Trad. Saisset, t. Ul,p. m
rraîntc de ranlliropomorphisme, n*a rien voulu attribuer à Dieu de ce qu'il trouvait en l'homnio^ Aussi son Dieu n'a plus rien qui parle encore à Tâme, rien qui la touche et l'émeuve, rien pcut-ôlre qu'elle puisse clairement concevoir. Qu'on nous mette une pierre à la place, diraient quelques uns, elle nous vaudra tout autant. On comprend qu'ainsi tMilendu, panthôisme soit synonyme d'athéisme*.
Cependant, si quelques rares esprits réussissent à faire abstraction de Thomme et de ses facultés, et à concevoir sans répugnance l'être pur, le Dieu de Spinoza, loin d'être un néant pour eux, est, au contraire, le seul qui mérite ce nom, parce qu'il est véritablement absolu, c'est-à-dire supérieur à toutes les déterminations que notre esprit prétend lui imposer pour le comprendre*. Kt comme il est la substance unique, qui soutient et pénètre tout l'univers, ceux qui l'aperçoivent ou plutôt qui le sentent ainsi et en euxmêmes et dans les choses, ceux-là, au lieu d'être des athées, sont plutôt, comme on l'a dit encore de Spinoza, « ivres de Dieu ».
i5. Conrianion. — Par malheur, pour arriver à cette parfaite unité, il faut sacrifier entièrement Tordre moral, ou ce que les hommes entendent par là, devoir, liberté, mérite et démérite, justice enfin. La raison pratifjue, comme dira Kant, c'est-à-dire la conscience humaine, est méconnue au profit de la raison pure, dont on prétend satisfaire les exigences. C'est pour éviter, en effet, un problème insoluble et contradictoire dans les termes, celui de concilier la
1. « Tout notre dissentiment, écrit-il à Blyenbergh, est dans ce seul point, savoir : si Dieu, quand il communique aux bons les perfections qu'ils reçoivent de lui, les leur communique comme juge (c'est là votre sentiment) ou comme Difu, c'est-à-dire d'une manière absolue et sans qu'il faille attribuer à Dieu aucun de$ atiributg de la nature humaine. » (Trad. Saisset, t. Ul, p. 401-3 et i(i7.)
2 On souTfre de la façon injurieuse dont Malebranche, Fénelon. Massillon mt^me du h^iut de la chaire, ont traité Spinoza: « le misérable Spinoza », « l'impie », « U' monstre », etc.
3. Tel est ^ans doute l'avis de M. Renan, qui terminait ainsi, le 21 février 1S77. un t>eau discours i l'occasion du bicentenaire de Spinoza et de r<^re( tioii de sa statue à la Haye : « Il est comme Moïse, à qui se révèlent sur la inunla'.Mio des secrets inconnus au vulgaire; mais, croyez-le, il a été le voyant de son àne ; il a clé, à son heure, c«/wt qui a vu le plue profond tn Ov«u«%
liberté de Thomme avec la providence de Dieu qui aurait préordouné toutes choses, que Spinoza suppose, au contraire, et en Dieu et en Thomme, une absolue nécessité. La raison pure, au moins, trouve-t-elle en cela pleine et entière satisfaction, et tout lui devient-il intelligible? Spinoza n*en doutait pas pour sa part. « Je n*ai pas la présomption de croire avoir trouvé la meilleure philosophie; mais, écrivaitil, je suis assuré de posséder la vraie. Comment en suis-je assuré? Si vous me le demandez, je répondrai: delà mêmi? manière que vous savez que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits'. •
Certes Spinoza a raison de considérer renchafnement nécessaire de nos idées comme le signe infaillible de la parfaite intelligibilité, et, par suite, la condition de la certitude. Mais cet enchaînement nécessaire manque plus d*unc fois dans son système. Dieu, dit-il, est une substance constituée par une infinité d attributs dont chacun est lui-même infini. « Mais, répondra Leibniz, on peut fort bien se demander si un être qui a des attributs infinis n'implique pas contradiction; quand ce ne serait que par cette raison qu'on peut douter que la même essence simple puisse être exprimée par plusieurs attributs différents^, » Incompatibles avec l'unité absolue, ne fût-ce que parce qu'ils sont multiples, ces attributs le sont peut-être également entre eux. « Je n'accorde pas, disait encore Leibniz, qu'il puisse y avoir deus attributs qui se conçoivent par soi-même et qui expriment tous les deux la même chose. Car toutes les fois que cela arrivera, ces deux attributs, qui expriment diversement la même chose, pourront être résolus, ou tout au moins l'un d'eux. » Mais cette résolution, Spinoza ne l'a point faite, et ne pouvait la faire : comment résoudre, en efict, l'étendue dans la pensée, ou réciproquement'? — Ensuite, la première ma-