LES MAISONS D ÉDUCATIO:,' CHRÉTIENNE
allemande, est la dernière institution vivante qui relie l'Alsace à la France. Là les traditions de notre langue , de nos idées, de notre nationalité et de notre foi se perpétueront parmi des générations appartenant en partie aux classes dirigeantes, les seules qui puissent être un élément sérieux de résistance dans un pays récemment conquis.
Il nous est agréable de dire qu'un établissement laïque accomplit dignement aussi, à Belfort, cette noble tâche d'entretenir les sentiments français, tout à côté des conquérants. Nous voulons parler de l'ancien collège communal de Belfort, érigé en lycée par décret du 18 juillet 1873. C'est ainsi qu'avant nos malheurs, à Colmar, le collège de l'état et le collège libre, nobles et loyaux concurrents, marchaient vers leur but, chacun dans le chemin qui lui était tracé, sans se nuire l'un à l'autre.
Le gouvernement, en décidant la création de ce lycée, eut surtout en vue les enfants des familles d'Alsace auxquelles, leurs parents voudraient donner une éducation française. De grands industriels alsacî*ens fournirent une subvention de 100,000 francs pour concourir aux frais nécessaires et témoigner de leurs inébranlables sympathies.
Le lycée d'e Belfort est l'héritier des lycées de Strasbourg et de Coimar, et surtout de l'école de Mulhouse, où un enseignement commercial et industriel conçu delà manière la plus intelligente et la plus large formait des agents commerciaux, des dessinateurs, des chimistes, des ingénieurs, qui trouvaient leur emploi, non-seulement dans la contrée, mais encore, et pour une large part, en Normandie et ailleurs.
La nouvelle création, plus alsacienne que belfortaiue, et française avant tout, se recommande spécialement par une instruction professionnelle fortement constituée.
C'est à ce titre qu'il est soutenu, avec le collège de La Chapelie-sous-Rougemont, par une œuvre qui mérite que nous en disions quelque mots ici : l'OEuvre de r instruction des Alsaciens- Lorrains.
Le k juillet 1874, la commission des Alsaciens-Lorrains, instituée au ministère de l'intérieur, demanda la formation d'une œuvre particulière, reconnue d'utilité publique, et ayant pour but de continuer la mission du comité de l'instruction. Un décret du 29 du même mois conférait à l'œuvre nouvelle la reconnaissance légale.
Elle est administrée par une commission de neuf membres nommés par le ministre. Le secrétaire, actuellement M. Follet, sous-directeur de l'administration départementale au ministère de l'intérieur, représente l'œuvre dans tous les actes de la vie civile.
La dotation de cette œuvre consiste dans le reliquat des fonds attribués au comité de l'instruction, qui a cessé d'exister.
Le but de l'institution est d'assurer aux fils et aux filles d'Alsaciens-Lorrains ayant conservé la qualité de Français une éducation en rapport avec leur condition sociale. Le 31 décembre 1874, le nombre des pupilles s'élevait à 1,279 : 935 garçons et 344. filles.
Ces pupilles sont répartis dans les établissements dont suit la désignation générique : orphelinats, collèges, lycées, pensionnats, grands et petits séminaires, écoles professionnelles, institutions primaires, écoles spéciales, école de musique religieuse, faculté de droit et de médecine, école supérieure de pharmacie, etc., etc..
A la date indiquée plus haut, l'œuvre entretenait trente-neuf élèves au lycée de Belfort et dix-huit au collège de La Chapellesous-Rougemont.
Au fur et à mesure que cette œuvre si patriotique sera mieux connue, ses ressources se multiplieront, et elle pourra étendre le bien qu'elle produit. Nous souhaitons vivement que tous nos lecteurs, appréciant cette entreprise de dévouement, lui apportent leur part de sacrifices.
Le gouvernement, tuteur naturel du lycée de Belfort, n'a pas négligé le collège de La Chapelle, et il a voulu lui donner une grande marque d'intérêt. Au commencement de cette année, le ministre de l'intérieur a fondé, à cette institution catholique, cinq bourses perpétuelles pouvant être fractionnées en demibourses et quarts de bourse, et dont les fils d'Alsaciens-Lorrains demeurés Français pourront seuls profiter. Le ministère de l'intérieur a versé entre les mains du directeur le capital de 50,000 francs stipulé pour la fondation, dans cet établissement,des cinq bourses perpétuelles dont il s'est réservé la collation, et dont nous apprenons que les premiers titulaires viennent d'être nommés. Le caractère de perpétuité de cette fondation sera une leçon permanente pour les jeunes générations qui passeront sur les bancs du collège de La Chapelle.
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A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous savons que VOEuvre de r Instruction des Alsaciens-Lorrains poursuit sa tâche en dépit de toutes les difficultés. Son but d'ailleurs est essentiellement transitoire. Elle a adopté un nombre fixe de pupilles et calculé l'emploi de ses ressources dans une période d'années déterminée, Accablée de demandes, elle est loin de pouvoir satisfaire à toutes, faute de ressources. Au moins s'appliquc-t-elle religieusement à faire les choix les plus jusle^' elles mieux légitimés
Si les directeurs des divers établissements dont nous avons parlé dans cette étude veulent bien nous tenir au courant de tout ce qui les intéresse, nous ne laisserons échapper aucune occasion de leur prouver la vivacité de notre sympathie.
Aujourd'hui nous terminerons en formant du plus profond de notre âme le vœu que le ciel bénisse ces grandes œuvres d'éduca» tion de notre chère Lorraine-Alsace, qu'il leur donne tout accroissement et toute prospérité, et que le succès de ces institutions si nationales soit, pour tous les Français, un augure des relèvements que Dieu réserve dans l'avenir à notre malheureuse patrie par des moyens dont sa bonté toute-puissante a le secret.