‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 152 sur 285 · Uaillcl, liv. vni, c. X, t. n, p. 558-3 et · texte numérisé non relu

Uaillcl, liv. vni, c. X, t. n, p. 558-3 et

distingue avec soin un Dieu créateur et un monde créé; ce monde môme est double en réalité : monde des corps et monde des esprits. Et Dieu le crée par deux actes différents. Le matérialisme ramène Tesprit à la matière, et de celle-ci même il se fait une sorte de Dieu, comme si elle avait en soi la raison de son être. Cette conception n*est point celle de Descartes, et il pouvait écrire avec confiance a qu*il ne faisait point tort au miracle de la création' o.

Cette réserve faite, la physique de Descartes n*est point sans analogie avec celle d'Épicure. N'oublions pas toutefois, qu'au lieu du vide et des atomes, il n'admettait que le plein avec une matière divisible à l'infini. On reconnaît en cela le mathématicien qui identifie l'espace avec le corps, et ne voit pas de motif pour ne pas diviser sans fin toute portion de l'espace. En outre, tandis que les raisons de Démocrite n'ont aucune suite ni liaison entre elles, sa philosophie, au contraire, était toute suivie^.

§ YI. — CONCLUSION.

c Je pense, donc je suis », a dit Descartes. Et Pascal le loue avec raison de ce qu'il a su |« apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences, qui prouve la distinct lion des natures matérielle et spirituelle^ et en faire un principe ferme et soutenu dune physique entière^ ». Ce sont là, en effet, les deux parties de la philosophie cartésienne.

t. nécaphysique. — Au dix-septième siècle, la métaphysique de Descartes plaisait à cause du secours que la religion pouvait en tirer. Elle semblait une réponse péremptoire aux doutes des libertins et des athées. Et beaucoup de ceux qui croyaient, eu ce siècle où la foi prétendait rester unie à la raison, étaient heureux qu un philosophe leur fournit des raisonnements pour justifier leurs croyances. Ajoutons cependant que la distinction établie par D^cartes

\,DUe,delaMith., V, 8 3.

1 PHncipê9, IV, 8 203.

S. Pensées, éd. flavel, t. II, p. 305.

entre retendue et la pensée, la matière et Tesprit, est \raie sans doute des idées qui se rapportent à ces deux objets : mais on ne saurait laffirmer des choses elles-mêmes, sans croire celles-ci entièrement conformes ou môme identiques aux idées que nous en avons. Descartes n'aurait gain de cause que si Ton admettait un idéalisme absolu, et que notre pensée, avec ses idées claires et distinctes, fût réellement la mesure, sinon même la substance de toutes choses.

De nos jours, la métaphysique de Descartes a surtout le mérite de rechercher « les principes de la connaissance ». Descartes ne songe aux causes ou aux principes des choses naturelles qu*après avoir étudié d*abord notre faculté de connaître. Il est donc bien en ce sens un fondateur de la philosophie critique, un précurseur de Kant. 11 comprit que a les autres sciences empruntent leurs principes de la philosophie» en laquelle, ajoute-t-il, n'en trouvant point encore de certains, je pensai qu'il fallait avant tout que je tâchasse d'y en établir' ». On peut penser que d'autres ensuite donnèrent une liste plus complète de ces principes, et surent mieux les discuter. Toujours est-il tque Descartes a vu nettement que là était l'objet propre de la philosophie. — 11 comprit également qu'on devait se demander quelle est la certitude de la connaissance humaine; et ce n'était pas remonter trop haut, croyait-il, que d'en chercher la garantie dans l'Être parfait lui-même. On peut penser que cet appel h la divinité n'est point si nécessaire pour fonder la science, puisque les choses évidentes nous paraissent vraies d'elles-mêmes, pendant tout le temps au moins que nous les considérons, et que plus tard, lorsque nous nous en souvenons seulement, la perfection de Dieu, auteur de notre esprit, n'est pas une garantie que notre souvenir est exempt d'erreur. Enfin Descaries a peut-être trop vite recours à un moyen surnaturel d'établir la certitude de nos connaissances. Mais^ quoi qu'on pense de la solution, le problème devait être posé.

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