ULRICH DE HUTTEN
Ulrich de Hutten naquit, le 21 avril 1488, d'une des plus nobles familles de la Franconie, de ce pays où tout homme était noble.
Depuis le x® siècle, les Hutten s'étaient fait un nom honorable dans les conseils et dans les armées, et au commencement du xvi^ siècle, ils avaient trente chevaliers au service de de l'Empire. La noblesse franconienne était considérée, à cette époque, comme le type le plus parfait de la chevalerie en Allemagne. Elle avait conservé son indépendance
après la formation des principautés territoriales; et quand, presque partout ailleurs, la petite noblesse avait été, de gré ou de force, soumise à la souveraineté des princes, elle ne relevait que de l'Empire , c'est-à-dire d'une idée plutôt que d'une réalité. C'était une sorte de démocratie noble qui prenait bien sa place à côté de la démocratie bourgeoise des villes, et qui, non moins que celle-ci, était pénétrée d'un remarquable esprit de liberté joint à un sentiment trèsprofond de l'unité nationale.
Le château de Steckelberg, manoir des Hutten, était situé à quelques lieues de Fulda, sur les confins de la Franconie et de la Hesse, C'était une de ces résidences féodales dont Hutten nous a laissé la description : « Nos châteaux ne sont pas construits pour notre plaisir^ mais pour notre sécurité. Tout est
sacrifié au soin de la défense. Us sont resserrés entre des remparts et des fossés : les salles d'armes et les écuries prennent la place des appartements. Partout l'odeur de la poudre^ des chevaux^ des troupeaux , les cris ded chiens, des bœufk, et, sur la lisière des grands bois qui nous entouretit, les hurlements des loups. Toujours l'agitation; des allées et des venues continuelles : notre porte, ouverte à tous, laisse souvent passer des assassins et des voleurs. Chaque jour, c'est un souci nouveau. Si nous maintenons notre indépendance, nous risquons d'être écrasés entre des ennemis trop puissants :
si nous nous mettons sous la protection de quelque prince, nous sommes forcés d'épouser toutes ses querelles. Nous ne pouvons sortir sans une escorte. Pour aller à la chasse, pour rendre visite à un voisin, il nous faut
mettre le casque et la cuirasse. Toujours, partout la guerre '. » La guerre, tel fut, en effet, jusqu'à la un, l'état normal de la société féodale. Hutten ne la détestait pas, comme nous le verroDs; mais il la voulait ennoblie par son but, par la grandeur des résultats à conquérir.
Nous ne savons rien de la première enfance de Hutten ; mais on devine ce qu'elle pouvait être au milieu des njœurs sauvages dont on vient de lire le tableau. A onze ans , ses parents l'envoyèrent à l'école de l'abbaye de Fulda. Ils avaient quatre fils, et,