‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècle (volume 3)Chapitre 2 sur 41 · Dans Tun de ces couvents fut établie ane imprimerie · texte numérisé non relu

Dans Tun de ces couvents fut établie ane imprimerie

et les attribua à une institution spéciale , ap-* pelée y office des pauvres (25). Cette organisation de la charité publique s'est maintenue jusqu'à nos jours, et si, dans les conditions actuelles de la société, elle est insuffisante et même à certains égards nuisible, elle n'en est pas moins remarquable pour l'époque, et prouYe que les préoccupations des misères sociales n'étaient pas étrangères à la réforme* Je trouve un tableau animé de cette révo* lution dans une lettre adressée par Léon Jud à ses frères et sœurs, à Ribeauvillé ( Haut- Rhin ) : « Nous n'avons plus dans nos temples aucune image , ni peinte ni sculptée :

car Dieu a sévèrement défendu d'en faire et de les honorer. La messe n'est plus un objet de trafic^ bien qu'on la dise encore quelquefois pour les simples. On laisse mourir en

paix les prébendiers, maison ne confère plus T. n. 3

-«files prébendes. Quant aux couvents; Yoici comment on procède. On réunit tons les ipoines dans un seul couvent; de même toutes les religieuses. Ceux qui veulent y rester (on ne force personne) sont pourvus de vêtements et de nourriture , }ei|r vie durapt. Ciepx qui n^ spnt pa^ du pays $ont repvoyés chez eux avec une bonne somme d'argent pour la route. Les jeunes, hommes et femmes, sortent ordinairement. Un tr^s-grand nombre de nonnes épousent des ecclésiastiques : c'est à eux qu'elles conviennent le mieux. Beaucoup de jeunes moines apprennent des métiers : on les y aide 4^ Routes manières. C'est ainsi qu'on emploie les biens des couvent : le surplus est consacré aux pauvres. C'est une odieuse calomnie de dire que le gouvernement en garde quoi que ce soit (26). »

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Au même moment se placé un antre foit grate^ là publication d'une traduction du Nouveau Testament par Zwingli et Léon Jud* Les populations accueillirent avec lin empressèmeiit extrême cette publication qui était en quelque sorte le sceau de la rétolution accomplie (37).

Mais à mesure que la réforme âyâilçsiit dans son œuvre ^ elle devait naturelletnent provoquer des oppositions de plus en plus vives. Le 21 mai 1524, les douze cantons encore catholiques envoyèrent à Zurich une députaiion pour l'engager à s'abstenir de toutes ces nouveautés, offrant d'ailleurs de corriger d'un commtin accord lés griefs qui pouvaient exister contre le pape, les évéques^ les abbés. Le conseil répondit : « Nous voii* Ions rester vos fidèles confédérés ; mais en ce qui touche la parole de Dieu et le salut de

nos âmes, nous ne pouvons rien céder. » Et il continua tranquillement l'œuyre commencée. Il supprima les processions , la fête du Saint-Sacrement 9 fît enterrer les reliques.

Zwrngli et Léon Jud demandèrent qu'il allât plus loin et qu'il fît enfin le pas décisif de Tabolilion de la messe. Mais le conseil crut devoir encore ajourner.

En même temps, pour s^assurer en cas d'attaque le concours actif et dévoué des habitants de son territoire, le conseil les réunit par communes et leur fit lire un rapport sur tout ce qui s'était passé relativement à la réforme, ne leur dissimulant ni les réclamations des confédérés, ni leurs menaces. Il terminait ainsi : « Chei^ et fidèles, nous n'avons pas voulu , dans des circonstances aussi graves , vous rien celer ; car nous sommes persuadés que vous êtes résolus, comme nous, à soute-

tenir l'honneur de notre seigneur Jésus-Christ, à croire uniquement sa parole, et à ne songer qu'au salut de vos âmes. Beaucoup de vos enfants vous ont été conservés par notre refus d'entrer dans cette alliance française qui a amené tant de désastres sur nos confédérés. Combien plus devons-nous être unis étroitement pour conserver et défendre la parole divine! Dieu sera avec nous. » Le conseil demandait aux communes s'il pouvait compter ^ur leur concours. La réponse fut unanime (28).

Soit que cette déclaration énergique effrayât les confédérés, soit que toutes leurs mesures ne fussent pas encore prises, ils

ajounièrent leur Tengeaùce contre Zurich^ Mais ils s^eo dédominagèi-ent en livrant à la mort de nouyelles victitnes.

Une nuit, le bailli de Frauenfeld en Thurgovie fait enlevet* le cut-é dé Stèin, OËchslin, dévoué à la réforme, comnle la plupart des curés des bords dû Ubin. Le gardien de la toursonhe le (ôcsin; la foule s'assemUe, les habitants de Stein, ceux des villages voisins accourent, et parmi eux, ceux de Stammheim, bailliage du canton de Zurich, ils se mettent à la poursuite des ravisseurs, mais sans pouvoir les rejoindre. Alors la foule pénètre dans le couvent d'Ittingen, et après s^y être livrée à des excès de boisson , elle y met le feu. Le bailli Wirth de Stammheim et ses deux fils avaient été Vus dans ce couvent : ils y allaient pour empêcher le pillage, pour ramener leurs subordonnés. C'est sur eux que

tomba la colère des confédérés. Ceux-ci les détestaient particulièrement parce que le bailli Wirth ayait procédé à l'etilèTemeiit des images à Stammheim, où se trouvait un pè*lériiiage très-fréquènté en Thonneur de sainte Anne^ et que ses fils, tous deux prédicateurs éTangéliques, faisaient beaucoup de prosélytes dans ces contrées.

Lès cantons souverains dû Bailliage de Frauenfeld réclamèrent vivement leur Jugemeiit , comme coupables de Fincendie d'Ittingen '. Dés atnis avertirent les malheureux et leur donnèrent le conseil de s'enfuir; mais Wirth ^ fort de son innocence^ répondit qu'il comptait que ses seigneurs de Zurich ne permettraient pas qu'on le fit souf-

1. La baute Jastice appartenait dans le bailliage de Frauenfeld à dix cantons : Berne, Lucerne, Ury, Schwitz, Underwald, Zug, Giàris, li'ribourg, Soleure« Zurich.

frir injustement. Le conseil envoya une troupe pour les arrêter, ainsi que Rûttimann, bailli à Nussbaum. Quand Wirth vit les soldats , il dit ayec une noble assurance : « Mes seigneurs auraient bien pu s^épargner ces frais et ce dérangement. Qu'ils m'eussent envoyé un enfant pour m'appeler devant eux, je me serais empressé d*accourir (29). »

Les prisonniers furent conduits à Zurich ; mais les cantons les réclamèrent pour être jugés par eux. Aux termes des alliances, Zurich seul , possédant la basse justice, pouvait prononcer la mise en accusation^ et dans ce cas le jugement appartenait au bailli de Frauenfeld : l'intervention des dix cantons réunis en diète était irrégulière, sinon illégale (50). Le conseil de Zurich fit ces observations, et ajouta que, n'ayant trouvé contre les accusés aucune charge, il ne pouvait les livrer ni au

bâiUi, ni bien moins' encore à la diète. Alors les cantons firent entendre des menaces : ils déclarèrent que si Zurich ne leur remettait pas les prisonniers, ils viendraient les chercher eux-mêmes les armes à la main (SI), Le conseil^ intimidé, céda et promit de les livrer, à la seule condition que l'instruction ne porterait que sur Pincendie d'Ittingen, et qu'aucune poursuite ne serait basée sur des faits de religion. Zwiugli avait inutilement invoqué le courage, le patriotisme, l'humanité du conseil. En vain il avait montré que la réserve proposée et consentie était illusoire, et que les confédérés ne poursuivaient dans les Wirth que les destructeurs des idoles et les confesseurs de la foi nouvelle. Il est des heures où les assemblées sont innaccessibles à tout autre sentiment que la peur. La décision du conseil fut exécutée. Quand les

mfilheut^iix trarersërerit Id Tille, les habtlantâ coiislerhés éclatèrent ëii sanglots. Châatii cotflt)rênait qu'ils marcbaliébt ad tti^ttyrè (52):

Ils fiireiil conduits à Bâded. Là foule étail nombt-euse, mais, dans ce pa^s calbolique, plutôt cuHeuse qu'émue. Le bàilli se tournant leti ses Gis, leur dit : * Voyeï, chers enfants, il nous arrive ce qii'â dit le saint apôtre Paul : nous sommes un spectacle pour le monde , pour les anges et pour les hommes, n

Le lendemain les comtiiissaires Tinrent potir lés inlert-oger^ et de sûile dn put Voir ce qtie Taudrait là réserve faite p&r Ziiribti. Maigre l'oppositioii des déptilés de cetlë Ville, l'interrogatoire pdrîà principalement sur l'eHlèvemenl des images. Aptes l'interrogatoite, tme lortdte criiellfe : c'était là procédure dU

temps. Ç@ qui p'es^ d'auicufi (fio^ps eH pe qije la féroqitjé des Ijaines reljgîeus^s pput sieyUp e^pliqi|er, piaJ3 pop p^^ ejcflser^ les commissaires insulfèrept p^r d'odieuses plaisapteries aux tourip^q^ qu'ils infligeaient à }eurs T^times. f^ plus jeiine ^es Wirth réclamaqt un peii de jcompassioq, l'ui^ d^epx lui d;t : <x Mon pe^it raoasieur, ifpitez donc les apôtres : ils acceptaient '}a mort avec joie 1 Recevez mieux l/s présjsat de iioce^ que nous TOUS donpQus. » jCar le jeune prêtre s'était marié depuis peu.

Il était clair qu*on ne pouvais rien attendre de )a justice de pareils ji}gc$. L'on essaya de ks éipouvoir. La femme du l)ailli, la mère des deux jeunes gens, accompjignée de son troisièn^e ^Is et d'un député de Zurich, Escher, alla frapper à la porte de tous les membres de la diè^, et, se jetant à leurs pie4s,

les supplia d'avoir pitié d'elle et de sa nombreuse famille. « Ils arrivèrent, dit le chroniqueur que nous suivons dans ce récit, chez le député de Zug, l'amman Jérôme Stocker.

Ayant été bailli à Frauenfeld, Stocker connaissait Wirth. Il savait combien c'était un honnête homme, aimé et considéré. Luimême se plaisait à lui rendre ce témoignage : « C'est vrai, dit-il, je l'ai toujours connu honnête et bienveillant : il m'a toujours bien reçu ; sa maison était ouverte à tous ; il n'a jamais refusé l'hospitalité à personne. Je vous le jure : s'il avait volé ou assassiné, je lui pardonnerais volontiers; mais il a brûlé la mère de la mère de Dieu 1 II faut qu'il meure (33).»

Le jugement porta que, par grâce spéciale, le bailli Wirth, son fils aine Jean et le bailli Ruttiman seraient décapités. Le second

fils de Wirth, Adrien, devait être rendu à sa malheureuse mère.

Quand ce jugement fut lu aux accusés, le bailli dit à Adrien : « Cher fils , puisque Dieu te laisse la vie, aie soin que ni toi ni personne des nôtres ne songe à venger notre mort imméritée. La vengeance n'appartient qu'à Dieu qui est dans le, ciel. Qu'il nous donne sa grâce et nous maintienne jusqu'à la fin dans la vraie foi ! » Adrien fondait en larmes; son frère lui dit pour le consoler :

« Quand nous prêchions l'Évangile , nous n'avons jamais oublié la croix. Cesse donc de t'affliger. Je remercie Dieu qu'il m'accorde de souffrir et de mourir pour sa parole. » Us recommandèrent ensuite à Adrien de consoler les leurs, et se séparèrent de lui en pleurant.

« L'emprisonnement de ces martyrs avait duré si longtemps que leur misère était

extrême : leurs vêtements, qu'il ne leur avait pas été permis de changer, étaient en lambeaux; leurs corps étaient épuisés par la faim, meurtris et déchirés par la torture.

Ils remerciaient Dieu que leurs souffrances fussent bientôt à leur terme (54). »

Ouand le jour de l'exécution Ait arrivé, on les conduisit d'abord devant l'hôtel de ville pour recevoir lecture de leurs préleodus aveux et du juf^meDl. Plusieurs choses étant contraires à leurs déclarations, le bailli ne put se contenir : « Ce n'est pas cela I Je n'ai jamais dit cela ! Je ne l'ai jamais pensé I » Maie «où fils : v Ne parle pn ainsi , mm père. Laisse-les faire. Le Seigneur, dSJis les deux, sait bien qui noQs sommes tH comment les choses se sont passées. Le jour du graud jugoiiiL'nt viendra où tout ce qui est encore ciiché liera révélé devimt le monde entierl »

L'élévation morale de ces hommes est si grande qu'il faut feire un pas encore et les suivre jusqu'à Féchafaud. Rarement martyrs ont su mieux mourir, d'une mort à la fois si religieusse et si humaine.

Après la lecture du jugement, le bourreau lia les prisonniers et les conduisît au lieu du supplice. Arrivés là, Jean fît ses adieux à son père et lui dit : « Cher et bien-aimé père, désormais tu n'es plus mon père ni moi ton fils : nous sommes frères en Jésus-Christ, pour qui nous allons mourir. Et, s'il plait à Dieu, nous monterons aujourd'hui même vers celui qui est notre père à tous pour jouir auprès de lui du repos éternel. C'est pourquoi, mon frère bien-aimé, sois heureux, remets-toi entre les mains du Seigneur, et que sa volonté soit faite I » Le père répondit : a Que Dieu, le tout-puissant, te bénisse, mon

bien-aimé Gis et frère en Jésus-Christ. » La foule, attendrie, versait des larmes et murmurait. Le bonrreau mit fin à leurs adieux.

Il trancha d'abord la tête de Jean Wirth, puis celle de son père, enfin celle du hailli Rut' timan. L'on eut la barbarie de faire payer à la pauvre veuve le salaire du bourreau qui avait décapité son mari et son ûls (35).

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