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L ECOLE CENTRALE MAKITIME D ARCACHON

Non contenls de servir le pays en donnant aux enfants qu'on leur confie une éducation chrétienne et virile à la fois, les PP. Dominicains voulurent compléter leur œuvre par une création nouvelle, dont le but est de fournir à notre marine et à notre commerce extérieurs de nouveaux éléments de développement, en dirigeant les jeunes gens vers les carrières maritimes et en les y préparant, dès leurs enfance, par de sérieuses études et par le complet apprentissage de la navigation.

C'est à cette idée que répondit la fondation, en 1872, de l'Ecole centrale maritime d'Arcachon.

Jusqu'alors l'enseignement commercial maritime n'existait pas chez nous. La France, qui a des écoles spéciales pour toutes les vocations, n'en possédait aucune pour les industries relatives à la mer, aucune qui donnât un enseignement technique complet, embrassant tout à la fois le commerce et la marine.

« L'école centrale maritime d'Arcachon, dit son fondateur et directeur le P. Baudrand (1), est destinée à préparer les jeunes gens à toutes les carrières du commerce extérieur et de la navigation ; elle a pour but de leur donner l'enseignement technique nécessaire à ces carrières et de leur faciliter, par une navigation convenablement organisée, le rude apprentissage de la vie des hommes de mer. »

(1) Les Carrières maritinip.s et les mœurs casanières, par le R. P. Baudrand. Bordeaux, Imprimerie centrale A. de Larrefranque, 1873.

Mais toute carrière suppose chez celui qui l'embrasse une certaine prédisposition générale aux devoirs qu'elle impose, une vocation, et la carrière maritime en particulier, demande une vocation spéciale. Or, cette vocation ne peut se manifester d'une façon sûre chez des jeunes gens de quatorze à quinze ans que s'ils savent un peu ce que c'est que la marine, et, dans ces conditions, il peut être utile à beaucoup de faire un noviciat maritime qui précède leur entrée et leur préparation à la marine.

« Or, ici le but est triple, dit encore le P. Baudrand : il faut que les jeunes gens puissent voir de près et pratiquer dans une certaine limite la vie maritime, parce que c'est là, pour eux, le seul moyen de s'en faire une idée vraie et de réagir contre les séductions de leur imagination; d'autre part, il est nécessaire qu'ils puissent en même temps continuer leurs études, parce que ces études sont la condition essentielle de succès dans les examens si précoces de la marine ; enfin, il importe que celte épreuve ait lieu avant la préparation à la marine, pour n'engager les jeunes gens dans les études spéciales qu'après avoir acquis la certitude morale qu'ils y sont véritablement appelés. >-

C'est à ces besoins divers que répond complètement l'Ecole d'Arcachon.

Les programmes d'enseignement suivis sont ceux des classes ordinaires de l'Université jusqu'il la troisième inclusivement, on insiste spécialement sur l'étude de l'anglais et des mathématiques, et le temps donné à l'enseignement naval n'empiète jamais sur celui qui est réservé aux études classiques. De cette façon, il ne peut y avoir aucun mécompte dans le cas où un élève viendrait à perdre le goût de la vie maritime.

L'enseignement naval a pour objet : la connaissance technique du matériel naval, l'apprentissage des menus travaux de matelotage, les manœuvres dont les enfants sont capables à bord d'un navire, les principes de la timonerie et de la télégraphie maritime, le détail et le fonctionnement à la mer des machines à vapeur marines, les différents genres de pêche, le maniement des embarcations à la voile et à l'aviron, les manœuvres de sauvetage, la natation. Ces exercices ont lieu à bord, plusieurs fois par semaine, sous la direction des officiers de l'école.

Durant l'année scolaire, on consacre à la navigation au moins une après-midi chaque semaine et une journée entière chaque mois.

Pendant les vacances de Pâques, ces élèves vont par mer faire à Bordeaux ou à Rochefort un petit voyage d'instruction professionnelle.

A la fin de Tannée scolaire, on consacre plusieurs mois à un voyage de navigation dans les principaux ports de France, d'Espagne, d'Italie ou d'Angleterre.

C'est ainsi qu'en 18751a curiosité des Parisiens fut vivement excitée par un petit bâtiment fort coquettement agencé, portant à l'arrière deux canons-miniature en acier, et qui se balançait gracieusement en aval du Pont-Royal. C'était V Eclipse, le vaisseau-école des PP. Dominicains d'Arcachon, goëlette à deux mâts, jaugeant trente-huit tonneaux, et venue d'Arcachon à Paris après avoir fait escale à Bordeaux et â Brest.

Ce petit bâtiment est devenu maintenant insuffisant pour les voyages d'instruction des élèves d'Arcachon et est aujourd'hui remplacé par le trois-mâts barque Saint-Elme. Des nouvelles d'Arcachon du 17 mars (1) nous ont appris que c'est â son bord que les jeunes gens vont faire leur voyage annuel. La campagne décidée a pour objectif les c6tes de l'Afrique française, de l'Italie, de la Corse, du midi de la France, du Portugal et de l'Espagne. Le départ a eu lieu au commencement d'avril; le retour s'effectuera approximativement vers la fin du mois de juillet.

Telle est la situation dans laquelle nous avons trouvé les cinq maisons du Tiers-Ordre enseignant de Saint-Dominique. Elle est déjà très-prospère partout, bien que les diverses fondations soient encore si récentes. L'avenir de toutes ces Ecoles est plein de promesses, et, pour les voir fleurir avec plus d'éclat encore, nous attendrons impatiemment la réalisation d'un projet dont nous avons entendu parler dans un de nos voyages â Sorèze, celui d'établir un concours entre toutes les maisons. Dès maintenant nous pouvons être certains que l'ordre de Saint-Dominique rivalisera toujours glorieusement avec les autres grands ordres enseignants, pour le bien de la jeunesse et la régénération de la France.

(I) Le Figaro, 19 mars 1877.

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