‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 4 sur 66 · PONTLEVOY · texte numérisé non relu

PONTLEVOY

Nous avions vu les élèves du petit séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin^ après avoir reçu leurs prix, partir en vacances. Nous vîmes les élèves de Pontlevoy rentrer à l'école. Peut-être étonnerons-nous ; mais les derniers ne nous parurent guère moins joyeux que les premiers. C'est qu'ils ne quittaient la famille que pour en retrouver une autre. « Pour bien élever la jeunesse, a dit un ancien directeur de Pontlevoy, la première condition à remplir, c'est de l'aimer (1). » Cette jeunesse sent qu'elle est aimée profondément, paternellement, et elle rend à ses maîtres un amour sincère et filial.

Au premier regard jeté sur ces élèves, rentrés d'hier au collège, nous sentîmes que, si légitimement ils regrettaient quelque chose, ils comprenaient que les plus précieuses compensations ne leur manqueraient pas. Leur famille elle-même sera constamment présente et agissante pour eux. On les entretiendra constamment de leur famille, on ne leur laissera jamais négliger leur famille, toujours consultée, fréquemment appelée. Elle prendra une part effective à leur éducation et partagera perpétuellement avec leurs maîtres la plus sacrée des responsabilités. Sous ces deux protections également zélées, également tendres, ils passeront, dans un bonheur qu'ils se rappelleront

(1) M. Peschoud, Discours sur le respect religieux de la règle, 31 juillet 1834.

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toujours avec délices, ce printemps de la vie où la nature demande que tout s'épanouisse, que tout soit en fête ; tandis qu'ailleurs d'autres enfants moins bien partagés se faneront, se dessécheront misérablement.

Passant des grands aux moyens et aux petits, nous vîmes la même gaieté pure briller sur tous les visages ; dans toutes les divisions nous fûmes , également frappé des manières franches et cordiales, des relations toutes fraternelles des élèves entre eux. Il y en avait de bien jeunes, de vrais babys, qui n'avaient plus leurs mères ou que des circonstances toutes particulières empêchaient de garder à la maison paternelle. Nous fumes touché des soins délicats, affectueux, presque religieux, dont ils étaient l'objet de la part d'élèves un peu plus âgés avec lesquels ils se trouvaient. Leur société habituelle sera une sœur qu'ils appellent leur mère, et qui l'est bien par la tendresse et par le dévouement.

Au milieu des conversations gaies et des rires joyeux qui éclataient de tous les côtés pendant la récréation, nous entendîmes des pleurs, de vrais pleurs, des sanglots même partir d'un parloir. C'était un de ces tout petits enfants — pour lesquels il existe une division toute spéciale — à qui son père et sa mère faisaient leurs adieux. Ils étaient restés plusieurs jours dans l'école pour accoutumer leur fils à cette nouvelle demeure, et nécessairement la séparation n'en était que plus douloureuse. Enfin, après que le père eut dîné une dernière fois avec son enfant à la table des maîtres, il fallut se quitter. Les larmes et les désespoirs redoublèrent. Alors les seconds pères prennent cet enfant et seuls le raisonnent mieux que devant ses parents. Leur air est si bon, leurs paroles sont si douces, les moyens suggérés par leur expérience pour le distraire sont si efficaces, tout, autour de lui, respire tant l'affection, qu'il s'apaise soudain, bientôt reprend sa gaieté, et ne se trouve plus malheureux; le lendemain il avouera déjà qu'il se sent heureux.

Une autre mère, qui amenait son fils âgé de neuf à dix ans, n'avait pas encore vu Pontlevoy. Elle fut ravie de sa situation entre les rivières de la Loire et du Cher, dans un terrain si fertile, si abondant d'eau délicieuse, sous un ciel si pur; mais en pénétrant dans l'établissement même qui ressemble à un château, à une maison de plaisance plus qu'à un collège, non-seulement

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elle fut rassurée pour son jeune fils, mais elle ne put contenir sa joyeuse surprise, et elle dit au directeur : « Monsieur, votre maison est ouverte, on y entre et on en sort librement, le cœur content. Que cela ressemble peu aux collèges de Paris avec leurs grands murs noirs, leurs lourdes portes dont les verroux grinçants se tirent sur le pauvre enfant qui est enfermé là comme dans une caserne ou une prison ! »

La différence est grande en effet, et c'est pourquoi les élèves de Pontlevoy entrent si joyeusement dans leur doux asile. Ils y restent volontiers sans jamais trouver monotone la régularité des exercices qui viennent à tour de rôle s'emparer de leurs journées, et demeurent inaccessibles à la contagion de l'ennui, une des plus funestes maladies du siècle qui porte ses ravages jusque dans les meilleures maisons d'éducation. Quand ils l'ont quitté, ils y reviennent avec |un vif plaisir, fallùt-il faire de grands voyages, de longs détours pour retrouver cette oasis dont « le nom seul fait éclore chez eux tout un essaim de chers et puissants souvenirs (1). » Indépendamment de certaines époques de l'année oii la maison est pour ainsi dire pleine d'anciens élèves, qui sont là reçus et hébergés comme chez eux et se sentent vraiment chez eux, allez à Pontlevoy n'importe à quel moment, vous y rencontrerez des anciens assis à la table de leurs chers maîtres dans cette magnifique salle à manger décorée du splendide poêle en faïence de Maurice de Saxe. Vous les verrez se promenant dans les jardins et dans les parcs, allant faire un pèlerinage à la fontaine des joncs, priant à la chapelle, allant visiter amicalement et comblant de larges cadeaux de vieux domestiques qui aiment à prendre leur retraite dans la maison où ils comptent mourir doucement, commue ils y ont vécu. Lisez, ainsi que nous l'avons fait, les adieux en prose ou en vers que depuis longtemps les élèves laissent chaque année en quittant la maison, et vous comprendrez à quel point l'esprit de famille est vivace à Pontlevoy.

A la rentrée de 1871, que nous avons pu voir, nous rencontrions partout des groupes de ces anciens dans les jardins fleuris de l'entrée, sous le quinconce, près de la fontaine, sur les rivages peu escarpés du mélancolique Traîne-feuille. Tous les ans, conformément à une tradition des plus touchantes et des plus religieuse- Ci) Ce sont les paroles de M. Georges de Çadoudal dans le Messager de la Ch'r lie.

ment conservées dans cette école, ils viennent, à la distribution des prix, déposer des couronnes sur le front de leurs plus jeunes frères. Ils aiment également à les encourager de leur présence quand ils reprennent le travail classique et tous ces exercices qui font de la vie de ces collégiens quelque chose de si différent de la vie des lycéens universitaires. Des cours et des ■ jardins oii se prennent allègrement les récréations, nous avons voulu suivre les élèves aux salles d'études. îsous les avons vus travailler après avoir prié avec un sérieux et un recueillement qui montrait que la messe du Saint-Esprit leur avait profité. Ils avaient retenu les graves paroles qui leur avaient été dites dans cet antique sanctuaire où ils apprennent que la science, et surtout le bon usage de la science, vient de Dieu, comme tous les biens. Ncque qui plantât est aliquid, neque qui rigat : sed qui incremenum dat, Deus (1).

Et c'est ainsi que nous pûmes nous convaincre combien une rentrée dans un collège chrétien différait d'une rentrée dans un coîlége ordinaire.

Nous espérons que nos lecteurs, à qui, sous le charme de ce que nous avons vu, entendu, éprouvé, nous nous sommes laissé aller à parler avec un abandon familier de Pontlevoy, partagent déjà un peu notre affection pour lui, et ne seront pas fâchés que, pour leur apprendre « comment il est parvenu à être beau entre les plus beaux asiles de la jeunesse (2), » selon l'expression d'un ancien Pontilévien, M. Georges de Gadoudal, nous remontions avec eux le cours des siècles jusqu'au fin fond du moyen âge où nous le voyons naître et bien vite grandir et prospérer.

Et, si nous parlons avec cet inLérêt de Pontlevoy, ce n'est pas uniquement pour Pontlevoy lui-même, c'est surtout pour la France, car l'école qui a pris pour devise : Religion et Patrie, est un des meilleurs espoirs de notre malheureux et cher pays, et, sans nullement méconnaître l'importance des autres collèges chrétiens, ses utiles rivaux, nous pouvons répéter les paroles qu'un des plus dignes directeurs de Pontlevoy prononçait en 1844 : « Le bien opéré dans cette enceinte ira se répandant au dehors de proche en proche, et Pontlevoy sera, dans un siècle

(1) / Cor., III, 7.

(2) Dissertation philosophique sur la Famille considérée comme base de la socie<é,dans le Rapport sur les travaux de l'Académie de Pontlevoy, pendant l'année scolaire 1842-1843, p.ir M. Picart, professeur de rhétorique, p. 82.

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d'égoïsme, plus qu'un asile privilégié; il sera un foyer de dévouement, de sentiments généreux, et par là même de régénération sociale (1). «

Peu de collèges, non-seulement en France, mais en Europe, ont eu un passé si long et si constamment florissant.

« Ce qui rend si fragile la durée de la plupart des maisons d'éducation, dit un des plus illustres directeurs de Pontlevoy, c'est qu'en général elles sont trop identifiées avec la personne du chef qui les dirige. Si elles appellent la confiance des familles, c'est parce que ce chef la mérite individuellement par ses lumières et par ses vertus. Ces maisons vivent donc de sa vie ; elles se développent avec son zèle et son talent; mais, à mesure que sa vigueur s'use par son développement même, elles ne peuvent que s'affaiblir avec elle et périr enfin comme lui. Il est, au contraire, des établissements qui, sans être complètement à l'abri des vicissitudes diverses qu'entraîne pour toute institution l'influence heureuse ou fatale des hommes dont la vie est mêlée à la science, continuent de vivre après que ceux-ci sont morts, et demeurent debout pendant des siècles. Évidemment ces maisons ne subsistent que parce qu'elles ont une vie propre, un esprit et des traditions qui n'appartiennent qu'à elles, et qu'au lieu d'emprunter leur force aux hommes qui les gouvernent, ce sont elles, au contraire, qui prêtent à ces hommes la force qu'ils déploient pour les soutenir. De ce nombre est celle de Pontlevoy, dont l'existence remonte au xi^ siècle (2). »

Sur les confins du Blésois et de la Touraine, au milieu d'une vaste forêt, et presque à la source d'un petit ruisseau qui, en serpentant dans le pittoresque vallon de Monthou, va se perdre dans le Cher, existait, avant le xi^ siècle, un château fortifié entouré de larges fossés sur lesquels étaient jetés des ponts-levis. Telle fut l'origine de Pontlevoy.

(1) M. Peschoud. Du respect religieux de la règle dans les maisons d'éducation. 2) Discours sur les Caractères de l'éducation donnée à Pontlevoy. 184a.

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Au XI* siècle, un noble Danois qui s'était attaché à la fortune des comtes de Blois, Gilduin ou Gildouin, obtint comme récompense de ses services la terre et le château de Pontlevoy.

Au sein d'une paix forcée, le vieux guerrier repassa dans sa mémoire les hasards qu'il avait courus pendant une vie si tumultueuse. Il se ressouvint que, se trouvant en mer au milieu d'une furieuse tempête et dans un péril imminent, il avait invoqué la bienveillante protection de Marie, et que la mère du Dieu de miséricorde lui avait apparu resplendissante de blancheur et l'avait arraché à une mort certaine. Pour témoigner au ciel sa reconnaissance, il donna le château et les deux églises qu'il possédait à Pontlevoy à des moines bénédictins qui furent appelés pour le service divin. Telle fut l'origine de l'abbaye qui prit le titre de Notre-Dame des Blanches et eut pour premier abbé Ansbert. Les bénédictins commencèrent à enseigner à Pontlevoy peu de temps après leur installation. Mabillon cite un fait du XII* siècle qui prouve qu'à cette époque les lettres étaient déjà soigneusement cultivées dans le monastère pontilévien que gouvernait alors Foucher, huitième abbé.

Vers la fin du xii* siècle l'église devint la proie d'un vaste incendie, et les chartes et diplômes qu'elle possédait furent dévorés par les flammes. Perte irréparable pour l'histoire soit de l'abbaye, soit de l'enseignement donné dans cette école dès le XI' siècle.

Vers le milieu du xiii* siècle nous voyons l'évéque de Chartres féhciter l'abbé Godefroy de ce que l'enseignement fleurit au monastère pontilévien, qui avait deux écoles distinctes et isolées l'une de l'autre : l'école des novices, spéciale pour les enfants destinés à la profession monastique, et l'école des séculiers; la première initiait à la haute science, la seconde enseignait les simples éléments. Les novices étaient logés dans l'intérieur du monastère, les séculiers étaient externes. Plus tard les séculiers furent admis aux études supérieures. Toujours externes, ils. étaient fort peu nombreux, et la maison, tristement déclinante, ruinée, dégénérée, menaçait de périr au commencement du XVII'' siècle, lorsque Richelieu, au lieu d'en assigner les revenus à la Sorbonne, comme on le lui conseillait, prit cette antique abbaye sous sa protection, et la réunit à d'autres bénéfices qu'il possédait, et notamment à Luçon dont il était évêque. Pour régé-

nérer et saiiver Pontlevoy, il conçut le projet d'y introduire la congrégation de Saint-Maur, que Jean Renaud, abbé de Saint- Augustin de Limoges, avait récemment formée dans le sein de l'ordre de Saint-Benoît, et aui, approuvée par les papes Grégoire XV et Urbain VIII, avait ravivé dans l'ordre entier la vie de prrère et de travail, l'étude des saintes lettres etdes belles-lettres, et favorisé singulièrement le développement des écoles. De nombreux obstacles durent être surmontés pour amener la transformation désirée par Richelieu. Pendant les débats le cardinal abdiqua son abbaye (1629).

Ce ne fut que deux ans après, sous le gouvernement de l'abbé de Bérulle, neveu du célèbre cardinal, que les bénédictins de Saint- Maur purent prendre possession de Pontlevoy. Dom Antoine Lefort, un des religieux les plus distingués de la nouvelle réforme, en fut nommé prieur : « Jugeant, dit le Gallia Christiana, que le lieu était éminemment propre à la culture des lettres par son isolement de tout ce qui pouvait en troubler la tranquillité, il forma le dessein d'y établir une grande école avec plein exercice. Elle prit en 1644 le titre de séminaire : on donnait alors ce nom à tout établissement d'instruction, surtout quand il appartenait à certaines corporations religieuses. Le pensionnat séculier fut alors établi, et de tous les points du royaume, des colonies et même de pays étrangers, notamment de l'Espagne et du Portugal, les pensionnaires aiiluèrent. En 1649, une chaire de rhétorique fut créée et inaugurée par D. Hugues Vaillant, à qui la congrégation de Saint-Maur doit diverses hymnes très-estimées et des tragédies jouées par les élèves.

Quand l'abbé de Bérulle mourut en 1643, après cinquantequatre années de l'administration la plus active et la plus féconde, qui lui méritèrent le titre de second fondateur de Pontlevoy, le monastère et le collège étaient dans l'état le plus florissant.

Le successeur de Bérulle, Antoine Gérard de Labournat, docteur de Sorbonne, montra une grande sollicitude pour l'éducation de ses nombreux élèves, et aussi pour l'instruction des enfants des deux sexes qui appartenaient aux familles delà paroisse. Le prieur et directeur du collège, dom Jean Purar.d, donna une impulsion nouvelle à la prospérité des études. En 1691 une chaire de philosophie fut créée à Pontlevoy, comme dans les collèges de premier ordre : dom Jean Thiroux en fut le premier professeur

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et Crébillon le premier élève. Au commeDcemenl du xviii* siècle, l'école passée avec l'abbaye sous le gouvernement direct des évoques de Blois change son nom de séminaire contre celai de collège.

En 1723, le prieur D. François Ghazal place les professeurs les plus distingués dans les chaires de Pontlevoy, où plus de doux cents gentilhommes de toutes les provinces du royaume étaient alors élevés. Parmi les professeurs qui honorèrent le plus Pontlevoy, nous citerons dom Glemencet, le célèbre auteur de 1'^^^ de vérifier les dettes^ qui, tout jeune encore, y vint enseigner la rhétorique.

L'école de Pontlevoy, deux fois menacée, en 1732 et en 1770, poursuivit son existence prospère sans notables changements pendant tout le règne de Louis XV. Une transformation importante fut opérée par Louis XVI en 1774 : le collège fut érigé en école royale militaire.

Louis XVI, trouvant que l'école de La Flèche était insuffisante pour recevoir les nombreux élèves qui se destinaient à la carrière des armes, créa douze écoles royales militaires qu'il plaça dans les collèges les plus florissants de son royaume. Le collège de Pontlevoy, sous la direction des bénédictins, répondit noblement à Pattente du souverain et des familles toujours plus empressées à y envoyer leurs enfants, tellement qu'en 1786 le vénérable dom Marquet, dernier prieur et directeur de cette maison, fut obligé d'agrandir lapartie de l'établissement destinée au pensionnat. La maison avait alors deux cents élèves. Bientôt hélas! la Révolution allait disperser maîtres et élèves. Le prieur directeur, dom Marquet, ayant refusé de prêter le serment, partit le premier. Tous les religieux suivirent son exemple, à l'exception de trois, dom Garrelon, dom Perrin et dom Jollivel, qui, rentrant dans la vie civile, firent leur soumission et restèrent dans la maison.

L'administration du département de Loir-et- Cher, voulant assurer la continuation des éludes dans son collège national, en- . voya des laïques remplir les chaires des bénédictins partis, nomma D. Garrelon directeur, supplia par une adresse l'assemblée nationale de conserver ce précieux étabhssement, et s'efforça de rassurer par une circulaire les familles inquiètes. Mais l'effroi devint universel quand on apprit que Garrelon, Perrin et Jollivel avaient été conduits à Blois comme suspects. Pour calmer les

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esprits, le comité central chargea un ancien membre de la congrégation de Saint-Maur, Pierre François Chappotin, venu à Blois pour être grand vicaire de l'évêque assermenté Grégoire, et professeur de théologie au grand séminaire, d'aller prendre possession du collège au nom de l'administration départementale, et forma, pour le gouverner, une commission de professeurs, dont M. Chappotin fut membre avec le titre d'inspecteur général (1). Quelques mois après, la commission fut supprimée, et la direction unique confiée à M. Chappotin, qui, deux ans et demi plus tard, se rendit adjudicataire des bâtiments et dépendances et du mobilier du collège. Sous cette direction préservatrice, l'école subsista libre et avec ses anciens programmes jusqu'à la création de l'Université. Napoléon lui donna le titre de lycée. Elle reprit et garda pendant vingt ans son ancienne splendeur et rivalisa d'une manière avantageuse avec les écoles les plus renommées, telles que Soréze, Yendôme, Tournon, Juilly. Mais la Restauration ne fut favorable ni à Pontlevoy ni à son directeur, qui n'avait pas consenti, malgré de brillantes promesses, à rentrer dans le clergé, et, en 1824, après une direction de trente et une années, M. Chappotin dut céder la propriété de Pontlevoy à M. Germain-Sarrut qui ne la garda que trois ans. Un assez !2;rand nombre d'élèves de l'ancien collègue et successeur de M. Chappotin passèrent à Yendôme, et Pontlevoy fut encore sur le point de périr. Fermé toute une année, il faillit tomber sous la hache de la bande noire qui venait de renverser tout près de là les riants châteaux d'Onzain et de Chanteloup. Il dut son salut à l'un des plus honorables propriétaires de la commune, depuis bien connu dans les lettres, à M. Laurentie. Grâce à ses démarches et à ses vives instances, M. l'abbé Gattrez, ancien proviseur du collège royal de Besancon, acquit la propriété de Pontlevoy et rouvrit l'école au mois de septembre 1828. Trop vite découragé, M. Gattrez céda bientôt ses droits à M. l'abbé Demeuré, qui, professeur de rhétorique dès l'âge de vingt ans, puis proviseur du collège royal de Nantes, et ensuite du collège de Lyon, avait préféré donner sa démission plutôt que de prêter le serment attentatoire à la liberté religieuse qu'exigeaient les fameuses ordonnances contresignées par M. de Frayssinous. M. Demeuré avait été désigné et appelé par M. Laurentie, ins-

(1; Nous eraprunlons ces détails et plusieurs autres aux Essais sur la seigneurie, le monastère et Técole de Pontlevoy, par A. Dupré. Blois, 1841.

pecteur général de l'Université, lui-même destitué à cause de. son amour pour la liberté de l'enseignement.

Ce fut le commencement d'une nouvelle ère pour cette impérissable maison.

Les jésuites étant disperses, les élèves de Saint-Acheul et de Sainte-Anne d'Auray affluèrent à Pontlevoy. Il en vint aussi en grand nombre de la Bretagne, à laquelle M. Demeuré avait fait appel. La désaffection de la noblesse pour le gouvernement issu de la révolution de Juillet, lit retirer des collèges de l'Etat une grande quantité d'enfants qui furent encore envoyés à Pontlevoy. Le nombre des élèves monta ainsi à plus de trois cents.

Une excellente organisation était indispensable au gouvernement d'un aussi grand collège. M. Demeuré crut utile de substituer un règlement presque universitaire au règlement des bénédictins conservé par MM. Ghappotin et Sarrut. A cette innovation, il joignit plusieurs créations qui ne tardèrent pas à produire les plus heureux fruits. La principale fut la fondation de l'Académie.

L'Académie pontilévienne fut créée en 1833 et composée des meilleurs élèves des classes supérieures de philosophie, physique, rhétorique, seconde et troisième, choisis par leurs camarades dont les m^aîtres ratifiaient le choix. Son but était de former les élèves à la composition, et de leur faire perdre, dans des séances publiques où ils lisaient eux-mêuies leurs essais, cette timidité qui, si souvent, paralyse les moyens des jeunes gens et leur donne un air gauche que le m^onde traite sans pitié. Un livre dlionneur fut destiné à recevoir les compositions jugées par le conseil de direction dignes d'y figurer. Chaque année un rapport très-soigné du professeur de rhétorique rendait compte des travaux de l'Académie.

Certains privilèges attachés au titre d'académicien, contribuaient beaucoup à le rendre cher aux élèves qui en étaient ho^ norés. C'est ainsi qu'à la grand'messe et aux vêpres, deux académiciens en grand costume se tenaient toujours dans le chœur auprès du prêtre officiant. Etre privé, pour une faute ou pour la négligence dans le travail, de cette distinction, ou de quelquesuns des privilèges académiques, était regardé comme la punition la plus mortifiante, et il n'était pas d'effort qu'on ne fit pour ne point l'encourir.

Tout le temps de sa brillante administration, M. Demeuré ap-

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pliqua tous ses efforts à faire fleurir les belles études. Les arts furent pareillement encouragés, surtout la peinture : il' en reste de parlants témoignages sur tous les murs de la chapelle et dans nombre d'églises des environs décorées des œuvres inégalement remarquables des peintres ponliléviens.

A l'époque oii la noblesse, négligeant malheureusement un devoir imprescriptible, celui de servir la patrie, refusaitd'accepter aucune place du gouvernement, et s'éloignait de l'armée aussi bien que des fonctions civiles, la peinture fut cultivée à Pontlevoy comme elle ne l'avait jamais été dans aucun collège. Les jeunes artistes pontiléviens voulurent aussi avoir leur Académie; ils formèrent la Société des amis des arts, composée des élèves peintres étant encore dans l'établissement ou l'ayant quitté.

Les distractions elles-mêmes étaient ménagées de manière à développer chez les jeunes gens l'imagination, le goût, toutes les facultés brillantes de l'esprit. Ainsi il était d'usage, dans la belle saison, de faire de longues promenades, d'agréables courses, pour aller visiter quelques-uns de ces châteaux historiques qui sont si nombreux dansleBlésois. C'était tantôt, sur les bords de îaLoire, Ghaumont, l'antique demeure des premiers comtes de Blois et de Catherine de Médicis, tantôt, dans la charmante vallée du Cher, la délicieuse résidence de Ghenonceaux, habitée successivement par François I", par Henri II, par Catherine de Médicis, par Marie Stuart et par Henri IV, et, plus loin, le séjour préféré de François I", Chambord, chef-d'œuvre du Primatice.

Les dernières années de l'administration de M. Demeuré furent moins prospères que les premières. Vers 1840, sa santé fut fortement ébranlée, et en 1842, ne pouvant plus porter le cher fardeau qu'il avait soutenu tant d'années, il se retira à Blois où bientôt il mourut.

Ce fut un moment critique pour la maison de Pontlevoy. Afin d'empêcher qu'elle ne changeât de destination, M. le marquis de Vibraye et le prince de Chalais, unis' dans une même pensée eti dans un même dévouement, l'achetèrent et voulurent désormais présider à ses destinées. Ils donnèrent pour successeur à M. Demeuré M. l'abbé Bize, excellent prêtre, mais d'habitudes austères, fait plutôt pour être moine que directeur d'un établissement comme l'école de Pontlevoy.

Il fut remplacé en 1844 par M. l'abbé Peschoud, homme déjà rompu au gouvernement de la jeunesse : il avait été quatre

ans principal du collège de Salins, et trois ans aumônier du collège de Nîmes. Fatigué par le climat du Midi, il avait résolu de se donner tout entier à la prédication, quand d'honorables instances, et spécialement les conseils de l'illustre supérieur du petit séminaire de Paris, M. Dupanloup,ledéterminèrentà accepter la direction de Pontlevoy .

M. Peschoud avait unespri t organisateur, etune entente des choses financières, qui se manifestèrent immédiatement par d'utiles réformes. Depuis quelque temps un déficit considérable pesait sur l'établissement. Il s'agissait de le combler en réduisant les dépenses. Sans rien ôter de leur éclat à ces grandes fêtes traditionnelles qui attiraient un si nombreux concours à l'école, grâce à une sage administration et à un contrôle sévère de toutes les dépenses, le déficit fut bientôt couvert, et l'on obtint des excédants qui furent consacrés à des améliorations et à des embellissements qui ont transformé l'école (1).

Rassuré de ce côté, il put désormais appliquerions ses efi'orts à faire remonter le niveau des études, et à les mettre sur le pied des meilleurs collèges ; mais, après bien des années déjà de persévérance, il déclarait avec douleur que les résultats obtenus ne le satisfaisaient pas, et, avouant un mal commun presque à toutes les maisons d'éducation, il s'écriait devant les parents rassemblés en 1850 pour la distribution des prix :

« Chez nous comme ailleurs, les bonnes études s'en vont; depuis longtemps déjà ce funeste déclin a commencé en France ; il va croissant tous les jours. Dénoncé naguère à la tribune nationale, avec une vérité effrayante, par l'un de nos plus admirables orateurs et par l'un de nos hommes d'Etat les plus célèbres, attesté par les rapports officiels des hommes les mieux placés pour bien juger les résultats de l'enseignement public et privé, il ne saurait pas plus être excusé que nié. » Il ajoutait : « Pour nous, messieurs, qui n'avions pas attendu ce haut, cet énergique avertissement pour remarquer les tristes progrès de la maladie, ni pour les déplorer et les combattre, nous ne la regarderons pas comme moins honteuse parce qu'elle est universelle, nous ne nous y résignerons pas avec une passivité stupide, parce qu'elle est profonde au point de paraître incurable. Dussions-nous ne pas vaincre, nous voulons au moins faire notre devoir en nous

(1) Azaïs, Biographie de Mgr Peschoud.

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associant, dans la mesure de nos forces, à la lutte courageuse dont d'honorables initiatives viennent de donner le signal (1). »

Avec ses collaborateurs, prêtres et laïques, au dévouement desquels il ne cessait de faire appel, il essaya de tout pour vaincre un mal si grand. I)'un côté, il imita ce qui lui sembla le meilleur dans les méthodes et dans les pratiques universitaires; d'un autre, il tâcha de perfectionner les institutions propres à Pontlevoy, C'est ainsi qu'il donna une forme nouvelle à l'Académie fondée par M. Demeuré (2). Elle n'avait alors ouvert ses rangs qu'à quelques privilégiés. C'était une sorte d'aristocratie littéraire de la maison. M. l'abbé Peschoud voulut qu'elle devînt l'âme et comme l'expression des travaux et des progrès des élèves. Elle fut ainsi un puissant moyen d'émulation ; toutes les classes, toutes les études, les sciences comme les lettres, furent représentées à ses séances. Chacune de ses sessions devint une sorte d'exposition des travaux scientifiques et littéraires de la maison. Malheureusement, à cette époque, les sciences attiraient les jeunes gens plus que les lettres, et la malheureuse loi de la bifurcation commençait à produire les plus malheureux fruits. M. Peschoud le constatait lui-même dans un discours sur les dangers de l'étude exclusive et prématurée des sciences, prononcé le 1" août 1853 :

« D'une part, disait-il, bien des parents nous ont paru accueillir avec un empressement, selon nous, trop peu réfléchi, la section scientifique ouverte dans nos classes supérieures par l'organisation nouvelle- Exclusivement préoccupés du désir d'assurer à leurs enfants l'entrée d'une carrière déterminée d'avance, un grand nombre d'entre eux se persuadent qu'on ne saurait les y préparer trop tôt, et la pensée d'accroître, avant tout, les chances favorables des examens, lés porte à éliminer de bonne heure toute étude qui ne conduit pas directement au but. De leur côté, les enfants, soit amour du changement, soit, comme ils^disent, horreur du grec, ce qui pour moi ne signifie pas autre chose qu'horreur du travail et de la difiiculté, horror difficultatis (3), ont demandé en foule à être admis dans les nouveaux cours, surtout les plus faibles dans les classes littéraires, comme

(1) Discours sur la réforme des éludes, 12 août I80O.

(2) Rapport sur les travaux de l'Académie de Pontlevo'j, lSo3, par M. l'abbé Maynard, professeur de rhétorique.

(3) De Imilatione Christi.

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si l'insuffisance d'aptitude pour les lettres était une révélation de capacité pour les sciences, ou bien encore comme si la paresse dans les études qui n'exigent pourtant pas des efiorts d'application surhumains, était la sûre garantie d'une complète métamorphose dans celles qui exigent l'attention la plus patiente et la plus suivie.

« Enfin, une fois entrés dans les classes des sciences, les meilleurs élèves eux-mêmes, oubliant la pauvreté de leur instruction littéraire, et refusant, malgré nos observations répétées, de tenir compte de l'esprit comme de la lettre des nouveaux programmes qui placent, môme dans la section scientifique, l'enseignement des lettres au premier rang, n'ont généralement montré pour cet enseignement qu'une médiocre estime, un goût voisin de i'indifîérence, et un zèle trop peu en rapport avec l'immense besoin qu'ils auraient de le recevoir avec fruit. »

Une autre cause vint contrecarrer les efforts de M. Peschoud, et arrêter le bien qu'il avait commencé de faire à Pontlevoy. La liberté de l'enseignement secondaire, inaugurée par le ministre Falloux, créa une concurrence redoutable au collège de Pontlevoy, qui avait seul pendant si longtemps joui, en dehors de l'Université, du plein exercice. Le nombre des élèves diminua d'année en année.

Il reste un témoignage précieux de l'application profonde, du zèle réfléchi, de la maturité d'idée que M. l'abbé Peschoud apporta pendant près de treize ans à l'accomplissement de sa difficile tâche. C'est le recueil des discours qu'il prononça à. toutes les distributions de prix de ces treize années. Ces discours, qui furent fort applaudis, que plusieurs évêques, que des juges autorisés, comme M. le comte de Montalembert, le prince deChalais, le marquis de Yibraye, apprécièrent hautement, et dont, ils louèrent la force philosophique, la fermeté de la pensée, la vigueur du raisonnement, ces discours forment comme un traité d'éducation, qui, en se déroulant successivement devant les parents et les enfants, était bien fait pour captiver la confiance des uns et des autres.

Rien n'y fit; et quand M. Peschoud, épuisé et découragé, quitta Pontlevoy, l'existence de la maison était plus que jamais menacée. Il fallut pour la sauver toute l'intrépidité et la persévérance du marquis de Vibraye.

Ce dévoué protecteur de Pontlevoy et son noble et généreux

associé, M. le prince de Ghalais, pour conservera la jeunesse catholique leur cher col lége, l'offrirent à l'évêque de Blois, Mgr Fallu du Parc, avec ses splendides dépendances et tout son ameublement, à titre de bail gratuit. Mgr de Blois accepta cette proposition d'une générosité toute royale.

Ponllevoy devint donc en 1856 la maison de Mgr Fallu duFarc. C'était la première fois depuis 1034 que l'évêque diocésain se trouvait véritablement le chef de cette grande école et seul responsable delà gestion financière de son immense administration. Cependant Fontlevoy n'eut rien de commun avec les autres établissements du diocèse; Sa Grandeur, Mgr Fallu du Parc, sut garder à l'école le caractère qui avait toujours été le sien, d'être ouverte à tous les enfants de la France. Jamais le diocèse de Blois ne dut lui apporter ses ressources; Fontlevoy vécut constamment de sa propre vie et se soutiut toujours par ses seules forces.

Mgr Fallu du Parc, en prenant l'administration supérieure de Fontlevoy, choisit pour son mandataire, comme directeur, M. l'abbé de Forges, étranger au diocèse, et que Mgr l'archevêque de Bennes voulut bien lui céder. M. de Forges n'avait que trente-quatre ans quand il quitta la Bretagne, pour venir prendre la direction de l'illustre école qui avait été un des berceaux de son enfance, et où, sans s'en douter, il avait trouvé les premiers sentiers qui devaient le conduire au sacerdoce.

Le premier devoir que se traça le nouveau directeur, qui commençait avec 90 anciens et une rentrée de 20 à 25, fut de se mettre plus en rapport avec les parents, avec les élèves, avec les professeurs, que ne l'avait fait son prédécesseur M. Feschoud, trop ami de la solitude et trop accoutumé à tout diriger du fond de son cabinet. La confiance revint, et l'avenir s'annonça plein de promesses. M. de Forges trouva, pour l'aider dans ses efforts, un personnel enseignant digne de rivaliser avec les meilleures institutions universitaires; de plus, Mgr de Blois lui donna tout un personnel de surveillants ecclésiastiques qui établirent dans l'école une admirable discipline. A partir de cette heure, les maîtres d'étude cessèrent, à Fontlevoy, d'être choisis parmi les laïques.

Marchant, en tout, sur les traces de son maître M. Demeuré, M. l'abbé de Forges employait tous ses efforts à faire fleurir les études classiques. Mais les temps étaient moins favorables. On vivait alors sous la funeste et inepte loi de la bifurcation. C'est

56 L ÉCOLE DE POXTLEVOY.

l'honneur de M. de Forges d'avoir énergiquement et constamment, pendant les onze années de son administration, résisté à ces tendances, combattu cesinfluences matérialistes. Pendantque dans les collèges de l'État les intelligences étaient livrées à ce système dégradant, l'école libre de Pontlevoy conservait intactes pour tous les traditions de culture littéraire et de grande éducation morale. Un des moyans que M. de Forges employa avec le plus de succès pour entretenir et ranimer le goût des belles- lettres fut de rendre à l'Académie pontilévienne tout l'éclat dont elle avait joui sous M. Demeuré, et de lui restituer tous ses privilèges qui contribuaient à nourrir une bienfaisante émulation. Nous avons entendu d'anciens élèves nous parler avec enthousiasme et attendrissement de leurs séances académiques trimestrielles, et surtout de la séance solennelle de la fin de l'année, la veille de la distribution des prix, oii les lettres et les arts rivalisaient pour embellir la fête. Devant une assemblée brillante venue pour assister le lendemain au triomphe des lauréats, le jeune président adressait à ses collègues, à ses condisciples, à ses maîtres, de touchants adieux. Le directeur répondait en laissant déborder toute la tendresse de son âme pour ses enfants, président et directeur invoquaient le souvenir ,de Notre-Dame des Blanches, et l'on se séparait avec une indicible émotion, en ne se disant pas adieu, mais au revoir.

Pendant tout le temps de l'administration épiscopale, les élèves qui n'avaient pas achevé leurs études revinrent fidèlement dans cette maison, pour l'embellissement de laquelle l'actif directeur avait dépensé environ 100,000 fr. en 11 ans. A la dernière distribution des prix, M, de Forges put encore compter cent trente-cinq à cent quarante élèves. Cependant, par diverses causes, une crise s'était produite quand M. de Forges, promu depuis cinq ans à la dignité de prélat de la maison du saint-père, et récemment à celle de protonotaire apostolique, donna sa démission, et se rendit en Bretagne oii nous le retrouvons aujourd'hui comme directeur général de l'œuvre si importante des orphelinats agricoles de France destinée à préparer la réformation de la loi sur l'instruction publique, Mgr de Blois ne discontinua pas de couvrir de son haut patronage et de soutenir de son appui le plus effectif, le plus continu, l'école de Pontlevoy. Toutes les congrégations priées instamment par M. de Forges de se charger de l'école avaient refusé. Mgr Pallu du Parc désigna comme nouveau directeur M. l'abbé Bourgeois, qui y professait brillamment

l'école de pontlevoy. 57

depuis de longues années la philosophie, après l'avoir enseignée, dès les débuts de sa carrière ecclésiastique, au grand séminaire deBlois.

L'action personnelle de M. de Forges était secondaire ; ne demandant qu'à s'effacer, il laissait l'autorité de l'évêque dominer tout. M. l'abbé Bourgeois prit la direction de l'école dans des conditions différentes; comme sa responsabilité était plus grande, son action dut être plus étendue.

Le principal mérite du directeur actuel de Pontlevoy, c'est d'en avoir parfaitement équilibré l'enseignement.

A tort ou à raison, on a quelquefois fait des reproches à cette école pour la préférence qu'elle donnait à des exercices et à des arts accessoires. Nous voulons dire dans la vérité la plus exacte ce que nous savons et ce que nous avons vu.

Parlons d'abord de la gymnastique. Certainement la gymnastique est aimée à Pontlevoy. Eh! tant mieux! Ce n'est plus aujourd'hui qu'il est besoin de prouver qu'il faut faire marcher l'exercice des facultés intellectuelles et celui des facultés musculaires, de manière que leur développement réciproque présente cet état d'équilibre organique d'oîi résultent la santé la plus robuste et la vie la plus complète. Nous souhaiterions que partout on aimât autant la gymnastique. Surtout nous désirerions qu'on pratiquât de préférence la gymnastique naturelle, dont un écrivain anglais a fait un éloge que nous croyons utile de reproduire ici : « Il est bon que l'enfant fortifie ses organes, qu'il exerce la vigueur de ses muscles, la souplesse de ses membres; mais pour cela' faut-il le dresser aux jeux de nos bateleurs, sous le titre menteur de gymnastique? Non, il est des moyens plus simples, et qui sont à sa portée dans toutes les conditions de la vie : qu'il s'exerce à la course, à la lutte; qu'il apprenne, mais graduellenlent, à braver l'intempérie des saisons; que, dans l'hiver, il se réchauffe, à la tête de ses jeunes camarades, à

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dresser des redoutes de neige et à les défendre ; que la balle, bondissant dans ses mains, lui serve d'artillerie; que le jeu de barres exerce à la fois ses jambes et son coup d'œil (1). »

A la gymnastique, au manège (2) — suivi seulement par un petit nombre d'élèves des classes supérieures — se joignent les exercices militaires.

Dans ce collège spécialement fréquenté par les descendants de l'ancienne noblesse française, l'esprit militaire s'est conservé vivace et généreux. On en a vu des preuves pendant la dernière guerre, cette guerre terrible où l'Allemagne tout entière semblait avoir conjuré de détruire la France, où l'on vit le Wurtemberg, la Hesse, la Bavière, même le Hanovre et le Schleswig marcher résolument avec les aigles noires de Prusse à la ruine de notre patrie. Les Pontiléviens s'enrôlèrent en foule pour repousser cette invasion, pire que l'invasion des Normands en 885. Tous agirent en vaillants soldats; quelques-uns remportèrent la décoration des braves, qu'ils envoyèrent à Pontlevoy pour être suspendue à la statue de Notre-Dame des Blanches; beaucoup, ne pouvant mieux, versèrent généreusement leur sang sur les champs de bataille. Les annales du collège conserveront précieusement les noms de ces morts héroïques, au nombre de onze, tous nobles : MM. deBeaune, de Massol, d'Agon, de la Vallière, de Barry, de Petiguy, d'Epinay Saint-Luc, de la Bigne, de la Taille, de Lambilly, de Meckenheim, de Geffrier.

Le plus grand nombre étaient engagés volontaires, quelques-uns étaient déjà âgés; M. d'Epinay Saint-Luc avait cinquante-quatre ans, et M. de Beaune quarante-huit. Leurs condisciples de la génération nouvelle, non contents de les avoir pleures dans de dignes funérailles, célébrées en la chapelle de l'école, les vengeront un jour sur le sol de l'ennemi à son tour envahi; et il suffirait de voir l'ardeur avec laquelle ils se livrent aux exercices militaires pendant les récréations, pour être persuadés que tous nourrissent déjà ce mâle désir. Oui, nous en sommes sûr, de cette noble école sortiront en grand nombre des soldats qui vengeront

(1) Mélanges, dans la Revue britannique, t. XXI, p. 199. (2j Pontlevoy possède un des plus beaux manèges privés.

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les désastres de Saarbruck, de Wissembourg, de Wœrth, de Frœschwiller, de Forbach, de Reischoffen, de Sedan, etc., etc.; qui arracberont à la Prusse la patrie de Jeanne d'Arc, qui déchireront ce traité de Fancfort, plus funeste et plus bonteux encore que le traité de Paris du 20 novembre 1815. Pour mériter de compter parmi les héros futurs dont la France attend sa revanche, nos Pontiléviens sauront que la supériorité des armes, l'excellence du maniement des armes, n'ont pas seules décidé le succès des Allemands. Ils aspireront à être, comme leurs pères, dos soldats chrétiens. L'éducation fortement religieuse qu'ils reçoivent, est bien propre à leur donner toutes les vertus qui font les nations invincibles. Car nulle part on n'est pénétré plus qu'à Pontlevoy, de la vérité de ce qu'un grand-maître de l'Université, M. deFrayssinous, disait en 1822, dans sa circulaire aux évêques de France : « L'éducation est une chose plus morale et rebgieuse que littéraire et scientifique (J). » L'éducation qu'on donne à Pontlevoy est réellement chrétienne, c'est-à-dire, qu'elle repose sur une solide instruction religieuse, et sur la pratique libre et douce des devoirs essentiels de la religion, telle que les jeunes gens auront à la continuer dans le monde.

Un noble rhétoricien de Pontlevoy, M. Georges de Cadoudal, disait en 1842, dans une composition académique :

« Oui, la religion à Pontlevoy est la base de toute éducation ! Tous les efforts d'une collaboration pieuse tendent à vivifier en nous cet amour de la religion, et, avec lui, l'amour de la patrie... Religion et Patrie ! voilà la devise de Pont-Levoy ! Admirable prévoyance, que celle qui a écrit ces deux mots en avant du berceau de la science. L'enfant qui vient de quitter sa famille pour le collège y lit l'abrégé de ses devoirs, et le jeune homme, avant de s'en éloigner, y jette encore un dernier regard, y puise une dernière leçon, ses yeux se mouillent de larmes; il dit : « Toujours ma mémoire conservera ces paroles sacrées. »

Regardez ces jeunes gens, suivez-les dans leurs différents exercices, à l'étude, à la chapelle, à la récréation; contemplez-les en particulier quand ils vont, le jour des prix, déposer leurs couronnes au pied de la Vierge au blanc manteau, vous comprendrez que leurs pensées et leurs sentiments ont été plies dès l'enfance aux principes de la religion, vous verrez sur leurs

(1) Œuvres complètes de M. de Frayssinous, colonne 1192.

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figures, vous sentirez clans tout leur être l'empreinte du sentiment religieux. Un autre caractère bien propre à relever la dignité de la piété vous frappera : c'est la distinction, c'est l'élégance des manières, qu'on a cultivées chez eux, en même temps qu'on formait et qu'on développait l'esprit chrétien, le sens chrétien. Et ce caractère est traditionnel dans la maison. L'abbé Peschoud, dans un discours sur les caractères de l'éducation donnée à Pontlevoy, disait en 1845 : « Dans les monuments écrits qui nous restent de l'ancienne école de Pontlevoy, il est souvent fait mention de la sensibilité, de la douceur de caractère, de la politesse des élèves ; et l'on y voit même que la grossièreté des manières suffisait pour motiver le renvoi de celui qui en encourait le reproche. » Les meilleures habitudes de la pohtesse française dans le monde comme au collège, un Pontilévien se reconnaîtra toujours à ce signe.

Pour le dessin, pour la peinture, pour la musique, on n'y donne pas plus de temps à Pontlevoy que dans les autres maisons oii ces arts sont cultivés convenablement.

Les sciences sont étudiées sérieusement, mais elles ne font pas aux lettres une concurrence nuisible.

Nous n'avons ici rien à dire de particulier que sur une branche de l'enseignement scientifique.

Parmi les sciences les plus honorées, les plus amoureusement cultivées à Pontlevoy, figure l'histoire naturelle, enseignée surtout aux élèves de seconde ; et cela doit être, le directeur actuel, M. l'abbé Bourgeois, étant lui-même un naturaliste et un géologue éminent, aussi bien qu'un puissant logicicien. Ses Mémoires figurent avec honneur dans les Recueils de l'Académie des siences et de diverses Sociétés savantes, et l'on vient de tous les pays visiter à Pontlevoy son cabinet d'objets préhistoriques, si riche malgré les dons qu'il a faits au musée des antiquités nationales de Saint-Germain, et dont la partie la plus importante décorait l'admirable série de V Histoire du travail dans les vitrines de l'Exposition universelle de 1865, avec la splendide collection d'un autre géologue bien cher à Pontlevoy, le marquis de Yibraye.

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M. Bourgeois, par les conséquences qu'auront quelques-unes de ses découvertes, a pris une part notable à la constitution défînititivc de la science nouvelle qui s'appelle la paléontologie animale et végétale, au développement des études préhistoriques qui renouvelleront et transformeront tant de sciences particulières; car les documents qui s'amassent de tous les côtés jetteront, quand ils auront tous été bien étudiés, une lumière toute nouvelle sur les usages, l'industrie, le degré de civilisation, les caractères anthropologiques des premiers hommes ; étendront merveilleusement nos connaissances, fourniront un immense supplément à l'histoire.

L'étude des origines de l'humanité à préoccupé à toutes les époques les esprits sérieux. Pour ne parler que des temps modernes, déjà au XVI* et au xvif siècle des savants poursuivaient au delà des monuments écrits les traces de l'humanité naissante. Agricola, Boèce de Boof, Mercati, font les premiers pas dans l'étude de la haute antiquité. Avec Charles de Lécluse et P. Belon la science cesse d'être locale. D'intrépides explorateurs en vont chercher les matériaux dans les contrées les plus éloignées.

Jussieu,au commencement du xviii^ siècle, fonde l'archéologie comparée, qu'un siècle et demi plus tard Boucher de Perthes^ Worsase, Nilson, Lartet, Ghristy, Tylor, Lubbock, etc., constitueront définitivement. Il commence par renverser les préjugés des céraunies et la doctrine déjà ébranlée par Bernard de Palissy qui faisait de ces formes, comme de tant d'autres, des jeux de la nature. Bientôt, ayant eu communication de quelques armes américaines, haches, coins et flèches du Canada et des îles Caraïbes, il établit le premier un saisissant parrallèle entre ces instruments et ceux de l'ancien monde, qu'alors un grand nombre d'hommes instruits prenaient encore pour des pierres de fondre. Dans un mémoire lu à l'Académie en 1723 (1), il fit remarquer que les pierres travaillées avec tant de patience par les Américains et employées par eux, à défaut de fer, à armer les flèches ou à fendre le bois, sont semblables à celles qu'on recueille dans nos contrées. D'où il conclut que « notre continent a été anciennement habité par des sauvages, » que les mêmes besoins, « la même disette de fer, » leur auront « imposé la même industrie. y> Leurs outils devenus inutiles ont été ensevelis

(1) De l'origine et de l'usage des pierres de foudre. Mémoires de l'Académie des sciences, 1723, in-4, p. 6; in-I6, p. 17.

en grande quantité dans la terre, s'y sont conservés, « et voilà, dit-il, les pierres tombées avec la foudre. »

Cuvier, en établissant ce préjugé que l'homme n'avait pas pu vivre avec le mammouth, fut cause d'un regrettable arrêt dans la science. Elle reprit sa marche avec Boucher de Perthes, mais non sans peine.

On avait laissé passer presque inaperçue la découverte du squelette humain faite par M. Boue dans l'ancien limon du Rhin, à Lahr, petite ville du grand-duché de Bade ; on ne s'était pas suffisamment occupé des ossements humains et des objets divers trouvés par plusieurs géologues, notamment par le docteur A. Schmerling de Liège, en 1833, près de restes d'animaux d'espèce éteinte, l'ours des cavernes, le mammouth, le rhinocéros à narines cloisonnées, l'hyène des cavernes, etc., quand, en 1839, M. Boucher de Perthes trouva, dans les sablières d'Abbeville, des débris de la grossière industrie de l'homme primitif : des haches, des couteaux, des grattoirs, des armes de défense en silex, mêlés à des ossements d'animaux de l'âge du mammouth. Ces objets étaient si nombreux qu'il semblait impossible de nier l'existence de l'homme fossile. Cependant les savants, toujours sous l'impression des idées de Cuvier, résistèrent longtemps. Partout l'on se moqua, avec plus ou moins d'esprit, de Vhomme fossile, et Boucher de Perthes eut à lutter pendant vingt ans contre les plaisanteries, le doute, le sarcasme. Les yeux ne commencèrent à s'ouvrir à la lumière que lorsque des géologues et archéologues anglais, entre autres Prestchvitch, constatèrent la réalité de son importante découverte (1).

Dès lors, de tous les côtés, on se mit à fouiller avidement les entrailles de la terre, à étudier les séries de stratifications primaires, secondaires, tertiaires, quaternaires et modernes (2), quelquefois hautes de plusieurs milliers de mètres, qui se sont formées peut-être après des milliers d'années au sein des eaux, et qui dominent les terrains plutoniens, c'est-à-dire les roches dont l'origine est due à l'action du feu. Les découvertes se mul-,

(1) Voir Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes. Paris, 1846 et 1864. 3 vol. in-8.

(2) Oa dit aussi éocène pour îertinire inférieur, miocène pour tertiaire moyen, pliocène pour l»3rtiaire supérieur, post-pliocène pour quaternaire. Nous ne saurions dire comi)ien nous trouvons ridicules ces termes barbares forgés en Ang'eierre, trop vite admis en Fiance, adoptés môme par Belgrand dans son bel ouvrage La Seine, placé en léte de la collection : Histoire de Paris.

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tiplièrent partout, en France (1), en Belgique, en Danemark, en Suisse, en Angleterre. Les géologues danois Forschammer. Sleenstrupp et Worsaae facilitèrent les progrès de la science nouvelle en établissant les âges de la pierre, du bronze et du fer pour les temps qui ont précédé l'époque quaternaire; les archéologues suisses donnèrent leurs beaux travaux sur les habitations lacustres; l'un des savants les plus populaires de l'Angleterre, sir John Lubbock, après avoir visité tous les musées du continent, après avoir fait personnellement les recherches les plus actives en Danemark, dont il sonda les principaux kjokenmodings ou amas coquilliers, dans la vallée de la Somme, dans la Dordogne, dans les habitations lacustres de la Suisse, dans les cavernes à ossements, publia un volume où ses propres découvertes et celles des autres sont résumées avec beaucoup de précision et d'exactitude. Dans les diverses contrées, quantité de livres riches de faits nouveaux se publièrent, des revues spéciales se créèrent, un congrès international et annuel d'anthropologie et d'archéologie préhistorique, composé de savants de toutes les parties de l'Europe, et même du monde transatlantique, fut constitué dans une réunion générale tenue à Paris en 1867.

C'est au milieu de cette ardeur générale et de ces circonstances favorables que M. l'abbé Bourgeois, secondé par son collègue et intime ami M. l'abbé Delaunay, fît ses belles découvertes (2). Désireux d'aider à résoudre ce grand problème que se posent tous les adeptes des sciences préhistoriques, à savoir dans quelles conditions géologiques, au milieu de quelle faune et de quelle flore se rencontrent; les traces les plus anciennes de l'homme, il fit des observations dans le -dépôt à elephas méridionalis de Saint-Prest (Eure-et-Loir), qui paraît antérieur aux aliuvions quaternaires d*Abbeville et de Saint- Acheul. Là il trouva des silex taillés qu'il fit connaître à l'Académie des sciences, le 7 janvier 1867, et qui furent admis sans conteste. Portant ensuite ses investigations sur des terrains de date plus ancienne encore, il trouva des débris de l'industrie humaine, au milieu des couches

(1) Pour ne parler que de Paris, qui ne se rappelle l'émotion extraordinaire qui se produisit en France lorsqu'on trouva dans le gypse de Montmartre les débris d'animaux inconnus jusqu'alors : l'anoploterium, le paioeoterium, des animaux pachydermes rapprochés du tapir, et d'autres encore, tel que le xipliodon, etc.?

(2) Voir le rapport à l'Académie des sciences du 7 janvier 1867, et les Maté' riaux pour Vhistoire primitive et naturelle de lliomme, juillet, août et septembre 1870-1871.

64 l'École de pontlevot.

tertiaires, à la base du calcaire de Beauce ; dans la commune de Thenay,prèsPontlevoy, il découvrit de nombreux silex surlesquels l'action de l'homme fut constatée par les personnes les plus autorisées, notamment par MM. Worsaae, Waldemar Schmidth, de Vibray, de Mortillet. On y reconnut avec évidence des débris de l'industrie humaine, des instruments tertiaires en silex, des outils pour couper, percer, racler ou frapper, identiques à ceux qu'il avait précédemment recueillis en très-grand nombre à la surface du sol de la même contrée, d'un travail grossier et cependant présentant des retouches fines et faites avec habileté, des entailles symétriques, artificielles, produites pour correspondre à des entailles naturelles. Dans un terrain considéré jusqu'ici comme tertiaire supérieur, trouver des traces de l'industrie de l'homme parut à M. Bourgeois un fait étrange, inouï, mais indubitable et de la plus haute gravité. Tous les savants s'émurent comme devant un fait extraordinairement important. Le savant auteur de la Géologie de la France, M. Baulin, qui avait nié à priori, déclara devant la Société géologique qu'il avait été pleinement convaincu après une étude faite sur place, et reconnut que la découverte de M. l'abbé Bourgeois, si elle se confirmait par la découverte d'ossements bien caractérisés, renversait le principe admis par tous les paléontologistes, que les espèces des animaux supérieurs n'ont appartenu qu'à une ou deux faunes successives, puisque l'espèce humaine aurait alors une longévité sufiisante pour faire partie d'au moins cinq faunes successives.

Un autre savant sérieux, qui est aussi un bon chrétien, bien qu'il y ait quelque témérité dans ses hypothèses sur l'âge de l'homme, M. G. Cotteau, disait, dans un rapport sur le congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistorique tenu à Paris, au mois d'août 1867 : « Si la découverte du savant professeur se confirme, il faudra faire remonter l'existence de l'homme à une époque où l'imagination des plus hardis n'osait encore la placer. En vain, voudrait-on rajeunir l'âge des calcaires lacustres de la Beauce, il n'en est pas moins certain que la faune qu'ils renferment, antérieure à celle qu'apporta plus tard dans ces mêmes régions la mer falunienne, a disparu tout entière depuis fort longtemps. L'homme qui aurait vécu à cette époque eût précédé l'apparition des dinothinum et des mastodontes gigantesques; il eût été le contemporain des anthracotherium, des

l'école de pontlevoy. 65

lophiadon, et eût assisté à des modifications bien profondes dans la configuration du sol. »

Enfin, le P. A. Jean disait, dans les Études religieuses, historiques et littéraires, au mois d'août 1868, après une visite à Pontlevoy : « Nous comprenons qu'avant d'avoir par eux-mêmes examiné les objets et considéré le terrain, des savants s'étonnent, hésitent, doutent même; maisalors il ne leur est permis de prononcer aucun jugement. Pour affirmer ou pour nier, une visite aux carrières de Thenay et aux collections de MM, Bourgeois et Delaunay, à Pontlevoy, est indispensable. Mais la chose en vaut la peine ! »

On est venu de tous les coins de la France et de l'Europe, et les plus incrédules, les plus difficiles, sont repartis convaincus.

C'est ainsi qu'en dix années une science toute nouvelle a conquis un droit de cité et s'est fait connaître par les résultats les plus inattendus.

Sir John Lubbock disait, il y a quelques années : « Nos connaissances géologiques sont certainement encore très-incomplètes; sur bien des points il nous faudra sans doute changer d'opinions; mais, en somme, les conclusions que la géologie indique sont aussi définies que celles de la zoologie, de la chimie ou des autres sciences exactes (i). »

Il importe donc que tout le monde tienne compte, tienne sérieusement compte de cette science nouvelle et de ses progrès. En faire fi, ou négliger de l'étudier parce qu'il faudrait modifier ou même refaire ses idées sur plusieurs points; dire, comme un professeur renommé, M. Garnier : « Il me faudrait brûler mes cahiers; » ce qui rappelle le mot fameux : « Mon siège est fait, » ce serait là une aberration et une insouciance déplorables. Nous souhaitons que les chrétiens surtout s'en préservent. Déjà plusieurs ont attaqué, ont ridiculisé fort légèrement ce que, selon toute probabilité, ils ignoraient ou ne connaissaient que d'une manière très-superficielle. Que leur arrivera-t-il? ce qui est arrivé à d'autres détracteurs imprudents de la science, par exemple à l'abbé Barriiel, le fougueux auteur des Eelviennes. Cet apologiste zélé, mais trop impétueux et trop précipité, après toutes ses attaques intempérantes contre Buffon, finit par se voir couvert de ridicule, comme Fréron dont il fut le collaborateur à V Année littéraire.

Que les catholiques intelligents ne commettent pas une faute

(1) L'Homme avant VHistoire, traduit par Éd. Barbier, 1867, p. 2.

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qui pourrait compromettre gravement leur cause sacrée. Au lieu de nier d'un ton plus ou moins plaisant les âges paléontologiques et préhistoriques, qu'ils tâchent de les bien connaître, et qu'ils comprennent ces paroles d'un docte évéque : « La science progresse et ses points de vue changent : l'apologétique chrétienne ne peut sans danger rester étrangère aux questions nouvelles qui surgissent au milieu ou sur les confins de son domaine (1). » Au lieu de décourager les recherches préhistoriques parce que quelques-uns des nouveaux géologues ont émis des théories inconciliables avec la vérité des traditions religieuses et prétendu que la Genèse était en contradiction formelle avec les lois cosmogoniques, zoologiques, physiologiques que la science contemporaine observe et décrit, qu'ils imitent ceux qui, par de sérieux et irréprochables travaux, honorent à la fois la science et la rehgion.

L'exemple de M. l'abbé Bourgeois, de M. l'abbé Delaunay, de l'abbé Martin, du marquis de Vibraye, de M. G. Gotteau et de plusieurs autres leur prouve que l'anthropologie préhistorique n'a rien de dangereux pour la foi et ne met pas en péril l'ancien accord de la géologie et de la Bible bien entendue.

« De nos jours, a dit encore l'évêque de Ghâlons, une des causes de l'affaiblissement de la foi aux révélations divines est assurément l'idée fausse que l'on se fait de la Bible considérée dans ses rapports avec les sciences (2). » Que l'on connaisse bien ces rapports, et tout danger disparaîtra. Pour être convaincu que les nouvelles découvertes des sciences préhistoriques n'empêchent pas les interprètes chrétiens de la Bible d'invoquer avec confiance la géologie, il n'y a qu'à savoir comprendre largement la Genèse^ plus largement encore que ne l'a fait Mgr Meignan, peut-être trop timide dans le système de conciliation qu'il propose entre la géologie et la Bible. Il faut adopter franchement ce principe de Kurtz (3), que la révélation divine n'a jamais pour but d'enrichir nos sciences profanes; qu'elle n'a nulle part le dessein de nous donner, à proprement parler, des enseignements sur la science de la nature; que la Bible montre précisément son caractère religieux en ce que jamais et nulle part elle n'anticipe sur la science humaine, et que jamais et nulle part elle n'agite

(1) Mgr Meignan, Le Monde et VHomme primitifs Inîrod., p. 1,

(2) Ibid,

(3) Bibel und Astronomie.

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un problème dont la solution appartient de droit à l'investigation empirique; qu'ainsi aucun résultat obtenu par cette dernière ne peut jamais être en contradiction avec la Bible, ni donner lieu à un conflit entre la science et la vérité révélée; elle ne penche ni pour le vulcanisme ni pour le plutonisme; elle ne prend parti que dans les questions qui touchent à la religion; elle ne décide pas plus entre les neptuniens et les vulcaniens qu'entre les homœopathes et les allopathes. Il faut se ranger avec Xavier Patrizi, un des exégètes italiens les plus savants de notre époque, disant : « Pour nous prémunir contre cette erreur, qu'il pourrait y avoir contradiction entre la science de la nature et la Bible, nous ne devons pas oubber que les écrivains bibliques n'ont pas l'intention d'examiner les questions de la science physique, et ne cherchent pas à nous tirer de l'ignorance où nous pourrions être par rapport aux phénomènes de la nature (1). » Enfin il faut dire avec le docteur Reusch : « Dieu a donné aux écrivains bibhques une lumière surnaturelle; mais cette lumière surnaturelle n'avait pour but, comme la révélation en général, que la manifestation des vérités religieuses, et non la communication d'une science profane; aussi nous pouvons, sans violer les droits que les écrivains sacrés ont à notre vénération et sans affaibhr le dogme de l'inspiration, accorder franchement que, dans les sciences profanes, et conséquemment aussi dans les sciences physiques, ils ne se sont point élevés au-dessus de leurs contemporains, que même ils ont partagé les erreurs de leur époque et de leur nation. Par la révélation Moïse ne fut point élevé, pour ce qui regarde la science profane, au-dessus du niveau intellectuel de son époque ; de plus, rien ne nous prouve qu'il ait pu s'y élever par l'étude et ses réflexions personnelles (2). » Voilà, pour toutes les découvertes imprévues que la science géologique peutencore être appelée à faire, des principes propres à garantir de tout trouble les chrétiens. Il ne nous semble d'ailleurs pas que les études préhistoriques présentent rien jusqu'à maintenant qui puisse les inquiéter. Toutes les traditions religieuses, celles des Sémites aussi bien que des Grecs, les écrits des anciens Chinois comme les textes mexicains, les fables des

(1) De inte''pretatione Scripturarum sacrarum (Romae, 1844), II, 80.

(2) La Bible et la Nature, leçons sur l'histoire biblique de la créât on, dans ses rapports avec les sciences naturelles, par F. Henri Reusch, docteur en théologie et professeur a l'université de Bonn. Trad. par l'abbé Xavier Hertel, p. 27. (Librairie Gaume et Duprey.)

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insulaires de l'archipel Sandwich de môme que celles des indigènes d'Haïti, s'accordaient à montrer l'espèce humaine contemporaine des dernières modifications importantes de la surface terrestre; les fouilles des récents géologues ont confirmé ces traditions et ont prouvé l'existence de l'homme antédiluvien, qui avait si longtemps paru un problème difîîcile et que des géologues sérieux, savants et consciencieux avaient inutilement cherché. Elles ont encore démontré, comme l'a dit quelque part le directeur de Pontlevoy, que, « si haut que nous puissions remonter dans l'histoire de l'homme par la science, nous rencontrons avec l'idée de l'utile qui a produit l'industrie, l'idée du beau qui a donné naissance à l'art ; que les peuplades contemporaines du mammouth, comme celles qui ont taillé les silex de Saint-Acheul et d'Abbeville, n'étaient pas, sous le rapport intellectuel, aussi voisines du singe, aussi pithécoïdes, comme on dit aujourd'hui, que le voudrait bien l'école matérialiste : qu'entre le quadrumane anthropomorphe qui ne sait que chercher sa pâture et l'homme qui possède l'idée esthétique, il existe un abîme (1). »

Nous l'avons déjà vu, ces études prouvent encore d'autres choses plus inattendues, mais qu'on peut accepter sans trouble. Les faits les plus indéniables établissent la contemporanéité de l'homme avec des espèces éteintes. Les entrailles de la terre ouvertes par destmains savantes ont laissé voir des témoignages certains de races humaines dont les dépouilles ou les débris appartiennent à des dépôts antérieurs à la période actuelle. Bien que, faute d'un chronomètre tant soit peu sûr, on ne sache pas ce que la formation d'une couche demande de temps, qu'on ignore la durée requise pour l'apparition et \à disparition d'une espèce animale ou d'une faune entière, il est évident maintenant qu'il faut beaucoup reculer les limites étroites qu'assignait la tradition générale à l'existence de l'homme sur la terre, et que les révolutions de celle-ci maintenant connues supposent une série peut-être incommensurable de siècles. Mais rien n'autorise à soutenir, comme l'a fait l'auteur athée des Leçons sur V homme, sa place dans la création et dans l'histoire de la terre, que la matière est aussi immortelle et aussi indestructible que la force, que tout, dans le jeu des choses physiques, n'est que transfor-

(1) Notice sur la grotte de la Chaise, par M5I. Bourgeois et Delaunay, extrait de la Revue archéologique-i 1863.

mation incessante d'un seul et même principe (1). Rien de tout cela, malgré d'apparents ou de réels désaccords avec la cosmogonie de la Bible, n'intéresse la foi, puisque, selon la doctrine non-seulement de Kurtz , de Reusch , ou de Patrizi , mais de Pierre Lombard (2), l'homme ne doit point, dans l'Écriture sainte, chercher des lumières sur les choses naturelles, mais seulement sur la science de l'âme.

Ce sont là les idées saines, prudentes et fortifiantes qu'emporteront de Pontlevoy tous les élèves de M. l'abbé Bourgeois et de M. l'abbé Delaunay.

Pour tout enseignement, il faut que le feu sacré descende du professeur sur les élèves. On comprend à quel point un archéologue et un géologue comme M. l'abbé Bourgeois doit enflammer ses élèves pour les sciences qu'il aime si ardemment et au progrès desquelles il a tant contribué, et pourrait contribuer davantage encore si un dévouement généreux ne lui faisait pas sacrifier au Lien de la jeunesse dont la direction lui a été confiée les aptitudes et les entraînements qui le porteraient à consacrer tous ses loisirs aux recherches géologiques.

Bien que le temps donné par M. Bourgeois pour enseigner aux élèves les sciences naturelles en face de ses riches collections soit rigoureusement limité, pour ne pas empiéter sur celui qui est réclamé par des études plus obligatoires, attendons-nous à voir sortir de Pontlevoy des naturahsles et des géologues. Ils seront vraiment savants et ils demeureront chrétiens.

La physique n'est pas moins bien étudiée que l'histoire naturelle à l'école de Pontlevoy. Dans la discussion à laquelle donna lieu la loi sur l'enseignement du 11 floréal anX, Fourcroy disait : « Avant la suppression des universités, au lieu d'un corps de physique et d'histoire naturelle, un démonstrateur ambulant venait montrer quelques phénomènes électriques ou magnétiques, quelques expériences sur le vide, la circulation du sang dans le mésentère d'une grenouille, le spectacle du grossissement de quelques objets par le microscope. Là se bornait l'étude de la nature dans les collèges et l'on décorait ces séances de quelques heures du nom de physique, parce que, quelques mois auparavant, on avait dicté des cahiers de théories et d'ex-

(1) Vogt, Discours du 19 août 1867 au congrès inlernational d'anthropologie et d'archéologie.

(2) Deuxième livre des Sentences, dist. 23.

plications qui n'étaient que des mots vides de sens pour la majorité des élèves. »

Depuis lors cet enseignement a été complètement transformé dans les lycées. Pour louer ce qui se fait à cet égard à Pontlevoy, nous nous contenterons de dire que, pour les instruments, les expériences, les méthodes, ce collège libre n'a rien à envier aux plus florissantes maisons du gouvernement.

Dans une école aussi française que Pontlevoy, la culture du latin et du grec ne fait pas négliger la langue maternelle.

Traduire les auteurs qui ont écrit avec pureté et correction dans une langue morte ou vivante, n'est pas seulement la manière la plus simple, la plus courte et la plus sûre d'apprendre une langue, d'en retenir le vocabulaire, de se familiariser avec les formes qui lui sont propres, d'en bien saisir le génie, c'est en même temps un des plus excellents moyens d'apprendre sa langue maternelle. Mais ce moyen ne suffit pas. En même temps qu'on s'applique à traduire largement les grandes œuvres du génie grec et romain, il faut mettre graduellement et régulièrement entre les mains des élèves nos grands classiques français, ces auteurs achevés qui n'apprendront pas seulement l'art d'écrire, mais qui serviront autant et peut-être mieux encore que les Grecs et les Latins à la formation de l'esprit, du cœur et de la conscience. C'est ce que l'on comprend parfaitement à Pontlevoy, et les directeurs de ce collège, désireux de donner aux études françaises l'essor le plus étendu et le plus brillant, ont décidé, cette année, d'établir un nouveau cours — auquel serontinvitésles élèves des cours supérieurs et les élèves libres, — un cours régulier d'histoire de la littérature française, en prenant pour base de cet enseignement les ouvrages de M. Frédéric Godefroy.

Faire entrer ainsi un sérieux enseignement du français dans le programme des études, c'est assurément un moyen excellent de retenir nos lycéens sous la discipline classique.

Le vers français n'est pas découragé à Pontlevoy, depuis la direction de M. l'abbé Bourgeois. Est-ce un tort ? Dans la mesure et avec les précautions prises, nous ne le croyons point. Mgr Du-

LECOLE DE PONTLEVOY. 71

panloup aimerait mieux qu'il n'y eût que de studieux amateurs de Virgile et d'Horace, s'adonnant avec passion, comme on le faisait à Saint-Nicolas, et comme on le fait à La Chapelle, aux exercices de versification latine et de composition poétique en latin. Certes, il ne faut pas abandonner la pratique des vers latins; elle est utile, ne serait-ce que pour inculquer la connaissance de la quantité et de la métrique. Mais ne peut-on pas, avec beaucoup de précautions, nous le répétons, accorder quelque faveur au vers français, au moins pour les exercices académiques? Ceux qui voudraient le bannir absolument s'exposeraient à ce qu'on leur objectât le peu de fruit que le plus grand nombre des élèves retirent de la fabrication des vers latins, et à ce qu'on leur alléguât le témoignage d'un éducateur profond et expérimenté, Antoine Arnauld, disant : « C'est ordinairement un temps perdu que de leur donner dés vers à composer au logis. De soixantedix ou quatre-vingts écoliers, il y en peut avoir deux ou trois de qui on arrache quelque chose. Le reste se moifond ou se tourmente pour ne rien faire qui vaille. On peut prescrire une matière à ceux qui montrent du goût et delà facilité, et exercer les autres selon leur portée (1)^. »

Non-seulementon cultive beaucoup le français à Pon tle voy ,mais certains élèves ne font que du français. Ce sont desjeunes gens qui, pour une cause ou pour une autre, n'ont pas pu faire d'études classiques, et auxquels on désire cependant donner une haute culture intellectuelle. Pour eux, il a été établi un cours spécial de trois années. Les élèves de la première année ont par semaine trois grandes classes de grammaire française, deux classes de littérature française, deux classes d'histoire et de littérature générale. Ils marchent avec les élèves de seconde, dont ils partagent tous les exercices français. Les élèves de la deuxième année suivant la partie française de la rhétorique et font certains exercices particuliers pour suppléer aux exercices latins et grecs dont ils sont privés. Ils ont des professeurs spéciaux de mathématiques, de physique et de chimie élémentaire. Les élèves de la troisième année font une philosophie française très-complète.

Cette institution est excellente, et nous aurons très-prochainement l'occasion d'en dire toute notre pensée avec les développements nécessaires en parlant du collège de Juilly.

(1) Mémoire sur le règlement des études, dans le tome XL des OEuvres, p. 91.

72 L ECOLE DE POXTLEVOY.

YII

Nous pouvons maintenant l'affirmer : non, la gymnastique, le manège, les arts d'agrément, les sciences, les exercices français, ne font pas négliger à Pontlevoy les études classiques. Nous avons pu nous en convaincre pleinement, et un fait suffirait à faire partager notre persuasion, c'est que Pontlevoy est un des collèges qui font recevoir annuellement le plus de bacheliers (1). En même temps, c'est une des maisons où l'on sait le mieux cultiver, exercer, assouplir l'esprit des jeunes gens par un commerce prolongé avec les maîtres de la pensée humaine. Aussi la nréparation spéciale aux examens peut-elle être courte; il ne s'agit que de résumer et de repasser tout cequs l'on a solidement appris pendant tout le cours des éludes. Les bacheliers ainsi formés ne ressemblent point à ceux qui ont été chercher toute leur science dans de superficiels manuels de poche, dans d'indigestes résumés, dans de fades questionnaires.

On peut obtenir tout ce qu'on veut d'élèves comme ceux de Pontlevoy, parce qu'ils aiment le travail, le travail fort, sérieux, embrassé avec amour et par sentiment du devoir et de l'honneur. Dans un discours sur le travail selon V enseignement chrétien, prononcé le 3juillet 1855, M. l'abbé Peschoud disait à ses élèves:

« Chers et bien-aimés enfants, on a dit à beaucoup d'entre vous qu'ils seront riches un jour ; s'il fallait devancer les mécomptes, peut-être trouverais-je que vous l'avez trop cru. Quoiqu'il en soit, Dieu nous ordonne de vous l'apprendre ; le repos de l'oisiveté n'est permis à personne. Entre le riche et le pauvre toute la différence est celle du genre de l'occupation. A celui-ci, le travail matériel ou celui de la pensée dans une sphère généralement plus restreinte. Au riche, qui a dans la main un instrument plus puissant, ce travail qui étend son action sur une plus vaste surface; à lui d'abord, par une gestion sage, le soin de conserver à la société la richesse acquise, « travail presque aussi difficile que celui de la fonder ; » à lui les grandes exploitations ; à lui certaines fonctions spéciales de l'administration de son pays; à lui surtout

(1) MM. J. Véria, professeur de rhétorique et G. Lalbaletlrier, professeur de malhéniatiques, ont écrit d'excellentes choses sur les défauts de l'organisation actuelle du baccalauréat et sur les moyens d'y remédier et d'en rendre les épreuves a la fois plus justes et plus probantes. Voir leur brochure, VExamen du baccalauréat. Paris, 1870, à la librairie des Ecoles.

l'école de PONTLEVOY, ' 73

les graves devoirs de l'influence morale, car c'est là par excellence le rôle providentiel du riche, et ce qu'il a reçu en biens de la fortune, il doit le rendre aux autres hommes en biens d'un ordre supérieur; donc, qui que vous soyez, chers enfants, et quel que doive être votre avenir, vous êtes tenus de travailler pour avoir le droit de vivre ; votre pain, puisque vous êtes hommes, doit être gagné à la sueur de vos fronts. Nul ne tient de sa naissance le privilège de n'être ici-bas que pour lui seul, et tout ce qu'un homme a de plus qu'un autre, c'est pour les autres qu'il l'a reçu. A tous un compte redoutable est ouvert devant la société et devant Dieu (1). »

M. l'abbé Peschoud ne voulait pas qu'on travaillât seulement pendant les dix mois d'étude qui forment l'année scolaire. Il demandait que le temps des vacances lui-même fût sérieusement employé :

« On considère, disait-il, les vacances comme une suspension réelle des travaux de l'éducation, et c'est à tort : car, bien qu'elles admettent à certains égards un régime d'exception, elles n'en doivent pas moins être la continuation par les parents de la culture donnée au collège par les maîtres. Deux mois d'abandon absolu aux caprices d'une nature inquiète, ardente, irritée par l'assujettissement et les privations de la vie scolaire, sont plus que suffisants pour faire d'affreux ravages dans un jeune cœur. D'un autre côté, deux mois d'action réelle exercée sur lui par sa famille, si cette action était en sens contraire de la nôtre, ne pourraient que détruire la plupart des bons effets de celle-ci, en attendant que nous vinssions à notre tour prendre une triste revanche. Avec un pareil système l'éducation peut-elle être autre chose que le vain travail de Pénélope, ou bien celui de l'insensé qui s'obstinerait à tracer sur le sable du rivage des caractères toujours effacés par les flots (2)? »

S'adressant à une classe particulière d'élèves, très-nombreuse dans cette maison, M. Peschoud leur disait encore : « Pour ceuxlà surtout qui ont l'honneur de descendre de la vieille aristocratie de notre pays, je dirai un beau mot de Salluste : « La gloire des « ancêtres est pour leur postérité une lumière qui ne souffre en « elle ni l'obscurité du bien ni celle du mal : Majorum gloria pos-

(1) Proudhon, Système des contradictions économiques.

(2) L'abbé Peschoud, Discours sur Vaccord du coUégs el de la famille dans Véducation, le 1er août 1847.

74 l'école de POiXTLEVOY.

« teris lumen est, nequebona^ nequemala in occulta jmtitur l (1) »

Plus de gloire ou plus de honte : telle est donc l'inévitable alternative qui vous est faite (2). »

Comptez seulement combien d'hommes sortis de Pontlevoy siègent aujourd'hui à l'assemblée nationale (3), et vous saurez quel choix ont fait en général les jeunes gens auxquels leur directeur tenait un langage si élevé.

Les successeurs de M. Peschoud ont toujours pensé et parlé comme lui, et, comme lui, trouvé de l'écho dans le cœur de nos studieux pontiléviens. D'ailleurs tous les moyens sont pris à Pontlevoy pour entretenir cet amour du travail, qui est avec la piété la plus forte assise sur laquelle puisse reposer une maison d'éducation. Parmi ces moyens, nous indiquerons les représentations dramatiques et les soirées.

L'usage défaire jouer aux élèves de Pontlevoy des tragédies et des comédies en latin ou en français remonte aux anciens bénédictins. Déjà en 1648 dom Hugues Vaillant et dom Alexis Bréard, directeurs, avaient fait représenter plusieurs pièces de leur composition. Cet usage fut maintenu, avec trop de fréquence selon nous. Chaque mois une représentation avait lieu. On en vint même en 1688 jusqu'à représenter un opéra composé par dom. Joseph de Rosset, régent de rhétorique, mis en musique par le maître des enfants de chœur de Saint-Gatien de Tours et chanté par les plus belles voix de Saint-Gatien et de Saint-Martin. Le même rhéteur fit jouer en 1691 la tragédie de Bajazet détrôné^ qui était encore de sa composition, et dans laquelle il y eut quantité de ballets exécutés par les élèves-acteurs.

Plusieurs éminents personnages, des généraux de l'ordre, des visiteurs, des évèques, parmi lesquels les registres du temps citent messeigneurs de Berthier et de Gaumartin, évèques de Blois; de Bussy-Rabutin, évèque de Luçon; Phelippeaux, archevêque de Bourges, et plusieurs autres, honoraient de temps en temps de leur présence ces représentations.

Elles continuent encore aujourd'hui, et quelquefois, spécialement aux distributions de prix, avec le même éclat, dans une salle voûtée splendide, sur un vrai et brillant théâtre. Là, on

(1) Sallusie, Jugurtha.

(i) Voir aussi le. discours prononcé le 31 juillet 186d par M. de Forges, sur la tiécessité d'une carrière pour un jeune homme, (3) Us sont là près de quarante.

l'école de pontlevoy. 75

n'entend pas des acteurs grecs comme à La Chapelle Saint-Mesmin, mais seulement des acteurs français. Nous avons présenté aux directeurs de Pontlevoy nos objections sur les pièces françaises. Ils ont pu au moins nous garantir que les études ne souffraient nullement de ces représentations, parce qu'on choisissait toujours des pièces faciles, dont la préparation demandait fort peu de temps. Mais c'est un sujet que nous nous réservons de traiter à fond quand nous parlerons des maisons des jésuites.

Les soirées, plus rapprochées et plus intimes que les représentations dramatiques, ne contribuent pas moins à entretenir parmi les élèves de Pontlevoy l'amour du travail et la plus féconde émulation.

Les soirées mensuelles de Pontlevoy sont de vraies soirées du monde. Elles se tiennent dans une des plus belles salles de cette magnifique maison. Les maîtres, assistés souvent de personnages des environs et des visiteurs notables qui peuvent se trouver dans l'école, s'y rendent les premiers. Les jeunes gens viennent ensuite en grand uniforme, gantés de blanc comme pour aller dans la société. Ils saluent, avec aisance et distinction, les maîtres et les étrangers qui les accompagnent; puis ils s'asseoient, selon qu'il leur convient, à des tabl'-s de jeux variés, causent posément en gens bien élevés, vont et viennent librement, parlent aux uns aux autres avec politesse et grâce. Soudain un coup d'archet se fait entendre, les jeux ne s'interrompent pas entièrement, mais le silence s'établit, et un concert commence, instrumental et vocal, exécuté par les professeurs de la maison, et quelquefois aussi parles élèves les plus forts. Ensuite des domestiques, en tenue fort soignée, entrent portant des rafraîchissements et des gâteaux. Ils sont les bien reçus, et on les voit revenir plusieurs fois avec le même plaisir, mais toujours une réserve de bon ton est observée. Après diverses reprises, toujours également agréables, de jeux, de conversations et de musique, le directeur annonce que la soirée est finie. On se salue courtoisement, et chacun, avec ordre et calme, gagne les dortoirs et va goûter un sommeil paisible bercé par de doux rêves.

Ne sont admis à ces soirées que les élèves qui ont obtenu les plus excellentes notes d'ensemble, travail et conduite. £t c'est ainsi qu'elles deviennent un puissant moyen d'émulation; car l'honneur d'y assister est d'autant plus envié qu'il s'obtient plus difficilement.

VIÎI

Nous avons demandé à MM. les directeurs et professeurs de Pontlevoy une chose qu'il nous ont accordée en principe, et qu'ils s'efforceront petit à petit d'établir absolument dans la pratique, c'est que le commencement des études latines et grecques fût reculé, et que les élèves âgés de moins de dix ans ne seraient appliqués, en fait de langue, qu'au français et à l'allemand rendu obligatoire pour tous.

Causant avec le professeur d'allemand de Ponilevoy, Lorrain d'origine et patriote ardent, nous lui soumîmes cette idée que l'allemand étant une langue mère, une langue à racines, et dont l'immense majorité des mots se composait de polysyllabes visiblement issus de diverses combinaisons de mots sim ples, une langue dont le système de composition est aussi savant et de même nature que celui des Grecs, il fallait, selon nous, apprendre l'allemand, comme le grec, parle système analytique des racines proprement dites, et des mots, sinon racines, au moins souches fécondes de familles. M. Wagner nous dit que non-seulement il entrait tout à fait dans cette pensée, mais qu'il avait préparé et publierait bientôt un travail qui la réalisait.

Nous voulons faire connaître cette méthode, qui applique à l'allemand, avec les modifications nécessaires, ce que Robertson a fait pour l'anglais, et nous paraît appelée à rendre de grands services.

La méthode de M. Wagner comprend deux parties. La première, d'environ 150 pages in-S", renferme une histoire partagée en 40 paragraphes de 12 à 15 lignes chacun, dans laquelle entrent 1° toutes les racines, 2" toutes les règles et exceptions de la grammaire appliquées dans l'ordre grammatical le plus rigoureux. Le premier paragraphe renferme toutes les règles de constructions appliquées; le second, l'article avec son emploi et le genre des noms; le troisième, la déclinaison des déterminatifset tous les mots qui suivent cette déclinaison; le quatrième, celle des qualificatifs avec les degrés; le cinquième, tous les adjectifs qui forment leurs degrés en adoucissant ou d'une manière irrégulière; le sixième et le septièmee la déclinaison du singulier des noms et

l'école de pontlevoy. 77

tous les mots qui sont exceptés de la règle; le huitième, la déclinaison du pluriel desnoms, en commençant par les plus simples, les féminins, avec tous les mots féminins exceptés de la règle Les paragraphes suivants renferment, dans leur ordre, le reste des déclinaisons avec tous les noms qui s'écartent de la règle, et, pour éviter la confusion, rien queux. Viennent ensuite les noms de nombre, les pronoms, les verbes. Tous les verbes irréguliers sont répartis en six paragraphes, d'après l'ordre de leur irrégularité. Un paragraphe renferme les prépositions qui régissent le génitif et le datif; un autre renferme le reste.

Et ces mots donnés comme règles ou exceptions ne forment pas une nomenclature ; mais chaque groupe de ces mots, offrant ordinairement les sens les plus disparates, est fondu dans l'histoire d'une manière naturelle et nullement forcée.

Après chaque paragraphe viennent une version et un thème, puis les règles de grammaire dont ce paragraphe présente l'application. Une disposition a été adoptée qui est bien propre à favoriser l'étude : sur une page à droite est le paragraphe allemand avec sa traduction littérale en regard ; au-dessous est la traduction en bon français. L'élève doit étudier le français sur l'allemand, et l'allemand sur le français, de manière à pouvoir traduire sans la moindre hésitation l'un ou l'autre. A la page suivante est une version ou un thème, placés phrase par phrase en regard, composés uniquement des mots vus précédemment, et appliquant en détail, dans l'ordre méthodique des règles, les phrases modèles fournies par le texte. A la troisième page, la dernière moitié est occupée par les règles de grammaire auxquelles renvoient des numéros placés dans la version. Les mots de la leçon et les règles qui y sont observées étant parfaitement connus et gravés dans la mémoire par ces exercices, la quatrième page présente encore des exercices oii les règles sont mêlées dans des phrases de récapitulation.

La deuxième partie donne tous les dérivés usuels des racines vues dans la première, avec des règles pour la formation des mots et des exercices. Après avoir vu ces deux parties, l'élève peut traduire sans difficulté tous les auteurs et écrire et parler sans faute.

Le principal mérite de la méthode de M. Wagner est de faire marcher de front, sans la moindre confusion, l'étude complète des mots et des règles de la langue.

78 l'École de pontlevoy.

Renfermant absolument toutes les règles et exceptions de la grammaire de Bacharach, la plus complète que nous connaissions, elle a les avantages des méthodes classiques qui ne s'atlachent qu'aux règles. Elle a aussi les avantages des méthodes modernes qui s'attachent davantage aux mots, de Roberston, d'Ahn, d'Ollendorff, de Savoye. Roberston, d'ailleurs si estimable, a le tort de ne pas donner toutes les racines, mais seulement les principales, en sorte que l'élève qui ouvre un auteur quelconque, surtout si c'est un poète, est arrêté à chaque instant par des mots que sa méthode ne lui a pas fait connaître. Ahn, Ollendoriî et Savoye sont incomplets dans les règles, confus et sans méthode dans les applications.

L'ouvrage de M. Wagner présente encore des mérites particuliers dignes d'être signalés. Le premier, il présente, dès le début de sa méthode, toutes les prononciations, d'une manière si nette qu'un Français peut se faire une idée exacte des plus difficiles, telles que g, ch, 7ig, 7ik, et les reproduire sans le secours d'un maître. Les professeurs et les élèves lui sauront encore gré d'avoir marqué l'accent tonique de tous les mots, d'avoir simplifié la formation des degrés dans les adjectifs, et apporté des simplifications analogues dans la déclinaison si comphquée des noms.

Nous pressons de tous nos vœux la publication de cette méthode, si claire et si facile qu'en sachant seulement une courte histoire l'élève sait, par le fait même et sans nouvelle étude, les règles essentielles de grammaire et tous les mots usuels de la langue. Nous souhaitons et nous présageons à l'habile professeur de Pontlevoy tout le succès qu'il mérite. Les méthodes nouvelles ne parviennent à pénétrer dans la pratique qu'avec une lenteur désespérante; soit! mais elles finissent par triompher; on parvient, en ne se lassant pas, à réduire à l'obéissance les suffrages rebelles. L'émulateur de Roberston l'éprouvera, nous n'en doutons pas.

Un ancien adage dit : Tant vaut le maître, tant vaut la méthode. Les élèves de Pontlevoy qui auront à la fois pour l'allemand un excellent maître et une excellente méthode profiteront doublement.

L'étude de l'allemand, déjà embrassée partout avec tant d'ardeur, le sera particulièrement à Pontlevoy, dans cette école qui restera toujours une précieuse pépinière de soldats. On s'efforce aujourd'hui de remédier à une ignorance trop constatée, en

l'école de pontlevoy. 79

créant dans plusieurs villes, spécialement à Versailles et à Paris, un cours d'allemand pour les officiers de tout grade qui y son., en garnison. Les officiers sortis de l'école de Pontlevoy n'auront pas besoin un jour de ce secours.

Initiés dès leur enfance à la connaissance de l'allemand, ils l'approfondiront dans los classes successives, et, dans les classes supérieures, l'enseignement de cette langue pourra prendre pour eux un caractère littéraire. L'étude de quelques parties de chefs-d'œuvre de la littérature germanique pourra très-utilement contribuer à leur développement intellectuel, surtout si les professeurs ont soin de montrer dans cette littérature, non les côtés par où elle dilfère le plus, mais ceux par où elle se rapproche davantage des littératures latine et grecque et de la grande tradition classique.

M. Jules Simon, ministre de l'instruction publique, à la séance annuelle des cinq académies du 25 octobre 1871, prononçait ces paroles : « Il serait désastreux de nous faire illusion sur nos fautes; mais il le serait aussi de méconnaître cette puissance de transformation, et cette indomptable vitalité qui, tant de fois, et tout récemment, dans ce siècle même, nous ont préservés de la déchéance. Notre génération, si cruellement éprouvée, peut laisser d'elle une noble trace, si elle recommence un peuple. »

Mais comment recommencer un peuple? L'éducation chrétienne — il ne faut point se lasser de le dire et de le redire — peut seule opérer ce prodige. De même que la vérité et la sagesse purement philosophiques sont des chimères de l'imagination, la prétention de refaire des hommes nouveaux sans la religion serait insensée et annoncerait des malheurs plus grands encore.

La génération nouvelle, saine, morale, forte, inaccessible aux longs découragements, trouvant d'inépuisables ravivements dans sa foi, capable de refaire une France qui tienne comme autrefois la tête des nations par la vertu, par la science, par la valeur, cette génération se formera dans des maisons telles que le petit séminaire de La Chapelle, telles que l'école de Pontlevoy et les

autres collèges chrétiens que nous étudierons successivement, et qu'un conseiller général de Paris, M. Perrin, il y a peu de mois, au milieu d'une majorité prévenue et aveuglée, défendait généreusement comme les véritables foyers du patriotisme, comme le plus sûr garant de la revanche désirée, parce que « la religion fait des patriotes comme elle enfante des martyrs. »

Un ancien inspecteur général des études dont le nom est cher à Pontlevoy, et qui, tout récemment, a si bien montré, par l'histoire de notre instruction publique depuis la Révolution, quels ont été les funestes résultats de l'enseignement athée (1), M. Laurentie, se rappelant tout ce qu'il avait vu, dans cette école, s'écriait dans ses Lettres à un père sur l éducation de son fils : « Heureuse France ! si tous ses enfants grandissaient de la sorte dans l'exercice des talents et des vertus ! " C'est l'impression que nous avons nous-même rapportée de notre visite à ce collège que nous avons été heureux de trouver en voie de redevenir aussi florissant que jamais. C'est pourquoi nous nous permettrons de redire aux Pontiléviens d'aujourd'hui des paroles que M. l'abbé Peschoud, dans un remarquable discours sur l'éducation au XIX' siècle, adressait à leurs anciens de 1846 :

« Continuez à marcher, sous les auspices^de la religion, dans la voie de la science unie à la vertu, et, en devenant l'honneur de cette antique école, vous la rendrez elle-même l'honneur de l'éducation française au xlV siècle, comme elle fut déjà dans ceux qui nous ont précédés. »

[I) Les crimes de réducation française. H. Pion, 1872.

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