‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècleChapitre 13 sur 60 · J'adoucis le mot · texte numérisé non relu

J'adoucis le mot

son honneur est son fils.... (52). » Ne crois-tu pas que Marie elle-même s'écrierait : ô insensés ! tout l'honneur que j'ai n'est pas à moi : Dieu m'a donné sa grâce : il a fait que seule parmi les femmes, je fusse à la fois vierge et mère. Je ne suis pas une déesse , ni la source du bien. Dieu seul est cette source : il vous donne tout bien par l'entremise de mon fils (33). «Non, ce n'est pas honorer Marie que de lui élever des autels et que de caracoler dans les processions à côté des jolies femmes ! Non! pour l'honorer, volez au secours de ceux qui ont foi en son fils, et au lieu d'orner et de parer ses autels , consacrez ces sommes aux pauvres filles et femmes que leur beauté et leur misère exposent à la séduction » (34).

Vers ce temps était arrivé à Zurich un personnage singulier. C'était François Lam-

bert, moine d'Avignon* Orphelin à l'âge de quime ans , il était entré dans un couvent de Franciscains > mais au lieu de la piété qu'il y cherchait, il n'y trouva que l'hypocrisie et la plus misérable jalousie monacale. Il se réfugia dans l'étude et dévora les écrits de Luther. Un jour on les découvrit dans sa cellule, et sa perte fut jurée. Il réussit à s'échapper et à gagner la Suisse. Revêtu de sa robe de moine , monté sur un âne , il se mit bravement en route pour Wittemberg. Il prêcha à Genève, à Lausanne, à Berne, avec un grand succès : le réformateur de Berne , Haller, écrit à Zwingli: «Il a dit sur l'Église, le sacerdoce , la messe , sur les petites traditions romaines, sur les superstitions ridicules et les hypocrisies des moines , des choses excellentes : non pas que ces choses fussent nouvelles pour nous , mais de la part d'un Fran-

çais , d'un moine , elles étaient vraiment inouïes » (55). Il arriva à Zurich en juillet 4 522. Quoique très-hardi sur plusieurs points, il n'avait pas encore rompu avec toute la tradition romaine , et spécialement il restait attaché au culte des saints. Un jour qu'il prêchait sur ce sujet, Zwingli l'interrompit en disant : « Frère , tu te trompes. » Les ennemis de la réforme croyant trouver un appui dans ce moine éloquent , s'empressèrent d'organiser un colloque. Mais Lambert était d'une bonne foi admirable ; convaincu par les textes que lui cita Zwingli, il leva les mains au ciel , remercia Dieu de l'avoir éclairé, et jura qu'il n'invoquerait plus que lui. Puis il remonta sur son âne et continua sa route (36).

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