‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 44 sur 66 · L ECOLE ALBERT-LE-GRA\D A ARCUEIL · texte numérisé non relu

L ECOLE ALBERT-LE-GRA\D A ARCUEIL

Les dominicains du Tiers-Ordre enseignant, qui avaient déjà rendu de si grands services à l'éducation dans leurs maisons d'OuUins et de Sorèze, ne pouvaient point ne pas songer à avoir également un collège près de Paris. Aussi une fondation de ce genre fut-elle résolue au printemps de 1863, un an après la mort du P. Lacordaire.

Après de longues recherches, ils découvrirent tout près de la capitale, au-dessus du val de la Bièvre et à la première station du chemin de fer de Sceaux, une grande propriété située sur un plateau exceptionnellement salubre, couverte de magnifiques ombrages et recommandée par de grands souvenirs : c'était la maison que BerthoUet avait bâtie au retour de la campagne d'Egypte, que le premier consul avait visitée souvent, et que les grands savants de cette époque, Laplace, Cauchy, Dulong, Gay- Lussac, de Humboldt, et d'autres chercheurs illustres, avaient choisie pour le centre de leurs travaux et le siège d'une réunion qui fut célèbre dans le monde scientifique, sous le titre de Société chimiaue (TAjxueil.

Nous trouvons dans la Vie du Pi. P. Gaptier par le R. P. Reynier des détails aussi intéressants qu'instructifs sur la fondation de ce collège, qui prit le nom à^ Ecole Albert-le-Grand .

Aux premières démarches faites par le P. Gaptier pour obtenir l'autorisation d'ouvrir une école libre d'enseignement secondaire, le gouvernement répondit par un refus formel, en alléguant une règle d'Etat qui empêchait d'accorder aux congrégations non autorisées aucune permission de fonder de nouveaux établissements. Résolu à s'adosser fortement au droit commun institué par la loi de 1850 et à en réclamer le bénéfice, comme à se soumettre à toutes ses justes exigences, le P. Gaptier reçut de précieux encouragements, qui l'engagèrent à persister dans cette voie. D'après les conseils de MM. de Montalembert,Cornudetet Cochin, de nouvelles tentatives furent faites auprès du ministère, qui maintint son opposition, en employant tout un système de conseils, d'intimidations, de retards et de confusions.

Enfin, l'Académie ayant délivré, le 21 août 1863, le récépissé des pièces déposées en vue de l'autorisation demandée, l'Ecole put être déclarée ouverte dès le 22 septembre. La rentrée eut lieu le 12 octobre.

Ce jour-là, le modeste local du nouveau collège chrétien reçut douze élèves. Les six religieux dont se composait la communauté naissante, joints aux ecclésiastiques séculiers et aux laïques professeurs ou employés, formaient un personnel plus nombreux que celui des élèves; mais, outre qu'on devait prévoir un accroissement prochain, les élèves déjà présents appartenaient à de« classes distinctes dont il fallait dès lors constituer l'enseignement. Les difficultés qui avaient paru un instant pouvoir être aplanies se dressèrent de nouveau, et, le 9 novembre 1863, le P. Captier fut prévenu que la fermeture de l'Ecole lui serait signifiée dans deux ou trois jours. En effet un délai d'une semaine fut accordé aux PP . Dominicains pour rendre à leurs familles le petit nombre d'enfants qu'ils avaient dans leur maison et pour disperser les membres de leur congrégation. Le délai fut employé aux préparatifs nécessaires à la transformation de l'établissement, car aucun des actionnaires de l'Ecole ni aucun des parents des élèves ne voulut retirer à Pœuvre nouvelle le concours qu'ils lui avaient accordé. Enfin le jour de la séparation arriva, et le P. Lécuyer, provincial du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, procéda à la dispersion de la communauté en emmenant avec lui quatre des six religieux qui la composaient.

Les deux directeurs, qui, avec la permission du R. P. général, avaient échangé leurs robes blanches contre la soutane ecclésiastique, restèrent seuls avec leurs collaborateurs séculiers. Le P. Captier et ses collègues, en se soumettant à l'interdiction prononcée contre la réunion religieuse, interdiction fondée sur des décrets abrogés, réservaient formellement la question du renvoi des élèves et de la fermeture de l'établissement. Le gouvernement ne voulut pas user de nouvelle violence et laissa faire.

« Dans ce déguisement imposé par le gouvernement pour cacher sa défaite morale, et subi par les Dominicains, qui ne pouvaient autrement éviter le désastre d'une destruction arbitraire, il n'y eut d'ailleurs ni dupeurs ni dupés. Les directeurs d'Arcueil ne voilèrent leur qualité de religieux qu'autant qu'il le fallait pourne pas paraître provoquer le pouvoir, qui, de son côté, feignit d'oublier cette situation singulière, dont il ne

pouvait attaquer le côté illégal sans violer en même temps des libertés incontestables (1). »

Le retour favorable de l'opinion et l'accroissement rapide de la nouvelle école furent la récompense de cette lutte si courageusement et si patiemment soutenue.

Un jour enfin, les robes blanches, qui n'avaient pas cessé de se montrer sur les épaules d'un ou deux religieux occupés à un ministère extérieur, reparurent en nombre dans l'Ecole. Le prieur lui-même reprit l'habit religieux le jour de Pâques et le fit revêtir successivement, à de courts intervalles, par tous les autres pères. Le gouvernement ne fit aucune réclamation, et à partir de cette époque l'Ecole ne fut plus inquiétée.

Le P. Captier put songer alors à Tagrandissedient des bâtiments, rendu nécessaire par l'affluence des enfants, et il fit commencer les travaux. Bientôt après, assuré de l'avenir matériel de l'Ecole, il tourna toute son attention vers le progrès à réaliser dans et par l'éducation. Dans le Collège chrétien (2), la deuxième de ses allocutions à Arcueil, il fixe à grands traits remplacement et les proportions de cet édifice moral où il se propose d'abriter la jeunesse.

« Le collège, lieu de recueillement et de travail, dit-il, est pour la société ce que sont pour la nature les entrailles de la terre, c'est-'a-Jire un laboratoire plein de chaleur et de vie, où se préparent on silence les trésors de l'avenir. Cet avenir, gardons-nous de le flétrir par la contagion des maux présents; que le collège soit un sanctuaire dont notre expérience formas l'intelligent rempart; et que ce sanctuaire se ferme à tout ce qui est mauvais, honteux et coupable, pour ne s'ouvrir qu'à ce qui est beau, bon, généreux et fécond.

Le collège chrétien, celui dont je vous décris le caractère, ne se suffit pas à luimême; il reçoit sa missio)i d'une triple source : de la famille qui le choisit, de la patrie dont la loi le protège, de l'Église qui le dirige. Et chacune de ces grandes institutions a un véritable droit a son dévouement, en sorte que son but essentiel, son principal honneur est de former la jeunesse à aimer d'un même amour la Famille, la Patrie el l'Eglise. »

Le collège, serviteur^ associé et ami de la famille, doit préserver les enfants des trois principaux écueils qui les attendent : V abdication involontaire des parents^ V indé pendance prématurée des enfants qui en est le résultat, et Vavortement du caractère. Fondant l'amour de la patrie sur les vertus mo-

(1) Vie du R. P. Caylier, par le R. P. Ueynier.

(2) Discours et con ércnces sur l'éducation, par le R. P. Captier. Paris, Adrien Le Clere, 1b72.

raies, on doit considérer comme une source de sincère patriotisme le caractère religieux et sacerdotal du collège chrétien.

« Ah ! messieurs, disait le P. Captier en 1864 (1), puisse notre France être à jamais préservée de l'oppression étrangère ! Mais si un jour elle a besoin de défenseurs, regardez les premiers rangs : vous y trouverez sûrement cette jeunesse chrétienne dont le cœur a été réchauffé au contact de celui du prêtre ! »

Eloquentes et prophétiques paroles qui ne devaient, hélas ! être que trop bien justifiées quelques années plus tard par le vaillant courage et le sublime dévouement de tant déjeunes héros chrétiens.

Il est impossible de mieux résumer les pensées du P. Captier surPéducation qu'en citant ce passage d'un autre de ses discours:

« Le religieux doit être un artiste des à,mes, qui nese passionne guère que pour l'accroissement de la beauté intellectuelle et morale. Un enfant, encore enveloppé d'ignorance, d'égoïsme et de paresse, doit le faire tressaillir comme ferait à un sculpteur le bloc de marbre d'où il espère faire sortir un chef-d œuvre. Devant ce petit être ébauché, nous rêvons un idéal ravissant, et bientôt les lettres, les sciences, la parole, Pautorité, Pexemple, la force et la tendresse, tout nous deviendra un outil propre k tailler ou à polir le marbre immortel de l'esprit (1). »

Après un court voyage qu'il fit à Rome avec les PP. Lécuyer et Mouton pour l'approbation des constitutions du Tiers-Ordre, ie P. Captier s'occupa de rétablissement à Arcueil d'une école préparatoire pour les écoles du gouvernement. Les succès qu'obtint cette école ne tardèrent pas à y attirer de nombreux jeunes gens et rendirent nécessaire un nouvel agrandissement d' Arcueil.

Tant de science, d'énergie et d'habileté finirent par attirer sur l'éminent directeur l'attention, cette fois bienveillante, du gouvernement, et le P. Captier fut en 1870 nommé membre de la commission pour la loi sur l'enseignement supérieur. « Fidèle à ses principes, il se montra dès l'abord respectueux des droits acquis, autant que décidé à reconquérir les droits perdus, toujours modéré et inclinant à concilier les justes exigences des réclamants avec les susceptibilités légitimes de ceux qui défendent les privilèges de l'Etat (2). »

(1) Discours et conférences.

(i) Vie du li. P. CapUer, par le R. P. l\ejiiior

A ce moment éclata la funeste guerre de 1870. Le P. Captier, pénétré de toute sa responsabilité et des périls de tout genre qui pouvaient atteindre les personnes et les intérêts dont il avait la charge, écrivait : « Ces lignes pourraient être comme mon testament. Je ne puis savoir ce que je deviendrai dans la tourmente. J'offre à Dieu mon travail, mes angoisses et mon sang, tout ce qu'il voudra de moi. Je sais que nous pouvons plus par le sacrifice que par le travail, que le sacrifice est comme l'&me vivifiante du travail. Ce système-là n'est pas l'invention des hommes, mais l'invention d'un Dieu. J'y crois, j'y aime, et, s'il plaît à Dieu, j'y meurs.. (1). »

« Il faudrait avoir vécu plusieurs vies, disait encore le P. Captier, il faudrait avoir passé par le martyre pour devenir un maître parfait (2). )>

Ce mot, qui pourrait le redire et l'entendre sans une profonde émotion, quand on pense au commentaire dont il a été suivi (3)?

Dès les commencements de nos désastres l'Ecole d'Arcueil avait été transformée en ambulance, où le P. Captier mettait tout son dévouement à soigner les blessés. Puis, au mois de mars 1871, on allait recommencer le cours régulier des études, lorsque éclata la plus épouvantable et la plus ignoble des révolutions .

L'ambulance de l'Ecole fut ouverte de nouveau. Dans les premiers temps, ces efforts d'abnégation furent respectés par les défenseurs de la Commune, mais dans les derniers jouis de cet "âtlVeux régime les passions surexcitées prétendirent rendre la communauté d'Arcueil responsable de certains revers : l'arrestation des religieux et de leurs compagnons fut décidée.

«Le vendredi 19 mai,entrequatreetcinq heures du soir, l'école d'Arcueil, renfermant vingt blessés recueillis la nuit précédente sur le champ de bataille, reçut la visite des citoyens Léo Meillet et Lucipia, délégués de la Commune de Paris et revêtus de l'écharpe rouge; Thaller, prussien, sous-gouverneur du fort de Bicêtre, et Serisier, colonel de la 13'' légion. Pendant que les citoyens entraient victorieusement par la porte principale, les lOP et 120* bataillons cernaient la propriété en enfonçant les clôtures et pénétraient par toutes les issues, laissant des sentinelles de

(1) Vie du R. P. Captier.

(2) Discours et conférences du P. Captier.

(3) Oraison funèbre du P. Captier, par le R. P. Ad. Perraud, do ruratoiro.

DE SAINT-DOMIMQL'E. 223

distance en distance, avec la consigne dépasser par les armes quiconque tenterait de sortir.

« Sur l'ordre de Léo Meillet, le P. Gaptier dut comparaître. On lui présenta un mandat de la Commune, n'alléguant ni plainte ni motif légal, mais signifiant à tous les membres delà communauté, depuis le prieur jusqu'à la dernière des servantes de la cuisine, d'avoir à se mettre à la disposition des délégués. Une demi-heure fut accordée pour les préparatifs indispensables..- Cependant, un à un, les religieux, les professeurs auxiliaires, les sœurs, les domestiques et les sept ou huit élèves restés dans la maison s'étaient réunis autour du P. Captier. Lorsque fut donné le signal du départ, tous se mirent à genoux et les yeux pleins de larmes lui demandèrent sa bénédiction.

«Mes enfants, leur dit-il, vous voyez ce qui se passe; sans doute on vous interrogera : soyez francs et sincères, comme si vous parliez à vos parents. Rappelez-vous ce qu'ils vous ont recommandé en vous confiant à nous, et, quoi qu'il arrive, souvenezvous que vous avez à devenir des hommes capables de vivre et de mourir en Français et en chrétiens. Adieu : que la bénédiction du Père, du Fils et duSaint-Espritdescendesur vous et y demeure toujours, toujours [i) l »

Alors s'organisa le sinistre voyage.

On a raconté mieux que nous ne saurions le faire les émouvants détails de cette passion. « Allons, mes amis, pour le bon Dieu ! » fut le dernier mot du P. Captier, dont le courage et la sérénité ne s'étaient pas démentis un seul instant. Les autres martyrs de cette lugubre journée du 25 mai furent les PP. Bourard, Delhorme, Gotrault et Chatagneret ; MM. Gauquelin, Voland et Petit, maîtres auxiliaires; MM. Aimé Gros, Marce, Cheminai, Dintroz et Cathala, serviteurs de l'école Albert-le-Grand.

Le tombeau qui leur fut élevé à l'angle du parc qui borne le chemin de fer et la route d'Arcueil porte l'inscription suivante, d'une simplicité sublime :

Ceux qui reposent en ce lieu

se sont dévoués jusqu'à la Ou,

au péril de leur vie,

au soulagement des victimes

du premief et du second siège de Paris.

Après quoi ils ont été arrêlés,

[[) Les Martyrs d'Arcueil, [uv io R. P. Lécuver.

le 19 mai 1871,

par ceux mêmes qui avaient reçu leurs soins,

emprisonnés pendant six jours,

et soumis "a toutes sortes de privations

sans qu'aucune faute leur fût reprochée.

Ils ont été massacrés

a l'avenue d'Italie, le 25 mai 1871,

par ordre de la Commune de Paris,

en haine

de la religion catholique.

Dieu prenne en pitié

leurs meurtriers.

« Quelques-uns ne connaissaient guère la vie des martyrs d'Arcueil que par le sacrifice qui l'avait terminée. Us en attenaient l'explication : elle fut donnée par le R. P. Adolphe Perraud (1). Uni au P. Captier, moins par des relations fréquentes que par la communauté des idées généreuses et d'un labeur infatigable, il avait eu récemment l'occasion d'étudier la grande âme qu'il allait peindre, dans les travaux de la commission d'enseignement supérieur qui les avait rapprochés. Le maître de la science sacrée avait reconnu un émule dans l'habile instituteur de la jeunesse : l'apôtre de toutes les œuvres de dévouement, le prêtre austère et modeste était fait pour comprendre et retracer l'immolation et l'humilité du religieux (2). »

L'oraison ftinèbre, éloquente et émue, que prononça le P. Perraud, le 3 juillet 1871, saisit d'émotion tous les cœurs, et le protestant M. Guizot ne put s'empêcher d'écrire à l'éminent orateur ces quelques lignes qui complètent bien l'éloge du P. Captier :

« Le meurtre du P. Captier, disait-il, a élé pour moi une vraie douleur, monsieur. Votre oraison funèbre m'a donné une vraie satisfaction. Vous l'avez bien compris et bien reproduit. Je n'avais fait que l'entrevoir. Il a été l'une de ces belles âmes qui ont passé devant mes yeux dans le cours de ma longue vie. Pendant notre commission sur l'enseignement supérieur, je m'étais promis d entrer plus avaut dans mes relations avec lui. Je prenais plaisir a pressentir tout ce qu'il y avait, tout ce qui se développerait dans cet esprit si élevé et si pratique, encore si jeune et déjà si mûr, si ohrétien et si humain. H était l'une de mes espérances inlellecluclles et morales pour notre patrie. Je me félicite que vous, monsieur, vous ayez élé appelé à parler de lui et je vous félicite d'en avoir parlé si dignement, il méritait de recevoir de vous et vous méritiez de lui rendre ce pieux honneur. »

Les élèves qui, après l'arrestation de leurs maîtres, avaient pu

(1) Depuis évêque d'Autun.

(-2) Vie du P. Capiier.

trouver asile chez des personnes amies de l'école, grâce à l'intelligence et au dévouement au-dessus de tout éloge d'un des leurs, leur aine et leur chef, M. Jacques de la Perrière, furent ramenés par ce dernier à Arcueil où. ils retrouvèrent le P. Rousselin.

Tel est le passé de l'Ecole Albert-le-Grand d' Arcueil,

Les directeurs actuels, chargés de la lourde tâche de succéder au P. Captier, maintiennent avec honneur les traditions de leur vénéré prédécesseur, et mettent tous leurs soins à y apporter toutes les améliorations possibles. S'appliquant à rétablir dans les études l'équilibre naturel, ils suivent le développement graduel des jeunes esprits en profitant habilement des facultés diverses que Dieu leur a données.

« L'âge le plus fécond pour les études, dit leR. P. L. Lécuyer, vicaire général du Tiers-Ordre, l'âge où la curiosité' est le plus vive, où la mémoire est plus fraîche, l'esprit moins distrait par les soucis du cœur, est précisément celui dont les routines actuelles savent le moins profiter. Entre l'enfance et la puberté, trois ou quatre années s'écoulent pendant lesquelles on pourrait donner aux éludes un élan vigoureux, un inébranlable fondement. Et, comme des gens qui ont du temps à perdre, que nul besoin, que nul ennemi ne talonne, nous employons ces trois ou quatre années à parcourir lentement et mollement l'espace étroit qui sépare le De viris illiistribus Aqa récits de Quinte-Curce et qu'un esprit ordinaire peut parcourir en quelques mois.

« L'on ne se presse qu'à condition d'avoir un but prochain et ici le but manque, du moins le but immédiat, aux études de l'adolescence. Il faut placer là, au terme des classes de grammaire, un examen sérieux, et que nul ne soit admis à en dépasser le seuil, à moins d'avoir prouvé d'une manière irréfragable qu'il sait les dogmes et les préceptes de la religion, les règles des grammaires, les mots usuels des langues mortes et vivantes, qu'il possède les faits généraux et les dates principales de l'histoire, aussi bien que les détails essentiels de la géographie, qu'il peut user des chiffres et des lignes dans toutes leurs applications ordinaires : en un mot, qu'il est capable de comprendre tout ce qu'on lui enseigne et d'exprimer tout ce qu'il a appris.

« Nous pouvons maintenant ouvrir le sanctuaire où se cachent les mystères de la science et les nobles voluptés de la littérature et des arts. L'âge est venu, l'âge d'or qui se nomme la jeunesse, où s'éveillent à la fois toutes les curiosités de l'esprit. Voici l'heure

d'Homère et de Virgile, l'heure de Sophocle et de Racine, l'heure de Shakespeare et de Schiller, l'heure de Démosthène, de Platon, de Cicéron et de Bossuet, l'heure des théories élevées et des vues profondes (1). »

C'est ainsi que les RR. PP. Dominicains s'y prennent pour former des esprits éclairés et des caractères virils. Le P. Laur. Lécuyer, dans son discours sur la charité dans l'éducation, nous montre comment il complète leur éducation de chrétiens.

« Quand un étranger s'approche de cette maison vers le milieu du jour, il s'étonne quelquefois d'en voir sortir des groupes d'enfants ou déjeunes gens qui se dispersent, sous la conduite d'un de leurs maîtres, dans les divers quartiers du pays. Si peu qu'il ait le loisir et la curiosité de les suivre, il saura bientôt pour quel genre de plaisir ils renoncent à leurs beaux ombrages et à leurs jeux préférés, frappant surtout aux portes les plus humbles et gravissant de ce pas léger qui n'appartient qu'à la jeunesse heureuse, les escaliers les plus sombres et les plus délabrés. Les moins âgés pénètrent dans les écoles populaires; ils interrogent, ils se rendent compte des besoins que leur bourse d'écolier peut secourir, tandis que d'autres, coutun:iiers d'une aumône qui ne demande que du temps et de la bonne humeur, vont animer les jeux de cette chère famille d'orphelins que |Saint-Vincent de Paul élève près de nous. A l'intérieur du collège, la même inspiration se retrouve et se traduit par des scènes d'un caractère tout différent...Il faut voir avec quelle sollicitude les hauts dignitaires de l'école s'ingénient à composer un festin pour vingt ménages avec les débris de leur propre repas. »

Formés ainsi, par la pratique de la charité, à la vraie piété, et initiés aux vertus sociales, les jeunes gens qui sortent des mains de tels éducateurs sont armés de toutes pièces pour soutenir, dans les luttes du monde, la Religion, la Patrie et la Famille, cette trinité inséparable.

l'école SAINT-CHARLES A SAINT-BRIEUG (CôtCS-du-Nord).

L'Ecole Saint-Charles, dont les constructions monumentales sont situées sur un des points les plus élevés de la ville de Saintci) Beligion, Pairie et Famille. Discours de collège par le R. P. Laur. Lécuyer. Pai'is, Juif s Le Cleio, 1874.

Brieiic, et à proximité de la mer, n'est dirigée par les RR. PP. Dominicains du Tiers Ordre enseignant que depuis 1869. Si elle n'a point encore le glorieux passé et les longues traditions de son aînée l'école de Sorèze, ni l'auréole de la persécution et du martyre comme celle d'Arcueil, un brillant avenir lui est certainement réservé par le soin constant qu'apportent directeurs et professeurs à justifier chaque jour la devise que lui ont donnée ses fondateurs : Religioni et Patrix floreant. Quel meilleur moyen, en effet, de glorifier l'Eglise, que de donner à la jeunesse un enseignement élevé et vraiment national, et quel meilleur moyen de servir la patrie que de former pour elle des chrétiens convaincus et virils?

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