‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 33 sur 66 · LES MAISONS D ÉDUCATION CHRETIENNE · texte numérisé non relu

LES MAISONS D ÉDUCATION CHRETIENNE

avons été heureux de voir chez les supérieurs et les professeurs des maisons d'éducation chrétienne de la Lorraine, le pays d'initiative par excellence, cette aspiration à d'incessants progrès, cette ardeur généreuse de vouloir se perfectionner toujours, au lieu de s'endormir dans une abrutissante satisfaction de soimême et dans une honteuse ignorance de toutes les améliorations désirables et possibles.

Les maisons ecclésiastiques d'éducation sont plus nombreuses en France qu'elles ne l'ont jamais été depuis la Révolution, et tout permet d'espérer qu'elles ne cesseront point d'augmenter.

Mais il ne suffit pas que nous ayons beaucoup de collèges chrétiens attirant une partie de la jeunesse qui allait auparavant aux collèges laïques. Il faut que ces collèges chrétiens l'emportent à tous égards sur les collèges laïques.

Quelles sont les conditions de cette supériorité si désirable ? Les voici, selon nous, ou du moins en voici quelques-unes qui nous paraissent fondamentales :

Etre fidèle à la tradition, mais ne pas prendre la routine pour la tradition. Se tenir fermement aux méthodes éprouvées, mais admettre toutes les modifications que réclame le changement des temps, et dont la réflexion et l'expérience ont démontré la nécessité ;

Faire aimer, plus qu'on ne le fait partout ailleurs, ces grandes langues latine et grecque qui sont la base solide sur laquelle devra toujours reposer l'édifice des humanités ; mais accorder une part plus large qu'on n'en avait l'habitude jusqu'en ces derniers temps à l'étude de la langue et de la littérature nationale, et aussi à l'étude sérieuse et pratique, je ne dirai pas des langues vivantes, mais de la langue vivante^ qu'il n'est plus permis à un lettré patriote d'ignorer;

Placer la langue nationale et l'allemand dans le programme des premières années auxquelles doit suffire un solide enseignement primaire, préparation la meilleure, et préparation nécessaire aux études latines et grecques; niveau d'après lequel les maîtres jugeront si les enfants sont capables de monter plus haut;

Dans l'élargissement obligé du cadre classique, faire entrer le plus possible d'histoire et de géographie^ et surtout d'histoire nationale, de géographie de la France;

Tâcher de faire aimer les sciences comme les lettres, et s'efforcer d'arriver à ce résultat que tous les studieux des lettres

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aient une bonne teinture des sciences, et que tous les studieux des sciences soient lettrés;

Viser principalement à former l'âme et à cultiver toutes les facultés de l'intelligence; mais aussi, par tout l'ensemble de la vie collégiale, par tous les exercices les mieux appropriés, fortifier, assouplir le corps, et développer toutes ses aptitudes de façon à faire des hommes complets et prêts à tout;

Etablir si fermement le règne de la discipline que jamais personne ne soit tenté d'y porter atteinte, et qu'elle produise chez tous un même amour du travail et de la vertu;

Avoir un corps de professeurs aimant la maison à laquelle ils sont attachés, d'abord parce qu'ils ont ce dévouement qui rend toujours cher le devoir, mais aussi parce que cette maison est pour eux une famille où il n'y a que des frères et des amis, réunis sous une autorité douce, ferme, respectée, qui sait tout contrôler et tout dominer, qui prévient tout discord, tout tiraillement, toute partialité, tout individualisme; parce que leurs fonctions si importantes et si bienfaisantes sont honorées, parce que leurs légitimes aspirations sont convenablement satisfaites, parce que leur condition présente est bonne et n'a rien de précaire, et que leur avenir est assuré, enfin qu'ils sont certains que tous leurs services seront récompensés d'une manière prévue et déterminée d'avance;

Ne pas se contenter de choisir ces professeurs parmi les je nés prêtres les plus éclairés et les plus distingués, mais, dans les établissements eux-mêmes, former une pépinière d'excellents professeurs astreints à conquérir successivement les divers grades universitaires, et obligés d'obtenir les plus élevés pour parvenir aux chaires des classes supérieures ;

Et à la tête de tout le corps professoral avoir, pour premier supérieur effectif, l'évêque agissant par lui-même dans toutes les occasions nécessaires, mais, en outre, ayant auprès de lui comme un ministère de l'instruction publique dans la personne d'un ou de plusieurs grands vicaires spécialement chargés de tout ce qui concerne l'enseignement.

Les grands collèges chrétiens de la Lorraine nous ont paru réaliser les plus essentielles de ces conditions et en voie d'atteindre les autres. C'est pourquoi, réjoui dans notre âme de citoyen par tout ce qu'ils nous ont offert, nous avons cru bon de les signaler et de les proposer en modèle.

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L'Alsace est la sœur de la Lorraine, sœur aussi chère à la France et encore plus malheureuse. Une consolation et une espérance bien précieuses nous sont offertes sur un coin de cet infortuné pays, celle de toutes nos provinces qui, au patriotisme fran çais le plus ardent, joignait l'attachement le plus ferme à son individualité particulière.

Sur le territoire de Belfort s'est élevée une grande maison d'éducation chrétienne qui ne saurait être trop recommandée et à la prospérité de laquelle tous les bons Français doivent s'efforcer de concourir, chacun selon son pouvoir et dans sa sphère d'action.

Colmar avait un grand gymnase catholique, fondé en 1852 au prix d'énormes sacrifices, par Mgr Rsess, évèque de Strasbourg. Sous le gouvernement si ferme et si élevé du premier directeur, l'éminent abbé Charles Martin, il compta trois cents élèves dont la moitié internes. Il fut supprimé au mois de juin 1873 par un acte arbitraire de l'autorité allemande. Quoique dirigé par des ecclésiastiques, il n'avait pas craint, après l'annexion, d'ouvrir ses portes aux élèves des différents cultes qui ont voulu se soustraire aux programmes germanisateurs de la conquête. Quelques protestants et plus de cinquante israélites avaient été admis avec une intelligente et patriotique bienveillance.

Grâce au dévouement de son personnel enseignant et au concours empressé de trois alsaciens généreux, Mgr Freppel, évèque d'Angers, M. le député Keller, et M. Didio, avocat à la cour d'appel de Paris, le gymnase catholique put être transféré, au mois d'octobre 18T3, dans la commune de La Chapelle-sous-Rougeraont; mais les conditions de ce transfèrement furent des plus onéreuses. Il avait fallu abandonner à Colmar un immeuble parfaitement approprié de la valeur de plus d'un demi-million, qui, par suite de la suppression du collège, est devenu entièrement improductif. On dut s'installer dans un local, occupé jusqu'en 1869 par le petit séminaire du Haut-Rhin, qui avait été saccagé parles Allemands pendant le siège de Belfort. Les frais de restauration, d'aménagement, de déménagement, atteignirent un chiffre supérieur à toutes les prévisions, et que les largesses des

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amis de l'Alsace n'ont couvert qu'en partie; beaucoup de choses restent encore à payer et beaucoup à faire.

Comme par le passé, le Collège libre du haut-rhin est une école secondaire de plein exercice, préparant ses élèves non-seulement aux grades académiques, mais encore aux écoles du gouvernement.

Outre les classes régulières, l'organisation de l'établissement comprend des cours spéciaux de français, de sciences, de gymnastique, etc..

Dès son installation, le collège de La Chapelle-sous- Rougemont a reçu près de deux cents internes et plus de soixante-dix externes tous issus de parents alsaciens, dont un grand nombre n'a pu opter pour la nationalité française, mais est demeuré de cœur à la mère patrie. Ce sont, en général, des fils de petits propriétaires ou même de cultivateurs. Les jeunes gens sans fortune se rendent journellement au collège, des villages voisins de la Haute-Alsace, et rentrent chaque soir chez eux.

Un fait à signaler, c'est qu'au moment où lanouvelie institution venait chercher sur le sol de la France une législation plus équitable, toute une députation de parents Israélites lui demandait de vouloir bien recevoir comme externes à La Chapelle les enfants de cette religion qui avaient été si libéralement admis au gymnase catholique de Colmar.

La suppression du petit séminaire de Zillisheim ( 12 décembre 1873), conséquence du système de persécution adopté pax le gouvenement prussien contre tout ce qui est catholique, amena le licenciement de cent cinquante étudiants, dont bon nombre se sont adressés au collège de La Chapelle, qui s'est efforcé de recueillir ces épaves.

Cet établissement, dirigé par des prêtres libres, ressortit au diocèse de Besançon par suite de la délimitation des frontières diocésaines de l'Est.

Il est actuellement gouverné par M., l'abbé Umhang, digne successeur de M. l'abbé Charles Martin,' mort le 21 mars 1873, épuisé par trop de labeurs et de secousses douloureuses. L'instruction est donnée par vingt professeurs émérites, tous bacheliers ou licenciés dans l'Université française, appliqués à l'enseignement depuis plus de vingt ans et unis entre eux par une cordiale atîection.

Le collège libre du Haut- Rhin, situé à 700 mètres de la frontière

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