I. Sa vie et ses ouvragée
IL Philosophie positive. — 1. Tendances générales et dinsions principales. — 2. Objet de la philosophie : A) classification des sciences ; B) positivité rationnelle.
III. Sociologie. — 1. Principe; loi des trois états. — 2. Méthode. — 5. Doctrine : A) statique sociale ; B) dynamique sociale. Philosophie de l'histoire.
lY. Religion de Chumanité. — 1. Morale. — 2. Politique. -^ 3. Conclusion.
§ I. — SA VIE ET SES OUVRAGES
Auguste Comte naquit à iMonlpeilier, le i 9 janvier i798, et mourut à Paris, le 5 septembre 1857. Sa vie peut se diviser en trois périodes : la première, de préparation et (réiahoralion, s'étend jusqu'à 1827; la seconde, de production suivie et systématique, dure quinze ans (1828-1842); lu troisième, également de quinze ans (1843-1857), pendant la(|ui»ll(' la peHsée de Comte s'imprègne de mysticité et se ronouvelltî sans se détruire.
A. Comte grandit dans une famille catholique et légitimiste; il abandonna de bonne heure les croyances de son enfance, mais il conserva toute sa vie quelque chose du militMi dans lequel il fut élevé. A neuf ans, il entra au collège, dont il devint un élève marquant. A quinze ans, il
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concourut à l*École polytechnique et fut reçu le premier de sa liste. H n*avait pas l'âge requis, et il attendit un an pour entrer à TËcole. En 1816, au cours de sa seconde année, il dut la quitter pour cause de licenciement. Il rentra à Montpellier, puis revint à Paris, où sa famille mécontente le laissa sans ressources, et où il dut donner des leçons pour vivre, lin 1818, il enira en relations avec Saint-Simon, qui lui donna l'idée d une étude scientifique des phénomènes sociaux. Il se prit d'enthousiasme pour le réformateur et devint son disciple. Mais, après quelques années de travail en commun, Saint-Simon et A. Comte se quittèrent brouillés (1814). Les circonstances qui provoquèrent la rupture n'en étaient que l'occasion. A vrai dire, le disciple avait une personnalité inlellechielle trop forte pour rester un élève ;iiine indépendance complète lui'élail nécessaire.
A partir de colle date, il [luhlia sous son nom divers articles dans le Producteur (iiov. IS'25-niars 182G) : Cofini- (lératiutis philosophiques sur la science et les savants; Considérations sur le nouveau pouvoir spirituel. Le i**" avril 1820, il ouvrit à son niu<iesle (ioniicile (15, rue du Faubourg'- Moiitiiiarlre)un cours de philosophie scientifique, qui devait comprendre soixante-douze leçons, et auquel assistèrent Huinboldl, Poinsot, lîlainville. Trois semaines après, une calastropht' îUTéla tout : A, Comte fut pris d'une crise d'aliénation mentale. On rinterna chez Ksquirol, où il resta sept mois en traitement. îucune amélioration ne se produisit. Mme Comtt* obtint (|u*on lui rendit son mari, et, à force de patienie et d'attentions, elle réussit à le guérir. Comte put se remettre au travail dès le milieu de l'année 1827, et reprendre la série interrompue de ses leçons.
Celles-ci recommencèrent en 1828. Avec elles s'ouvre la seconde période de grande production, celle où il met sur pu'd, au prix d'un labeur colossal, les six volumes du Coun lie philosophie positive (1828-1812). L'elfort fut d'autant plus grand que Comte, sans fortune, devait consacrer une bonne partie de son temps aux leçons qu'il donnait pour vivn*: Ku 18r»2, il fut nommé répétiteur d'analyse à l'École polytechnique, et, en 1855, examinateur d'adnîissioD. Plu-
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sieurs fois la chaire d'analyse devînt vacante, et Comte posa sa candidature; vraisemblablement il aurait réussi, si ce n'avait été le ton hautain de ses demandes. En i84'i, le sixièine volume du Cours parut avec une préface injurieuse pour Arago. Celui-ci, exaspéré, céda au désir peu généreux (le la vengeance : les fondions de répétiteur furent enlevées à Comte; même les leçons qu'il donnait dans une institution privée lui échappèrent. C'est à celte même date qu'il se sépara de sa femme, avec qui la vie en commun était devenue, après dix-sept ans de mariage, impossible.
Voilà donc Auguste Comte arrivé au terme de son grand travail, mais avec ses ressources enlevées et son foyer détruit. Ces conditions douloureuses marquent le début d'une troisième et dernière phase. Des admirateurs d'abord lui vici^nnent en aide : Stuart-Mill, qui depuis quelque temps entretenail avec lui une correspondance, intéresse à sa détresse de riches et généreux compatriotes, entre autres Grote riiislorien. C'est ainsi qu'un subside de six mille francs lui fut remis pour une année. Mais A. Comte, s'imaginant que le subside aowni continué, en revendiqua l'année suivante le renouvellement comme un droit. Il essuya un refus, et celte cruelle déception, ajoutée à des divergences croissantes d'idées, aîriena une brouille avec Stuart-Mill. Un peu plus tard, un autre disciple non moins célèbre, Liltré, organisa en France un système de secours qui se continuèrent pendant (jualre ans. Mais avec Littré, comme avec Stuart-Mill, coninie aulrelois avec Saint-Simon, Auguste Comte se refusait à tout compromis de doctrines, bien décidé à impos.T la sienne intégralement. Celle fois encore une ruplure s'ensuivit. Les embarras matériels, toujours renaissants, ne ralentirent point l'ardeur au travail. Toutefois les ouvrages de la dernière période se présentent avec une note nouvelle. Vax 1845, Comte avait rencontré une jeune femme, Clolihle de Vaux, pour laquelle il se prit d'un amour platonique; la jeune femme mourut un an après, et son adorateur lui voua un culte qui dura jusqu'à la fin. Sous rinduence de ce sentinicMit exalté, il publia le Système de politique positive (1851-1854), et le CatéchUme positiviste (1852)» qui tous les
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deux exposent la Religion de rFlumanité. D'aatres œuvres de moindre étendue parurent à des dales diverses : en i845, un Traité philosophique (ï astronomie populaire, résumé d'un cours populaire d*astronomie que, de 1830 à 1848, il fit chaque année gratuitement à la mairie du 11!^ -arrondissement; en 1844, le Discourt sur V Esprit positif; en 1848, le Discours sur Vensemble du positivisme. Ses derniers écrits parurent en 1855, Appel aux conservateurs y et en 1856, Synthèse subjective.
Lui, qui rêvait i*union de tous les hommes, il mourut isolé. Mais ses idées n*ont point disparu avec sa persoime; ses disciples, d'abord rares, ont avec le temps accru leur nombre. Le positivisme a élargi et fortifié progressivement son influence; il est devenu une École, et même, selon beaucoup de gens, une Église. 11 a sa Revue', il a eu jusqu'en ces derniers temps sa chaire au Collège de France, occupée par M. Laffite. Il représente, à l'heure où nous sommes, un des principaux courants d'idées» il marque de sou empreinte toute la pensée du jour.