LE VENT DANS UNE EGLISE
Tout en haul dans le clocher! c'est là qu'il siffle et ruf;il avec violence! Tout en haut dans le clocher cil il peut aller et venir librement a travers les nombreux arceaux et les ouvertures multipliées.
Charles DICKENS.-
Êtes-vous quelquefois entré dans une église ,
Le soir, quand la nuit plane au loin sur l'horizon ;
Lorsque l'ombre s'étend sur la colonne grise.
Qu'il fait sombre, bien sombre, et qu'on entend la bise
Siffler avec fureur sa lugubre chanson?...
Déjà les saints de marbre ont la paupière close, La Madone dorée a fermé ses doux yeux ; Et le divin Enfant, qui dans ses bras repose. Sur le sein maternel penchant sa tète rose, S'endort en souriant comme on s'endort aux deux.
Bien pâle est la lueur de la lampe qui veille
Et projette à l'entour son éclat velouté ;
Bien mornes sont les bruits qui meurent à l'oreille ;
Bien rauque est le soupir du moine qui sommeille
Dans la bure étendu, sous son dôme sculpté.
Pourtant, j'aime à rêver sous ces larges voussures; Là, tout vient dire au cœur des mots mystérieux : Il s'élève, le soir, dans des masses obscures Je ne sais quels parfums, je ne sais quels murmures Qui partent de la terre et font penser aux cieux,
Surtout lorsque le vent semant ses notes folles S'engouffre en frémissant dans les nefs du saint lieu, Rampe autour des piliers, monte vers les coupoles Et mugit sourdement, faible son des paroles Que prononce tout bas la grande voix de Lieu.
Écoutez un moment, écoutez comme il gronde, Comme il glisse à la voûte et fait craquer les toits, Gomme il poursuit, sans but, sa course vagabonde, Puis s'arrête, attendant que l'écho lui réponde, L'écho, IcuL et plaintif, fantôme de la voix.
Oh! le vent! voyez-vous, lorsque rugit l'orage, Gomme il fait frissonner les dentelles du chœur ; Lorsqu'il vient se briser sur le tremblant vitrage, Et qu'il semble animer d'une infernale rage Les grands spectres de pierre au sourire moqueur.
Mais c'est là-haut, là-haut, dans le clocher gothique Qu'il aime à tournoyer, le vent fougueux du Nord; Là-haut, l'oiseau de bronze en sa volière antique Lui confie en pleurant un reste de cantique. Et lui jette des sons tristes comme la mort ;
Tout en haut, dans la tour, où la cloche captive Frôle sa robe au mur et vous fait tressaillir. Dans la tour, où partout la poutrelle massive S'enchevêtre et se croise; où s'allonge l'ogive, Où blanchit la poussière à force de vieillir.
Ah 1 c'esit là que le vent en riant de mes craintes Peut se tordre et hurler comme font les damnés ; S'élancer furieux, puis, redoublant ses plaintes, Descendi'e avec fracas vers les demeures saintes, Glacer dans leurs tombeaux les vieux morts étonnés.
Plus tard, lorsqu'un cercueil cachera ma poussière, Peut-être, qui le sait ? personne des vivants Ne viendra se courber sur ma funèbre pierre ; L'airain seul gémira, doux comme une prière, Mêlant ses chants de deuil aux rafales des vents.
G. Mailhard de La Couture.