‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècleChapitre 30 sur 60 · SU · texte numérisé non relu

SU

dite de Jésus-Christ, au péché originel, à l'impuissance des œuvres, à la justification par la foi, et considérèrent comme Une victoire l'accord cJUi s'établit immédiatement sbr ces poittts (50).

Par contre, sur la question de la Cène, les conférences particulières ne produisirent aufcUn Résultat. Zwingli demanda alors que les portes fussent ouvertes et que le colloque ëflt lieu devant tous ceux qui voudraient y éssisteh Un grand nombre de savants étaient accourus, et la population tout entière avait un grand désir d'entendre un débat si grave entre des hommes si illustres. Luther fit différentes objections à l'admission du public, prétendant qu'il ne pouvait être ni bon ni utile de faire assister la foule à cette controverse (31) : opinion d'autant plus singulière de sa paH , qu'il avait le premier saisi

le public ie cette question en écrivant en allemand contre les ouvrages latins de Zwingli (32). Le landgrave trancha la difficulté en décidant que le colloque aurait lieu devant lui , le duc de Wurtenberg (33) , les députations des villes et les savants membres des universités. Cinquante à soixante personnes seulement furent admises : le public fut exclu (33).

Je ne puis me dispenser de donner avec quelque détail, le compte-rendu de ce débat. Les deux écoles qui se sont partagé la réforme sont ici en présence; et dans les arguments qu'elles invoquent, dans leur méthode même de discussion , s'exprime pi® nettement qu'ailleurs la différence de leur principe et de leur procédé.

Luther commence par déclarer qu'il n'accepte pas et n'acceptera jamais la doctrine de

ses adversaires, a Christ a dit : ceci est mon corps. Ces mots sont clairs : pas de discussion possible sur leur signification; je ne m'en écarterai pas de l'épaisseur d'un ongle! » Puis, comme pour mieux marquer que ce texte est , à- ses yeux , la seule et décisive réponse à toute objection , il prend un morceau de craie , et écrit en gros caractères sur la table : ceci est mon corps! C'était trancher la question par la question. OEcolampade le fit sentir en termes modérés > et ajouta : « Il ne faut pas prendre à la lettre, mais interpréter les textes où Christ parle par figure. Saint Jean(vi) sert à comprendre les paroles de l'institution; car, après avoir dit : « celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui, » Christ ajoute : C'est l'esprit qui vivifie : la chair ne profite de rien ! Les pa-

rôles que je vous dis sont esprit et vie!» Luther ; Dans ce texte , il ne parle pas de

la Cène. Je m'en tiens aux mots : prenez el

mangez ! Je ne nie pas qu'il faille aussi la

manducalion spirituelle.

OÈcolampade : Pourquoi donc alors la

mandiication charnelle qui ne profite de rien?

— Luther. Je îiè m'inquiète pas de savoir pourquoi? Ce qui est écrit est écrit : prenez mangez : il faut le faire, il faiit le faire.

Èwingti : Il ne faut pas prendre les texte? isolément : l'Écriture doit s'interpréter par l'Écriture. Christ dit dans saint Jean (vi). que la chair ne ptofite de rien : il iie nous à J3âs donné sans doute une chose inutile.

— Luther. Il est écrit : ceci est mon corps' Dont c'est son corps. Dieu m'ordonûeraii flè rtiànger du fumier, jfe le ferais, sans demander pourquoi: interrogefr, c'est cesser A

croire. — Zwingli : Ne faisons pas de suppositions aussi puériles : Dieu n'ordonne que des choses bonnes et salutaires... » Il cite ensuite un grand nombre de textes où le mot est a évidemment le sens de signifie. — Luther répond à tout : Ceci est mon corps. C'est écrit : je m'y tiens, J-,e diable même ne peut rien là contre. — Zwingli impatienté : Je vous en prie : renoncez à votre pétition de principe. Répondez au texte de saint Jean : Nous ne nous le laisserons pas ôter ainsi. Il faudra bien, monsieur le docteur, que vous chantiez une autre chanson! Ce texte vous casse le col. — Luther : Ne soyez pas si fier : nous ne sommes pas en Suisse, et ici Ton ne casse pas le cou aux gens aussi facilement. — Zwingli : En Suisse , Ton sait aussi rendre justice aux gens : mais c'est une locution populaire chez nous. J'ai voulu dire seule-

ment que ce texte renYerse voire opinion,» — Le landgrave approuve l'excuse, et prie Luther de ne pas se montrer aussi susceptible. 11 lève ensuite la séance, pour laisser aux esprits le temps de se calmer.

Quand la séance fut reprise, Zwinglilnt plusieurs passages de Luther et de Mélanchton , favorables à son interprétation du chapitre vi de saint Jean. — Luther. H ne s'agit pas de ce texte. Prouvez que quand Christ dit : Ceci est mon corps, cela veut dire : Cea n'est pas mon corps. Alors CEcolampade in* tervint et essaya de faire sortir Luther dn cercle dans lequel il se renfermait, en portant la discussion sur un autre terrain. Christ est, comme homme, semblable à nous. Son corps est donc , comme le nôtre, soumis aux conditions de lieu : il ne peut être en plusieurs Veux à la fois. Or il est écrit qu'il est dans le

ciel. — Luther. Je vous repète que je m'en tiens à mon texte : ceci est mon corps. Le corps du Christ est dans le ciel, mais il est aussi dans le sacrement. Je ne m'inquiète pas que cela soit contre la nature , pourvu que cela ne soit pas contre la foi. — OEcolampade. Vous ne voulez pas que nous admettions de figure dans les mots de l'institution ; mais si nous y voyons une métaphore , vous y mettrez une synecdoche. — Luther* Soit.

C'est par synecdoche que l'on dit : l'épée pour l'épée et le fourreau , la canette pour la canette et la bière qui est dedans. De même ici : ceci est mon corps; le corps est dans le pain, comme l'épée dans le fourreau. — Zwingli reprend l'argumentation d'QEcolampade. Il cite plusieurs textes pour prouver que le corps de Christ est semblable à notre corps : donc il est en un lieu. — Luther. Si le Christ,

comme homme, tous ressemble en tout, il a donc aussi une femme et des petits yeux noirs. Je n'admets pas les mathématiques: Dieu est au-dessus des mathématiques. — Zwingli. Je ne vous parle des mathématiques. Je vous cite saint Paul (Philippins, n. 7), qui dit que Christ a pris la forme de serviteur et s'est bit semblable aux hommes. Donc Christ, quant à sa nature humaine, est fini et limité, comme nous sommes finis et limités. — Lu* ther. Je ne nie pas que le corps 4e Christ soit limité. — Zwingli. Alors il est dans un lieu. S'il est dans un lieu, il est dans le ciel et non pas dans ou sous le pain. — Luther. Non 1 je ne veux pas cel? , je ne le veux pas. — Zwingli : Faut-il donc que tout soit comme vous le voulez? — L'on fut de nouveau obligé de lever la séance.

Le lendemain, la discussion fut reprise au

même point Loflier chercha à échapper à l'argumentation de Zwingli , en recourant à nne expression mystique : le corps dn Christ ta'est pas dans le sacrement localiïer. Le ciel (d'antres disent le monde) est aussi un corps et cependant fl n'est pas dans un lieu* Les sophistes disent aussi , non sans raison, qu'un corps peut être en plusieurs lieux. — Zwin~ gli. 11 n'est pas digne de tous , monsieur le docteur , d'en appeler aux sophistes ; quant à moi, je n'ai pour eux que du mépris. Pour ce qui est de votre argument que le ciel n'est pas dans un lieu , je laisse à ceux qui m'écoutent de juger quelle est sa valeur. Persistez-vous à dire que le corps dn Christ est en plusieurs lieux? — Luther : Oui, et je le prouve par le texte : ceci est mon corps. — Zwingli : Toujours la même pétition de principe. Àvw cfe Système où pourrait prouVter

Page 1