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A L'OCCASION DE LA FÊTE SEMI-SÉCULAIRE

PAR

FREDERIC GODEFROY

Lauréat ae 1 Académie fran^t^se et de l'Académie des Inscnptions et iîeiles-Lettre».

PARIS LIBRAIRIE ADRIEN LE GLERE et G'^'

ÉDITEURS DE N. B. P. LE PÏAPK El DE l'aKCHEVÊCHÉ DE PAKI8 RUE CASSETTE, 29, PRÈS SAINT-SULPICE

L'allocution qu'on va lire a été prononcée dans un des plus intéressants, des plus originaux et des plus florissants petits séminaires de France.

La bienveillance d'un évêque qui occupe si dignement le siège de saint Martial et l'amitié du digne supérieur, M. l'abbé Penaud, me firent prendre la parole dans une solennité dont le souvenir restera l'un des plus chers de ma vie.

Fellelin, placé en 1823 sous l'autorité diocésaine, célébrait son anniversaire semi-séculaire, ses noces d'or.

Un ancien élève, M. Vitold de Chodzko, docteur en droit, a raconté cette fête dans un très-piquant et trèsremarquable travail, dont nous nous aiderons pour retracer rapidement les diverses phases de l'existence plusieurs fois séculaire du collège de Felletin.

Le premier établissement — pour ne nous occuper que des temps modernes — remonte à 1589. Durant cette première période oii il s'agissait surtout de lutter contre l'envahissement de l'hérésie protestante, les élèves de Felletin fournirent constamment des prêtres à l'Eglise, des généraux au roi, des officiers à la marine, des cheva-

liers à l'ordre de Saint-Louis, des chefs distingués à l'industrie.

Cette prospérité, continuée sans interruption pendant tout le cours du xvn' et du xvnf siècles, fut brusquement arrêtée par la révolution de 1793, qui chassa les élèves, logea les troupes dans les dortoirs, transforma les classes en écurie. Une fois la tourmente apaisée, trois prêtres de eœur, les deux abbés Gipoulon et M. de Laporte de Lamorie, conçurent la pensée de faire revivre l'enseignement dans ces murs désertés et ruinés, llsne purent trouver des auxiliaires suffisants. Felletin allait décidément périr, quand la pensée vint démettre ce collège sous le patronage de l'autorité diocésaine. Mgr de Pins accepta la proposition que lui tirent le maire et les conseillers municipaux de la ville. Par contrat signé le 19 juillet 1823, le collège de Felletin devint petit séminaire diocésain. Pour cette difficile entreprise, la Providence suscita à Mgr de Limoges un aide précieux, M. l'abbé Pierre Florand, ancien élève de Felletin, devenu sulpicien, et, après de grands services rendus comme directeur, retiré alors auprès de sa famille, à Saint-Pardoux d' Arnet, près Crocq, pour soigner sa santé gravement compronnse. Un grand ministère à remplir sembla le ranimer soudain. Les collaborateurs lui font défaut, il les crée; le nombre des professeurs est insuffisant, chacun fera la tâche de trois ou de quatre, en commençant par s'instruire soi-même avant d'instruire les autres.

Promptement un tel succès fut obtenu qu'on dut songer à l'agrandissement du collège, pour en former un vaste internat. Les bâtiments ne pouvaient donner asile qu'à cinquante internes ; les nombreux élèves accourus de toutes parts étaient obligés de se loger en ville : ce qui

offrait de graves inconvénients. M. Florand, possesseur de vingt-cinq louis pour toute fortune, entreprit des constructions qui ne devaient pas coûter moins de trois cent mille francs. 11 compta sur la Providence, qui ne trompa pas son espoir ; lui-même dirigea les travaux ; au bout d'un an ils étaient fort avancés et il avait payé 140,000 francs.

A cette tâche humainement impossible, M. Florand avait épuisé ses forces. 11 dut s'adjoindre un collaborateur, M. l'abbé Desal, qui devint son successeur et fut le véritable fondateur de Felletin pour la discipline et la pédagogie.

Une de ses fondations mérite d'être spécialement nommée, une académie calquée sur l'Académie française. Elle fut quelque temps très-florissante, mais périt par son succès même. Nous savons que le sage supérieur actuel médite de la reconstituer sur des bases plus modestes et par cela même plus solides.

A M. l'abbé Penaud, encore très-jeune fort heureusement, est réservé, nous en avons la confiance, un honneur plus grand, celui de terminer les constructions indispensables à la prospérité du petit séminaire, sous le patronage de Mgr Duquesnay, qui n'aura pas moins à cœur l'achèvement de ce collège ecclésiastique que celui de sa splendide cathédrale.

LA

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