V. Conclusion
§ I. — SA VIE ET SES OUVRAGES
Aristoîe naquit à Stagire, colonie grecque de Tlirace, en 384 avant J.-G. Sou père, Nicomaque, élail médecin d'Ainyntas, roi de Macf^doine. Arislote lui est redevable, dit-on, de son goût pour les sciences de la naliire. Il vint à Athènes en ô(i7, et y resia près de vin«;l ans; il y suivit les leçons de Platon, et y ensei*,ma lui-n.<^uie l'éloquence. En 548, il (juilla Athènes pour aller en Asie Mineure, d'abord auprès d'ilerrnias, tyran d'Atarnè, puis à Mytilèiu;. En ôir», l*liili|>pe le fit venir en Ma(rédoine pour achever l'éducation de son fils Alexandre, qui avait alors treize ans. Il retourna à Athènes vers 7)54, et enseigna la philosophie dans les galeries du Lycée, il donnait ses leçons en
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se promenant, d'où le nom de Péripatéliciens que priivnl ^es disciples. A la mort d'Alexandre, en ?)2»i, AlJit'iies se souleva conire la Macédoine, et Arislole dut se retirer à Chalcis en Eubée, où il mourut en 5!22.
Strabon et Plularque ont raconté le sort de ses nombreux ouvrages, qui, laissés en numuscrit à Théoplirasle, [luisà un certain Nélée, auraient élé lonj5'temps cacliés dans une cave de peur que les rois de Pcrj^ame ne s'en emparassent, puis transportés à Athènes, et de là à l\ome par Sylla; ce n'est qu'au temps de Cicéron qu'Andronicus de lUiodes les aurait enfin publiés. Mais comment croire que des copies n'en avaient pas été prises à Athènes, du vivant même d'Aristote ou de Tliéophraste et d'autres, pour la bibliothèque des Ptolêmées à Alexandrie? Nous savons que beaucoup d'ouvrages apocryphes circulaient alors sous le nom d'Aristote. Us étaient sans doute mêlés aux écrits authentiques ^
Pour dresser une liste des ouvrages qui nous restent, rappelons la division des sciences que donne Aristole luimême. On peut étudier scienlificiuement les trois modfs de l'activité humaine, qui sont Vart ou la création, la pratique ou la morale, enfin la théorie ou la science proprenu'nt dite. De là trois groupes de connaissances scient iliques :
1« les unes relatives à la poétique, la rhétorique et la dialectique ;
2« les autres relatives à la morale, l'économique et la politique;
5" enfin celles qui se rapportent à la science : malhéiuntique, physique et théologie*.
Or il n'est pas un de ces sujets qui ne soit traité dans les ouvi-ages d'Aristote. Nous avons de lui un»» Vovtiqucy une Wietorique^ enfin plusieurs traités que l'on com[)ivn(l snns le nom (ïOrganum et qui composent une véritable Loylque ;
1. Voir, pour toute cette discussion, Gh. Zévorl el Al. Pioiron, irad. de la Mé aphysiquet lutrod., p. scii-r«
% M. Ravaisson. E*»ai »ur la Uélaphijsiquf d' Aristole, t. I. p. 2ol-2. Voir Ai istuie, Met., liv. \;eiEth. Nie, X, vm, 7, p;iil;iiil «K» la «Jivinilé : tÔ) ot, Cwvtt
S. Aili'gorie de la caverne. — A vrai diro, ces quatre degrés de connaissance se ramènent à doux, un pour le monde sensible en général, le jngement ou Topinion de la mnlliludc, SôSx, l'autre pour le monde intelligible, la science, im(srritj.7i. Coniment se fait le passage de Tun à l'autre ? Y a-t-il une transition insensible? Il ne le semble pas. Platon avait séparé les deux mondes l'un de l'autre; il iaut donc détourner tout à fait les yeux des choses visibles, pour contempler les idées, l'ne allégorie, célèbre de Platon nous représente des prisonniers enchaînés dans une caverne, de Ctc^'ou qu'ils aient le dos tourné à la lumière, et ne voient que le fond obscur. Seulement on allume un grand feu derrière eux, et devant la ilamme brillante passent et repassent des personnages qni parlent, gesticulent; leurs ombrey se piojettent sur le fond de la caverne, et les prisonniers ne peuvent voir que ces oml)res, qu'ils prennent pour des êtres réels. Si l'on détache l'un deux, et que, se retournant, il aperçoive pour la première fois les personnages vivants et le grand feu qui les éclaire, il n'en peut croii'e ses yeux éblouis; et il lui faut du temps pour s'accoutumer à ce nouveau spectacle. Puis il va retrouver ses compagnons, leur raconte ce qu'il a vu, et s'el force de les détromper de leur illusion; mais eux le traitent de visionnaire, et s'en tiennent (ib??tinément aux ombres qu'ils aperçoivent. Ainsi fait la multitude ignorante à l'égard du philosophe qui a vu les idécS*.
Platon recoirunande qu'on ne fasse pas regarder d*abord au prisonnier délivré les objets eux-mêmes, mais seulement leurs images dans l'eau et les corps polis; ainsi peu à peu sa vue s'affermira. De même, avant de s'élever à la contem-
mûlrie, ou pour r.iirc coniprcndro par une comparaison la dirfcrence entre les idées et les ei>senres nialliémuliques. U'aulnnl plu<:que los anciens altribunient à Platon une (iivi>ion de toute la réalité en trois parties seulement : sîoy], jiaOT,jj.aTixâ cl at(jOr,Tct. Cependant Platon lui-niriMu: dans le Théétète distinguo la sensation pure et simple, arf70/)(Ttc> leju^'cment vrai, mais qui ne peut rendre raison ponrquoi il est vrai, à).r,Or^; côÇa àv£v Xôyov, puis un jugement vrai cl se «^.iclwint tel, à).r,OT,<; Sô;a (iîtûc /.ôyou- Ces trois dejnrês expliquent à moi vtiJl»' rs'.y.aTta, la TZ'.n-'.s cl la 6:âvoia. l'iaton s'arrûlui-ait à la yht^Qi^ saiih en ; hikm' dans ce dialogue.