‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècle (volume 2)Chapitre 14 sur 25 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Zwingli à Zuricfa. — Premières années.

Les premières paroles de Zwingli , à Zurich, annoncèrent l'oeuvre qu'il Toulait accomplir. U déclara. au chapitre qu'il se proposait d'expliquer en chaire, dans son entier, l'cvangile de saint Mathieu , ce que personne encore n'avait fait. Beaucoup s'effrayèrent d'une telle innovatioa (1); car prêcher la parole du Christ était chose inouïe depuis des siècles dans les églises chrétiennes. Mais Zwingh persista.

Le 1*' janvier 1519, il monta en chaire pour la première fois : ce jour est , à yrai dire, la date de l'inauguration de la réforme à Zurich : car tout était en germe dans ce seul fait : prêcher l'Évangile. Zwingli commença et poursuivit son œuvre avec la constance et le courage qui font le succès , mais aussi avec la modération qui le rend définitif en empêchant les réactions. « J'ai tenu grand compte du temps , dit-il plus tard : car Christ lui-même loue le serviteur qui donne au moment opportun la nourriture à la famille de son maître. Qui ne changerait le serviteur qui, au milieu de l'hiver, irait fendre la terre de la charrue et y jeter la semence ?

C'est au printemps qu'il faut faire ces choses. Et ainsi j'ai fait bien des concessions à la faiblesse de mes auditeurs, ne voulant pas compromettre la vérité , en l'exposant avant que

- 2H4 — les esprits ne fussent préparés pour la recevoir (2). a (( J'aime mieux , écrit-il encore à un ami {31 décembre 1519), séduire mes auditeurs par la bienveillance et l'honnélelé que brusquer leurs convictioDS et les eulever de haute lutte. »

Cette modération qui ne se démentit jamais, comme nous le verrons, est d'autant plus remarquable que Zwingli était d'un caractère très-irritable. Il s'accuse lui-même d'avoir prêché souvent avec trop de vivacité, et plus d'une fois il fut obligé de s'interrompre dans ses imprécations contre les corrompus, en disant : a Ne prends pas cela pour loi , homme pieux. » — Ce beau mot est de lui et le caractérise : In bravoure de la prédication (3).

Son premier succès fut d'arrêter aux portes de Zurich le marcband d'indulgences. Il fut suulenii, dans cette occasion, par l'évèque do

— i85 — Constance^ qui s'indignait surtout que Samson osât vendre les indulgences dans son diocèse , sans lui en avoir demandé l'autorisation. Zwingli aurait désiré que les prélats entreprissent eux-mêmes la réforme : il écrivit à Févêque pour le supplier de s'opposer aux corruptions romaines^ et d'inaugurer la libre prédication de l'Evangile (4). Mais il vit bientôt que les puissants ne lui apporteraient aucune aide, et qu^il fallait que les humbles se missent hardiment à l'œuvre.

Zwingli fut interrompu dans ses travaux par la suette anglaise, qui vint jeter dans Zurich répouvante et la mort (1 5 1 9). Elle enleva deux mille cinq cents personnes. Zwingli était aux bains de Pfseiïers, déjà malade , quand cette grande peste du XYi*" siècle se déclara à Zurich. Il se hâta d'accourir et se prodigua. Bientôt il fut atteint lui-même. Son sentiment reli-

gieux te fortifia dans cette épreuve et s'exprima dans des poésies, qui sont restées classiques parmi les réformés (5). ■ Tous les fidèles, dit Bullinger, furent saius d'une grande affliction quand ils apprirent la maladie de leur pasteur. lU implorèrent le Seigneur qu'il Toulût bien le guérir. Il guérit eu effet, mais il perdit son frère, André, jeune homme de grande espérance , qu'il regretta beaucoup.» Zwingli se ressentit longtemps encore des suites de cette rude atteinte: «La peste m'a enlevé la mémoire, écrit-il plusieurs mois après , et tellement fatigué la tête, qu'en parlant il m'arrive souvent de délirer. Hes membres peuvent à peine me porter (6).»

Outre la mort de son frère et d'un si grand nombre de personnes, dont plusieurs lui étaient chères, son cœur, à ce moment,

était blessé d'un coup criiel : Oswald Myconius , son ami préféré , l'avait quitté.

Pensant pouvoir être utile à la cause de la réforme dans sa patrie, Lucerne, il y avait accepté une place de raattre. C'était s^exposer à un péril certain dans cette ville dont le catholicisme était alors et est resté si lunatique. « Chaque jour, lui écrit Zwingli , je me rappelle ce moment où nous avons été arrachés l'un à l'autre et je sens mieux la perte que j*ai faite en te perdant. Je suis dans la situation d'une armée qui serait Coupée de l'une de ses ailes devant l'ennemi. » Cependant il ne se laisse pas aller à ses regrets et relève par ces belles paroles l'esprit moins ferme de son ami (7) :

«Tu n'es pas le seul, cher Myconius, dont l'âme soit troublée. Nous vivons dans un temps d'attente générale, oii tout est triste-

ment mêlé e( confondu. Les élémenls les plus contradictoires sont en lutte. Chaque chose qui surgit serahle évoquer son contraire. Au moment même où nait Tespérance , l'homme perspicace voit se lever des sujels de crainte. Tous les amis de la vertu (Aumont candoris) croyaient naguère que nous allions voir refleurir tes sciences comme aux plus beaux âges : mais voici que cette espérance nous est ravie par l'ignorance ou plutôt par l'impudence de quelques hommes qui se liguent contre toute science, pour n'avoir pas à rougir d'eux-mêmes. Il semblait que le Christ allait renaître : tant d'hommes savants et vertueux réunissaient leurs eflbrts pour fécoiuler celte semence divine 1 Mais voici que ennemi sème l'ivraie, et qui peut dire si au jour (Ida moisson, elle ne sera pas tellement uièloe aux ratjnes mêmes du froment, qu'il

soit impossible de les séparer ? Ayons confiance pourtant. Il faut que Tor soit purifié par le feu , et par le feu l'argent est séparé de sa gangue. Christ a dit aux apôtres : « Vous serez haïs à cause de moi. Le temps approche où quiconque tous mettra à mort, croira servir Dieu.o La yie de l'homme est un combat. Couvert des armes forgées par saint Paul, il faut combattre bravement l'ennemi.

Et ne dis pas : « A quoi bon enseigner^ quand si peu veulent s'instruire? » Travaille au contraire sans relâche, pour montrer au plus grand nombre possible cette perle précieuse que le vulgaire dédaigne^ mais qui n'en brille pas moins de sa beauté propre. L'Église, née dans le sang, ne peut être restaurée que par le sang. Heureux ceux qui souffriront la persécution pour la justice. Sois de ferme courage. Les

hommes ne manqueront pas , qui donneront T. 1. 2K

volontiers leur vie pour le Cia'at, dussent-ils être flétris du nom d'hérétiques. Quanta moi, je suis réngué d'sTUiCQ à tout le mal que pourront me faire les prêtres et les bdques. S'ils m' excommunient, je me soQTiendraid'Hilaire, cet homme trfes-saTant et trèe^satatqai loi relégué de Ga«le en Afrique, et de Loctusqm, diaseé du siège de EUn« violnBmeDt, y revint &TeG beaucoup de gloire. Non pas que je me compare i de tek hommes ; mais ce sera nu force de penser que, bien meilleurs qne moi, il^ ont sala le» plus inàigiHH bwleraents. Je demande soukanenl au Gfarist qu'A me doDoe de mpporter toid à'nae Ame virile.»

Dans k naéne kt^i Zvingli annonce à son ami qu'il essaiwa de détouraer de .

Luther rexcommunicalioo qui le menace.

Il liiitparDle. Non-seuleewBt, il parla au légat

- Ml —

et letafiplia , dans rintérét mémede la papauté, d'empéeher Léon X de lancer sa foudre qui poonrait allumer un tsrribia incendie, mais il publia un écrit où , avec tous les ménage* ments nécessaires pour être écouté, il ei^se que si Luther s'est exprimé' sur certaines choses tr(^ librement, il y a été poussé par la iriolence de ses ennemis» Il rejette toute la responsabilité de cette grande querelle sur ceux qui ont écrit au sujet des indulgences et de la puissance pontificale, des choses qu'aucune oreille pieuse et savante ne pouvait entendre sans indignation, d Luther se recommande à tous par la pureté de sa vie :

nul n'a lu ses livres sans en devenir meilleur ; le monde est las d'une théologie sophis* tique et plus las encore d'une tyrannie qu'il impute moins au pontife qu'à son entourage :

il a soif des doctrines évangéhques. Si on né

— «92 lui ouvre paerentrée de cette source sacrée, il la forcera. » Enfin il conseille au pape de ne pas juger lui-même dans sa propre cause, et de remettre la décision de ce débat à des arbitres d'une science et d'une impartialité reconnues, qui seraient désignés par l'Empereur et par les rois d'Angleterre et de Hongrie (8). Avis timide sans doute , et qui restait bien en arrière des opinions de son auteur lui-même. Mais comUen de révolutions radicales ont commencé par des demandes modérées! Le despotisme qui les repousse force ses adversaires à porter leurs coups plus haut.

Presque tous les pouvoirs tyranniques meurent par le suicide. Dans l'infatuation de leur force , ils ne voient pas l'abîme où ils se précipitent eux-mêmes. Quand ta lettre de Zwingli arriva à Rome , la bulle était lancée. L,a réforme pouvait suivre son cours.

C'est ici le moment d'indi^er les rapports de Z^ingU avec le grand réformateur de la Saxe. Les différentes écoles réformées ont vivement agité la question de savoir si Luther a précédé Zwingli , ou Zwingli Luther. Vaine discussion , s'il est prouvé historiquement que les deux réformateurs n'ont point procédé Fun de Fautre. Tout ce qu'on vient de lire a démontré y ce me semble , que Zwingli entra dans la réforme spontanément , sans aucune impulsion extérieure , et par le seul travail de son esprit investigateur et droit sar les sources de la foi chrétienne. Tandis que Luther était encore arrêté dans sa controverse sur les indidgences et hésitait à entreprendre des réformes , soit dans le dogme , soit dans le culte , à Zurich on s'était déjà mis à l'œuvre (9). Mais d'un autre côté , il est établi par

la correspondance, que dès 1518 , les amis

de Zwingli lui avaient envoy les premiers écrits de Luther, et qu'ils le tinrent au courant des dirers incidents de cette lutte mémorable. NousTcnoifS de Toir quelles impressions Zwingli en recueillit. Ces écrits, encore trèsmodérés au fond, le eoDârmërent sans doule dans son dessein , et son cœar se fortifia par l'exemple d'un si grand courage. Il conçut dès lors pour Luther h plus vive admiration, n Luther, écril-il en 1533 , est un si excellent champion de Dieu, il pénètre si profonde^ ment dans les Écritures , que nul antre depuis mille ans ne saurait lui être comparé.

Pour le courage viril aree lequel il combat le pape, il n'a pas son égal depuis que la papauté existe (10). » Mais dans la oonscieace de la spontanéité de sou développement moral, il repoussait le litre de luthérien. 11 détestait ces noms de secte. 11 ne

Yonlait pas que Ton divisât en fadtions l'Église universelle. D'ailleurs , il lui paraissait bon que l'interprétation de la Parole fût tentée par plusieurs , en différents lieux , dans la pleine indépendance de leur esprit. Leur accord serait la preuve de la vérité de leur doctrine ; leurs dissidences même seraient utiles en prôvoquant de nouvelles méditations. C'est pour^ quoi il se fit une loi de n'écrire jamais à Luther, et même de ne lire ses livres qu'avec beaucoup de réserve (11). Voici, du reste, ce qu'il dit lui-même à ce sujet (1523) avec un accent de sincérité qu'on ne saurait méconnaître.

d Les grands et les puissants du monde ont cherché à rendre odieuse et méprisable la doctrine chrétienne en l'appelant du nom d'un homme. Alors que personne , dans nos contrées } ne connaissait encore le nom de

Luther, dès 1516 , j'ai commencé à prêcher l'Évangile, fin 1510, quand j'arrivai à Zurich , j'anoonçai immédiatement au chapitre que je prêcherais l' évangile de Matthieu, sans addition humaine. A ce moment , on ne savait encore rien de Luther, si ce n'est qu'il avait écrit contre les indulgences : aussi personne ne songea à m'appeler luthérien.

Quand parut l'opuscule de Luther snr roraison dommicale, on trouva une. telle aoalc^e entre sa doctrine et l'explication que j'en avais donnée en chaire peu auparavant , que plusieurs crurent que j'en étais Fauteur et que je me cachais sous son nom. Les calrdinaux et les légats qui étaient alors à Zurich , commencèrent à me haïr; pourquoi donc ne in'ont-ils pas appelé luthérien , jusqu'au jour où (bien à tort) ils ont traité Luther luiniéine d'hérétique? Je prêche la parole du

Christ y pourquoi donc ne m'appellent-ils pas chrétien? Ce qae je connais des livres de Luther est si hien fondé sur la parole de Dieu que nul au monde ne pourra le renverser. En plusieurs points cependant je me sépare de lui; non- pas qu'il aille trop loin , mais, au contraire, il fait trop de concessions , par exemple ,. sur la confession , Tinvocation des saints, etc. Ils ont commencé par condamner le plus éminent des serviteurs du Christ, et maintenant Us nous imposent son nom pour faire de la doctrine du Christ une secte* Ne prenez pas et ne vous laissez pas donner le nom d'un homme. Il faut prendre le nom de celui pour qui l'on combat et dont on est le serviteur. Combattez-vous pour le pape et défendez-vous son honneur, sa parole , vous êtes des papistes. Combattezvous pour le Christ et défendez-vous son

— MB — honneur, s& parole, toqs êtes des chrétiens.

Ne souffrons donc pas qu'on nous appelle luthériens : car Luther n'est pas œort pour notre salut, mais il nous enseigne celui de qui Tient notre salât. Luther prêche le Chiist et je le prSche ansei, quoique, par la grftce de Dieu , il conduise au Seigneur des multitudes entières, tandis que moi et les autres noue ne gagnons que quelques ftmes. Je suis le soldat du Christ : je conserve le nom de mon chef. Chacun comprendra maintenant pourquoi je repousse le nom de luthérien , quoique Luther soit à mes yeux le plus grand homme de ce temps. J'afBrme devant Dieu que je ne lui ai jamais écrit, ni tait écrire , ni reçu un mot de lui; non pas que j'eusse aucune crainte , mais j'ai voulu faire comprendre à tons tes hommes combien l'esprit de Dieu est uniforme, puisque si loin l'un

de Taatre et saas nous entendre , nous en- .seignons uniformément sa parole (12). »

L'enseignement de Zwinglîjporta bientôt ses fruits. Dès 1520, le conseil de Zurich ordonna à tous les prédicateurs du territoire de ne prêcher que l'Écriture et ce qu'ils pourraient prourer par l'Écriture. L'on sait que ces paroles sont la fornïule même de la réforme à son défaut, et Ton comprend tout ce

qui , dans Tédifiee da catholicisme ^ t(»iibait en rame de ce coup. En même temps , on fit une loi sévère contre les: pensions des souverains étrangers et Fon ferma les asiles. Le droit d'asile qui, dans des temps de violeoce ^ où la force r^nait sans ftén y avait

éié souvent une garantie pour les faibles et pour les opprimés , ne pouvait se mainteDir dans une société régulière; mais les corporations religieuses qui le possédaient, avaient défendu toujours cet abus, comme tant d'autres, et pour le leur enlever, il rallal une forte réaction de la société laiipie.

Zwingli ne voulut point garder plus longtemps la pension da pape. Depuis 1517 elle pesait i sa conscience, et il sentait bien que ce n'était pas assez pour son honneur d'avoir déclaré aux légats que jamais pour de l'argent, il ne dissimulerait un mot de la vérité. On avait fait appel à son ambition , on avait fait briller devant ses yeux les plus bautes dignités ecclésiastiques. Hais il ne se laissa pas plus éblouir qu'il ne s'était laissé acheter. Cependant sa situation était très-pénible à Zurich. Le revenu de sa core, bien infétieur

à ce qu'il touchait à Ëinsiedela , ne s'élevait qu'à 60 florins^ et il ne voulait pas du casueL . Il avait formé le projet cle quitter Zurich : ses amis le retinrent , et un chanoine lui ayant résigné son bénéfice, il put à la fois tranquil* liser sa conscience en repoussant l'argent du pape et rester dans les lieux les mieux appropriés à l'accomplissement de son œuvre (15).

En 152i , le parti français arriva à ses fins, et la paix perpétuelle conclue, après Marignan , avec François V% fut changée en alliance offensive et défensive, malgré les traités qui liaient encore la confédération avec le pape. Zurich refusa d'entrer dans cette alliance. Zwingli eut la plus grande part à cette résolution : « A qui ressemblent les capitaines? disait-il en chaire. Aux bouchers qui conduisent le bétail à Constance : là ils en

reçoivent le prix et puis ils reviennent en T. I. 26

chercher d'autres. Ainsi font les capitaines. Us mènent le pauvre peuple aux- combats , à la mort, mais eux (je ùe sais coramebt), ils en reviennent toujours sains et sanfe , et la boane plein« pour chercher d'autres victimes. Qnel Dom trop dur pour ces marchands de sang humain 1 Ne sonl-ite pas une noblesse cent fois.pire que ceBe que nos pères ont chassée ?... Tous courent sus du loup qui mange nos montons ; mais ccful-cl qui vous ravissent vos frères , VOs enfaUls , vous ne passez pas k calé à'ean sass leur tirer k chapeau. Si tout cela dure , la vengeance de Dieu ne fera pas défaut : car Dieu n'a jamais laissé impunies ces vicdences centre le pauvre peuple(14)... H Tous ceux qui servent dans li!H armées des princes comme mercenaire»

sont coupables de tout le sang répandu : car ils forment ensemble unç même bande , foui

une ménifi asane , reçoÎTent un même salaire (15). »

La haine des pensionnaires ne se trompa point sur l'auteur de la généreuse résolution de Zurich. Ils se ^ tournèrent aTee fureur contre Zwingli et la réforme; a Beaucoup de ceux qui jusqu'alors n'aTaient pas eu un grand zèle pour la religion devinrent subite^ ment ianatiques. Ils voulaient , disaient*ils , défendre à tout prix la vieille foi de leurs pères contre la nouvelle héré(sie : mais c'étaient les écus qui leur tenaient à cœur (16)* » Ils insinuèrent que Zwingli s'était laissé corrompre par le pape pour s'opposer à l'alliance française (17) : mais il ne tarda point à démontrer par des actes éclatants la feusseté de cette accusation.

Le pape avait fait appel aux confédérés en vertu de son ancienne alliance. Pendant

plasieun mois , ses enroyés et cenx du roi de France et de l'Empereur remplirent la coofédératiou de leurs brigues et de leur cot~ ruplion. Zwiogli voulait qu'on repoussât toute alliance , qu'on brisât celle existante avec le pape. Il ne croyait pas que l'Élat fût lié par un traité arraché par l'intrigue à la corruption (18) : a On ne doit rien, dit-il , à qui a agi frauduleusement. Il feudrait faire un trou dans le traité du pape et le charger sur le dos du légat pour l'emporter. Cest avec raison que les cardinaux portent de larges chapeaux et des robes rouges. Quand on les secoue , il en tombe des ducats et des couronnes : quand on les presse, il en coule le sang de vos fils , de vos frères , de vos pères. (19) » Le grand conseil commença par refuser l'expédition : mais sur de nouvelles instances du légat, qui représentait que

l'alliance subsistant encore, on ne pouvait y contrevenir sans déshonneur, il revint sur sa première résolution. Zwingli s'y opposa énergiquement , mais inutilement. (20)

Zurich et Zug envoyèrent leurs troupes au pape, mais avec l'ordre formel de se borner à défendre les États de l'Église. Les autres cantons suivirent François P' et supportèrent en grande partie les désastres de la Bicocque , de Pavie. Zwingli ne laissa pas échapper une occasion de s'élever contre ces alliances si criminelles çn soi, si funestes dans leurs résultats. Il échoua presque partout : seulement , après la mort de Léon X , Zurich, affranchi de son ancien traité, renonça pour toujours à toute capitulation avec les souverains étrangers, et défendit, sous peine de mort, d'en recevoir des pensions. Ceux des

autres cantons qui adoptèrent successivement

la réforme, rendirent en même temps !a même loi.

Je dois mentionner de suite une circonf tance qui se rattache à Texpédition consentie par Zurich en faveur du pape , pr respect pour ta foi jurée. Les troupes revinrent sans avoir louché leur solde : cela donna lieu à des réclamations très-vives en 1525. Le pape reconnut qu'il devait vingt-cinq mille florins, et promit de les payer quand Zurich sérail reveau à la vraie foi : Zug sera payé, ainsi que les capitaines qui ont' fait cette expédition pour leur propre compte, excepté le capitaine Vœgeli qui est luthérien. « Si, ce qu'à Dieu ne plaise , vous persistiez dans ces erreui-s nouvelles et impies, comment pourrions-nous vous payer ce que nous vous devons? L'on ne doit pas même laisser aux hérétiques les bieiis qu'ils ont hérités de leurs

pères et de leurs aïeux', » Le conseil de Zurich répondit noblemeni : « Ce que nous avons promis, nous voulons le tenir, Comme il convient à des chrétiens , non-seulement envers les chrétiens , mais encore envers les Turcs eui-mémes, sans contester, i» En 1533 encore, k légat essayait de gagner par la promesse du paiement de cette dette, Zurich vaincu, mais ferme dans sa foi (21).

L'année 1522 est décisive dans Fhistoire de la réforme à Zurich. Après avoir longtemps et patiemment préparé les esprits par la prédication , Zwingli jugea que le moment était venu de commencer l'application.

Quelques habitants de Zurich se mirent à manger de la viande pendant le carême, sans en avoir obtenu la dispense. C'était un

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