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2. Chartism, par Carlyle. — À tour in the Lancashire, par Taylor. — The people’s charter, Manifeste du comité chartiste. 11, — 7e édition. 8
proportion inverse prévaut, c’est-à-dire, deux tiers d’industriels contre un tiers d'agriculteurs : ici, uné démocratie qui a aboli, dans une nuit demeurée célèbre, tous les privilèges territoriaux, toutes les servitudes de la glèbe ; là, une oligarchie à qui le sol est inféodé et qui a su longtemps se ménager, par le jeu des tarifs, le monopole des subsistances ; l'égalité de ce côté de la Manche, l’inégalité du côté opposé: voilà quel contraste offrent les deux pays à l’observateur le plus superficiel. Évidemment une diversité pareille éloigne l’idée d’une appréciation comparative; elle indique que chacune de ces races, chacun de ces États veulent être appréciés à part, avec le cortége de phénomènes qui leur sont propres. | | Le chartisme semble donc être un produit du régime manufacturier de l’Angleterre et des phases curieuses autant qu'alarmantes que ce régime vient de parcourir. Depuis un demi-siècle environ, l’activité industrielle a pris, dans le Royaume-Uni, un essor fécond au début, aujourd’hui plein de menaces. Avant que les deux grandes découvertes du siècle dernier, la vapeur et le tissage mécanique, eussent bouleversé les conditions d'existence des manufactures britanniques, les populations, maintenues dans un équilibre régulier, se partageaient entre les travaux des champs et les travaux des fabriques. Le tissage à la main occupait les veillées des chaumières, les bras des enfants et des femmes pendant toute l’année, ceux du cultivateur dans la saison où la terre se repose. Ainsi l’industrie se combinait avec l’agriculture, et la classe ouvrière trouvait de l'emploi sur toute l'étendue du
LES CHARTISTES, 135 pays, sans être forcément attirée dans les centres d'agglomération. On devine sans peine combien cette distribution des travailleurs était favorable à la tranquillité et à la moralité publiques. Les séductions des villes, les tristes plaisirs qu’elles recèlent, la débauche qui y règne n’atteignaient pas alors ces populations disséminées, et la misère ne les frappait presque jamais en masse et collectivement. Au milieu des champs, la vie était plus facile, les ressources étaient plus variées. Quand l’industrie manquait aux bras, ils se reportaient vers la culture, et on s’épargnait de la sorte le triste spectacle d’une oïsiveté forcée engendrant une détresse profonde. C'était toujours une existence précaire, maïs sans alternatives douloureuses, et protégée contre un extrême dénûment.
L’invasion des nouveaux agents industriels opéra, il ÿy à soixante-dix ans environ, une révolution com. plète dans cet état de choses. L'industrie collective attaqua l’industrie isolée et l’écrasa ; le travail mécanique emporta et anéantit le travail à la main. En songeant à ce bouleversementimprévu, on comprend, sans les partager, les colères des luddistes, Ces milliers de chaumières qui toutes avaient plusieurs métiers montés, se voyaient peu à peu réduites aux aboïis par les établissements gigantesques dont la vapeur animait les ingénieux mécanismes. Les bras de l’homme soutinrent jusqu’au bout la lutte contre les forces de la nature ; ils ne cédèrent que devant l’irrécusable témoignage de leur impuissance. Alors seulement se produisit, dans l'équilibre des populations, un déplacement dont toutes les conséquences ne sont pas en-
core dégagées. Les moteurs mécaniques, en modifiant les termes de la production, venaient de l’élever à une puissance inconnue jusque-là. Le prix modéré des choses avait eu pour premier effet d’exciter la consommation, et bientôt les agents naturels qui, au premier abord, avaient paru évincer le travail humain, lui imprimèrent une énergie nouvelle. Les moyens‘ perfectionnés de production exigèrent plus de bras que les moyens imparfaits naguère en vigueur, et l’industrie mécanique demanda un personnel infiniment plus nombreux que l’industrie manuelle. Une seule différence, mais une différence capitale, subsista entre les deux régimes : le travail aggloméré fit place au travail isolé. De là ces cités improvisées, ces villes dont la population semble monter comme le flux de la mer, ces foyers immenses que l’on nomme Manchester, Birmingham et Soho, Leeds, les deux Bolton, Preston, Stockport, Sheffield, Newcastle, Macclesfield et une foule d’autres places manufacturières, hier simples bourgs, aujourd’hui puissants chefs-lieux de l’industrie anglaise. Tout ce qui accompagne la production à bon marché s'était sur-le-champ fixé dans ces ateliers infatigables : le haut salaire, les commandes imposantes, la fourniture de presque tous les marchés du globe. On conçoit, dès lors, qu’un mouvement d'attraction se soit fait sentir dans la contrée environnante, et que les travailleurs déclassés, tisseurs à la main ou autres, aient été peu à peu attirés vers ces foyers d'activité, désertant ainsi la vie des campagnes pour le tourbillon des cités manufacturières.
La première période de cette révolution s’accomplit presque sans douleur. L’Angleterre devait profiter seule d’abord des découvertes que le génie national avait fécondées, et jouir longtemps d’une prépondé rance industrielle que les autres peuples n'étaient pas alors en mesure de lui disputer. Les ressources issues de la transformation mécanique entrèrent pour beaucoup dans les moyens d'attaque et de défense qu’elle déploya lors des guerres de l’Empire ; elles servirent à fonder ce crédit financier qui arma le continent contre la suprématie militaire de la France. Même quand la paix fut venue, cette espèce de monopole exercé sur les marchés de l’univers ne fut point enlevé à l'Angleterre. Elle avait tout ce qui constitue les éléments d’une supériorité durable : la possession antérieure, la force qui commande le respect, l’habileté qui triomphe des obstacles ; elle était en avance sur les autres peuples pour les procédés mécaniques, et la conservait par des perfectionnements sans fin, par la délicatesse de l'exécution et la süreté de la main-d'œuvre, pär la discrétion des prix et la hardiesse de la spéculation maritime. C’est ainsi que se soutint ce travail nouveau, dont le mouvement avait quelque chose de fiévreux, et au bout duquel les esprits doués de quelque prévoyance apercevaient une crise.
En effet, l’industrie continentale, réchauffée par une longue paix, se relevait graduellement de la torpeur qui l’avait frappée. Une lutte commerciale et industrielle commença, timide d’abord, limitée à certaines zones, puis plus délibérée et poursuivie sur une
grande échelle. Dans cette manifestation, la France ne joue qu'un rôle subalterne et fort effacé. Pour la navigation marchande, le vrai rival de l'Angleterre est l’Union américaine, qui, se mesurant corps à corps, commence à balancer la fortune de la Grande- Bretagne, Des États de second ordre suivent ce mouvement, entre autres la Suède, la Norwége, la Hollande et les villes anséatiques dans l'Océan, l'Autriche et la Grèce dans la Méditerranée. Quant à la suprématie manufacturière, si l'Angleterre la conserve, ce n’est qu'au prix de grands efforts et non sans la voir chaque jour entamée. Pour bien des articles, la Belgique serait en mesure d’engager directement le combat ; l'Allemagne ferme ses marchés pour s’y préparer, et, avec plus de confiance dans ses forces, la France pourrait également entrer dans la lice. Aïnsi, sur bien des points et par divers modes, s’est organisée une résistance aux empiètements de l’Angleterre, et le travail manufacturier a éprouvé de lautre côté de la Manche, les effets de cette réaction commerciale et maritime.
Telle est la première cause des douleurs qui assiégeaient chez nos voisins le monde industriel et poussaient les populations ouvrières vers la révolte. Il n’est point ici-bas d’excès qui ne s’expie. L’Angleterre avait abusé de la puissance productive dont la vapeur et la mécanique lavaient soudainement investie; elle poftait la peine de cette effervescence. Elle ne pensait pas que l’empire industriel eût des limites, elle avait eru à des débouchés inépuisables et éternels, elle m'avait pas supposé qu'on püt la déposséder de la
LES CHARTISTES,. 139 fourniture du globe. Sa vie intérieure, les mœurs, les besoins de ses régnicoles, l’activité de ses villes, tout s'était mis à l’unisson de cette prétention et de cette croyance. Le fabricant avait eu foi dans la durée des bénéfices, l’ouvrier avait compté sur la perpétuité d’un gros salaire. Des deux côtés on avait non-seulement joui du présent, mais encore engagé l'avenir. Les choses avaient été ainsi conduites, avec une tellé ardeur et une imprévoyance si grande, qu’à tout débouché qui se fermait au dehors ou seulement décroissait, correspondaient, dans la zone manufacturière de l’Angleterre, une souffrance, un malaise réels. L’Asie entière à alimenter et de vastes débouchés ouverts dans les quatre autres parties du monde n’avaient pu éteindre cette fièvre de production, toujours plus intense et plus vive. À la première halte, au premier temps d'arrêt, il y eut secousse et ébranlement.
Les crises industrielles se ressemblent toutes. Menacé dans ses profits, le manufacturier s’en est pris alors à l’ouvrier ; il a songé à des réductions de salaire. C’est surtout dans le Lancashire et dans les fabriques de tissage et d'impression que la dépréciation du prix de la main d'œuvre a été le plus sensible. Ainsi, dans l’enquête ordonnée par la chambre des communes, il fut constaté qu’à Stockport, des familles de six personnes, dont quatre enfants, qui autrefois gagnaient de vingt-deux à vingt-trois schellings par semaine, avaient été obligées de pourvoir à leurs besoins avec la modique somme de trois à quatie schellings, a peine suffisante pour les empêcher de mourir de faim. Les rapports des commissaires fourmillent
de semblables détails qu’il faut accepter toutefois avec réserve. Dans certaines localités, le manufacturier avait ajouté aux réductions de salaire une autre sorte d'exploitation, celle d’un payement en nature, connu sous le nom de Truck system (système de troc ou d’échange). Au lieu de toucher le prix de la journée en argent, l'ouvrier recevait alors les denrées qui lui étaient nécessaires pour sa consommation quotidienne. C’est le fabricant qui fournissait ces divers articles, et naturellement il les grevait d’un bénéfice qu’ils’attribuait, Comment les ouvriers eussent-ils débattu soit le prix, soit la qualité des objets qui leur étaient livrés ? Dans de pareils marchés, le maître a toujours la haute-main, et quand le travail est offert, quand les métiers chôment, il ne reste plus à l’artisan qu’à subir la loi qu’on lui dicte.
Pour résister à une oppression de ce genre, l’ouvrier n’avait que deux moyens, la ruse ou la violence: il a employé l’un et l’autre. Le Truck system a donc engendré les Unions de travailleurs connues sous le nom de Trade’s Unions et le chartisme. Ces unions qui, durent encore, constituent une véritable ligue de l’ouvrier contre les maîtres, comme le système des trocs constituait une exploitation du maître au préjudice des ouvriers. Un ouvrier membre d’une Union, ne s’appartient plus; il a des chefs, ouvriers comme lui, investis de ce mandat par l'élection, qui peuvent disposer de son temps, de ses bras, de son salaire, comme bon leur semble. Les membres de l’Union ne travail lent que lorsque les chefs le permettent ; ils désertent un atelier au premier ordre et n’y rentrent que
lorsque l’interdit est levé. Cette organisation n’est puissante qu’au prix d’une soumission semblable et et d’une obéissance absolue. Un manufacturier met-il en vigueur dans ses ateliers le système des trocs, ou diminue-t-il les salaires d’une manière onéreuse, à l'instant les chefs de l’Union s’assemblent et décident que les membres s’abstiendront de travailler dans cette fabrique jusqu’à ce que le taux et les conditions des salaires y aient été améliorés. L'action des chefs de l’Union sur les ouvriers qui en font partie est souvent plusexorbitante encore. Quand le travail manque et que la concurrence menace d’influer d’une manière fâcheuse sur le prix des journées, les chefs peuvent condamner à l’expatriation le quart, la moitié même des membres de l’Union. Le hasard en décide alors, et ceux qu’il désigne passent sans murmurer en Belgique ou en Allemagne. Au prix d’un pareil sacrifice la main-d'œuvre se relève : ceux qui restent profitent du vide qu'a occasionné le départ des autres.
Le chartisme, né au sein de ces Unions, en est la manifestation violente ; mais un autre élément a fortement contribué, depuis 1834, à fomenter cette révolte des classes laborieuses. Cet élément est la nouvelle condition que la réforme du paupérisme a faite aux hommes qui vivaient à l’ombre de cet antique abus. On sait que la loi des pauvres s'était perpétuée en Angleterre, depuis le règne d’Élisabeth jusqu’à nos jours, sans subir de modification profonde. Par cette loi, l’indigence était reconnue comme un titre et la charité comme un devoir administratif. Chaque paroisse avait à nourrir ses pauvres, et ceux-ci, quand
142 ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS, elle y manquait, pouvaient l'y contraindre judiciairement. Plus d’une fois, il en résulta des procès, tantôt de la part des indigents qui réclamaient des secours de la paroisse, tantôt de la part de la paroisse qui, à force de chicanes, parvenait à faire expulser de son sein de nombreuses familles d’indigents. La misère légale était donc vétilleuse et procédurière ; elle usait de part et d'autre de misérables détours. C'était à la fois un scandale social et une erreur économique.
Avec cette fixité qui caractérise les institutions anglaises, les choses n’en durèrent pas moins sur ce pied pendant près de trois siècles. Le paupérisme inonda la Grande-Bretagne d’une légion de pauvres, En 1776, sur la motion de Gilbert, le parlement ordonna une enquête à la suite de laquelle il fut établi que la taxe s'élevait à dix-sept cent mille livres sterling pour toutes les paroisses du royaume. A vingtcinq ans de là, cette somme avait plus que doublé; en 1801, le paupérisme coûtait à l'Angleterre quatre millions de livres sterling sur une population de neuf millions d'’âmes ; en 1818, huit millions de livres sterling sur douze millions d’âmes ; en 1833, huit millions cinq cent mille livres sterling pour quatorze millions d’âmes. Le tout pour l'Angleterre seule et sans que l'Écosse et l'Irlande y fussent comprises. Ces huit millions et demi de livres sterling, formant audelà de deux cents millions de francs, étaient distribués entre treize cent mille pauvres, ce qui donnait une proportion d’un pauvre par chaque sept habitants.
Les choses en étaient là quand le gouvernement ou-
LES CHARTISTES, | 413 vrit les yeux. Malgré le respect pour des vieilles lois et des traditions consacrées, il comprit qu'un pareil abus, s’il n’était extirpé ou contenu, dévorerait l’Angleterre. Évidemment le paupérisme devenait une profession et constituait la pire espèce d’oisifs, des oisifs misérables. Dans une paroisse de Sunderland, surdix-s2p t mille habitants, on comptait en 1831 quatorze mille pauvres. Aussi la taxe était-elle devenue fort onéreuse, et il arrivait fréquemment que pour soulager les indigents on en créait d’autres. Il était donc urgent d’aviser : le gouvernement s’y décida en 1834. Par un amendement à la loi des pauvres, il régularisa le paupérisme et lui affecta des asiles connus sous le nom de work-houses, maisons de travail. Désormais plus d'allocations d'argent de la part des paroisses, plus de secours à domicile. La maison de travail doit pourvoir à tout ; ouverte aux pauvres, elle leur donne de l'occupation en retour d’une nourriture abondante et saine, d’un logement, de vêtements, enfin des plus urgentes nécessités de la vie. Il est vrai que le régime de la maison de travail stipule une rigoureuse séparation des sexes et que la vie en famille y est interdite. C’est en cela que la réforme a été rude, trop rude peut-être. La claustration et l’isolement des sexes ont éloigné des maisons de travail la moitié au moins des hommes qui vivaient du paupérisme, et la taxe des pauvres est descendue presqu’instantanément du chiffre de près de neuf mullions à celui de quatre millions. Le régime d’Élisabeth n'existe plus et l'organisation actuelle du paupérisme rappelle, à peu de nuances près, celle de nos dépôts de mendicité.
Quoi qu'il en soit, du jour au lendemain, treize cents mille indigents ont été mis en demeure d’opter entre la discipline du work-house, ou le dénûment dans la liberté. Six cent mille au plus ont profité des dispositions de la loi; les autres, c’est-à-dire sept cent mille environ, ont préféré traîner au dehors une existence précaire ou demander au travail libre ce qu’autrefois ils demandaient à la charité officielle. Dans les tableaux rembrunis que divers statisticiens ont tracés de la misère anglaise, cette circonstance n’a pas été suffisamment mise en relief. Évidemment cette suppression subite de secours, cette économie de cent millions de francs, réalisée dès la seconde année, sur les subsides de la bienfaisance, ont dû provoquer çà et là bien des souffrances et occasionner bien des vides. Le spectacle de la misère extérieure a dû s’en ageraver, et cette masse flottante de pauvres, subitement délaissée par les paroisses, pèsera longtemps sur l’économie sociale et industrielle de l'Angleterre.
Il est impossible, en effet, que les conditions du travail n’aient pasété profondément atteintes par cette modification du paupérisme. Les cent millions que la charité légale ne fournit plus, il faut qu'aujourd'hui le pauvre les trouve dans le salaire. Le premier résultat de la réforme a donc été de rejeter vers les ateliers cette population naguère à demi-oisive. Coïncidant avec l’amoindrissement des débouchés extérieurs, cette irruption a dû contribuer à faire naître ce malaise qui a longtemps troublé les districts manufacturiers de l’Angleterre. Avec moins de sévérité dans le régime des work-houses, peut-êtreaurait-on évilé une par-
LES CHARTISTES. … 445 tie de ces froissements et ménagé la transition entre le paupérisme d’autrefois, paternel jusqu’à l’absurde, et le régime actuel, sombre au point d’éloigner le malheureux.
C’est du milieu de ces complications que s’est élesé le chartisme, premier et effrayant symptôme d’une décadence manufacturière en Angleterre. Tant que le système industriél a marché dans des voies prospères, aucune agitalion n’est venue troubler celte fortune et faire diversion à cette suite de conquêtes ; mais, au premier embarras, il a été facile de reconnaître les écueils d’un pareil régime. Desservir les besoins du globe entier est une gloire qui n’est pas sans périls, et quand on a dressé. des populations pour un travail gigantesque, il faut leur donner de l'aliment sous peine d'en être dévoré. Certes, il a été facile à la manufacture d’attirer à elle, par l’appât de salaires élevés, les gens de la campagne ; il lui serait moins aisé de rendre aux travaux agricoles les ouvriers qu'elle en a détournés. Quand on envisage de sang-froid cette question, tout y paraît confus et triste, et l’on comprend que les hommes politiques en aient détourné leur regard jusqu'à ce qu’ils aient eu la main forcée. |
On a pu lire plus haut un court historique du char- tisme et des phrases qu'il a parcourues. A l’origine, la violence y tenait une grande place, et les épisodes qui eur. nt pour théâtre le comté de Galles, se compliquent de coups de sabre et de fusil, d’arrestations etde condamnations à mort. Une représentation vigoureuse avait suivi ces premières tentatives, et un ins-
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tant on put croire que le parti ne survivrait pas à sa défaite. Cependant, vers le milieu de 1842, les chartistes reprirent courage en changeant de tactique : ils renoncèrent à l'emploi de la force et agirent dans les limites de la légalité. L'épisode de leur pétition au parlement a été raconté brièvement dans le précédent chapitre. Cette pétition arriva sur un char escorté par vingt mille signataires, avec drapeaux et musique ; elle fut présentée par M. Duncombe et soutenue par MM. Leader, Bowring, Fielden, Easthope, Hume, Wakley, O’Connell et Roëbuck. Elle fut rejetée et devait l'être, mais avec tous les honneurs de la guerre,
Depuis lors, les chartistes aspirèrent à devenir un parti plus politique qu’industriel, et c'est dans ce sens surtout qu’abondait la charte qu’ils se donnèrent. Cette pièce est assez curieuse pour mériter une mention. Il est dit dans le préambule que le meilleur moyen d'obtenir du peuple l’obéissance aux lois est de le faire concourir à l'élection des législateurs, et que, par conséquent, il y a lieu d'attribuer des droits électoraux à tout citoyen dans les formes et sous les restrictions suivantes :