‹ Études sur les principaux philosophes, rédigées confermément aux programmes officials du 31 mai 1902, à l'usage de la classe de philosophie et des candidats au baccalauréatChapitre 70 sur 285 · I. - ÉPICURE · texte numérisé non relu

I. - ÉPICURE

f. Ouvrane* d*Éplcare. — Épicure naquit à Gargotfe, pclil bourg de l*AUique, ou plutôt à Sainos, vere 54<, et mourut en !270 av. J.-C. Il écrivit plus de trois cents volumes, oit-on, et forma de nombreux disciples. H avait emprunté à Démocrite sa doctrine des atomes, à Aristippe sa doctrine du plaisir. Ni sa physique ni sa morale ne lui appartiendraient donc entièrement. A ces deux parties de la philosophie il ajoutait la logique ou canonique, mais en la joignant d'ordinaire à la physique; elle recherchait en effet la marque distinctive ou le critérium du vrai, et les premiers principes des choses.

Epicure nous est connu par Diogène Laêrce, qui a conservé le texte grec de trois lettres assez longues, où le phi*

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losophe lui-même résumait son système : lettres à Hêrodole, à Pythoclès et à Ménécée. En outre Diogèiie nous transmet un recueil de Maximes principales (xuptai ôo^ai) qui seraient aussi d'Épicure, et qui forment encore un abrégé de sa doctrine analogue au Manuel des Stoïciens que nous avons sous le nom d'Épiclèle. tnfîn Diogène rapporte le testament d'Épicure et un court billet qu*il envoya à un ami, Idoménée, au moment de mourir*.

Viennent ensuite les témoignages de ses disciples et de ses adversaires. Lucrèce, dans son poème de la Nature, rapporte fidèlement les doctrines épicuriennes et les traduit en beaux vers, comme des oracles « aussi saints et plus vrais que ceux de la Pythie* ». Cicéron expose dans plusieurs ouvrages le plus souvent la morale, mais quelquefois aussi la physique d'Épicure, et toujours pour le réfuter. Enfin Sénèque le cite à chaque instant dans ses lettres et dans ses tiaitos.

t. Son but. — La philosophie d'Épicure parait avoir eu la plus grande vo^ue dans toute Tantiquité, sans doute à cause de la morale qu*elle enseignait. Diogène Laêrce, qui d'ailleurs en était partisan, vante « la perpétuité de celte école, qui seule, dit-il, s'est mainienue, lorsque toutes les autres étaient oubliées' ». Dans les ti^iips modernes, Épicure jouit encore d'une certaine faveur, due peul-êlre à sa physique encore plus qu'à sa morale. La science positive se

1. Diog. Laérce, Viet des pKilosophcs^ tuul le livre X, Iradiichon de M. (.li. Zévori (Paris, Charpentier, 1847). —Consulter sur la doctrine dl^picurc VEimat, sur In MHaphtfsique WAri^loti'. de M. Kavaisson, t. II, p. 8i-117, et un récent ouvra^^.^ de M. Guyau, la Morale d'Èpicure.

*i. Lurrcce naquit i Rome on 91 ou Ul) avant J. 4). On sait peu de chose sur sa vie. 11 mourut, dit un, le jour niônio (>û Vui;ilc prenait la rol>c virile, eu l'année 55. — Consulter le livre de M. Martha, iniilulc le l'oeme de Lucrèce (Hachette, 1869), et un Estai de M. J.-B. Hoyor, Sur les anjuments du maté-' rialisme dans Lucrèce (Dijon, lh85). — Les citations seront empruntées ici à la traduction de M. Patin : Lucrèce, De la nature (Hachette, iSTtîj. •- Di naiura rerum^ Y, 111 :

Qua priut aggrediar quam de re fundere l'a ta 8MncUus,et multo certa ratione roagis, quain PyUiia, qua tripode • Pbœbi lauroque profutur.

Z, ïïiog, U£rc0, X, 9»

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reconnaît dans une explication des phénomènes tirée de la seule matière et du mouvement.

Épicure cependant se propose, comme but de ses recherches, le souverain bien. Déjà Socrate avait borné la philosophie à Tétude des choses humaines. Mais, après lui, Platon et Arislote, sans perdre celles-ci de vue, avaient étendu leurs regards bien au delà, sur tout Tunivers et jusqu'à la divinité. Les Épicuriens et les Stoïciens reprirent la tradition socratique; sans doute ce furent des physiciens, à leur manière, mais qui subordonnaient toujours la physique à la morale.

En effet, le plus grand obstacle au bonheur des hommes vient, selon Épicure, de leurs vaines croyances en des divinités leplus souvent malfaisantes, et de leurs craintes superstitieuses, a Malheureux le genre humain, dit Lucrèce, d'avoir fait les dieux auteurs des phénomènes naturels, et de regarder ceux-ci comme les signes redoutables de leur colère. Quels sujets de gémissements, de larmes, il s*est par là préparés!* j»

Mais quoi I Socrate n avait-il pas montré que les dieux ont tout disposé dans la nature pour Tusage de Thomme? 11 parle sans cesse de leur providence, et il en donne, semblet-il, des preuves convaincantes. On pouvait cependant faire la contre-partie de ce tableau llatleur. Et Lucrèce montre, à son tour, la nature presque partout hostile à TLommc: celte terre est au trois quarts inhabitable, ici à cause des chaleurs, là à cause du froid; ou bien ce sont des montagnes, des rochers, des forets, qui l'occupent ; enlin, sur une vaste étendue, la mer tient séparés les rivages. Ce qui reste du sol, on est forcé de le travailler sans relâche pour lui faire produire, comme à regret, des moissons qu'il ne donnerait pas de lui-même. Trop heureux encore si quelque accident ne vient pas les ravager à la dernière heure I Quant à riiuuinie

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