‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 59 sur 66 · A' L'ÉTUDE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DANS L'ÉDUCATION CLASSIQUE · texte numérisé non relu

A' L'ÉTUDE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DANS L'ÉDUCATION CLASSIQUE

Messieurs,

Je viens vous entretenir de la gloire de la France. La gloire de la France ! Le moment peut paraître mal choisi pour en parler. La gloire de la France ne semble-t-elle pas effacée à jamais? Notre humiliation, aux yeux du monde stupéfait, a été si profonde, et, pourquoi le taire? si méritée! On est donc plus disposé à parler de notre honte que de notre gloire; mais je crois qu'il ne faut pas trop parler de cette honte. Ne finirions-nous pas par concevoir un mépris de nous-mêmes dangereux pour le présent et pour l'avenir ? C'est pourquoi, Messieurs, dans ce jour de fête littéraire où vos cœurs et vos esprits sont ouverts à la joie, à la confiance, et ne respirent que sentiments élevés, je veux, pour vous affermir dans ces dispositions propices à tout bien, vous entretenir de la gloire de cette chère France, qui compte beaucoup sur vous, à qui vous devez beaucoup, pour qui vous ferez beaucoup, j'en suis sûr. Cette flamme magnanime que je vois briller dans vos regards, ce je ne sais quoi de vertueux, défier, de digne, de généreux, qui éclate en toute votre personne m'est un garant certain de ce que peut être, pou^ le relèvement de notre pays, une génération formée comme la vôtre. Et la juste idée de la gloire de la France dans le passé servira éminemment à vous inspirer

le désir de contribuer, chacun pour votre virile part, à sa gloire dans l'avenir.

Messieurs, notre patrie, premier-né de la civilisation européenne, et prédestinée de Dieu, dès les plus anciens temps, à un rôle privilégié dans le monde, a eu successivement ou simultanément toutes les gloires. Je ne veux vous parler que d'uneseule, la gloire des lettres. Ah ! cette gloire-là, Messieurs, moins que jamais nous ne devons l'oublier, nous Français, moins que jamais nous ne devons permettre que l'étranger la méconnaisse. Je l'affirme hautement, ni dans l'antiquité, ni dans les temps modernes, aucune nation n'a produit une littérature comparable à la littérature française, si on l'envisage dans tous ses âges et dans tous les genres de composition. Orgueilleuse Allemagne ! toi qui, depuis tes éphémères triomphes, crois tout surpasser, essaye, devant un tribunal composé des esprits les plus élevés et les plus équitables de tous les peuples civilisés, essaye d'établir un parallèle entre tes écrivains et les nôtres, dans les ordres les plus hauts, dans les sphères les plus sublimes. Tu as beau faire sonner ton Gœthe, ton Schiller, ton Lessing, ton Hoffmann, ton Henri Heine, ton Hacklœnder, ton Uhland, ah! que la décision unanimement rendue confondrait cette fois ta présomption, et comme l'éclat sans pareil du génie français resplendirait incontesté, indéniable !

Et qu'ai-je besoin d'appeler ce jugement ? Longtemps est qu'il a été rendu. Mais notre proverbiale légèreté oublie trop facilement des choses auxquelles nous devrions penser toujours. Puis de funestes routines d'éducation empêchent que la jeunesse soit avertie d'assez bonne heure et d'une manière suffisante de ce qu'est cette grande littérature française dont les esprits de tous les jeunes Français devraient être imbus dès le premier âge et durant tout le cours des études, pour continuer ensuite à s'en nourrir largement toute la vie.

Je suis amené. Messieurs, à traiter devant vous, rapidement, une grave et délicate question, fort débattue dans ces derniers temps. Il s'agit de la base même et de tout le plan de vos études classiques, qu'on a proposé et tenté de bouleverser de fond en comble.

Il me plaît de dire ma pensée là-dessus dans cette maison bénédictine,qui est une conservatrice fidèle des saines et nécessaires traditions, mais en même temps une des écoles où de sages ré-

formes ont toujours été le mieux accueillies, où l'idée de progrès sagement comprise a toujours été aimée,

Ne craignez pas de me voir indulgent pour les hommes inconsidérés qui voudraient saper ie fondement de l'éducation libérale en renversant ou en affaiblissant les études latines et grecques, et trouvent un trop facile succès auprès de tant de familles qui, dominées par la malheureuse passion du positif, regardent comme une superfétation tout enseignement qui n'offre aucune utilité matérielle, rejettent comme un hors-d'œuvre toute étude qui ne se traduit pas promptement pour leurs enfants en bénéfices matériels et sensibles. Non, non, le latin et le grec ne sauraient être négligés sans entraîner la ruine de toutes les études sérieuses ; à moins d'une connaissance approfondie du latin et du grec, on ne possédera jamais qu'imparfaitement aucune des grandes langues européennes qui en sont sorties. Et, à un point de vue plus élevé, le latin et le grec doivent rester l'objet principal et essentiel de la haute éducation intellectuelle, parce que, comme l'a si bien et si souvent prouvé le plus autorisé défenseur de cette éducation, mon maître vénéré d'autrefois, mon ami d'aujourd'hui, l'évêque d'Orléans, les langues et les littératures latine et grecque ont une vertu toute spéciale pour élever, fortifier les facultés les plus perfectibles de l'intelligence des enfants.

Donc, loin qu'il faille reléguer dans les inutilités l'étude des langues anciennes, tout demande, tout exige que le culte en soit maintenu soigneusement. Mais il faut que le latin et le grec soient mieux enseignés et plus promptement appris ; il faut qu'un temps si considérable perdu à languir misérablement sur des difficultés dont il serait possible de se rendre maître au pas de course, perdu à apprendre pour désapprendre , puis réapprendre, et trop souvent ne pouvoir plus jamais apprendre sérieusement, il faut que ce temps précieux soit donné à notre langue et à notre littérature nationale. A la langue d'abord, et parvenir à la bien connaître, à la bien parler, à la bien écrire, n'est pas un mince travail; ensuite à la littérature, non pas considérée seulement depuis le XVII' siècle, comme on le fait d'habitude, — quand on fait quelque chose, — mais envisagée dans ses lointaines et déjà brillantes origines. Quel vaste champ à parcourir, à entrevoir du moins, pour le parcourir en tous sens après le collège, dans les loisirs et au milieu des travaux différents des diverses carrières !

Si le temps me le permettait, qu'il me serait agréable, non pas de vous tracer un tableau, mais d'ébaucber devant vous, en courant, une esquisse de cette riche littérature française, notre plus impérissable titre de gloire. Vous verriez comment,après l'établissement des barbares, la décadence, la décomposition progressive de ia langue latine amena la formation d'une langue nouvelle appelée rustique romane, dont le latin demeura le fond, non pas le latin classique, mais le langage vulgaire des provinces, avec un mélange restreint de germain et de celtique ; et comment bientôt cette langue romane se partagea en deux dialectes principaux, correspondant à la séparation qui se fit entre la France du Midi et la France du Nord : le cours de la Loire traça la ligne de démarcation. L'un de ces dialectes, le provençal ou la langue d'oc conservée en grande partie dans vos régions. Messieurs, commença à se former à la cour de Boson, premier roi d'Arles, qui régna de 879 à 887. L'autre dialecte, celui qui était appelé à devenir la langue générale et officielle de la France, le roman wallon, ou la langue d'oïl, naquit à la cour de Guillaume Longue- Épée, fils de Rollon, duc de Normandie, qui régna de 927 à 943. Lex" siècle, siècle d'ignorance et de ténèbres, siècle de malheur, seculum infelix comme l'appelle Bellarmiu (1), vous offrirait à peine quelques indigestes essais de poésie religieuse. Mais du XI* siècle au xiv' siècle vous verriez s'écouler une période très-originale et étonnamment féconde, merveilleuse surtout par l'inspiration épique des chansons de geste, comparables et même supérieures à quelques égards aux grandes épopées antiques : la chanson de Roland, Raoul de Cambray, la geste de Guillaume et celle de Garin le Lohérain offrent la peinture animée de la haute époque féodale. Dans cette première période, duxi* au xiv* siècle, la langue française a un caractère tout particulier : elle n'est pas encore purement analytique, elle n'arrive pas encore à la clarté par le seul ordre des mots, par la seule construction de la phrase ; elle s'aide d'un système d'inflexions, de désinences, qui rappellent jusqu'à un certain point les déclinaisons latines : le caractère essentiel de la langue d'oïl comme de la langue d'oc, c'est une déclinaison à deux cas, le nominatif et le régime. La fin du xiv" siècle et le xv' vous apparaîtraient marqués par un retour ardent et quelque peu aveugle à l'antiquité grecque et latine. Vous

(1) « Vide seculum infelix, in quo nuUi Scriptores illustres, nulla Coucilia, etc. - BfiLliAKM. D. Chron. " beculum valde obscurum. » Idem. De Script. Ecd. ad an. 900.

verriez la langue s'altérer, se refondre par un procédé tout différent, et abandonner la forme populaire et instinctive pour l'imitation servile des idiomes savants. Cette époque offre cependant des écrivains extrêmement intéressants, surtoutdans l'histoire: il suffit de nommer Froissard, Olivier delà Marche, Gommine. Le xvi*' siècle continue ce mouvement en l'agrandissant; tous les genres consacrés par les anciens sontessayés. La muse française, prise d'une naïve émulation, devient toute grecque et toute latine, et cependant sait assez bien conserver le génie national pour préparer le grand xvii^ siècle, dont les admirables productions, dans les vers comme dans la prose, ont livré au peuple français la royauté des lettres. Le xviii^ siècle, en voulant tout renouveler et tout détruire, court risque d'entraîner la langue dans la ruine générale. Néanmoins plusieurs écrivains étendent encore son influence et lui donnent des qualités de netteté, de rapidité, d'éclat et de chaleur qu'elle n'avait point encore manifestées à un aussi haut point. En poésie l'inspiration faiblit, l'exécution devient molle et lâche. Presque tous les auteurs ont une versification abandonnée, remplie d'épithètes parasites, de chevilles redondantes,de rimes maigres et banales. Leur mérite ne consiste guère qu'à se servir avec plus ou moins de facilité des formes connues de la poésie, à revêtir de plus ou moins d'élégance des pensées vieillies et des sentiments usés. La haute poésie trouve cependant plusieurs interprètes : Crébillon dans quelques tragédies. Voltaire dans un poëme épique ambitieux et faible, et dans ses tragédies très-inégales qui ne valent pas ses poésies légères; Jean-Baptiste Rousseau, Lefranc de Pompignan, Lebrun, dans leurs odes sacrées ou profanes ; Gilbert, dans ses éloquentes satires ; Ducis, dans divers drames où l'inspiration anglaise est mêlée à l'inspiration grecque. Mais dans tout cela il n'y a pas une incontestable œuvre de génie. A l'extrême limite du siècle un grand poëte se révèle. André Chénier, élève et émule des Grecs de la meilleure époque,retrouve les accents de la vraie poésie, de la poésie de l'âme, et prépare la rénovation, la résurrection de la poésie française.

Cette rénovation, cette résurrection sera l'œuvre duxix* siècle, l'une des époques assurément qui furent le plus privilégiées en virtuosités, en facultés de poésie. Après un quart de siècle languissant et infécond, la poésie prend enfin un essor vigoureux et libre. De jeunes et nobles talents, les Lamartine, les Hugo, les

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Alfred de Vigny, les Dumas, les Deschamps, les Sainte-Beuve, les Musset, comprennent qu'il est temps de sortir des ornières de la routine, de s'affranchir des hens d'une imitation servile; ils sentent qu'il ne nous suffit plus d'une nouvelle combinaison des hémistiches de Racine, de Boileau, de Rousseau, de Voltaire, de Gresset, de Delille. Les poètes de cette nouvelle école essayent de retremper la langue, de lui rendre de la couleur, de a lui faire reprendre du corps et de la saveur. » Une longue élaboration se fait, d'où résulte une langue non pas définitive, non pas durable dans tous ses éléments, mais, en somme, riche, variée, souple, flexible, façonnée à tous les besoins de la pensée. Malheureusement les poètes romantiques compromettent par leurs excès le bien qu'ils ont procuré, et à la fin risquent de dénaturer irrémédiablement la langue et la poésie. D'autres poètes d'un talent moindre, mais très-grand encore, les Turquety, les Brizeux, les Reboul, les Violeau,les Laprade, les Autran, savent respecter constamment le goût comme la morale. Dans la prose, de nombreux écrivains admirablement doués renouvellent — malheureusement pas toujours au profit de la vérité et du bien — l'histoire, le roman, le théâtre, la philosophie, la politique, l'économie, les sciences, la critique.

Voilà, Messieurs, le champ qui s'ouvre à vous. Voilà les belles, les grandes, les fortes études que je vous adjure d'aimer et de cultiver, — sans rien négliger des autres facultés — plus que vous ne l'avez encore fait jusqu'aujourd'hui. Aimez-les, cultivezles pour elles-mêmes. Aimez-les, cultivez-les aussi par patriotisme.

Oh! ce patriotisme, combien je voudrais pouvoir contribuer à le développer en vous ! Eveiller, exalter partout le sentiment patriotique non moins que la passion des belles et bonnes lettres, c'est une mission que je me suis donnée depuis nos malheurs et nos humiliations. Dans l'école de dom Fougeras, dans l'école du P. Lacordaire, dans l'école du P. Mourey, puisse ma voix ne pas trouver moins d'écho qu'elle en a trouvé ailleurs!

Messieurs, il peut sembler que nous marchons à des jours plus heureux et plus tranquilles. Bientôt la France aura repris la possession morale et matérielle d'elle-même. Oh ! Dieu nous garde alors d'oublier et de nous endormir dans une satisfaction honteuse et misérable! La revanche nous est imposée, et la revanche la plus réelle, la plus effective. Il ne suffit pas de voir ce qui nous

n été laissé du sol de la patrie débarrassé des envahisseurs. Ce qui nous a été pris doit, un peu plus tôt, un peu plus tard, nous être rendu à des conditions honorables ou être reconquis vaillamment. Toute paix n'est qu'illusoire, toute trêve n'est que temporaire tant que nos chères provinces gémiront sous le joug de l'oppression. L'Alsace rester prussienne, les petits enfants de l'Alsace ne pouvoir plus parler français, comme on le chantait si patrie tiquement hier! Jeunes générations qui formez notre espérance, vous n'y pouvez consentir. Et la Lorraine! Et Metz ! Metz, je ne puis prononcer ce nom sans que mes yeux se mouillent de larmes, sans que des sanglots s'échappent de ma poitrine, sans que mon cœur se brise.

Pour tous, Metz qui, à peine réunie à la couronne, fut notre citadelle avancée du côté de l'Allemagne, Metz est un des plus indispensables remparts de la France; pour tous Metz est la ville de notre S. Bernard, dont l'entremise la sauva au xii* siècle; pour tous Metz, que Bossuet appelait une cité noble et fidèle entre toutes (1), Metz est un membre que le plus barbare abus de la force pouvait seul arracher de cette province lorraine, de ce gouvernement lorrain qui, avant 1789, après vingt ans seulement d'incorporation officielle, s'était déjà montré le plus profondément français des quarante-huit gouvernements dont se composait alors la France.

Metz est encore autre chose pour moi, philologue et lexicographe, qui depuis vingt ans donne une si grande partie de mon temps à chercher au fond de toutes les bibliothèques et de toutes les archives, dans tous les coins de la France et de l'Europe, les titres les plus authentiques de notre grande langue du moyen âge et de ses multiples dialectes, français proprement dit, normand, picard, bourguignon, poitevin, lorrain. Pour moi Metz est un de nos plus riches dépôts d'archives, sinon le plus riche de tous, car il possède des trésors de chartes que lui envient Paris, Lille, Douai, Dijon, Angers, dont les érudits connaissent les richesses d'archéologie française. Des conquérants aS'olés osent soutenir que Metz est une ville germanique ! Eh ! bien, Messieurs, tandis que, dans les pays de domination royale, les actes en français ne se trouvent guère qu'à partir de 1260, et même de 1270, à Metz, aux archives départementales, aux archives commu-

(1) Panégyrique de S. Bernard, second point, éd. Lâchât, t. XII,' p. 303, et Premier termon pour la fête de la Circoncision, second point, Ib., t. VIII, p. 324.

nales, à la bibliothèque, j'en ai trouvé à foison, actes privés comme actes publics, des toutes premières années du xiii' siècle.

Et nous pourrions nous accoutumer à l'idée devoir Metz rester sous la domination prussienne! Oh! non, c'est impossible.

Naguère, un poëte célèbre, faisant la Marseillaise de la Paix, s'écriait :

« Nations, mot pompeux pour dire barbarie, L'amour s'arrête-t-il où s'arrêtent vos pas? Déchirez ces drapeaux, ime aatre voix vous crie L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie. La Fraternité n'en a pas ! »

Ce langage qui, il y a plus de vingt ans, pouvait paraître généreux, n'est plus de mise. Oui, les peuples sont frères; mais notre mère a été insultée, il faut que nous la vengions; nous avions une patrie grande et fière : elle a été déchirée, mutilée, conspuée, il faut que nous la rétablissions dans son intégrité et dans son honneur ou que nous périssions.

Pour cette œuvre de revendication et de réhabilitation, les hommes se trouveront-ils? On pourrait en désespérer, à voir persister cet affaissement général des caractères qui nous a été si funeste. Notre patrie, hélas! semble n'être toujours que cette terre bruyante, agitée et babillarde, dont parlait un Allemand célèbre, Henri Heine. Messieurs, mes chers amis, gardons quand même un viril espoir. Espérons que ce que nous avons vu, ce que nous voyons encore est une crise plutôt qu'une décadence, qu'un germe d'avenir et de vie n'a pas cessé de fermenter au sein de la corruption qui nous rongeait et continue de nous ronger. Non, non, la nation qui, depuis qu'elle existe, a gagné à elle seule plus de victoires que tous les peuples ensemble, ne succombera pas sous une défaite, si prodigieuse soit-elle. Que sur tous les points de notre pays il se forme des légions d'hommes comme vous, Messieurs, des hommes à qui la religion met au cœur cette trempe d'acier qui ne se laisse entamer ni par la crainte du péril, ni par les amorces des richesses et de la volupté, et une France croyante et patriote, opposée à l'Allemagne mihtaire et mystique, saura un jour relever les destinées de la patrie, Vei'itas liberabit vos.

En Prusse, après les journées d'Iéna et de Friedland, alors que le royaume de Frédéric le Grand était écrasé sous la botte orgueil-

leuse et despotique de Napoléon, l'Europe vit surgir les Stein, les Scharnhosk, les Gneisenau, et, dix ans à peine écoulés, la Prusse était plus grande et plus puissante que jamais. Messieurs, je crois voir parmi vous des Stein, des Scharnhosk, des Gneisenau français dont la tâche et l'honneur sera de contribuer à faire rentrer dans l'unité française les riches provinces et les glorieuses cités qu'une victoire brutale en a momentanément arrachées.

Confiance ! Confiance ! Agissez virilement ; le secours divin ne vous manquera pas, à vous et à vos frères des générations libératrices. Viriliter âge, exspecta Dominum. Dès maintenant d'heureux augures commencent à se manifester. La voix la plus auguste de la terre nous a permis l'espérance. Le pape infaillible disait , il y a dix mois, en présence des attentats de Bismarck et de son gouvernement contre la liberté catholique : « Une pierre tombera qui renversera le colosse. » Mes amis, peut-être déjà cette pierre détachée du rocher roule et va faire son œuvre vengeresse.

(î) Discours pronoucé à Rome, le 2S juin I87'2, devant le Cercle allemand des lectures catholiques àRorw.

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