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ridenlîlé personnelle. Là encore, la philosophie prétend ?oir un acte du sujet qui, à travers la série mouvante de ses représentations, se saisit lui-même en une immédiate intuition ; et là encore l'analyse dissipe, en les expliquant, ces fantômes de l'imagination. L'idée du moi pur, abstrait de ses modes, n'existe pas; autrement, elle reproduirait une impression; or, une impression du moi, dépouillé de toutes ses impressions, est une évidente contradiction, une impossibilité. La vérité est que, à l'observation que chacun fait de lui-même, ce qui se dégage, ce sont des états particuliers, et rien autre chose, a Pour moi, quand je pénètre au plus intime de ce que j'appelle moi-même y c'est toujours pour tomber sur une perception particulière ou sur une autre: perception de chaud ou de froid, de lumière ou d'obscurité, d'amour ou de haine, de peine ou de plaisir. Je ne puis jamais arriver à me saisir moi-même sans une perception, et jamais je ne puis observer autre chose que la perception. Quand mes perceptions se trouvent interrompues, comme par un profond sommeil, aussi longtemps que cet état dure, ie n'ai pas le sentiment de moi-même*.» Le moi n'est rien en dehors des états de conscience qui se suivent, et les hommes « ne sont autre chose que des assemblages ou collections de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité et sont dans un élat de llux et de mouvement perpétuel ». Mais alors, d'où vient l'idée que nous nous faisons d'un moi immobile ? Des facteurs multiples y concourent ; l'identité, nous le savons, a son point de départ dans l'impression continuée d'une chose invariable. Porté par sa tendance à confondre les semblables, l'esprit attribue de nême ridenlilé aux choses qui éprouvent des changements minimes ou lents ; un monument dont une pierre se détache, une montagne que les eaux ravinent, restent la même moiiîague, le même monument. La permanence du but renforce ce caractère et autorise des changements de détails considérables; un vaisseau, réparé successivement dans ses diverses parties, pourtant est toujours le même vaisseau; il
y n plus : une église entièrement rebâtie, mais à la place qii'f^Uo occupait et pour le village qu'elle dessei-vait auparavant, est encore la môme église. Enfin, si une mutuelle sympathie relie ensemble les divers éléments d'un tout, celui-ci, tout le temps qu'elle dure et malgré toutes les rénovations intérieures, conserve intacte son identité ; c'est ainsi que le gland devient le chêne, qui ne lui ressemble d'aucune manière, en qui cependant le même être persiste intact. Or, tous ces caractères se retrouvent dans le sujet conscient, redoublés par la mémoire, qui sans cesse passe et repasse à travers les étals évoqués, si bien que l'identité du moi se révèle comme le produit façonné surtout par la mémoire et et par Kassociation*.
Est-ce à dire que l'explication proposée satisfasse Hume pleinement? on pourrait le croire à la lecture du Traité, Mais dans V Appendice* et dans les Essais^ il perd de son assurance, et il déclare que, sur ce point, aucune théorie ne le satisfait. L'aveu est à noter, et Stuart Mill, son disciple, le rééditera en termes analogues. L'identité personnelle ou le souvenir reconnu est, en elï'et, le scandale de l'empirisme.
3. ^ieepilciNnie e< oction. — Au même titre que ridée de cause, l'idée de substance s'offre comme une combinaison de la loi d'association et de l'habitude. Mais aussi sa portée objective s'évanouit et avec elle la métaphysique. Une même illusion fondamentale se trouve à l'origine de toutes les doctrines, et celles-ci, qui entre elles se combattent, en fin de compte se ressemblent et se valent. C'est le cas d'abord du matérialisme et du spirilnalisme : ni l'un ni l'autre ne s'aperçoivent que le monde des corps, c'est l'ensemble de nos impressions, et que le monde des pensées, c'est l'ensemble des images, qu'ainsi tous les deux forment un seul et même monde en douhle exemplaire, que par là enfin toutes les criticiues qui portent sur l'un se retournent contre l'autre'. D'autre part, tliéij^me, panthéisme, athéisme, se rejoignent en une même conception de la substance. « Le principe fondamental de Spinoza est la doctrine de la simplicité de l'univers et de l'unité de la substance, à laquelle
i. IV, VI, 332-342 - 3. App., p. 378. — 5. IV, ▼, 516.
il suppose inhérentes à la fois la pensée et la matière..., et qui existe partout sans aucune présence locale. » C'est, trait pour trait, la doctrine spiritualiste de l'âme et de son union avec le corps. Aussi toutes, enfantées d'une même illusion, succombent aux mêmes difficultés.
Et de môme que la vérité métaphysique s'effondre, la certitude scientifique s'écroule. La certitude sans doute n'est pas absolument refusée à l'esprit : elle s'attache aux perceptions comme telles, et d'autre part elle se retrouve dans les règles générales du raisonnement qui, prises en soi, sont infaillibles. La représentation pure ou des formes vides, c'est son domaine, mais aussi son seul domaine. Le reste, applications des règles, môme les plus simples, comme en arithmétique, arrangements d'images comme en physique, ne dépasse jamais la probabilité. Des phénomènes épars dans le vide et qui, pour notre pensée, s'ordonnent suivant les hasards de l'expérience ou les exigences de la vie, c'est là toute notre connaissance.
Est-ce à dire que le scepticisme a le dernier mot, et quo l'unique ressource est la suspension du jugement? Ce serait méconnaître le caractère original de cette phil(>sophie : son relativisme ne rapporte la pensée ni à la sensation, comme l'ancien empirisme, ni à la raison, comme rintellectualisme, mais à l'imagination; c'est l'imaginalion qui, d'elle-même, avec l'association pour guide, édifie toute la vie mentale. A la sensation elle emprunte ses premieis matériaux; ellemême, disciplinée par l'expérience, pétrie d'habitudes, s'épanouit en entendement. Ses croyances, c'est elle-même avec ses émotions, ses besoins, toute sa vie profonde. Aussi le doute, théoriquement irréfutable, pourtant est impuissant à l'entamer : il flotte t'i la surface de la conscience, il s'embarrasse dans son essor et s'énerve de ses progrès; finalement, il s'efface devant le sentiment, la volonté et l'action*. Le scepticisme spéculatif de Hume se résout, conmie il convient à un philosophe du xvin® siècle, en un acte de foi dans la nature.