‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 64 sur 66 · DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE · texte numérisé non relu

DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

L importe extrêmement, à mon avis, que les maisons libres d'éducation, que les collèges chrétiens suivent le mouvement de réforme dans l'enseignement, qui depuis longtemps emporte toute la France, Assurément, il faut se garantir d'entraînements irréfléchis; il est bien de se hâter lentement, comme la tortue de la fable, mais encore faut-il marcher. Les stationnaires sont condamnés à périr.

S'élevant au-dessus de toutes les questions de partis et faisant abstraction des griefs les plus légitimes, les hommes dévoués à l'enseignement libre doivent, en somme, se réjouir de l'initiative prise par le gouvernement et étudier, avec le sincère désir d'utiliser tout ce qu'ils contiennent de bon, le Nouveau plan d\'tndes, les Prograniines pour l^ enseignement seeondaire classique dans les lycées et les collèges, arrêtés par le Ministre de l'Instruction publique, — le Conseil supérieur entendu, — • le 2 août 1880.

Voulant examiner, pour arriver à des conclusions pratiques, un sujet qui a été l'une des plus chères préoccupations de ma vie, je demande qu'il me soit permis de parler avec une grande simplicité, et de dire, en toute franchise, ce que m'a appris une expérience de vingt ans.

Dans mes fréquents voyages d'investigations principalement philologiques et littéraires mais aussi pédagogiques, à travers la France entière, dans mes visites si nombreuses aux collèges libres, aux petits séminaires, aux écoles ecclésiastiques, à toutes les institutions chrétiennes que j'avais occasion de voir, dans mes conférences avec les supérieurs et avec les professeurs, dans mes allocutions aux élèves, dans mes entretiens avec tant d'évêques qui voulaient bien m'honorer de leur estime, de leur confiance et de leur amitié, il est des points que je ne me lassais jamais de signaler, comme autant d'obstacles à une marche progressive : les premières années de l'enseignement classique sont déplorablement organisées ; les études et la série des

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classes ne sont pas coordonnées d'une manière raisonnable ; les matières ne sont ni mises à leur place ni logiquement enchaînées ; faute de liaison et d'unité dans la succession des études, on laisse oublier dans la classe suivante ce que la précédente vient d'apprendre ; les élèves sont bourrés de mots et on leur laisse ignorer les choses ; enfin le temps, ce trésor le plus précieux, est tristement gaspillé. — Toujours et partout, quand je parlais ainsi, ma voix rencontrait un écho sympathique ; c'est pourquoi, à l'avance, je suis persuadé que les maîtres chrétiens de la jeunesse, que les esprits élevés et indépendants auxquels je m'adresse, favoriseront de leur approbation et de leur concours toute réforme proposée et tentée pour remédier à l'énervante routine, qui ne peut être vaincue qu'à forces réunies.

Deux choses sont également indispensables : comprendre et maintenir avec fermeté les grandes traditions et, partant de la tradition sainement entendue, introduire et appliquer d'une façon régulière, efficace, les réformes nécessitées par les changements des temps et par des besoins nouveaux. L'heure est venue où les esprits timorés ne doivent plus s'effrayer du mot de réforme : la réforme, c'est, après l'abus, après l'oubli, après l'affaiblissement, la rentrée dans le bon usage, la reprise des bonnes pratiques. Il n'est plus permis de patauger dans la routine, sous prétexte de vouloir suivre la tradition.

L'ensemble des réformes introduites par le Nouveau plan d études (0 offre de sérieux avantages ; tout n'y est pas parfait, et, à certains égards, cette tentative offre tant de prises à la critique que des hommes très graves et très compétents ont pu la juger plus pernicieuse dans quelques-unes de ses conséquences que la fameuse et éphémère bifurcation de M. Fortoul (2). Je dirai ce qui me semble devoir être suivi, évité ou complété.

1. Nouvemi plan d études des lycées, programmes de l'enseignement secondaire classique, prescrits par Arrêté du 2 août 1880, Paris, Imprimerie et librairie classiques Delalain frères.

2. Lire, dans le Correspondanî du 25 nov. 1880, une grande étude non signée, mais où Ton croit sentir la main de quelque maître autorisé de Tuniversité ; dans la Revue des Deux Mondes du i'"' septembre, un article de I\I. G. Boissier, de l'Académie française, et, dans la Revue de France du i*"' octobre, un article de M. Francisque Bouillier, de l'Institut.

de r enseignement secondaire.

L'EDIFICE de l'instruction publique réclamait des modifications sérieuses depuis la base jusqu'au sommet, et c'est surtout la base qui fait la solidité d'une construction.

Quelle doit être la base de l'éducation classique? Je me rencontrerai avec les inspirateurs du nouveau plan d'études en répondant sans hésiter : le français, dont l'enseignement embrassera toutes les études qui conduisent à bien comprendre, à bien parler, à bien écrire sa langue. La raison demande que l'on donne le pas, dans toute éducation, à la langue maternelle, au lieu de la laisser en arrière, comme on fait si souvent. Je l'ai dit en plusieurs circonstances, de vive voix et par écrit, il est très malheureux, il est inconcevable que l'étude de la langue française ait été si tardivement admise dans les programmes classiques, et ait eu tant de peine à entrer dans les habitudes de la plupart des maisons d'éducation. Le père de Condren, second supérieur général de l'Oratoire, dans son célèbre Ratio stiLdionini, avait établi que l'usage du latin ne serait obligatoire qu'à partir de la quatrième : c'était le reculer beaucoup trop tard. Le nouveau plan n'est que pratique et rationnel en reportant, selon l'ancienne méthode des Jésuites, à la classe de sixième, le commencement des études latines. On doit donc organiser dans les trois premières classes élémentaires un enseignement primaire solide et complet, c'est-à-dire de sérieuses leçons de français, bientôt suivies de premières leçons d'une langue vivante, de bonnes notions d'histoire, de géographie, d'arithmétique, indispensable préparation aux études latines et grecques qui pourront suivre, et, dans tous les cas, première culture réclamée par tous, due à tous, utile à tout.

Et cette innovation, ou plutôt ce retour aux anciens usages, si favorable aux élèves qui doivent entrer dans les cours spéciaux, ne servira pas moins aux études latines et grecques qu'aux études françaises.

Selon moi et selon le nouveau programme, l'enseignement primaire doit comprendre l'étude d'une langue vivante.

Je regrette les hésitations et les craintes qui, je le sais, se produisent à ce sujet dans de bons esprits, disciples fidèles mais trop fidèles de Mgr Dupanloup.

Certes les langues anciennes, moyen et non but de l'instruc-

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tion, doivent être le principal objet de l'enseignement; mais les langues vivantes, étudiées d'après la même méthode et avec le même soin que les langues anciennes, contribueront puissamment au développement général de l'intelligence, quoiqu'elles ne puissent pas aussi bien que les littératures anciennes nous tenir dans les bornes délicates du goût ; elles ont servi et peuvent servir encore à garantir notre littérature de la stérilité, de la froideur et de la monotonie, à lui donner plus de variété, plus de nerf, plus de couleur. Et, à un point de vue plus pratique, aujourd'hui que les communications entre les peuples sont si fréquentes et si promptes, la connaissance d'une ou de plusieurs langues vivantes est indispensable à presque tous les hommes, et non pas seulement à nos commerçants et à nos industriels qui sont restés longtemps et restent encore dans une ignorance ruineuse sur ce qu'on fait en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, tandis que nos rivaux dans ces pays, pénétrés de l'axiome de Franklin : « La connaissance de deux langues est une demifortune, » se donnent un immense avantage sur nous par la culture de leurs facultés polyglottes.

C'est donc un vrai malheur qu'on ait si longtemps hésité à introduire franchement l'étude des langues vivantes dans le programme de nos établissements publics, et que, jusqu'aujourd'hui, on ait semblé croire que les quelques heures consacrées à l'allemand ou à l'anglais étaient une espèce de vol fait aux langues et aux littératures anciennes. Non, les quelques leçons d'allemand et d'anglais données chaque semaine, pendant le cours des études classiques, ne sont pas un vol fait au grec et au latin, et ces leçons ne suffisent pas, elles ne constituent qu'un enseignement dérisoire.

Les idées que je soutiens ici pour l'étude des langues vivantes dépassent de beaucoup ce que Mgr Dupanloup a réglé dans son traité des études. Il y recommande de cultiver les éléments de langues étrangères que possèdent les jeunes gens de bonne famille quand ils entrent au collège ; pour les écoliers qui n'en ont encore aucune teinture il ajourne cet enseignement jusqu'au temps où ils commenceront à être assez affermis sur les premiers principes du latin et du grec; à partir de ce moment, il veut que les classes de langues vivantes leur soient faites réofulièrement dans tous les cours accessoires, et que les mesures soient prises pour que tous y puissent être admis, excepté les incapables et les paresseux.

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Et de quels incapables Mgr d'Orléans veut-il parler? Ceux qui ne pourraient pas apprendre une langue vivante seraient inhabiles à toute étude littéraire, et ne devraient pas être gardés. Quant aux paresseux incorrigibles, ils devraient également être rendus à leurs parents.

Que toute hésitation cesse : la pleine adoption, pour tous les élèves, du Nouveau Plan, en ce qui concerne l'étude des langues vivantes, ne pourra que contribuer essentiellement à la prospérité des maisons ecclésiastiques d'éducation.

L'ENFANT a reçu une solide éducation primaire. Il a des notions déjà sérieuses de langue française, d'histoire, de géographie, il possède des éléments de sciences naturelles et mathématiques; il peut parler une langue vivante, l'allemand ou l'anglais, — je voudrais que ce fût toujours l'allemand. L'heure est venue pour lui d'aborder l'enseignement secondaire. Il va donc être initié à ces études latines et grecques que des hommes inconsidérés auraient voulu affaiblir et renverser en s'appuyant sur la légèreté de beaucoup de familles qui, dominées par la malheureuse passion du positif, regardent comme une superfétation tout enseignement qui n'offre aucune utilité matérielle, rejettent comme un hors-d'œuvre toute étude qui ne se traduit point promptement pour leurs enfants en bénéfices sensibles.

Le triomphe a été assuré encore une fois à ce latin et à ce grec tant calomniés qui ne sauraient être négligés sans provoquer la ruine de toutes les études sérieuses. Il n'est plus question de reléguer dans les inutilités l'étude de ces langues anciennes, sans la connaissance approfondie desquelles on ne possédera jamais qu'imparfaitement aucune des grandes langues européennes qui en sont sorties. Les langues et les littératures latine et grecque qui, suivant les expressions si justes de l'illustre évêque d'Orléans, ont une vertu toute spéciale pour élever, fortifier les facultés les plus perfectibles de l'intelligence des enfants, resteront, comme par le passé, l'objet principal et essentiel de la haute éducation intellectuelle.

•Mais il importait de prendre des mesures pour que le latin et le grec fussent mieux enseignés et plus promptement appris, pour qu'un temps considérable ne fût plus, comme

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autrefois, perdu à languir misérablement sur des difficultés dont il serait possible de se rendre maître au pas de course, perdu à apprendre pour désapprendre, puis réapprendre et trop souvent ne pouvoir plus jamais apprendre sérieusement. Il fallait aviser à rendre par une méthode plus rationnelle les lettres classiques anciennes plus intéressantes, plus utiles et plus fécondes. Nous examinerons ce que le Conseil supérieur a fait pour atteindre ce but, mais nous commencerons par dire les améliorations apportées à l'enseignement du français dans les classes de latin.

Le Nouveau Plan formule cette prescription pour la classe de quatrième: « Notions d'étymologie française. Lois qui ont présidé à la formation des mots français. Mots d'origine populaire et mots d'origine savante. >; C'est parfait. Voici donc l'inauguration sérieuse d'une véritable réforme, depuis si longtemps appelée, de l'enseignement grammatical. Je crois utile d'entrer là-dessus en quelques développements.

Toutes les grammaires courantes sont gâtées par l'application illogique des procédés de la grammaire latine au français; elles sont farcies d'observations empiriques, d'interprétations hypothétiques, de paradigmes imaginaires, de règles artificielles qui n'ont pas même le mérite d'être, pour les élèves, d'utiles moyens mécaniques : telles que ces règles absurdes de la formation des temps, qui prétendent établir qu'il y a des temps primitifs et des temps dérivés, que les temps simples des verbes français sont tirés les uns des autres, tandis qu'ils ont été formés pour la plupart sur les temps des verbes latins ; telles que les banalités répétées partout sur des exceptions arbitrairement établies, sur des irrégularités qui ne sont que des vestiges d'un état antérieur de notre langue.

Toutes ces vieilleries doivent être mises rigoureusement à l'écart, et il faut, par un changement complet de principes et de méthodes, leur substituer, dans une mesure proportionnelle à l'âge des enfants, la grammaire historique qui, pour expliquer l'usage actuel et donner la raison des règles aussi bien que des exceptions, remonte au latin d'où notre langue presque tout entière est sortie, suit la trace des changements survenus avec le temps depuis les origines jusqu'à nos jours, changements qui ont eux-mêmes leurs lois fixes et certaines, ramène à des principes raisonnes l'étude de la

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formation des mots, de leur composition et de leur dérivation, de leur groupement par familles, des modifications que les divers préfixes ou suffixes apportent au sens propre d'un mot simple, trouve l'explication logique des acceptions différentes d'un même mot, enfin permet de se rendre compte des différences d'orthographe comme des variations syntaxiques.

Malgré ces critiques et ces propositions qui pourront paraître à quelques-uns bien radicales, je suis loin de réclamer une révolution étourdie de l'enseignement. Comme M. Egger, l'un de ceux qui ont su les premiers faire sentir les avantages de l'alliance de la tradition avec le progrès, je pense que, de la science gréco-romaine continuée et développée par les grammairiens de Port- Royal et par leurs successeurs, il faut conserver ce qu'elle renferme de philosophie durable : les définitions et les principes essentiels qui s'imposent et s'imposeront toujours à l'enseignement grammatical dans notre Occident germanique et latin (0.

Dans une étude ultérieure, j'examinerai et discuterai les travaux de ceux qui ont su voir qu'<'<une graniinairc historique pratique doit prendre notre grammaire actuelle telle qu'elle est, indiquer l'origine et parfois la date précise des règles aujourd'hui reconnues et observées, enfin, expliquer et résoudre les anomalies et les exceptions en les signalant comme des vestiges et des débris des divers états de la langue (2). » Et après avoir dit ce qui existe, je ferai connaître ce qui, selon moi, reste à faire, pour que la grammaire puisse être apprise avec plus de profit et moins de dégoût; — la grammaire latine comme la grammaire française. Pour l'enseignement de la grammaire latine, je ne demanderai pas qu'on introduise des ouvrages aussi savants et aussi abstrus que ceux des Allemands ; mais je voudrais que, dès les premières classes, on fit disparaître ce malheureux Lhomond toujours farci d'empirisme, même dans les éditions les plus améliorées, toujours rempli de règles qui semblent avoir été inventées exprès pour déconcerter le bon sens et pour fausser le jugement. Les auteurs du Nouveati Plan ci' Études ont banni à jamais des classes le Lhomond et tous

I. Notio7ts élémentaires de gramaire comparée pour servir à l'éUide des trois latigues classiques^ 8*= édition, préface, p. ii. Durand et Pedone-Lauriel.

i. Marty Laveaux, De l' Enseignement de notre langue^ p. 45. Alphonse Lemerre.

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les livres analogues, dont le temps est fini, en prescrivant, pour le début de l'enseignement du latin, des notions élémentaires de phonétique, et en insinuant que s'il ne faut pas faire apprendre des choses qui soient au-dessus de la portée de l'âge de l'enfant, on ne doit rien lui enseigner que de logique et de rationnel.

Après la grammaire, la terreur des enfants c'est le thème, cet exercice qui a été pendant des siècles le devoir favori de l'Université et des maisons ecclésiastiques d'éducation; et cette terreur est fondée, il faut bien le reconnaître. L'ordre naturel des choses a été interverti, et la raison a été trop souvent remplacée par des procédés empiriques. Je ne conçois pas que pendant si longtemps on ait appliqué de pauvres enfants à la pratique du thème avant qu'ils n'eussent acquis aucune connaissance réelle de la langue, de ses règles, de ses locutions, de ses tournures de phrases, et principalement de son vocabulaire. Je l'ai dit mille fois, le bon sens demande que l'on donne le pas à la version, que les premiers thèmes soient d'imitation, d'après l'auteur latin en cours d'explication, et que ces thèmes se fassent en classe, sous la direction du professeur et avec la collaboration de tous les élèves. Les thèmes véritables devront, en général, être empruntés à des traductions d'auteurs latins, de sorte que le corrigé soit toujours un texte pur, et qu'en faisant un thème l'élève trouve le bénéfice d'une version.

Le Nouveau Plan admet ces principes; mais en favorisant justement la version, il sacrifie trop le thème. Assurément le thème n'est pas la personnification du travail scolaire, le thème n'est pas une œuvre d'art ayant sa fin en elle-même. Je le reconnaîtrai avec des latinistes comme F"rédéric Wolf et Madwig, la principale utilité du thème, de nos jours, doit être de vérifier l'état des connaissances grammaticales de l'élève et le de^ré d'avancement de ses études. Mais je crois pouvoir affirmer qu'on ne parviendra presque jamais à une connaissance approfondie du latin et du grec comme de toute langue, sans une pratique sérieuse du thème. Or, ce qui est indiqué dans le nouveau programme est évidemment insuffisant. Les professeurs libres feront bien, selon moi, de continuer à considérer le thème comme un exercice fondamental dès qu'ils auront jugé l'élève capable d'y être mis sérieusement. Je leur conseille également de maintenir avec fermeté l'usage des compositions écrites, latines et françaises, et

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même du discours, à condition que la matière en soit toujours bien choisie, bien préparée, et adaptée au travail actuel de l'élève.

Le discours, presque supprimé dans les classes, a été complètement banni du nouveau programme de baccalauréat, ce qui amènera nécessairement les élèves à n'y attacher aucune importance. Une autre victime des récentes décisions a été le vers latin naguère défendu éloquemment, contre M. Jules Simon, par Mgr Dupanloup, et sauvé, dans le dernier conseil supérieur de l'Instruction publique, par M. Patin, l'élu des professeurs de faculté, le rapporteur de la commission. Menacé depuis longtemps, les nouveaux programmes l'ont frappé presque mortellement.

Toutes les objections qui peuvent être faites contre cet exercice ont été résumées très exactement par M. ?vlichel Bréal (O.et ces objections ont une force suffisante pour que nous comprenions que les membres du Conseil supérieur aient voulu arrêter des abus trop évidents ; mais, à notre avis, ils sont allés trop loin. Nous ne pensons pas qu'il faille supprimer le vers latin à peu près complètement, comme le fait le Nouveau Progravimc, pour lequel il suffit que la prosodie et la métrique soient enseignées sérieusement à tous, en ne réservant que pour quelques élèves d'élite l'exercice facultatif du vers latin. Je partage le sentiment de beaucoup d'hommes expérimentés selon lesquels on n'en devrait exempter que les élèves qui, après épreuves réitérées, n'auraient pas montré une aptitude suffisante pour ce travail incontestablement fructueux à ceux qui peuvent le faire bien, et y voir autre chose que la nécessité d'aligner des hexamètres, de coudre ensemble des spondées et des dactyles. D'accord aussi avec de très sages maîtres, je demanderais encore non pas qu'on fit faire aux écoliers des classes supérieures, selon l'usage de la pratique Angleterre, des vers grecs, mais qu'on leur donnât quelques notions de versification grecque.

Il s'en est fallu de peu que les études grecques subissent le sort du discours latin, du discours français et du vers latin.

M. Bréal constate que, malgré les efforts de quelques maîtres éminents, le grec n'a jamais pu s'acclimater vraiment dans l'Université, jusqu'à ce jour il a été florissant dans

I. (J,iteiqiifs mots sur l'instruction publique en France, p. 223. Hachette

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un grand nombre de maisons ecclésiastiques. Qu'il continue d'y être cultivé avec le même soin, et, pour n'en pas voir s'affaiblir l'étude comme dans l'Université, que les maîtres libres se gardent bien de l'imprudente innovation qui voudrait ne le faire commencer qu'en quatrième. Pour appuyer mon sentiment à cet égard, il me suffira de rappeler les paroles d'un éminent helléniste. M. Egger, au sein du Conseil supérieur, et le rapport de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France. Dans ce rapport qui n'a été jusqu'à maintenant distribué qu'à un petit nombre de personnes, on demande que l'enseignement du grec soit donné autant que possible parallèlement à celui du latin. Je n'en réclamerais pas tant; il me paraîtrait suffisant de faire commencer le grec un an environ après le latin. Mais je recommande à l'attention de tous les esprits sérieux les considérants des membres si compétents de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France. Après avoir établi que la connaissance de la langue grecque, indépendamment de l'avantage qu'elle offre pour l'intelligence étymologique d'un nombre toujours croissant de mots techniques français, est un précieux instrument d'éducation intellectuelle ; que cette langue possède une richesse de formes, une souplesse de syntaxe, une puissance de logique, une finesse et une simplicité d'expression qui en rendent l'étude particulièrement propre à fortifier chez l'élève l'esprit d'analyse et le sentiment délicat du style; qu'enfin notr.e littérature et nos arts sortent si directement de la littérature et des arts de la Grèce antique, qu'ignorer celle-ci de parti pris serait se condamner à moins bien comprendre, dans ses parties les plus hautes et les plus exquises, notre civilisation elle-même, dont les origines deviendraient obscures ; — après avoir établi ces incontestables principes, ils ajoutent :

« La mémoire complaisante d'un enfant de onze ou douze ans retient à mers'eille les formes compliquées des déclinaisons et des conjugaisons grecques, et sa jeune intelligence prend plaisir à chacune des petites conquêtes qu'elle fait dans ce domaine. Trois ans plus tard.'Fesprit de l'élève est devenu plus dédaigneux et plus exigeant : il s'intéresse davantage aux sentiments et aux idées, et d'autre part il n"est pas assez mûr encore pour découvTir dans l'étude des faits grammaticaux l'intérêt philologique qu'un esprit plus avancé saurait y trouver. Il se rebute donc et se décourage. L'expérience d'un enseignement commencé trop tard a été faite il y a quelques années pour les langues vivantes; elle a été décisive. Ce n'était pas seulement la prononciation qui laissait beaucoup à désirer (et cette considération pourrait être invoquée si quelque jour la prononciation du grec

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devait s'améliorer dans nos lycées); c'était la connaissance même de la grammaire et du vocabulaire. La difficulté serait plus grande encore avec un vocabulaire et une grammaire aussi riche que celle du grec ancien. Quelles que fussent les méthodes employées et le zèle des professeurs, on ne saurait arriver d'emblée à lire Homère, Démosthène, ou même Xénophon. Les débuts seront toujours longs, et ils sembleront à l'élève d'autant plus fastidieux que son goût littéraire, déjà éveillé par les autres enseignements de la classe, trouvera moins de satisfaction dans les exercices arides auxquels il sera d'abord assujetti. y>

Les prescriptions du Nouveau Plan relativement à l'étude du grec devenu un pur accessoire, comme l'étaient autrefois les langues vivantes, ne seront certainement pas durables. Sans attendre les résultats non douteux de l'expérience, les maîtres de l'enseignement libre feront sagement de ne rien changer à leur pratique traditionnelle pour l'enseignement de la lanofue d'Homère et de Démosthène.

in.

C"* ON NAITRE les grammaires et les prosodies, être , ' capable de faire passer un auteur d'une langue dans une autre, ne suffit pas. Il faut connaître les littératures; il faut que les élèves s'abreuvent aux sources mêmes, que de bonne heure, ils soient mis face à face avec l'antiquité et avec nos grands siècles littéraires, et qu'ils les étudient largement et par grands ensembles. Il y a longtemps que, dans les collèges chrétiens, s'est établie l'habitude féconde d'étudier des ouvrages complets et présentés par leurs grands côtés,et qu'on a abandonné le système pitoyable de ne faire connaître aux élèves que certaines parcelles détachées des ouvrages les plus parfaits. Plusieurs des prescriptions du Nouveati Plan d'études ne peuvent que servir à affermir et à généraliser une pratique à tant de titres recommandable, et sans laquelle on ne pourra jamais faire monter sérieusement le niveau des études.

Comment a-t-on pu si longtemps, dans l'éducation de la jeunesse française, ne pas tirer un meilleur parti de notre littérature nationale si belle, si féconde en chefs-d'œuvre de tous les genres ! Qu'on vante les productions merveilleuses des littératures anciennes, nous mêlerons notre voix à celle des conservateurs des pures traditions classiques ; mais qu'on ne prétende pas que ce soit dans la tombe de ces

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peuples morts depuis dix-huit siècles que se trouve le dernier mot de l'esprit humain; qu'on n'aille pas jusqu'à attribuer aux littératures grecque et latine une menteuse supériorité sur la littérature française envisagée dans ses développements successifs. Que les vieilles routines tombent, et que désormais les esprits de tous les jeunes Français soient imbus de la littérature nationale dès le premier âge, et durant le cours entier des études, pour continuer ensuite à s'en nourrir largement après le collège, dans les loisirs et au milieu des différents travaux des diverses carrières.

Rien ne me parait plus louable dans le Nouveau plan d'études que les efforts tentés pour inaugurer enfin chez nous, comme il est établi depuis longtemps en Allemagne, l'enseignement historique du français, et les prescriptions introduites afin que l'on s'habitue à chercher dans le latin les causes de la grammaire française, à éclairer par le latin la formation de cette même grammaire. Je ne louerai pas moins les dispositions prises pour que les élèves ne connaissent pas seulement nos auteurs classiques, mais aussi les principaux écrivains du XVI^ siècle, et quelques-uns de notre grand moyen âge, et pour qu'ils ne subissent point ce vieux préjugé qui faisait regarder comme une pénible préparation à notre ère classique les cinq ou six siècles qui ont précédé Malherbe et son école.

Les dilettanti de notre ancienne littérature doivent éprouver une grande joie en voyant figurer comme classique, dans un programme universitaire, la Chanson de Roland, que notre ami M. Léon Gautier a si vaillamment contribué à rendre populaire, cette Iliade française qui frappe si vivement l'âme par la simplicité grandiose de l'action et par la force, par la hauteur des sentiments, la Chanson de Roland, le plus riche joyau de notre épopée nationale. Il doit leur être agréable aussi d'y voir figurer l'étude de Joinville, ce narrateur qui, sans ordre, sans méthode, sans prétention d'aucune sorte, mais avec un charme inexprimable, décrit, en émaillant sa peinture des anecdotes qu'il a recueillies durant de longues heures de familiarité douce et de libre entretien, le caractère affable et le tour d'esprit moralisant du roi Louis IX; ou bien représente sa belle tenue d'homme de guerre devant l'ennemi. Une objection cependant peut être faite contre ce dernier choix. Le texte original de la vie de S. Louis est perdu; il faudra donc donner aux élèves

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ou un remaniement du milieu du XIV^ siècle qui fait disparaître la pure langue du XI 11^ siècle, ou bien la restauration très habile, mais enfin la restauration de M. Natalis de Wailly. N'eût-il pas été mieux de choisir la chronique de Ville-Hardouin dont le même éruditadonné un très bon texte du commencement du XI 11^ siècle? Ce sincère narrateur est moins coloré et moins animé que le sire de Join ville, mais sa narration ferme et nourrie, tout empreinte encore des souvenirs épiques, semble marquer la transition entre la chanson de geste et l'histoire. Sans aucun doute les jeunes lecteurs de la Chanson de Roland se feraient aisément à cette étude à laquelle le vieux trouvère les aurait en quelque sorte préparés.

L'enseignement classique, enrichi d'un côté par les derniers programmes, est appauvri d'un autre.

La plus regrettable lacune du Nouveau Plan d études, c'est l'omission complète de la littérature ecclésiastique. J'engage vivement les maîtres chrétiens à ne pas se rendre complices d'une exclusion dont des hommes même comme MM. Littré ou Gaston Paris pourraient se plaindre au nom de la philologie largement comprise, et j'en veux prendre occasion d'exprimer des idées que je crois très pratiques, sur le partage qui doit être fait dans une éducation religieuse entre les auteurs profanes et les auteurs chrétiens.

Sans renouveler ici la grande querelle qui, tant de fois et naguère encore, a divisé des esprits d'élite, je dirai que l'enseignement emprunté tout ensemble aux écrivains de l'antiquité païenne et aux Pères de l'Eglise est le meilleur. Il n'est pas permis d'être exclusif. On ne l'était pas à la fin du XV^II^ siècle lorsque le recteur de l'Université de Paris ordonnait, le 27 septembre 1696, << de faire tous les jours dans les classes une lecture de quelque partie de la sainte Ecriture, afin de consacrer toutes les études qui s'y font des lettres divines et humaines par la lecture de la parole de Dieu, et de prévenir et prémunir, pour ainsi dire, l'esprit des étudiants contre l'enflure de la science et contre le poison de l'orgueil et de la vanité avec le sel sacré de la sagesse divine et de la charité chrétienne qui se fait sentir partout dans cette divine parole. »

Il n'est pas permis d'exclure, parce qu'ils sont païens, des auteurs qui ont su revêtir leurs pensées d'une forme incomparable. C'est dans leurs ouvrages, où toutes les grâces de

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l'imagination s'allient avec une mesure exquise, qu'il faut chercher les règles du bon goût ; c'est là qu'on trouve toujours le pur langage d'Athènes et de Rome. Il serait injuste aussi de traiter de barbares les Pères de l'Eglise, et par conséquent de les frapper d'ostracisme. S'ils n'ont pu sauver les belles langues de Virgile et d'Homère avec leurs tours simples et naturels, ils en ont du moins retardé la décadence qui avait commencé longtemps avant eux (i), et l'on peut dire qu'ils ont été supérieurs à leur temps. Les Pères Grecs surtout, pour l'harmonie, la douceur et la cadence des phrases, pour la délicatesse et l'heureux choix des expressions, en un mot pour la correction et l'éléofance du lano-aoe, ne le cèdent sfuère aux auteurs profanes : tout au plus pourrait-on leur reprocher une certaine pompe orientale, ce que Cicéron appelait déjà Xasianmn gemis.

On aurait tort d'ailleurs de juger la langue des Pères d'après les règles classiques ; souvent on reprend chez eux des fautes qui n'en sont pas. On se figure qu'il n'y a de légitimes et de conformes au bel usage que les termes employés par Cicéron et Tite-Live. Mais ne sait-on pas que des grammairiens trouvent des fautes dans Cicéron luimême ? En somme les points qui séparent les meilleurs auteurs sacrés et profanes peuvent être ramenés à un petit nombre : quelques mots pris dans un sens différent ou formés par la suite des temps et par la nécessité ; quelques constructions moins usitées dans les siècles classiques ou qui ne l'étaient pas du tout, et que les Pères employèrent pour obéir à l'usage, qui est comme l'âme et la vie des mots et des tournures. Prétendre les apprécier d'après ces différences et d'après ces quelques taches éparses, serait vouloir jugerles cathédrales de Bourges et d'Amiens d'après les règles de Vitruve. De grands changements s'étaient opérés dans les idées et dans les mœurs, et les saints Docteurs furent souvent obligés de modifier le langage établi et de le rehausser pour ainsi dire jusqu'à eux. Pour exprimer la grandeur de leurs

I. La grande, belle el pure littérature de Rome, celle de César, de Cicéron, de Virgile, d'Horace, de Tite-Live, de Saluste, ne brilla pas, tant s'en faut, d'un si long éclat cjue celle d'Athènes. La langue dégénéra presque aussitôt qu'elle fut parvenue à sa perfection. Plusieurs causes contribuèrent à en altérer la pureté : le grand nombre d'étrangers qui s'établirent dans Rome, ce dont Cicéron se plaignait déjà ; le peu de cas que les empereurs firent des belles lettres qui cessèrent ainsi d'être cultivées, etc. etc.

de renseignement secondaire. ij

pensées et la sublimité de leur doctrine, ils créent des expressions nouvelles et profondes, des tours de phrase qui blesseront peut-être la pureté de la langue, mais qui, du moins, seront compris.

Aussi nous n'hésitons pas à le répéter, un enseignement d'où serait bannie la littérature païenne ou chrétienne nous paraîtrait nécessairement incomplet. Pour former à la belle latinité, pour enrichir l'imagination et habituer l'esprit à cette mesure toujours si difficile à acquérir, les classiques païens resteront nos maîtres ; et ils n'auront rien de dangereux pour le cœur qui trouvera dans les écrits des saints Pères, avec des beautés supérieures, les leçons d'une morale toujours pure et d'une doctrine toujours vraie. Le professeur sera là, du reste, pour veiller au choix des livres et des extraits que l'élève étudiera ; et alors, de cette double étude des docteurs de l'Eglise et des écrivains du paganisme naîtront toujours d'heureux résultats pour la formation de l'esprit comme pour la formation de l'âme.

Le même conseil supérieur qui dérobe complètement à la connaissance des jeunes gens la littérature des Pères latins et des Pères grecs leur prescrit d'étudier trois Pi'ovinciales de Pascal. On s'étonne que des hommes graves et prudents n'aient pas craint, dans les circonstances actuelles, de fournir ce nouvel aliment aux passions. Tel professeur exalté, à propos d'une lettre de Pascal, ne pourrat-il pas se livrer à des commentaires et à des développements malveillants contre des hommes que l'on a condamnés bien souvent, que l'on n'a pas jugés une seule fois } Et d'un autre côté ne faut-il pas s'attendre aux ardentes récriminations des maîtres libres, convaincus que Pascal a commis ou accepté sans contrôle d'innombrables falsifications ou altérations dans les citations qu'il produit avec tant d'assurance et d'un air si triomphant } Et comment contenir l'expression des sentiments de braves jeunes gens à qui l'on viendra de prouver que l'auteur de ces lettres si élégantes, si fines, si spirituelles, si gaies, et quelquefois si éloquentes, a entassé les calomnies ^ Il nous semble qu'une grande imprudence a été commise. N'importe ; que les professeurs libres ne cherchent pas à éluder les prescriptions relatives à cette œuvre de parti. Ils peuvent faire sortir le bien du mal. Que nul d'eux ne manque l'occasion qui leur est ofierte d'étudier devant leurs élèves cette question intéressante :

i8 Les réformes

la véracité des Provinciales, et de montrer à l'œil « le venin caché dans ce livre qui a été tant applaudi, » selon les expressions de Fénelon (0.

N'est-ce pas un peu aussi pour faire pièce aux catholiques qu'on a glissé dans le théâtre classique le Tartufe de Molière ? Qu'il ne faille voir dans le triste héros de cette comédie que l'hypocrite pris en flagrant délit d'hypocrisie ; qu'on doive reconnaître que le grand comique avait le droit de s'attaquer franchement à cet aspect du mensonge, et de le présenter comme le plus hideux des travers de l'humanité, c'est une opinion parfaitement soutenable. Mais la leçon morale et religieuse du Tartufe se dégage-t-elle suffisamment pour tous, et, comme le pensait Bourdaloue (2), l'effet le plus ordinaire de cette œuvre n'est-il pas de faire concevoir de la vraie piété d'injustes soupçons par de malignes interprétations de la fausse ? Et à ne considérer que le point de vue scolaire, n'y a-t-il pas dans cette pièce plusieurs scènes, notamment du troisième et du quatrième acte, que les convenances les plus élémentaires empêchent de mettre sous les yeux de jeunes gens réunis ensemble ?

De légitimes inquiétudes pourraient aussi être conçues au sujet des Lettres choisies de Voltaire prescrites par le nouveau programme. Assurément il serait facile d'extraire un petit volume exquis de la Correspondance de Voltaire, la plus étendue qu'aucun homme d'aucun temps et d'aucun pays ait jamais entretenue, et, on ne saurait le nier, une des plus variées et des plus intéressantes qui se puissent lire. Il y a près de vingt ans que je demandais si, la Correspondance de Voltaire étant la partie de ses œuvres où il y a peut-être le plus à profiter, et certainement celle qui offre le plus d'agrément, on n'en ferait pas quelque jour un recueil choisi avec intelligence et avec goût, d'où l'on retrancherait tout ce qui choque la religion et la morale, et où l'on garderait surtout les lettres si nombreuses dans lesquelles il parle de ses propres ouvrages ou des ouvrages du dix-septième siècle, de ceux de l'antiquité ou des littératures étrangères. Il me semblait qu'avec des notes explicatives et rectificatives, cette partie decritique littéraire pourrait formerpour les jeunesgens

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