‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 31 sur 66 · MAISONS D'ÉDUCATION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

MAISONS D'ÉDUCATION CHRÉTIENNE

La Lorraine, ce nom dit beaucoup de choses, et de grandes choses.

La Lorraine, c'est cette riche et féconde terre d'entre Rhin et Meuse, qui, depuis la seconde moitié du xviii'' siècle, a formé une des plus importantes provinces de la France, mais qui auparavant, et pendant de longs siècles, beaucoup plus étendue, et comprenant le triangle dessiné par les Vosges, la Meuse et le Rhin, existait, libre et indépendante, à l'état de nation, petite, mais glorieuse nation, qui continuait l'antique royaume d'Austrasie, sous des ducs issus d'une des plus anciennes maisons souveraines de l'Europe, rois honoraires qui portaient dans leurs armes les quatre écussons royaux d'Aragon, de Hongrie, de Sicile et de Jérusalem, et « près de qui tous les autres princes paraissaient Deuple^ » selon l'expression de Mme de Retz.

La Lorraine, c'est une des provinces les plus foncièrement françaises, quoiqu'elle ait été très-tardivement réunie à la Couronne. Les vrais Lorrains, Celtes orientaux, étaient purement de source gauloise, sans aucun mélange de sang germanique. Aussi

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les vit-on, sous leur propre bannière, soutenir en alliés volontaires la cause française, sur les champs de bataille de Cassel, de Crécy, de Rosebecq, d'Azincourt et de Poitiers; et depuis aimer toujours la France, quoique souvent attaqués par elle. Rappelons encore, avec l'un des plus ardents, des plus dévoués et des plus éclairés Lotharingistes, M. le baron Dumast (1), que, pendant la crise révolutionnaire, ce sont deux départements lorrains, la Meurthe et les Vosges, qui fournirent le plus vite, et en plus grand nombre, des défenseurs pour la frontière, formant eux seuls, outre leur contingent daiiS les troupes de ligne, vingt-huit bataillons de volontaires; que c'est aussi un département lorrain, les Vosges, qui, dans la pénurie du trésor, paya le premier de tous la totalité de ses impôts, acte de civisme que le gouvernement récompensa en donnant le nom des Vosges à l'une des plus belles places de Paris.

La Lorraine, c'est un des pays les plus anciennement civilisés, un de ceux chez qui la culture moderne se développa le plus tôt dans tous les sens, si bien qu'un poëte a pu dire :

Quand les Huns, les Normands, a la Gaule appauvrie N'eurent laissé pour loi que deuil el barbarie; Quand, sur l'inculle cliamp du monde occidental, — Où trônsit de Van mil le régime brutal, — Tout présentait discords, meurtres, vols, ignorance; Seuls, déjà les Lorrains, ouvriers d'espérance, Tentaient de cultiver quelques fruits moins amers. Comme d'un triple [ibare offert aux sombres mers, Des tours de Vaudemont, de Mousson et d'Amance, La vertu rayonnait, perçant une ombre immense.

La Lorraine, c'est le porte-drapeau du progrès; c'est, pendant des siècles, l'initiatrice universelle. Pour ne parler que des temps modernes, ce sont des Lorrains qui, ù, eux seuls, ont réalisé les trois grandes applications de la vapeur : machines manufacturières (^Vayringe), machine à faire marcher les navires (Gauthier), machine à traîner les voyageurs sur les routes (Cugnot) (2). Placides, calmes et pratiques, malgré leur naturelle ardeur, les Lorrains ont fait avancer tous les arts, toutes les industries les plus utiles, comme ils ont secondé l'essor de tout ce qu'il y a de plus élevé, de plus généreux et de plus idéal.

(i) Couronne poétique de la Lorraine, p. 346.

{9.} Voir P. G. de Dumast, Couronne poétique de la Lorraine, et G. de U Tour, Lorraine el France.

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La Lorraine, c'est aussi un des plus vaillants champions du Christianisme ; et, pour négliger le reste, c'est des bords de la Meuse que les croisades reçurent leur principale direction, et c'est à la Lorraine que revient l'honneur de la quatorzième et dernière croisade, de même qu'une armée austrasienne avait eu la gloire, sous le commandement de Charles-Martel, d'arrêter sur les bords de la Loire et de refouler à jamais les flois de Musulmans qui arrivaient de l'Espagne, assujettie par eux, pour soumettre également à leur joug dégradant la noble terre de France.

Tous ces titres de la Lorraine, trop longtemps inconnue et méconnue, commençaient seulement à être tout à fait divulgués, grâce à de solides et multiples travaux, quand ce généreux pays s'est trouvé tout d'un coup redevenu l'un des principaux théâtres des grandes luttes nationales, et aussi, hélas! une des victimes, une des principales victimes de cette catastrophe unique dans les fastes de l'histoire.

Avant nos malheurs, la Lorraine était glorieuse, elle était bien chère à la France. Aujourd'hui elle nous est plus chère que jamais, €t, quoique mutilée, elle est une de nos meilleures espérances.

Pour remplacer les boulevards qui nous ont été arrachés, de nouvelles forteresses s'élèvent sur maintes hauteurs de la Lorraine, comme de toute la région de l'Est. Mais les plus fermes et les plus sûrs remparts d'un État, que le manque à'hommes a précipité à sa ruine, ce sont les crTOYENS. Préparer des âmes énergiques, former une génération aussi vertueuse, aussi chrétienne qu'éclairée et intelligente, voilà le vrai moyen de nous assurer dans l'avenir les victoires nécessaires, et peut-être d'amener le rachat de la patrie, sans avoir besoin de recourir à la force des armes.

L'éducation sera donc la grande ouvrière de la rédemption de notre France bien-aimée.

C'est pourquoi, amené par le besoin de mes études philologiques dans les contrées mosellanes dont les archives sont au nombre des plus précieuses de la France, et obéissant avec bonheur à l'appel amical de mon vénéré ancien condisciple, Mgr l'évêque de Nancy, je me fis un plaisir particulier et un devoir sacré de visiter avec soin, d'étudier attentivement les collèges chrétiens les petits séminaires, les principaux pensionnats religieux de la Lorraine.

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Peu de diocèses sont aussi richement dotés de maisons d'éducation chrétienne que celui de Nancy et de Toul; et, pour les diriger, pour les faire prospérer, peu de diocèses ont un évêque aussi bien préparé, aussi éminemment apte que Mgr Foulon, ce prélat auquel bien d'autres éloges seraient dus s'il fallait rappeler les rares qualités qu'il déploya dans les plus difficiles et les plus terribles circonstances, et ce mélange de fermeté et de prudence, de hardiesse et de sagesse qui firent l'admiration de la France, imprimèrent le respect à l'ennemi lui-même, et lui méritèrent d'être loué comme « un digne successeur de ces grands évêques de Toul, les Mansuy, les Gauzelin, les Gérard, les Léon (1). »

Comme éducateur, avant d'être appelé au siège de Nancy, il avait fait ses preuves dans le supériorat d'une maison que M. Dupanloup avait illustrée et dont M. Foulon, successeur de M. Millault, sut maintenir la pleine prospérité.

Quelle belle carrière vit-il s'ouvrir à son activité et à ses facultés spéciales quand il se trouva le premier supérieur et le directeur suprême de maisons comme la Malgrange, Pont-à-Mousson, Lunéville, cet ensemble d'établissements qui peuvent défier toute concurrence et qui ne laissent rien à envier au diocèse qui les possède (Î2j !

La Malgrange intéresse à l'avance par les grands souvenirs qu'elle rappelle. Son nom apparaît la première fois au xv^ siècle, lors de celte fameuse bataille de Nancy qui sauva l'indépendance de la nation lorraine, et assura, contre Charles le Téméraire, la suprématie de la maison de France. C'est sur les hauteurs de la Malgrange que le duc René, le 5 janvier 1477, avant d'engager ie combat et prêt à marcher le premier en tête des troupes, exhorta ses compagnons à le servir bien et fidèlement. C'est là que les soldats lorrains, à genoux, après avoir élevé leurs mains jointes vers le ciel, firent une croix sur la neige et la baisèrent dévotement.

(1) Discours prononcé à la cUslribution des prix de rinslituiion de la Mal- ' grange par M. l'abbé Vanson, le 4 août 1875.

(2) Nous devons passer sous le silence la nom de Feiiestrange, dont le petit séniinaiie a été supprimé parle conquérant prussien.

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Vers le milieu du xvi^ siècle la Malgrange est un vaste bien de campagne, un rendez-vous de chasse entouré de bois, appartenant aux ducs de Lorraine. A la fin de ce même siècle, elle devient une demeure princière, et voit s'élever, du milieu de ses ombrages, un petit castel féodal où Catherine de Bourbon, duchesse d'Albret, comtesse d'Armagnac, établit sa résidence. Après être restée longtemps dans l'ombre, elle s'agrandit dans la première partie du xviii* siècle, pour devenir le séjour favori du dernier souverain de Lorraine, le bon Stanislas, qui en fit une demeure vraiment royale par les bâtiment nouveaux qu'il éleva, par les œuvres d'art dont il la remplit, par le parc splendide, par les bosquets, les parterres et les jets d'eau à l'imitation des jardins de Versailles dont il l'entoura. Là, avait toujours lieu, sous ce prince brillant, les grandes présentations et les réceptions officielles.

C'est dans ce domaine princier, où Louis XV avait fait porter la dévastation aussitôt après la mort de Stanislas, mais dont il restait une partie des bâtiments, de grandes avenues, des bosquets, des jardins, des eaux jaillissantes; c'est sur ce plateau d'où l'on jouit de tous les côtés de vues si riantes, si douces et si calmes, quefuttransporté, en 1839, le collège catholique qui avait été installé en 1836 dans une dépendance du séminaire diocésain.

« Dès le début de la Malgrange comme collège, les premières familles du pays tinrent à honneur de faire élever leurs fils dans ce vieux sanctuaire des souvenirs de la patrie (1); » et la prospérité de cette maison ne cessa de s'accroitre d'année en année, grâce à la particulière protection des évêques de Nancy.

Les premiers supérieurs, MM.Mirguet, Lamblin, Noël, Cayet, M. Lamblin plus que tous, établirent « cette instruction solide, méthodique, profonde, qui ne sacrifie ni au caprice, ni aux empressements inconsidérés, ni aux désirs inconscients de parents quelquefois trop faibles (2). » Cette œuvre fut et est encore dignement continuée par le supérieur actuel, M. l'abbé Vanson, et la Malgrange, successivement améliorée à tous égards et considérablement agrandie, est devenue l'un des établissements libres les plus importants de France.

(1) Discours de distribution des prix, prononcé le5 août 1868 par M. l'abbé Vanson, supérieur.

(2) Oraison funèbre de M. l'abbé Lamblin, prononcée dans la chapelle de la Malgrange par M. l'abbé Vanson, le 2 mai 1872.

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Cette vaste institution, qui a compté, dans le dernier exercice scolaire 1874-75, 6G0 élèves, après avoir subi diverses phases, forme aujourd'hui un groupe dont l'organisation est une des plus complètes et des plus heureuses qui se puissent voir : réalisation féconde d'un idéal vers lequel on tend de tous côtés. Avec un même esprit, un même but, des exercices communs, des examens simultanés et des concours périodiques, il y a trois maisons : la Malgrange proprement dite, l'École Saint-Léopold et la Maison des Étudiants.

Le Collège de la Malgrange renferme l'internat des classes de lettres jusqu'à la seconde inclusivement. L'EcoleSaint-Léopold renferme l'externatdes classes de lettres. La Maison des Étudiants, contiguë à l'académie de Nancy, renferme l'internat et l'externat des classes supérieures. Elle comprend la rhétorique, la philosophie, les classes de sciences et la préparation aux Écoles.

En dehors des deux classes de mathématiques qui préparent directement au baccalauréat es sciences, un cours supérieur d'élémentaires est établi pour les candidats aux Écoles navale, Saint-Cyr et forestière.

Les élèves de mathématiques spéciales suivent les classes du lycée : ils peuvent être admis à profiter de certains cours faits à la maison.

La Maison des Etudiants reçoit en chambre, pour le temps de leurs études de droit, et sous un régime tout particulier, les jeunes gens élevés dans des familles ou desinstitutionschrétiennes.

Nous approuvons pleinement cette création d'établissements distincts, quia pour objet de séparer les élèves des différentes divisions et d'assurer aux jeunes gens les plus avancés, pour la préparation immédiate des examens, pour l'avantage des études, pour les diverses conditions d'installation et de discipline, une maison particulièrement appropriée à leur âge et à leurs besoins. Comme l'a très-bien dit M. l'abbé Vanson, supérieur du groupe entier, « Quand un jeune homme a passé les huit années de ses études classiques dans une maison, fùt-elle la meilleure, il est bon pour lui d'entrer dans un autre milieu, de rompre la monotonie qui s'attache à toutes choses, et, sans changer de principes, de fortifier, par un changement d'habitudes, son tempérament moral (1). »

(1) Discours dul5 août 1868.

Les évêques de Nancy ont pris la mesure qui était la pins capable d'assurer et de légitimer la pleine prospérité de ces maisons : ils ont fondé une École ecclésiastique des Hautes-Études, maintenant abritée dans la Maison des Étudiants, pour le recrutement du corps professoral diocésain.

L'Ecole ecclésiastique des hautes études du diocèse de Nancy a été établie au mois de janvier 1867 et d'abord installée dans une des ailes de la Maison de Saint-Léopold. Désireux de compléter une des améliorations qu'il avait introduites dans l'enseignement diocésain, Mgr Lavigerie, alors désigné pour le siège d'Alger, s'entendit avec son futur successeur, Mgr Foulon, et commença l'École en l'inaugurant et en lui donnant un règlement.

Après quelques incertitudes, inévitables au début d'une œuvre nouvelle, l'École se constitua définitivement. Depuis 1869, elle a son fonctionnement régulier. Les résultats obtenus ont été excellents, et cette modeste institution promet des avantages considérables aux établissements diocésains.

L'École est sous la haute direction de Mgr l'évèque de Nancy. Elle a pour supérieur le supérieur du grand séminaire ; les futurs professeurs dépendent de lui tant qu'ils n'ont pas reçu leur nomination à un poste définitif. Dans l'École même, l'autorité est exercée par un direcleurchargé de la surveillance générale des études, de l'observation du règlement et de la formation des étudiants. Les étudiants sont nommés par Mgr l'évèque sur une liste présentée par M. le supérieur du grand séminaire. Us doivent être engagés dans les ordres sacrés et avoir terminé toute leur théologie. Leurs dernières ordinations, s'ils ne sont pas prêtres, ont lieu plus tard, dans les gr-indes vacances, à la fin de la retraite ecclésiastique donnée tous les ans aux professeurs des maisons d'éducation.

Les étudiants sont destinés aux lettres ou aux sciences, suivant leurs aptitudes et les besoins probables de l'enseignement dans les établissements diocésains.

Ceux qui sont destinés aux éludes littéraires doirent apporter le diplôme de bachelier. Mgr Foulon a décidé que chaque année un certain nombre d'élèves de rhétorique au petit séminaire subiraient les épreuves de la première partie du baccalauréat, et qu'ils se présonteraient au second examen, au grand séminaire, après la philosophie. Lorsqu'un candidat n'a pas encore le di-

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