‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 177 sur 285 · TraJ. Saisset, t. Hl, p. i · texte numérisé non relu

TraJ. Saisset, t. Hl, p. i

2. Uilmii, hftcartes et Spinoza, Fouchep de Careil, p. 225-6. On verra filus tai-d cumme Leibniz, rencontrant la nit^inc iinpossilMlité logique, que l'un soilen iTi»^ine tcnifis p/u«ieiir.t, la résout en f.iisanl apjK?! à notre expérience interne. Ce>t le réel l'emportant chez lui sur la lojjique, l'être même sur la pensée.

5. Cette pluralité d'attributs au sein de la substance unique arrêtait déjà quelques ami» de Spiooca. Voyez une de ms lettres à Simon de Vries (éd. Sait*

SPINOZA. m

nircstation des atlributs divins, ou le commencement de la nature naturée, consiste dans des modes, qui sont encore infinis : le mouvement et le repos, pour l'étendue; Tentendement infini, pour la pensée. Mais, dira Leibniz, « Dieu ne produitpas de créatures infinies». A supposer cependant que cela fût, a on ne saurait, par aucun argument, prouver ou assigner une différence quelconque de cette créature à • Dieu >. Ce premier mode infini, Tentendement, serait donc indiscernable de Dieu même, et la conception anthropomorphiste, que Spinoza voulait éviter, reparaît néanmoins*. D'ailleurs n'est-ce pas ériger notre propre entendement en absolu^ que de prétendre lui faire comprendre l'univers et son principe? Alors pourquoi ne pas le reconnaître en la Divinité? — Enfm, lorsque Spinoza parle des modes finis, soit dans le monde des esprits, soit dans celui des corps, il

tetf III, p. 580); puis une objection de Tscliirnaus, et la réponse de Spinoza (cdit. Naisset, p. iil, 443, 445, etc.) ~ Voy. Leibniz, Uescartes et Spinoza^ Fourcher de Careil, p. 22^-9, 235, etc.

1. Que les expressions métaphysiques, tuhilance^ attribut, mode, et leur liaison soi-disant nécessaire ne nous abusent paa; nous sommes ici en présence d'une doctrine mystique, et d'origine juive. « Les Kabltalistes sont d'accord sur ce point, que Dieu a produit de certaines choses médialement etd'dutrefi immédiatement, et cela amène à parler de la production d'une première source ouverte ])ar Dieu, qui la fait inunédiatement eoul(» de lui-même. Par ce médiateur, tout le reste a été produit par séries et par ordre. Les Kabbalistes saluent ce princi|M} de noms divers : Adam Cadmon, le Messie, le Christ, le Verbe, le premier engendré, le premier homme, l'homme céleste, le guide, le pasteur, le médiateur, elc. (Foucher de Careil. Leibnii^ • etc., p. 205-4.) — Dans le De Deo ethuminef récemment retrouvé, et qui parait être le premier ouvrage de Spinoxa (M. Janet le place en 165fi-8), il appelle le mouvement, qui est éternel, infini, immuable : /l/itM, opta, vel effectua immédiate a Deo créatut. L'entendement est aussi : /l/tu«, opu», vel immediata Dei creatura^ ab omni xtemilate et in omnem mternitatem manens. — Dans ses lettres, on retrouve la même pensée, sous une forme non plus mystique, mais d'apparence sciciitilique (Saisset, t. 111, p. 380, 441-2,444). 11 en fait même dans VÊlhique l'objet d'une démonstration (pars 1, prop. 31). Mais déjà celle-ci ne paraissait rigoureuse ni à Simon de Vries ni à Tschirnhaus. — Itapprochons enfin de la mt^mo doctrine ce que Spinoza dit du Christ dans ses lellrcs : ■ Il n'est pas absolument nécessaire de connaître le Christ scion la chair; mais il en est tout autrement si on parle de ce Fils de Dieu, c'est-à-dire de cet;e éternelle sa^'esse de Dieu qui s'est manifestée en toutes choses, et principalement dans l'ame humaine, et plus encore que partout ailleurs en Jcsus-Christ. Sans cette sagesse, nul ne peut parvenir à l'état de bcatilude. » (Saisset, III, otjl.) On voit comment S|unoza fuisail rentrer dans son système, en les interprétant à sa ma* nière, certains dogmes hébraïques ou même chrétiens.

272 PHILOSOPHES MODERNKS.

prend soin de répéter que Texplication de chaque mode se trouve seulement dans un mode antérieur, et ainsi de suite h Tinfini, sans qu'on doive faire intervenir Dieu. Voilà donc deux séries de modes finis, séries infinies, je Taccorde, mais qu'on ne sait comment rattacher à la substance et à ses attributs. Spinoza parle de tlcduction nécessaire. C'est son postulat, qu'il admet sans le prouver. D'autres parl(»ront de création libre. A vrai dire, ces deux hypollioses ne se conçoivent pas mieux l'une que l'autre. I.a raison pure scraitelle donc là-dessus incompélente? Alors la satisfaction qu'on croyait lui donner est illusoire, et le problème subsiste. Hais, si l'une des deux hypothèses a l'avantage de ne pas méconnaître les droits de la raison pratique, tandis que l'autre supprime brutalement celle-ci et la nie. quand il faudrait au moins en rendre compte, cela ne «uffira-t-il pas pour nous décider? Supprimer la conscience serait peut être supprimer ce qui porte le plus en nous la marque de l'absolu. Spinoza a horreur de ranlhropomorphisme, et on ne saurait l'en blâmer. Mais si, lorsque l'on reste dans le domaine de l'entendement et même de la raison, on peut craindre que ces lacultés ne soient seulement relatives à notre esprit, si Ton peut hésiter, comme telles, à les transporter en|)ieu. le doute et rii(''silation diminuent singulièrement, ce semble, lorsqu'il s'agit de la bonne volonté ou de la volonté de bien faire. Là est proprement l'absolu, le divin, ou il ne se trouve nulle part, et l'on peut, sans que la raison y répugne, attribuer hardiment à Dieu la perfécliuL morale ou la sainteté.

Page 1