‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècle (volume 2)Chapitre 8 sur 25 · Celte préface, sous forme de lettre à Grotus Rubia · texte numérisé non relu

Celte préface, sous forme de lettre à Grotus Rubia

bartholistes qui sont venus ^ avec leurs innombrables volumes , prendre la place des bonnes coutumes de nos aïeux! Quelles cités mieux gouvernées que celles qui leur ferment leurs portes ! Voyez les Saxons des bords de la Baltique; combien chez eux la justice est rapide et juste : ils ne consultent que leurs coutumes 7 tandis que nous, nous traînons nos procès pendant vingt ans à travers les avis contradictoires de trente-six docteurs. Quelle idée se faire de leur science , quand tous leurs livres ne leur apprennent pas à dire le droit d'une manière uniforme.»

Mais surtout il vit sur place, à Rome même, la corruption de TÉglise. Tous ceux qui ont

nus, défend la cause des humanités contre les tbéologistes et les bartholistes. Elle est Tun des documents les plus importants pour rhistoire de la renaissance. Quant au poème auquel elle sert d'introduction, c'est un long jeu de mots, quelquefois spirituel» mais sans grand intérêt.

vu la Rome papale au temps de sa grandeur^ en rapportent au fond la même impression.

BoccacOy Hutten, Luther, Montaigne, Rabelais , ne diffèrent que dans l'expression de leur dégoût. La papauté, qui croyait avoir brûlé dans Huss le dernier hérétique , et qui, après les tentatives infructueuses de Bâie et de Constance, ne redoutait plus un concile général, qu'elle était d'ailleurs résolue à ne jamais convoquer^ se livrait sans retenue et sans crainte à tous les débordements. Après le règne sanglant et scandaleux des Borgia, le règne belliqueux de Jules II , où Ton vit un Italien combattre les Italiens, un pape eanonner des chrétiens , pour réaliser les desseins d'une détestable ambition. Les assassinats, la débauche, les vices les plus honteux, le luxe le plus effréné , les courtisanes,

un cortège d'hommes infâmes autour des

princes de T Église, la paresse, l'ignorance, là mauvaise foi , le parjure dans les relations publiques et privées , voilà le tableau que les historiens et les voyageurs ont fait de la cour de Rome, Et pour couvrir des dépenses sans mesure , l'argent soutiré , extorqué à la chrétienté sous le prétexte de la guerre, toujours âjourriée, contre les Turcs , ou de l'église, toujours inachevée , de Saint-t^ierre , la vente presque publique des dignités ecclésiastiques, les annales rendues plus fréquentes par la nomination systématique de vieillards aux bénéfices , le prix du pallium , et cet infâme trafic des indulgences, où Ton vendait le ciel, où tout pardon s'achetait, même celui des crimes sans nom! L'Allemagne, qui a toujours eu, à un très-haut degré, le sentiment religieux, était de tous les pays le jplus maltraité, le plus épuisé.

Hutten s'indignait de voir le mépris dans lequel était tombée en Italie la patrie des Othoh et des Frédéric. 11 retint, jurant dans son cœur une haine éternelle et une guerre sans relâche à la tyrannie y à la corruption papale.

Son séjoiir en Italie fut hiarqué pàt* deux incidents qui lui firent grand honneur en Allemagne. Un Jour , sur le chemin de Vitérbe^ il entendit cinq Français qui se moquaient de Tempereur Maximilien. Il intervint pour défendre son empereur. La discussion s^échaufTa : on en vint aux injures , puis aux coups. Les épées furent tirées. Les cinq Français attaquent à la fois Hutten : lui, appuyé contre un mur , soutient le rhoc , tue Fun des agresseurs, et met les autres en fuite. Forcé de quitter Rome pour échapper à leur vengeance , il se rend à Bologne. Là ,

une querelle s'engage entre les étudiants allemands et les Italiens. La cause est portée devant le podestat, et Hutten chargé déparier pour ses compatriotes; il le fait avec une telle hauteur , que le podestat veut le jeter en prison.

11 fut obligé de quitter l'Italie sans avoir obtenu le titre de docteur. En revanche, l'empereur Maximîlien , à qui ces aventures étaient faites pour plaire , lui donna l'accolade de chevalier et le titre de poète et d'orateur impérial ' . La couronne de lauriers avait été tressée, et fut posée sur la tête du poète

1. L'OD a coDservë le Oiplûme qui lui conrère cette dîga\w a<ec lous les privilèges ; aUacbés : dès Cl! moment. HiiLien prend le litre de Poêla et ûralor. \\ est représenté un rronlispice de ses écrits, armé de toutes pièce-, le tronl ci'iiiide lauriers; plus tard, quand la guerre conti'eRoine Tut commencée, il a , dans ses portraits, la main sur la gai'ili' de son épée, tirée à moitié du fourreau.

parla perle d'Augsbourg, la belle Constance, fille de Peulinger (avril 1517 )•

En voyant son fils couronné poète et orateur impérial , le père de Hutten pensa qu'il était enfin quelque chose , et se consola de ne pas le voir docteur. Il le reçut fort bien à son château de Steckelberg , où Hutten séjourna quelque temps , incertain sur ce qu'il allait entreprendre ^ et s'il devait se fixer auprès de l'Empereurou de son ancien protecteur l'archevêque de Mayence.

Ses loisirs ne furent pas perdus pour la cause à laquelle il avait voué sa vie. En décembre 1517, il lança sa déclaration de

guerre au pape , et commença la campagne par la publication du livre de Laurent Valla, sur la donation de Constantin. Ce livre ^ comme plusieurs des écrits de Hutten , fut imprimé au château de Steckelberg; car ces champions de la liberté ne se séparaient pas de l'arme puissante d'affranchissement que leur avait fournie le génie de Guttenberg !

La donation de Constantin , cette audacieuse imposture sur laqueUe se fondent la souveraineté temporelle du pape et ses prétentions séculaires à la domination de tout l'Occident, est maintenant jugée. Les auteurs catholiques eux-mêmes ne la défendent plus :

tomme pour les fausses décrétales^ ils ont été forcés de reconnaître qu'elle est a|)ocryphe , et de se rejeter sur une tradition qui ne serait légitime que si les monuments d'où elle découle l'étaient eux-mêmes. Mais^

au XY siècle y la critique n'avait pas encore fait son œuvre , et la papauté n'a jamais rien abandonné de ce qu'elle croyait pouvoir encore défendre. Laurent Valla démontre avec un luxe d'érudition qui maintenant nous fait sourire, que Constantin n'a pas donné un monde au Saint-Siège; que l' eût-il donné, la donation serait nulle , l'empereur n'ayant pas eu le droit de démembrer l'empire , et le pape , le vicaire de celui dont le royaume, n'est pas de ce monde , ayant bien moins encore eu qualité pour recevoir de^ royaumes; qu'enfin , en supposant la donation faite et valable, elle serait caduque , les papes s'étant rendus indignes de leurs droits par leur exécrable tyrannie. «Je le dirai, car, fort de l'appui de Dieu , je ne crains pas les hommes. Non , je n'ai pas vu un pape qui ait songé au bonheur du peuple, ou qui seu-

lement ait bien administré. Qui est-ce , sinon le pape , qui sème la guerre entre les peuples pacifiés? 11 a soif des richesses d'autrui , et dissipe les siennes. Il trafique non-seulement de lElat, mais de l'Eglise elle-même et du Saint-Esprit. Il veut reprendre, dit-il, sur d'injustes détenteurs, les biens donnés par Constantin ! Eh ! qu'importe à l'Église? Quand le pape posséderait tous ces territoires, l'Eglise en serait-elle moins déshonorée et ébranlée par tant de crimes, par cette luxure, ces passions furieuses! Le pape donne l'excuse et l'exemple de toutes les infamies. Nous pouvons lui dire avec saint Paul et isaïe :

« Vous blasphémez le nom de Dieu parmi les nations; vous prêchez contre le vol et vous volez; vous dites analhème aux idoles et vous êtes sacrilège; vous ordonnez d'obéir aux lois et vous prévariquez contre les lois, n

Puîs8é-je voir le jour où le pape ne sera plus le vicaire de César, mais celui de Jésus-Ghristy où l'on n'entendra plus cette chose horrible que les chrétiens font la guerre à TÉglise j que rÉglise combat Pérouse et Bologne.

Non! ce n'est pas l'Église qui combat les fidèles y c'est le pape I Alors le pape sera en vérité le Père sacré de tous les peuples : loin de souffler la guerre entre les chrétiens , du haut de sa majesté pontificale, il apaisera les discordes que d'autres auront excitées ! » Voilà, dans un vœu généreux, le rôle que les ultramontains de notre temps ont assigné à la papauté du moyen âge , mais que l'histoire ne l'a jamais vue accomplir. Le courageux écrivain qui a prononcé ces nobles paroles fut condamné , il est presque puéril de le dire. Son livre brûlé , poursuivi partout, était complètement oublié, quand Hut-

ten le retrouva dans la bibliothèque de Fulda. Le moment était bien choisi pour lui faire porter tous ses fruits : Luther, après avoir commencé la guerre contre les indulgences se troublait dans sa conscience et hésitait à s'attaquer au pape. Tous les esprits étaient dans l'attente de ce qui allait arriver : car je ne sais quel instinct les avertissait que Pheure était venue.

':' Par un coup d'audace qui lui assura l'impunité , Hutten dédia le livre au pape luimême , à Léon X :

« Quoique tous tes prédécesseurs aient condamné le discours de Laurent Valla, parce qu'il infirme la donation de Constantin, je te le dédie avec confiance. Je ne crains pas, comme quelques-uns le pensent, que tu t'offenses de mon hommage. Depuis ton élévation au saint-siége, tu es l'espoir et l'amour

du mûQde, le restaurateur de la paix, le protecteur des sciences et des arts. Tu as fait taire la trompette belliqueuse de Jules II ; tu as promis la paix , par couséquent aussi la justice y la sécurité et ces vertus Yraiiftent royales, la douceur et la clémence. Ma dédicace témoignera devant les siècles que , sous ton pontificat, on a pu penser librement, parler librement , dire et écrire la vérité. »

c(Le discours de Yalla accuse sans doute tes prédécesseurs ; mais c'est là même ce qui le rend si utile ; car il poursuit les ennemis du genre humain* Quel autre nom en effet, don-* ner à ces papes qui sucèrent les trésors de tous les pays , et imposèrent ^ tous les peuples le joug le plus écrasant ; qui dépouillèrent les rois de leurs trônes et les particuliers de leurs propriétés? Peut- on les appeler vicaires du Christ eux qui n'ont rien fait dt

ce que le Christ a fait et ordonné? Non!

ils méritent plutôt le nom de voleurs et de tyrans ! Ils ont trafiqué des grâces , des dispenses temporelles et spirituelles. Des péchés des autres hommes ^ et du châtiment même après la mort , ils se sont fait un revenu , et tous les ans , ils ont extorqué aux chrétiens leurs dernières ressources sous le prétexte menteur d^une guerre qu'ils n'ont jamais faite aux Turcs, d'un temple qu'ils n'ont jamais achevé à saint Pierre! Et malgré tout, ils voulaient qu'on les appelât trèssaints pères! Et quand quelqu'un se permettait la moindre critique de leurs actes ou de leurs mœurs , ils s'irritaient soudain , et condamnaient non-seulement son corps, mais son âme même. Te comparer à de' tels hommes serait donc te faire une grossière injure. C'est pourquoi je me persuade que

tu recevras avec plaisir mon offrande. Si tu daignes me faire savoir ta satisfaction , je m'efforcerai de t' offrir à l'avenir quelque présent du même genre. »

Tous les contemporains parlent de l'impression produite par cette publication si hardie et si opportune. Mais quel témoignage vaudrait celui de Luther? « J'ai dans les mains, écrit-il à un ami, la donation de Constantin, réfutée par Laurent Yalla, éditée par Hutteh. Dieu bon! quelle ignorance ou quelle perversité à cette cour de Rome ! Et combien il faut admirer les desseins de Dieii qui a permis que des mensonges aussi impurs, aussi grossiers, aussi impudents prévalussent pendant -des siècles, et fussent même reçus dans les décrétales et parmi les articles de foi, pour que rien ne manquât à la plus

monstrueuse des monstruosités. Je suis telle-

ment troublé que je ne doute presque plus que le pape soit proprement l'antechrist.

Toul concorde : ce qu'il fait, ce qu il dit et ce qu'il statue. »

Après ce coup d'éclat, l'archeTeque de Mayence se hâta de s'attacher Hutten. L'on sait que ce prince n'était pas favorable au pape : il avait vu de près, lui aussi, la corruption de Rome : il avait été victime de sa rapacité. Son pallium ne lui avait pas coûté moins de vingt mille florins. Aussi ne lui déplaisait-il pas qu'on attaquât de ce côté la papauté. Il changea d'avis quand il vit que la lutte n'allait à rien moins qu'à l'affran-

chissement complet de la société laïque, à la sécularisation des principautés ecclésiastiques, et qu'après le pape, c'était le tour des évéques de trembler pour leur pouvoir temporel. Hutten ne lui épargna pas cette surprise ; mais alors on ne prévoyait pas encore jusqu'où irait le mouvement. Quant à Luther, l'archevêque de Mayence fut toujours son enîiemi ; car le premier coup frappé par Luther l'avait atteint dans ses intérêts. L'on sait , en effet, que pour le dédom^lager des extorsions dont il avait été victime à Rome, le pape avait autorisé l'archevêque à percevoir le produit de la vente des indulgences dans son archevêché.

Hutten fit un voyage à Paris pour quelque affaire de l'archevêque. Il s'y rencontra avec les libres penseurs Lefebvre d'Etaples, Budée, Copp et Rueil, et emporta leur amitié. Il les

— «0 — engagea dans la guerre qu'il avait eptreprise contre la barbarie scolaslique, ou plutôt il les y rafTerroit ; car depuis longtemps ces nobles esprits étaient acquis à celte cause.

La constante préoccupation de Hutlen à cette époque, c'est de former une sainte ligue des libres penseurs contre les oppresseurs de l'esprit humain. « Plût à Dieu, éiM-it-il au comte de Nuenar (1517), que tous ceux-là fussent confondus qui s'opposent à la renaissance des lettres et qui veulent fouler aux pieds la jeune pépinière de toutes les vertus. Quant à toi, reste Gdèle à toi-même et à ton dessein. Je partagerai, sois-en sûr, tous tes labeurs, tous les périb : je n'épargnerai rien pour gagner à notre cause tous ceux qui pourront lui être utiles. Déjà beaucoup d'hommes importants sont avec nous... Les querelles même qui s'élèvent entre les eqne-:

mis de la vérité et de là vraie religion hâteront leur ruine. Peut-être ne sais-lu pas encore que dernièrement, à Wittemberg, un parti s'est élevé contre les indulgences, tandis qu'un autre les défend avec acharnement.

Les chefs des deux partis sont des moines :

ils crient, ils hurlent de leur mieux. Ils impriment des propositions, des conclusions, des articles. J'espère bien qu'ils vont se détruire les uns les autres. Ces jours-ci je dis à un moine qui me racontait ces querelles :

a Allez , détruisez toujours , pour que vous aussi soyez détruits ! d Si l'Allemagne voulait m'en croire, elle se délivrerait de cette plaie rongeante avant de songer à attaquer les Turcs, quoique cela soit aussi bien nécessaire; car aux Turcs, après tout, nous ne disputons que l'Empire, tandis que nous souffrons parmi nous les destructeurs des

sciences, des mœurs, de la religion! »

L'on a remarqué avec quel dédain Hutlea parle dans cette lettre de l'acte par lequel la Réforme a commencé. A distance, il semble que cet acte eùl, au moment même, fait trembler le monde ! Il ne faudrait pas croire toutefois que l'Allemagne y fût restée indifférente : l'bistoire a conserré le souvenir de rémotion profonde dont ce pajs fut saisi.

Mais i ce premier moment, l'ennemi des ordres mendiants, l'ami d'un prince vendeur d'indulgences, fut tout entier à son amitié et à sa baine , et il ne sut pas affrancbir son jugement de l'influença du milieu dans lequel il vivait. D'ailleurs, pour être juste, il faut ajouter tpCh cette beure, le débat était circonscrit sur un terrain étroit. Plusieurs années se passèrent avant que Lutber Gt im pas décisif contre le pape, et les écrits de

Hulten eurent une inOuàice considérable sur

le développement de ses doctrines. Nous avons déjà -vu combien il avait été remué par le discours de Laurent Yalla, et nous retrouverons plus d'une fois des traces d'une semblable impression. C'est une portion essentielle de la biographie de Hutten : à l'action qu'il a exercée sur im génie aussi original, on peut mesurer celle qu'il eut sur le peuple. Avant que Luther ne se fût déclaré contre le pape, Hutten avait déjà ouvert la campagne et produit de grands changements :

dès 1519, Tetzel n-'ose plus se montrer en

public. A la même époque, ou plus tard, lés princes hostiles à Luther, les princes ecclésiastiques eux-mêmes conviennent qu'on ne peut supporter plus longtemps les exactions et les iniquités de Rome , quil fa\£t revendiquer l'ancienne liberté. Ils emploient, dans leurs

griefs, non-seulement Tesprit, mais les expressions mêmes de Hutten. Et ainsi, à côté de la question de dogme qui le touchait moins, Hutten poui^uivait la guerre sur [le terrain pratique de raffrancbissement de Tesprit, de la ruine de la tyrannie rapace et corrompue de la cour de Rome.

Hutten a0compagna l'archeTêque de Mayenêe à la diète d'Augsbourg (1518). Les dernières conquêtes desOthomans donnaient, cette fois, une importance toute particulière à Téternelle question d'un impôt . à établir pour faire la guerre aux Infidèles. Cet impôt, consenti tant de fois, n'avait jamais servi

^'à payer la corruption romaine, et maintenant qu'il était nécessaire, que la guerre était inévitable et frappait déjà,, pour ainsi dire, aux portes de l'Allemagne, les Etats ne Youlurent rien accorder. Hutten avait insisté^ dans un discours énergique, éloquent, sur la nécessité de défendre la chrétienté, plus sé*> rieûsement menacée que jamais. Et en même temps il avait donné le vrai moyen : que l'Église, que le clergé donne l'argent, et l'Allemagne donnera ses soldats et son sang. A cette occasion, il avait éclaté, avec sa vigueur ordinaire, contre les exactions des papes. Ses amis le supplièrent de supprimer cette partie de sa harangue : il s'y résigna à contrecœur, ce L'Allemagne n'est plus l'Allemagne, écrit-il à Pirckh^mer. La liberté d'écrire n'existe plus. Celui qui cherche la vérité et qui la dit est honni ! 11 n'est plus permis de

remplir son office d'honnête, homme ! s Cettd concession aui terreurs de ses amis lui pesait comme un remords, et dès Tannée suivante, il imprima dans son château de Steckelberg son discours non mutilé, a Qui donc, s'écrie-t-il dans sa dédicace A tous les hommes libres â!A llemagne, voudrait étouffer à ce point notre liberté que nous ne pussions plus nous élever contre aucune injustice, aucune exaction ? Que celui-là prenne garde : la liberté comprimée pourra bien quelque jour faire explosion et anéantir ses oppresseurs. Je le leur dis dans leur intérêt : qu'ils laissent un peu d'air et d'espace à la liberté allemande. Elle n^est pas exigeante et se contente de peu ; mais elle ne se laissera pas enchaîner complètement et emmener comme une esclave! Plutôt que de subir cet excès d'ignominie; elle pourrait bien s%digner à la fin ,

et, pour sauyer quelque chose, prendre tout^»

La vie de cour ne pouvait convenir à Tesprit indépendant de Hutten. Au bout de quelques mois, il en avait pénétré toutes les misères, et fait la critique dans un dialogue charmant. Il y restait cependant, parce qu'il pensait qu'il pourrait y être plus utile qu'ailleurs :

«C'était une nécessité pour moi, écrit-il à son amiPirckeimer, de me jeter au moins pour un temps dans la vie active. Je le devais à ma famille, à moi-même^ surtout à nos études bien-aimées. J'ai mon plan ; je ne vais pas au hasard. J'ai un but bien arrêté vers lequel je dirige ma vie, que je veux résolument atteindre ; mais je ne le pourrais point par mes seules forces, sans appui.

Gomment j'espère trouver cet appui dans cette cour , je te le dirai quelque jour , tête à

tête : il gérait imprudent de le confier à une lettre. Qu'il te suffise de savoir que c'est par devoir que j'accepte tous les ennuis de cette vie. Si ma condition te parait changée , sois persuadé que mon âme ne Test pas : je serai toujours le même Hutten ; je ne trahirai pas ma jeunesse , et je marcherai , toujours semblable à moi-même , dans des voies diverses.

Pour les desseins que je nourris , la fortune à laquelle je puis prétendre , quoique assez considérable; ne suffit pas. Il faut que j'es^ saie de faire mon chemin à la cour. Et puis, ne dois-je pas tenter de détruire le préjugé des nobles contre les sciences? S'ils mé voyaient m'enfermer dans de doctes loisirs^ ils ne seraient que trop confirmés dans leur pensée que les sciences amollissent les âmes, et les rendent lâches et efféminées. Le temps du repos n'est pas venu. Notre parti gagne

chaque jour du terrain. Les conseillers de TEmpereur, ceux des princes, sont des nôtres; c'est pourquoi nous appelons les princes Mécènes et Augustes, non pas qu'ils méritent déjà ces beaux noms , mais pour faire naître en eux une généreuse émulation. Nous n'avons pas mal réussi jusqu'à présent : j'en connais plus d'un qui s*est déclaré pour nous par crainte du déshonneur. Je suis donc d'avis que nous fassions tout pour gagner leur bienveillance : les bartholistes et les théologistes nous ont donné Texemple ; c'est par ce moyen qu'ils sont devenus si puissants.

Je vois ici beaucoup d'hommes illustres

Eck combat Carlstadt, mon concitoyen , un vertueux théologien ; il fait la guerre à Luther, à Erasme. Erasme contmue de produire.

Guillaume Budée, le plus savant des nobles

français, le plus noble des savants, achève

ses annotations sur les Pandectes : j'ai sauté cle joie à cette nouvelle. Voilà donc, au même moment , deux Hercules extermina*teurs de monstres : Erasme et Budée. L'un détruit la postérité d'Accurse, et extirpe la malfaisante engeance des bartholistes ; l'autre s'en prend aux barbares qui se cachent derrière la fumée de la théologie , et rend à la lumière les Saintes-Ecritures. Ajoute Le febvre y qui travaille si bien la philosophie, et Gopp et Rueil : à l'un Dioscoride, à l'autre Galien. siècle, ô lettres! qu'il est doux de vivre maintenant, quoiqu'il ne soit pas encore temps de se reposer. Ton heure a sonné, barbarie : ceins-toi les flancs , et pars pour un éternel exil ! »

1* Il y a ici un jeu de mots intraduisible sur le nom latin deLefebvre (Faber).

. Je ne veux pas doiiner le détail de toutes les œuvres de Hutten. Je cherche celles qui ont eu le plus d'influence , ou qui peignent le mieux son caractère et ses desseins. Cette année (1519) fut l'une des plus occupées de sa vie. En même tejpfips qu'il publie ses terribles harangues contre le tyran de Wurtemberg y et qu'il est à son rang dans l'armée qui le chassa , il édite Tite-Live^ et lance contre la cour de Rome et contre les légats trois dialogues pleins de verve, d'éclat, d'ironie. Il publie et dédie à Ferdinand , frère de Charles-Quint 5 un écrit contre Grégoire VII, qu'il a trouvé, comme le discours de Valla,

dans la poussière de la bibliothèque de Fulda. 11 entretient une correspondance immense avec tous les hommes illustres de son temps. « Plus de deux mille lettres , dit un contemporain , de rois, dç princes, de seigneurs, d'évéques, de tous les hommes qui ont un nom^ lui arrivent d'Italie, de France, de Bohême, d'Allemagne, de tous pays; tous le félicitent d'avoir commencé la guerre contre les roma* nistes, et rengagent à la continuer. )>

Le moment paraissait favorable. L'archevêque de Mayence traitait Hutten comme un ami; Erasme l'assurait que Ferdinand, frère de Charles-Quint, faisait de lui le plu^ grand cas, et Sickingen, pour mieux s'assurer le concours de ce prince , allait lui offrir ses services que se disputaient les rois. Enfin Charles-Quint, lui-même, devait être hostile au pape qui avait favorisé de toute son in-

fluence François I*, son compétiteur à l'empire, son rival détesté. Hutten jugea que c'était un devoir de s'attaquer directement à la papauté. Il n'hésita plus, et se jeta en avant, poussant son cri de guerre : Aleajacta est! Il annonça sa résolution à tous ses amis , et se prépara à frapper un grand coup.

Son âme semble s'être fortifiée encore dans la méditation religieuse. Il montre une ardeur de foi qu'on ne remarque pas dans ses précédents écrits : a Quand je serais certain , dit-il dans la préface du livre contre Grégoire VU , que le pape dirigera contre moi ses foudres, je n'en dirais pas moins la vérité telle que je la connais, pour que je n'aie pas à m' écrier avec le prophète repentant : <x Malheur à moi, qui a me suis tu , parce que mes lèvres étaient a corrompues ! » Certes , il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes , et Dieu nous ordonne

de dire la vériié : il s'appelle lui*mfiine la Vérité. Paul écrit à son disciple : «Prêche la a parole de Dieu à toute heure , et même a avec violence , car il vient un temps où ils « ne pourront supporter la vraie doctrine. »

Le Christ aussi , veut que l'on annonce la vérité avec courage , et sans craindre les hommes qui peuvent perdre le corps , mais non pas Tâme. ce Je suis venu , dit Notr^ <c Sauveur , porter le feu sur la terre » et que peut-il vouloir autre, chose , sinon que ce feu soit allumé? C'est donc certainement une action méritoire d'apporter au jour la vérité cachée, et j'en aurai ma récompense sinon sur cette terre , du moins dans cette patrie céleste où chacun sera jugé selon ses œuvres. »

A la même époque , Hutten recommanda à ses parents de ne lui envoyer aucun argent,

et même de ne pas lui écrire , pour qu'ils ne fussent pas compromis avec lui et mêlés aux périls qu'il se disposait à courir. Cette touchante sollicitude ne l'abandonna jamais»

Son père étant mort, il abandonna son héritage , ei continua seul et sans ressources la lutte terrible où il s'était engagé. Cette seseconde moitié de sa vie est toute d'abnégation.

Cependant, il semble qu'au dernier moment son grand cœur ait hésité. Le sentiment de la famille s'était réveillé en lui , plus vivace que jamais , et il avait entrevu dans quelque rêve une paisible existence d'intérieur. « J'ai un grand désir de repos , écrit-il à son ami Piscator, et quelque joui^ je le satisferai. Mais pour cela il me faut une femme. Tu connais mon caractère; je ne puis vivre seul. Urne faut quelqu'un auprès de qui je puisse me délas*

ser de mes soucis et de mes travaux, avec qui je puisse rire, jouer, deviser gaiement, et détendre mon esprit aigri , mon cœur chagrin. Donne-moi une femme, cher Frédéric, et , pour que tu saches comment je la désire, qu'elle soit jeune , belle , bien élevée et pudique; qu'elle ait un peu de bien , pas beaucoup : je ne tiens pas à la fortune. Quant à sa naissance, celle que Hutten épousera sera toujours assez noble. » Mais il ne devait jamais goûter ce bonheur qu'il rêvait, le repos près d'une femme aimée. Il était né pour la lutte; il accomplit sa destinée , et ne se reposa que dans la tombe.

(( Je prépare un livre , écrit-il à son amî Ëoban Hess , qui contient ce qu'on a dit de

plus fort et de plus libre sur les sangsues romaines. » Ce livre est le Vadiscus ou la Triade romaine y publié d'abord en latin, traduit en allemand peu après. Dans sa dédicace au chevalier de Rotenhan, on lit :

a Je ne te dirai pas que ce livre est bon , car il traite d*un sujet détestable. Et pourtant je suis peut-être en droit de le louer à cause de la vérité qu'il contient, et de la liberté avec laquelle il l'exprime. Je ne me suis jamais autant plu que dans cet ouvrage : notre liberté était enchaînée par les papes , je l'affranchis. La liberté était bannie de notre patrie , je l'y ramène. »

Il faudrait traduire en entier ce formidable pamphlet. « Jamais , comme le dit un bio* graphe*, on n'a représenté en traits plus vifs

1. C Meiners, LebensBeschreibongen (Biographie des Hommes célèbres de la Renaissance), t. III. Zurich, 1797.

et plus Trais les abus inouïs et la corruption de l'Eglise, les infamies de la cour de Rome , les Tices qui de là descendaient sur le monde entier , les exactions intolérables exercées surtout en Allemagne , les insultes, qui les rendaient plus intolérables encore , la patience excessive des princes et des peuples , et l'inévitable nécessité d'une révolution violente.

Quiconque veut savoir ce que la papauté a osé, ce que nos aïeux ont toléré, doit lire ce livre. Personne ne le déposera sans bénir son auteur, sans être animé des sentiments qm l'ont inspiré, sans reconnaître qu'un tel état de choses ne pouvait se supporter plus longtemps , et qu'il fallait le changer à tout prix. »

La Triade roinaine est un dialogue dont les interlocuteurs sont Hutten et l'un de ses amis, Ehrenbold. Uutten raconte à celui-ci

ce que lui a dit de h cour de Rome un voyageur nommé Vadiscus. Ces récits sont faits sous la forme de triades, souvent interrom-' pues par les exclamations d'Ehrenhold et par les réflexions que se communiquent les deux amis.

a Si tout ne me trompe, dit Hutten, notre nation aspire à la liberté. Les plus nobles et les plus sages supportent avec le plus de peine les exactions des ignorants et corrompus romanistes, et les injures qu'ils ajoutent à leur violence. Les choses en sont arrivées à ce point qu'elles ne peuvent plus être tolérées. Nos princes, réunis à Francfort, ont ressenti très -profondément l'injure quand Gajetan, un de cçs romanistes à latere s'est écrié à la vue d'une longue procession de prêtres magnifiquement parés : « Quels beaux jpalefreniers nous avons là. » ^on moins insolent

était ce Romain à qui je parlais de l'oppression de notre patrie, ajoutant que, dans leur intérêt, les romanistes Teraient bien de mettre un peu plus de modération et d'adresse dans leurs brigandages : « Les barbares, me ditil, ne sont pas dignes d'avoir de l'aident; ils ne méritent pas même qu'on se donne la peine de leur extorquer avec finesse celui qu'ils ont encore 1 » Aucun peuple n'est méprisé à Rome aussi généralement et aussi visiblement qae les Allemands : et pourquoi cela? Parce que, par une piété excessive et mal entendue, nous nous laissons escroquer par ces indignes Romains ce que leurs fiers ancêtres n'ont pu nous enlever par les armes. Jeunes et vieux, hommes et femmes, marchandsetartisans,prê(resetcourtisaDS,et,pour [oui dire, les juife eux-mêmes, ces captifs de loiiles les nations, se moquent de notre sottise.

— iOl —

« Mais l'impudence des vendeurs d'indulgences et des légats a fini par ouvrir les yeux, même au peuple, dans plusieurs contrées de l'Allemagne. Combien , par exemple, ne s' est-on pas indigné à Francfort contre ces légats qui vendaient à des milliers de personnes la permission de manger du lait et du beurre les jours d'abstinence, et ne rougissaient pas de se faire servir toute espèce de viandes, sous prétexte que le poisson d'Allemagne leur faisait mal! Cependant il en est encore beaucoup qui ne veulent pas voir les crimes des romanistes et leur impudence. Il faut donc crier, avertir, accuser et frapper jusqu'à ce que tous comprennent. Je sais bien que cela ne peut se faire sans péril; mais quelle grande chose s'est jamais faite sans péril? 11 faut écrire et dire la vérité avec une

confiance chrétienne ; sachant combien notre

Sauveur l'a pratiquée rigoureusement et sans merci quand il s'élevait contre les prêtres et les scribes ! En marchant dans cette voie, nous prévaudrons contre ceux qui abusent du nom de Dieu pour leurs fins terrestres, qui ont mis leurs commandements humains à la place de ceux du Christ, et qui ne savent plus ni enseigner le bien ni le faire. Ils ont fait de la parole de Dieu une fable ; ils adorent la créature au lieu du créateur ; ils sont entrés dans le bercail du Seigneur, non pas comme des pasteurs, mais comme des voleurs et des ravisseurs. Ne cessons donc pas de les démasquer. Si nous ne pouvons accomplir nous-mêmes cette grande entreprise, nous éveillerons peut-être des esprits plus heureux qui parviendront à tirer la chrétienté de sa léthargie et à la soulever contre ses oppresseurs. L'Allemagne ne saurait mieux mériter

de l'Église tout entière et du Christ lui-même qu'en coupant court une bonne fois à toutes ces exactions et en laissant mourir de faim tous ces copistes, tous ces protonotaires. Plus dangereux que les Turcs, ils trafiquent du Christ, de ses autels, de ses sacrements et du ciel lui-même. Mais écoute ce que dit Vadiscus :

« Trois choses maintiennent le renom de Rome : la puissance du pape, les reliques et les indulgences. Trois choses sont rapportées de Rome par ceux qui y yont : une mauvaise conscience y un estomac gâté, une bourse vide. Trois choses ne se trouyent pas à Rome : la conscience, la religion, la foi au serment* Les Romains se rient de trois choses : la vertu des ancêtres, la papauté de saint Pierre, le jugement dernier. Trois choses sont en abondance à Rome : le poison, les antiquités, les

places vides. Trois choses y manquent complètement : la simplicité, la modération et la loyauté. Les Romains vendent publiquement trois choses : le Christ, les dignités ecclésiastiques et les femmes. Ils ont horreur de trois choses : le concile général, la réforme de l'Eglise et le progrès des lumières. Trois choses peuvent guérir Rome de tous ses viceÈ : la disparition de la superstition, la suppression des oRices romaid^ et le renversement de toute l'organisation de la curie.

Trois choses sont très-prisées à Rome : les jolies femmes, les beaux chevaux et les bulles du pape. Trois choses sont communes à Rome : !a volupté, le luxe et l'oi^ueil. Les pauvres mangent trois choses : les choux, les oignons et les aulx. Et les riches? La sueur des pauvres, les biens escroqués et les dépouilles de la chrétienté. Rome a brois sortes

de clloyens : Simon le magicien , Judas Iscariote et le peuple de Gomorrhe. Les cardinaux traînent trois queues derrière eux :

l'une à leur robe ; l'autre, une bande de voleurSy d'assassins et de ruffians ; la troisième, leurs grâces et dispenses avec quoi ils balaient tout. Trois choses ne rassasient jamais les Romains : les pallium^ les mois pontificaux et les annates.

« Chaque année ils en veulent tirer plus.

Ainsi le pallium de l'archevêque de Mayence coûtait autrefois dix mille florins ; maintenant il en coûte vingt mille, et, dans l'espace d'une vie d'homme , on a dû le renouveler huit fois. Les six mois qui avaient été donnés au pape en cas de vacance d'uii bénéfice se sont de même élevés à un an. Et cela ne leur suffit pas. Ils tiennent marché public des bénéfices et ne se font pas faute de les vendre

à la fois à deux ou trois compétiteurs. Qu ils aient ou non les qualités requises par les canons, qu'importe? Les dispenses suffisent à tout : elles font d'un enfant et d'une femme un homme majeur. Les Romains pèchent sans dispense, mais ils vendent aux autres la remise de leurs péchés. Rien ne leur est plus désirable qu'une perversité dont ils tirent profit.

« Si l'on veut obtenir quoi que ce soit à Rome, il faut se munir de trois choses : l'argent, les recommandations, le mensonge.

Trois choses peuvent suppléer à l'argent : la beauté du corps, la corruption de l'esprit et la patience de l'un et de l'autre. Trois choses peuvent ramener Rome au bien : l'énergique volonté des princes, l'impatience des peuples et les victoires des Turcs. Toutefois, il n'est pas nécessaire de retrancher la tête de l'Église :

il suffit d'eii extirper les parties corrompues ; opération douloureuse cependant, et qui ne se fera pas sans violence. Quand la tête sera guérie, le corps se portera bien. Les prêtres, moins nombreux, moins riches et plus occupés, vivront plus saintement : ils épouseront d'honnêtes femmes, au lieu d'entretenir d'impudentes concubines. Cette réforme indispensable a toujours manqué par la faute des princes et par l'ignorance des peuples. C'est pourquoi il est temps d'en finir. Ne souffrons pas davantage que Rome nous opprime pat une fausse apparence de sainteté; qu'elle nous impose comme des lois infaillibles de l'Eglise les bulles que le pape fabrique en société de quelques favoris, et qu'elle nous dépouille au moyen de ses indulgences ou sous les prétextes les plus mensongers. Les successeurs de Pierre doivent pêcher, mais des âmes et

non des trésors; car aucune communioD ne peut exister entre le Christ et Bélial. Le Christ a dit : Bienheureux les pauvres, car te royaume des cieuK est à eux ! Et eux ils disent : Le royaume des cieux est aux riches; car le pape et ses agents TonI partout préchant et criant qu'on participe d'autant plus au royaume des cîeux que l'on achète plus d'indulgences. Et toutes les dispenses vendues par les légats! Ils relèvent des serments les plus saints, des plus sacrés devoirs, des peines 4|u'on a méritées par les plus exécrables forfaits,

« Trois choses sont sans cesse en ouvrage à Rome e( jamais achevées : la béatification des saints, l'érection des églises et la guerre contre les Turcs. Il est défendu de médire de trois choses : le pape, les indulgences, l'Impiété. Trois classes de gens règoeot à

Rome : les ruffians, les courtisanes et les usuriers. Trois choses sont pompeusement parées : les prélats , les mulets et les filles publiques. De trois choses on se vante à Rome^ quoiqu'elles n'y soient pas : la piété, la foi et Finnocence. Et trois choses y sont^ dont on ne se vante pas : le trafic des offices, la vénalité de la justice, la trahison dans l'amitié. Aux deux glaives, le pape en joint un troisième avec lequel il tond ses ouailles et les écorche jusqu'au sang. »

« Telle est la source impure d'où découlent sur toute nation la détresse, la corruption et la misère ; et tous les peuples ne s'entendraient pas pour la tarir! Ils ne viendraient point par terre et par eau , avec le fer et le feu? Rome, la chrétienté tout entière a les yeux sur toi ; ce que tu fais paraît

^ tous honnête et légitime. C'est pourquoi T, I. ^o

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