I. Lettre à Paulin, prêtre
2 2 Les réformes
s'étonneront pas de ma pleine adhésion aux prescriptions du No7ivea7i plan qui tendent — pour l'enseignement des sciences comme pour l'enseignement des lettres, — à multiplier les exercices parlés,'et à substituer le plus possible les épreuves orales aux épreuves écrites, conformément à ce qui se pratique depuis si longtemps et avec tant de succès dans les gymnases allemands (i). J'en suis certain, tout le monde conviendra sans peine que cette innovation est très heureuse pour les classes élémentaires et « qu'il y a tout avantage à réduire pour les jeunes enfants le temps de l'étude, c'est-àdire la durée du travail individuel, trop souvent improductif dans le premier âge. »
IL ne suffit pas aux maisons chrétiennes d'éducation de se tenir aux prescriptions utiles du Nouveati plan d'études, en le réformant et en le complétant sur certains points ; elles doivent avoir une ambition plus haute, des préoccupations plus larges, et leur constitution particulière demande qu'elles cherchent et qu'elles trouvent un appui spécial. Si l'on me permet de dire toute ma pensée à cet égard et 'd'exprimer tous mes vœux, voici l'idéal que je rêve pour ces maisons qui me sont si chères à tant de titres :
Etre fidèle à la tradition, mais ne pas prendre la routine, qui corrompt et amoindrit les meilleures choses, qui présente invariablement l'apparence au lieu de la réalité, pour la tradition qui, de proche en proche, d'âge en âge, transmet les grandes vérités, les principes certains, les pratiques éprouvées et consacrées ; se tenir fermement aux méthodes éprouvées, mais admettre toutes les modifications que réclame le changement des temps, et dont la réflexion et l'expérience ont démontré la nécessité ;
Faire aimer, plus qu'on ne le fait partout ailleurs, ces grandes langues latine et grecque qui sont la base solide sur laquelle devra toujours reposer l'édifice des humanités, de ce qu'on appelait autrefois bonœ artcs, artes optwiœ, Jmnianœ, jLîLDianiores, et ne point oublier ce principe qu'on ne saura
I. Voir Deltour, de r E^iseigiiement secondaire classique en Allemagne ci en France, Mémoire lu au conseil Académique de Paris, le 27 nov. 1872, pag. 81. Paris, Hachette, 1880.
de r enseignemeiit secondaire. -y ^
jamais à fond une langue si l'on ne peut pas la parler et l'écrire ; mais accorder une part plus large qu'on n'en avait l'habitude jusqu'en ces derniers temps à l'étude de la langue et de la littérature nationales, et aussi à l'étude sérieuse et pratique, je ne dirai pas des langues vivantes, mais de la langue vivante qu'il n'est plus permis à un lettré patriote d'ignorer ;
Placer la langue nationale et l'allemand dans le programme des premières années auxquelles doit suffire un solide enseignement primaire, préparation la meilleure, et préparation nécessaire aux études latines et grecques; niveau d'après lequel les maîtres jugeront si les enfants sont capables de monter plus haut ;
Dans l'élargissement obligé du cadre classique, faire entrer le plus possible d'histoire et de géographie, et surtout d'histoire nationale, de géographie de la France ;
Tâcher de faire aimer les sciences comme les lettres et s'efforcer d'arriver à ce résultat que tous les studieux des lettres aient une bonne teinture de sciences, surtout des sciences qui développent le raisonnement plutôt que la mémoire, et que tous les studieux des sciences soient lettrés;
Viser principalement à former l'âme et à cultiver toutes les facultés de l'intelligence ; mais aussi, par tout l'ensemble de la vie collégiale, par les exercices les mieux appropriés, fortifier, assouplir le corps, et développer toutes ses aptitudes de façon à faire des hommes complets et prêts à tout ;
Ne rien négliger pour qu'il sorte des écoles libres le plus possible de bacheliers, mais réagir énergiquement contre les effets funestes de cette institution qui ne deviendra vraiment utile que lorsque ce ne sera plus qu'une vérification et une sanction des études du collège, un simple examen de fin d'études ;
Etablir si fortement la règle de la discipline que jamais personne ne soit tenté d'y porter atteinte et qu'elle produise chez tous un même amour du travail et la vertu ;
Avoir un corps de professeurs aimant la maison à laquelle ils sont attachés, d'abord parce qu'ils ont ce dévouement qui rend toujours cher le devoir, mais aussi parce que cette maison est pour eux une famille où il n'y a que des frères et des amis, réunis sous une autorité douce, ferme, respectée.
24 ^^^ réformes de F enseignement.
qui sait tout contrôler et tout dominer, qui prévient tout discord, tout tiraillement, tout individualisme; parce que leurs fonctions si importantes et si bienfaisantes sont honorées, parce que leurs légitimes aspirations sont convenablement satisfaites, parce que leur condition présente est bonne et n'a rien de précaire, et que leur avenir est assuré, enfin qu'ils sont certains que tous leurs services seront récompensés d'une manière prévue et déterminée d'avance ;
Ne pas se contenter de choisir des professeurs parmi les jeunes prêtres les plus éclairés et les plus distingués, mais, dans les établissements eux-mêmes, former une pépinière d'excellents professeurs astreints à conquérir successivement les divers grades universitaires et obligés d'obtenir les plus élevés pour parvenir aux chaires des classes supérieures ;
Et, à la tête de tout le corps professoral, avoir pour premier supérieur effectif l'évêque agissant par lui-même dans toutes les occasions nécessaires, mais, en outre, ayant auprès de lui comme un ministère de l'instruction publique dans la personne d'un ou de plusieurs grands vicaires spécialement chargés de tout ce qui concerne l'enseignement.
Des difficultés inouies créent des devoirs tout nouveaux aux maîtres de la jeunesse chrétienne. La crise qu'ils traversent doit exalter leur courage et les pousser à des efforts suprêmes. Qu'ils portent haut le drapeau de l'enseignement catholique, et que ce drapeau représente la tradition et le progrès, la foi et la science ; et la confiance des familles non seulement se maintiendra mais ne cessera de croître ; les adversaires eux mêmes, à la vue du bien accompli, seront ramenés à plus de justice ; les mauvais jours passeront et, une fois encore, l'éducation catholique, qui illumine toutes les branches de la science du flambeau de la vérité révélée, sera la grande ouvrière de la régénération et de la rédemption de notre France bien aimée.
Imprimerie Saint Augustin, Lille, rue Royale 26.
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