Hevue occidentale
S. Court de Phii. pos., K8* Lee, Vi* vol., p. 499, note (5« ÉdiU 1869).
une place h part Au regard de Comte, la caractéristique de ce temps est l'anarchie, anarchie dans les opinions, et, par voie de conséquence, anarchie dans tes institutions. La source de cette anarchie est dans un dualisme fondamental, ({ui devient un antagonisme irréductible, à savoir le dunlisme de la science et de la philosophie La science, par l'action prolongée d(i l)es(*.artes et de Bacon, de Lavoisier et de Bichat, s'attribue l'étude de toute la nature extérieure, corps inanimés, êtres vivants; elle recherche des phénomènes et des lois, c'est-à-dire des événements déterminés; elle voit et elle prévoit. Le relatif est le cercle où elle se meut et se tient ; à aucun prix, elle ne veut être confondue avec la métaphysique, et elle a de l'absolu une défiance absolue. Non seulement elle écarte les problèmes d'origine première et de nature intime, elle se détourne aussi des considérations générales comme de fantômes décevants, elle s'eulonce dans ses recherches propres, se réfugie dans une spécialisation toujours plus étroite, où elle perd de vue ce qui se passe à côté d'elle en dehors d'elle. Isolés les uns des' autres, isolés du reste des hommes, leysavants encouragent ainsi des habitudes d'incoordination, façonnent une sorte d'atoniisme mental et social.
Si la science s'attribue les phénomènes matériels, la philosophie se réserve tout le reste, c'est-à-dire, d'une part, hors de l'homme les causes premières, d'autre part, dans l'homme les idées et les mœurs, les règles de pensée et les règles d/B conduite, logique, morale, politique, religion. Ses prmcipes sont des essences absolues, libre arbitre ou fatalisme, devoir ou droit, droit divin ou droits de l'homme, A la dilïérence des lois scijMitificiues, qui ont une portée rigoureusement déterminée, ils exercent une action arbitraire et indéfinie.
Le dualisme se redouble et l'anarchie s'aggrave du conflit qui s'élève au sein même de la philosophie. Celle-ci, en elTet. se subdivise en deux disciplines antagonistes, la Ihéolojrie et la mèta[)liysique. La théologie, en France surtout, c'est l'Kglise catholique avec sa forte hiérarchie; elle fait du principe d'autorité le fondement de la vie; elle rapproche les
volonl(^s, les coordonne et les gouverne; elle répartit les membres de la société en hommes qui commandent et en hommes qui obéissent. I^ principe d autorité tend à sa propre conservation ; et c'est pourquoi les doctrines théocratiques sont des doctrines d'ordre, mais aussi d'immobilité et finalement de recul. Au contraire, la métaphysique incline dans le sens du changement et par suite du progrès : c'est que sa mélhode est critique, elle substitue à la personnalité divine quelque entité impersonnelle, à un principe surnaturel la nature, homme et droit naturels, liberté, égalité, souveraineté du peuple. Tout à l'heure on ramassait les volontés en un seul faisceau, maintenant on disloque les groupes et on oppose les individus aux individus, tous les individus ensemble à la nation, les nations enfin entre elles. La métaphysique politique pousse aux changements sans mesure ; si la philosophie théoïogique est rétrograde, la métaphysique est révolutionnaire.
Les principales tendances dissociées et drossées les unes en face des autres, une coupure nette entre la pensée et l'action, dans la pensée les systèmes d'idées fermés les uns aux autres, dans l'action l'ordre et le progrès en mutuel antagonisme, d'un mot la dissolution partout, tel est le résultat d'ensemble qn'innène l'emploi sinuiltané des tmis méthodes. Or la vie sociale exclut l'anarchie : qui dit société dit concert des énergies, par là même accord des pensées sur un îninimum de points, acceptation confiante par un groupe d'honnnes d'un groupe de croyances. L'état présent de la Trance, menu» (h» l'Kurope, appelle une réorganisation. (]elle-ci est possible, à condition qu'on substitue à la diversité incohérente des méthodes une unité cohérente, et celte unité, le Positivisme la garantit.
Il la garantit, parce qu'il est lui-même une unité de tendances ordinairement séparées. La philosophie traditionnelle fait appel à des principes absolus, et par là elle fait œuvre vaine; mais elle se nourrit de vues d'ensemble, de a géni»ralités », et par là elle reste vivante. La science s'applique à des objets relatifs, à des réalités positives; mais elle réduit ses recherches à des choses particulières, elle s'alimente de
détails. La première est une forme sans matière, la seconde est une matière sans forme *. Le Positivisme applique à la matière de la science la forme de la philosophie; il lie ensemble les données positives de lune et les généralités de l'autre : il constitue ainsi une Positivité pleinement rationnelle. A cet effet, il parcourt trois moments. En premier lieu, il travaille sur les données de la science déjà constituée et défmit Tobjet de la philosophie. En second lieu, il étend la discipline scientifique aux choses humaines, qui lui échappaient encore ; en même temps il en dégage et pose les fondements ; là il est réellement créateur, car il trouve à la fois la matière et la forme, il fonde la sociologie. Enfin, il poursuit dans le monde de l'action les conséquences naturelles, le prolongement logique de la positivité rationnelle ; il devient alors la Iieligion de rilunianité.
t. Objet de la Philosophie. — La philosophie positive
« regarde tous les phénomènes comme assujettis à des lois naturelles invariables, dont la découverte précise et la réduction au moindre nombre possible sont le but de tous nos eflorts, en considérant comme absolument inaccessible et vide de sens pour nous la recherche de ce qu'on appelle les causes soit premières, soit finales ». Ces causes, en efl'et, sont des réalités absolues; notre connaissance, au contraire, est relative, et elle l'est doublement : les opérations de Tintelligence, en tant qu'états cérébraux, sont liées à l'organisme, et l'organisme est lié à son milieu. La connaissance suppose l'action du milieu sur l'organisme et de l'organisme sur le milieu, la possibilité pour l'un de s'adapter à l'autre, en d'autres termes, une harmonie primitive entre les lois des choses et les lois de l'esprit. Cette harmonie est une donnée qui ne s'explique par rien et qui sert à expliquer tout le reste*. La connaissance implique ainsi une participation de l'objet et une participation du sujet, et il est impossible de séparer et de déterminer l'une ou l'aulre. Elle s'applique à des réalités qui sont nécessairement des phénomènes ; mais ceux-ci ne sont pas livrés au hasard; une