DUc de la Méth., U, g 13 ; éd. Garnier, t. I, p
DESCARTBS. SU
aussi, suivant Tusage du temps, a philosophie », d*abord il en a prévu les heureuses conséquences, a Au lieu, dit-il, de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique par laquelle» connaissant la force et les actions du feu, de Teau, de Tair, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature*. »
La physique de Técole, en effet, expliquait encore les phénomènes par le chaud et le froid, le sec et Thumide, ou bien par Thorreur du vide, et d*autres qualités occultes. « Ce qui a fort plu dans le commencement, dit Huygens, c'est qu'on entendait ce que disait M. Descartes, au lieu que les autres philosophes nous donnaient des paroles qui ne faisaient rien comprendre, comme ces qualités, formes substantielles, espèces intentionnelles, etc.... Il a rejeté plus universellement cet impertinent fatras*. » On sait que ce fut pour y substituer des explications toutes mathématiques ou mécaniques.
Certes, il avait eu de glorieux précurseurs dans sa réforme des sciences. Mais la plupart ne surent que renverser les vaines théories des péripatéticiens, sans mettre à la place un-système complet, qui comprît tout l'univers. Galilée, le plus célèbre de tous, est ainsi jugé par Descartes : « Je trouve en général, dit-il, qu'il philosophe beaucoup mieux que le vulgaire, en ce qu'il quitte le plus souvent les erreurs de l'école, et tâche à examiner les matières physiques par des raisons mathématiques. En cela, je m'accorde entièrement avec lui, et je tiens qu'il n'y a pas d'autre moyen pour trouver la vérité. Mais il me semble qu'il manque beaucoup, en ce qu'il ne s'arrête point à expliquer suffisamment aucunes matières, ce qui montre qu'il ne les a pas toutes
1. Dise, sur laUith., VI, 2 (éd. Garnier, I. p. 55). S Cité i»ar Cousin, Fragm, de philos., M, ioO.
îiî PHILOSOPHES MODERNES.
examinées par ordre, et que, sans avoir considéré les premières causes de la nature, il a seulement cherché les raisons de quelques efTets particuliers, et ainsi qu'il a bâti sans fondements » Galilée, cependant, a laissé plusieurs découvertes en physique, en même temps qu'il suivait la vraie méthode pour en faire d'autres encore. On peut dire qu'il a ouvert la voie, et qu'il s*y avança lui-même quelque peu. Hais Descartes prétendit la parcourir tout entière. Ce n'est pas quelques phénomènes seulement qu'il voulait expliquer, mais toutes choses, et donner aux hommes un corps entier de philosophie. 11 s'exposait à ne donner, comme on l'a dit, que le roman de la nature. Mais, outre qu'il faisait au moins preuve en cela d'un génie puissant et étendu, que d'ouvertures ne laissait-il pas pour les recherches à venir, en assurant que toute physique devait être mécanique I En même temps il montrait que le mécanisme universel est avant tout une conception de l'esprit, qui résulte d'idées claires et distinctes, et non pas d'expériences toujours plus ou moins obscures; et si c'est en fm de compte dans le matérialisme que la nature trouve son explication dernière, encore faudra-t-il reconnaître que c'est, comme on l'a dit depuis, « dans un matérialisme idéaliste ».
s. Leors rapport». — Reste à déterminer les rapports entre la métaphysique et la physique cartésienne. L'une est le fondement de l'autre, qui lui emprunte et sa certitude et ses principes. Néanmoins on a pu se demander si sa physique ne se suffisait pas à elle-même, et ce que la métaphysique y ajoutait. A quoi bon, demandait déjà Leibniz, démontrer d'abord l'existence de Dieu, c'est-à-dire d'un Être parfait, pour y recourir si peu dans la suite? Et Leibniz rappelle que de même Anaxagore autrefois avait reconnu une intelligence supérieure au monde, mais sans la faire intervenir dans la production des différentes choses, qui toutes s'expliquent par des moyens naturels. Descartes, en effet, avait dit que la matière prend successivement toutes les formes