‹ Études sur les principaux collèges chrétiensChapitre 65 sur 66 · Lettres à M. de Beauvilliers · texte numérisé non relu

Lettres à M. de Beauvilliers

2. Sermon pour le mercredi de la qîtatrienie semaine de carême, I.

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comme un cours de rhétorique très utile et très piquant ^^). Mais quel mal pourrait faire un tel recueil conçu dans un esprit antireligieux et interprété par des maîtres trop imbus des idées et des passions du chef des philosophes du XVI Ile siècle!

J'AI hâte de revenir à des matières qui me permettront des appréciations plus favorables, tout en m'obligeant encore à de graves réserves.

Le Nouveau Plan abonde en vues et en indications utiles pour l'ensemble de l'histoire et de la géographie. Quant à l'histoire, il prescrit de débuter par donner aux enfants des notions générales d'histoire universelle, en leur contant, à bâtons rompus et comme au hasard, la vie des hommes les plus illustres de tous les pays et de tous les temps, et de fixer profondément ces récits dans leur mémoire à l'aide de portraits et de gravures intercalés dans le texte des recueils biographiques qui seront remis entre leurs mains ; d'aborder ensuite l'histoire, tant générale que particulière, de toutes les nations qui ont tour à tour ou concurremment occupé la scène du monde, à grands traits d'abord, puis en entrant de plus en plus dans le détail, surtout pour ce qui concerne les institutions et les mœurs des peuples, et toujours en parlant aux yeux par des gravures, par des portraits et par des cartes correspondant aux faits racontés, de la classe de huitième à la philosophie.

Un même système est suivi pour l'enseignement de la géographie, et là tout me paraît louable. La méthode prescrite est bonne pour l'histoire comme pour la géographie; mais pour l'enseignement de l'histoire, il semble, selon la pensée de M. Francisque Bouillier (-), que les auteurs du nouveau programme s'essayent à faire hors de propos parade d'érudition, en remontant aux plus lointaines et plus obscures origines; à les voir introduire les i\ryas primitifs, les Aryas de l'Inde, la Société brahmanique, les lois de Manou, le Bouddhisme, les hiéroglyphes, les découvertes de Champollion et de Manette, on dirait qu'ils s'adressent à

1. L'auteur de cet article donnera prochainement ce recueil qu'il rêvait il y a si longtemps déjà.

2. L Université sous M. Ferry ^ Paris, 1880, Gaume, édit. i vol. in-12.

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des membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres plutôt qu'à des enfants de septième ou de sixième. En outre le choix et la distribution des matières révèlent des préoccupations contre lesquelles des instituteurs catholiques doivent se tenir en garde. Ils sauront remettre à sa vraie place l'enseignement de l'histoire sainte que le programme du 2 août 1880 enlève de la huitième pour le transporter en sixième, en l'amoindrissant et le confondant avec l'histoire ancienne de tous les peuples de l'Orient ; et, quand ils feront étudier les vies des grands personnages, ils n'oublieront pas les saints et les héros chrétiens que le même programme affecte d'ignorer, tandis qu'il entasse pêle-mêle, pour la petite classe préparatoire, les biographies de tous les grands hommes des temps anciens et des temps modernes : Mahomet, Pierre le Grand, Washington, Dante, Mirabeau, Michel-Ange, Nicolas Poussin, Bernard Palissy, Ampère et Arago, comme s'il était possible — selon la juste remarque de M. Francisque Bouillier — que les enfants se fassent une idée quelconque de ces personnages dont les actions, les œuvres, les écrits ne peuvent absolument rien dire à leur esprit.

Le programme des sciences, dans le Nouveau plan, pourra, comme celui de l'histoire, paraître bien chargé, et je connais plus d'un esprit sage qui auraient voulu le voir aussi alléger, et qui redoutent particulièrement cet encombrement de l'histoire naturelle, zoologie, botanique, minéralogie, physiologie, anatomie, sans parler de l'économie politique, annexée, en philosophie, à la morale. Enfin, il faut accepter bravement ce programme scientifique comme il est, en attendant les suppressions que l'expérience pourra indiquer, et le rendre profitable à tous par une intelligente application.

Une grave objection se présente tout de suite à l'esprit des maîtres expérimentés contre l'enseignement des sciences, spécialement des sciences abstraites : c'est, comme le disait un des directeurs les plus distingués du nouveau Juilly, c'est que les sciences abstraites ne présentent d'elles-mêmes aucun intérêt à de jeunes intelligences et ne fournissent aucune pensée d'une application morale, rien qui éclaire l'homme sur lui-même, sur la société, sur Dieu, rien qui parle à l'imagination, qui forme le goût, qui révèle le beau, qui le fasse aimer, rien qui aille à l'âme, qui la réveille et l'électrise, qui la porte à l'action et la détermine au bien. Mais qu'une inspiration supérieure anime tout de son

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souffle ; que la bienfaisante influence des lettres se mêle à l'enseignement des sciences, que la religion y verse son arôme préservateur, religio aroiua scientiaruni, et tout danger disparaîtra. Les partisans les plus déclarés des belles lettres, tout en maintenant que le rôle des sciences doit être inférieur à celui des lettres dans l'éducation, reconnaîtront sans peine que ce rôle doit être grand. A l'heure où nous vivons, il n'est pas un esprit qui pût songer à l'amoindrir. Aujourd'hui que partout l'étude des sciences est organisée de manière à satisfaire ceux qui se plaignaient avec raison qu'on accordât trop aux magnificences d'une éducation toute de luxe, toute tournée à l'ornement de l'esprit, sans application à la vie positive, nos instituteurs chrétiens sauront donner à leurs élèves un enseignement scientifique relativement aussi fort que l'enseignement classique,combiner l'enseignement perfectionné des lettres avec l'enseignement orogressif des sciences.

L'étude élémentaire de l'histoire naturelle, de l'arithmétique, de la géométrie, gagnera beaucoup à l'application de quelques-unes des prescriptions du Nouveau plan qui peuvent se résumer ainsi: des notions générales d'abord, puis des notiona de plus en plus détaillées, et toujours les choses venant en aide aux leçons de mots et démontrant aux yeux d'une manière sensible et matérielle la réalité des faits.

Beaucoup de maîtres m'ont fréquemment entendu dire que j'aimerais que, dans les classes inférieures, on substituât le plus possible au dictionnaire et au rudiment, si rebutants pour les enfants, une suite d'exercices de vive voix et d'exercices au tableau excitant leur attention et leur mémoire et stimulant leur émulation, et, qu'en étude, ils eussent à faire plutôt des reproductions des explications de la classe que des devoirs nouveaux. Je demandais que le professeur fût plus souvent actif, et, pour appuyer mon opinion, je citais ces paroles expressives de S^ Jérôme : « Habet enim nescio quid latentis energise viva vox, et in aures discipuli de auctoris ore transfusa fortius sonat. — Les enseignements donnés de vive voix ont je ne sais quelle énergie secrète, et en passant de la bouche du maître aux oreilles du disciple, ils laissent une impression plus profonde (0. »

Ceux devant qui j'ai maintes fois émis ce sentiment ne

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