‹ Études sur les réformateurs (volume 2)Chapitre 38 sur 56 · MANIFESTE DES ÉGAUX · texte numérisé non relu

MANIFESTE DES ÉGAUX

Égalité de fait, dernier but de Part social. (Condorcet.)

PEUPLE DE FRANCE

Pendant quinze siècles tu as vécu esclave, et par conséquent malheureux. Depuis six années, tu respires à peine, dans l'attente de l'indépendance, du bonheur et de l'égalité.

4, Voir le chäpitre des Communistes.

L'ÉGALITÉ, premier vœu de la nature, premier besoin de l'homme et principal nœud de toute association légitime ! Peuple de France, tu n’as pas été plus favorisé que les autres natjons qui végètent sur ce globe infortuné ! Toujours et partout la pauvre espèce humaine, livrée à des anthropophages plus ou moins adroits, servit de Jouet à toutes les ambitions, de pâture à toutes les tyrannies. Toujours et partout, on berca les hommes de belles paroles : jamais et nulle part ils n’ont obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial, on nous répète avec hypocrisie : Les hommes sont égaux ; et de temps immémorial la plus avilissante comme la plus monsirueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humaïn. Depuis qu’il y a des sociétés civiles, le plus bel apanage de l’homme est sans contradiction reconnu, mais il n’a pu encore se réaliser une seule fois; l'égalité ne fut donc qu’une belle etstérile fiction de la loi. Aujourd’hui qu’elle est réclamée d’une voix plus forte, on nous répond : Taisez-vous, misérables ! L’égalité de fait n’est qu’une chimère; contentez-vous de l'égalité conditionnelle : vous êtes tous égaux devant la loi. Canaïlle, que te faut-il de plus? Ce qu’il nous faut de plus? Législateurs, gouvernants, riches propriétaires, écoutez à votre tour.

Nous sommes tous égaux, n'est-ce pas? Ce principe demeure incontesté, parce qu’à moins d’être atteint de folie, on ne saurait dire sérieusement qu'il fait nuit quand il fait jour.

Eh bien ! nous prétendons désormais vivre et mourir égaux comme nous sommes nés; nous voulons l’égalité réelle ou la mort; voilà ce qu'il nous faut.

Et nous l’aurons, l'égalité réelle, n'importe à quel prix. Malheur à ceux que nous rencontrerons entre elle et nous! Malheur à qui ferait résistance à un vœu __ aussi prononcé |

La révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la dernière.

Le peuple a marché sur le corps aux rois et aux prêtres coalisés contre lui; ilen fera de même aux nouveaux tyrans, aux nouveaux tartufes politiques assis à la place des anciens.

Ce qu’il nous faut de plus que l’égalité des droits ?

Il nous faut non pas seulement cette égalité transcrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Nous consentons à tout pour elle, à faire table rase pour nous en tenir à elle seule. Périssent, s’il le faut, tous les arts, pourvu qu'il nous reste l'égalité réelle.

Législateurs et gouvernants, qui n’avez pas plus de génie que de bonne foi, propriétaires riches et sans entrailles, en vain essayez-vous de neutraliser cette sainte entreprise en disant : Ils ne font que reproduire celte loi agraire demandée plus d’une fois avant eux.

Calomniateurs, taisez-vous à votre tour, et, dans le silence de la confusion, écoutez nos prétentions dictées par la nature et basées sur la justice.

La loi agraire ou partage des campagnes fut le vœu iastantané de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plutôt que par la raison. Nous tendons à quelque chose de plus

sublime et de plus équitable : le bien commun où la communauté de biens. Plus de propriété individuelle des terres, la terre n’est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde:

. Nous déclarons ne pouvoir souffrir davantage que la très-grande majorité des hommes travaille et sue au service et sous le bon plaisir de l’extrême minorité. |

Assez et trop longtemps moins d’un million d’individus disposa de ce qui appartient à plus de vingt millions de leurs semblables et de leurs égaux.

Qu'il cesse enfin ce grand scandale que nos neveux ne voudront pas croire ! Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés.

Qu'ilne soit plus d'autre différence parmi les hommes que celles de l’äge et du sexe. Puisque tous ont les mêmes facultés, les mêmes besoins, qu'il n’y ait plus pour eux qu'une seule éducation, une seule nourriture. Ils se contentent d’un seul soleil et d’un air pour tous : pourquoi la même portion et la même qualité d'aliments ne suffiraient-ils pas pour chacun d'eux ?

Mais déjà les ennemis d’un ordre de choses le plus naturel qu’on puisse imaginer déclament contre nous.

Désorganisateurs et factieux, nous disent-ils, vous ne voulez que des massacres et du butin.

PEUPLE DE FRANCE

Nous ne perdons pas de temps à leur répondre, mais nous te dirons : La sainte entreprise que nous organisons n’a d'autre but que de mettre un termèé aux dissensions civiles et à la misère publique.

Jamais plus vaste dessein n’a été conçu et mis à exécution. Dé loin en loin, quelques hommes de génie, quelques sages en ont parlé d’une voix basse et tremblante. Aucun d’eux n’a eu le courage de dire la vérité tout entière.

Le moment des grandes mesures est arrivé. Le mal est arrivé à son comble; il couvre la face du globe. Le chaos, sous lé nom de politiqué, y règne depuis trop de siècles. Que tout rentre dans l’ordre ét reprenne sa place. À la voix de l'égalité, que lés éléments de la justice et du bonheur s'organisent, l’instant est venu de fonder la république des égaux, ce grand hospice ouvert à tous les hommes. Les jours de restitution générale sont arrivés. Familles gémissantes, venez vous asseoir à la table commune dressée par la nature pour tous ses enfants.

PEUPLE DE FRANCE

LS

La plus pure de toutes les gloires t’'était donc réservée ! Oui, c’est toi qui, le premier, dois offrir au monde ce touchant spectacle.

D’anciennes habitudes, d’antiques préventions voudront de nouveau faire obstacle à l'établissement de la république des égaux. L'organisation de légalité

réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, ne plaira peut-être point à tout le monde. L’égoïste, l’ambitieux, frémiront de rage. Ceux qui possèdent injustement crieront à l'injustice. Les jouissances exclusives, les plaisirs solitaires, les aisances personnelles causeront de vifs regrets à quelques individus blasés sur les peines d'autrui. Les amants du pouvoir absolu, les vils suppôts de l'autorité arbitraire, ploiront avec peine leurs chefs superbes sous le niveau de l'égalité réelle. Leur vue courte pénétrera difficilement dans le prochain avenir du bonheur commun; mais quepeuvent quelques milliers de mécontents contre une masse d'hommes, tous heureux, et surpris d’avoir cherché si longtemps une félicité qu'ils avaient sous la main ?

Dès le lendemain de cette véritable révolution, ils se diront tout étonnés : Eh quoi ! le bonheur commun tenait à si peu? Nous n'avions qu'à le vouloir. Ah! pourquoi ne l’avons-nous pas voulu plus tôt? Oui, sans doute, un seul homme sur la terre, plus riche, plus puissant que ses semblables, que ses égaux, l’équilibre est rompu; le crime et le malheur sont sur la lerre.

PEUPLE DE FRANCE

A quel signe dois-tu désormais reconnaître l’excellence d’une constitution ?.. Celle qui tout entière repose sur l’égalité de fait est la seule qui puisse te convenir et satisfaire à tes vœux.

Les chartes aristocratiques de 1791 et 1795 rivaient

les fers au lieu de les briser, Celle de 1793 était un grand pas de fait vers l'égalité réelle, on n’en avait pas encore approché de si près, mais elle ne touchait point le but et n’abordait point le bonheur commun dont pourtant elle consacrait solennellement le grand principe.

PEUPLE DE FRANCE

Ouvre les yeux et ton cœur à la plénitude de la félicité : reconnais et proclame avec nous la république des égaux.

Noa ANALYSE DE LA DOCTRINE DE BABEUF

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