chevaliers avec sa tribune et ses cheminées. — 6° Le lavage et rejointoyement d'une partie des colonnes et des murs du réfectoire. — 7° L'assainissement d'une partie du monument par la confection d'un caniveau plus grand pour l'écoulement des eaux.
— 8° Le pavage de la partie qui longe les exils et du couloir qui conduit du préau au parloir. — 9° La restauration de la salle d'attente dite des Gardes et des chambres des portiers. — 10° Le rejointoyement de tous les escaliers extérieurs du monument.
— 11° La restauration complète de îa salle appelée autrefois salle Souvré et qui sert maintenant de sacristie. — 12° Le rejointoyement de la tourelle de l'escalier intérieur. — 13° Le recrépissage intérieur de tous les bâtiments appelés les Fanils occupés maintenant par un orphelinat. — 14" La restauration générale de tous les parquets.
Il y a six ans un architecte, M. Gelly, avait été nommé par le gouvernement. Sa part dans la restauration de l'abbaye du Mont Saint-Michel n'est pas très-grande : elle consiste dans le renouvellement d'un certain nombre de colonnes du cloître et dans le rejointoyement extérieur des murs de l'est de la Merveille, du sud de l'abbatial et de l'ouest des Fanils.
L'allocation de l'État ayant cessé depuis le l^' juillet 1870, les dépenses nécessaires ne purent plus être faites, et, forcément, bien des travaux demeurèrent en souffrance.
Pour qu'ils puissent être repris et poussés avec l'activité et la
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continuité nécessaires, il faut que la charité privée supplée aux ressources qui ne sont plus fournies par le gouvernement. L'amour des arts, le respect envers les grandes œuvres du génie de nos pères suffiraient seuls pour exciter à la libéralité en faveur d'un monument tel que l'abbaye du Mont Saint-Michel, qu'autrefois on appelait à juste titre la merveille de l'Occident. Les personnes pieuses y seront poussées davantage encore par les faveurs spirituelles attachées à la dévotion envers le protecteur spécial de l'Église et de la France. Chaque jour d'ailleurs celte dévotion se développe et s'étend. Depuis le vin' siècle jusqu'à la révolution, le pèlerinage du Mont Saint-Michel fut un des plus fréquentés de la chrétienté. A partir de Gharlemagne, presque tous nos rois s'y sont rendus comme à un lieu privilégié entre tous; et on y venait en foule, non-seulement de toute la France, mais de toutes les contrées de l'Europe. Aujourd'hui, la sainte montagne revoit comme jadis des troupes de pèlerins gravir ses majestueuses hauteurs, et, après avoir prié dans le sanctuaire vénéré, aller inscrire leurs noms sur les registres d'une confrérie de Saint-Michel hautement approuvée par le pape Pie IX et par de nombreux évéques, tels que ceux de Coutances, de Rouen, d'Albi, de Rennes, d'Évreux , de Saint-Brieuc, de Poitiers, d'Autun, du Puy, de Rayeux, de Rodez, de Pamiers, deTarbes, de Gap, d'Angers.
Les dons des pèlerins et des confrères aident efficacement à la restauration du monument; mais, hélas! cette restauration ne pourra jamais être complète. Jamais on ne pourra rétablir ces statues d'or et d'argent, ces croix et ces crosses en vermeil, ces vases sacrés, ces châsses précieuses, et tant d'autres trésors d'orfèvrerie ; ces magnifiques verrières d'André de Laure et de Jean de Lamps, ces riches mosaïques du vénérable Bernard, ces autels sculptés, ces belles stalles de Pierre Leroy, ces tombeaux, ces bas-reliefs du cloître, ces armes et ces blasons des portes, ces admirables statuettes d'anges qui embouchaient si gracieusement leur cône de granit sur les clochetons du sanctuaire. Toutes ces ruines causées par le plus grossier vandalisme ou par l'incurie la plus inepte, pendant la Terreur et pendant l'administration centrale, et complétées si lamentablement par le funeste incendie de 1834, ces ruines, en dépit de tous les regrets et de tous les efi'orts, ne seront jamais entièrement réparées. Des splendeurs, œuvre d'un passé irrévocablement disparu, ne revivront
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pas pour nos prosaïques générations modernes ; mais le monument peut du moins se remontrer dans ses grandes lignes, être rendu à l'intégrité de son plan gigantesque, digne encore de l'universelle admiration, malgré la destruction irréparable de tant d'œuvres d'art.
Deux faits importants doivent encourager les amis du Mont Saint-Michel et exciter davantage encore leur générosité en leur en montrant le fruit assuré. La Société des antiquaires de Normandie parait vouloir prendre sous sa protection ce magnifique monument, et le gouvernement a récemment envoyé un architecte pour en examiner l'état actuel.
Pour revenir à notre sujet, parmi toutes les merveilles d'architecture qui subsistent encore sur le sol de la Normandie, aucune ne mérite plus d'être visitée, d'être étudiée que la célèbre église abbatiale du Mont Saint-Michel, et ses majestueuses dépendances, jadis objet de l'admiration du président de Thou et de tant d'autres, et dont les restes, oîi brillent les styles de toutes les époques, ont, dans ces derniers temps, attiré plus que jamais l'attention émerveillée de tous ceux qui ont le goût du beau et du grand.
Il est une espérance que nous pouvons bien au moins former, c'est que pas un des élèves des petits séminaires de Mgr Bravard ne voudra manquer de faire, ne serait-ce qu'une fois pendant les vacances, son voyage religieux et artistique au Mont Saint-Michel, en ayant à la main l'exacte et intéressante I)escriptio7i, historique et monumentale, de M. l'abbé Pigeon, et V Histoire du Mont Saiiit-Michel, par M. Deschamps du Manoir.
Que M. le ministre de l'instruction publique conseille et favorise de telles excursions à la fois géographiques, scientifiques, artistiques et religieuses, notre adhésion lui est acquise. Nous voudrions plus : qu'il fît lui-même un pèlerinage au Mont Saint-Michel, qu'il visitât la basilique souterraine, la basilique de l'Archange, l'abbaye, la forteresse, et qu'il vît par ses propres yeux ce qu'il lui appartient de faire, à titre de ministre des cultes et des beaux-arls, pour hâter et rendre aussi complète, aussi parfaite que possible la restauration de ce grand monument national.
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