V. L’oubli de cette égalité a introduit parmi les hommes
Les fausses idées de bonheur;
Les égarements des passions ;
Le dépérissement de l’espèce ;
Les violences, les troubles, les guerres;
La tyrannie des uns et l'oppression des autres;
Les institutions civiles, politiques et religieuses qui, en consacrant l'injustice, dissolvent enfin les sociétés après les avoir longtemps déchirées.
La vue des distinctions, du faste et des Tate dontonne jouit pas, fut et sera toujours pour la multitude une soürce
NOTÉS.1 A NOTE E3r
inépuisable de tourments et d’inquiétudes. Il n’est donné qu’à un petit nombre de sages de se préserver de la corruption, et la modération est un bien que le vulgaire ne sait plus apprécier dès qu'il s’en est écarté. ; :
Quelques citoyens se créent-il de nouveaux besoins et in-
roduisent-ils dans leurs jouissances des raffinements inconnus àla multitude? La simplicité n’est plus aimée, le bonheur cesse d’être dans une vie active et dans une âme tranquille, les distinctions et les voluptés deviennent le suprême des biens, personne n’est content de son état, et tous cherchent en vain le bonheur auquel l’inégalité a en l'entrée de la société.
Plus on obtient de distinctions, plus on en désire, plus on excite la jalousie et la convoitise. De là tant d'entreprises extravagantes; de là cette soif si insatiable et si criminelle de l'or et du pouvoir; de là les haines, les violences et les meurtres; de là ces guerres sanglantes causées par l'esprit de conquêtes et par la jalousie de commerce, qui ne laissent pas à la pauvre humanité un seul instant de relâche.
Au milieu de ce bouleversement d’idées, la mollesse et le chagrin détruisent une partie de l'espèce, énervent l’autre, et préparent à la société des générations incapables de les dé. fendre. De l’attachement aux distinctions naissent les précautions que l’on prend pour les conserver malgré l'envie et le mécontentement qu’elles engendrent. Ces précautions sont les lois barbares, les formes exclusives du gouvernement, les fables religieuses, la morale servile; en un mot, la tyrannie d’un côté, l'oppression de l’autre. Cependant la voix de la nature ne peut être entièrement étouflée; elle fait pälir quelquefois ses enfants ingrats ; elle venge par seséclats les larmes de l'humanité, et si elle parvient rarement à la rétablir dans ses droits, elle finit toujours par renverser les sociétés qui en méconnurent les lois.
Si l’égalité des biens est une suite de celle de nos organes et de nos besoins, si les malheurs publics et individuels, si ja ruine des sociétés sont les effets nécessaires des atteintes qu’on lui porte, cett égalité est done de droit naturel.
ART. 2. Le but de la société est de défendre cette égalité, souvent attaquée par le fort et le méchant dans l’état de nature, et d'augmenter, par le concours de tous, les jouissances communes.
PREUVES
I. On entend ici par société l'association réglée par des conventions; et par état de nature, celui d’une société casuelle et imparfaite dans laquelle se trouvaient nécessairement les hommes avant de se soumettre aux lois.
Sans examiner ici si des attentats du genre de ceux dont il est fait mention dans l’article ont pu avoir lieu dans l’état de nature, il est évident que si les inconvénients de cet état déterminèrent les hommes à établir ces lois, ce ne furent que ceux qui naissaient de la violation de légalité. Quoi qu’il en soit, la conservation de l’égalité est le but de l’association, parce que ce n’est que par elle que les hommes réunis peuvent être heureux.
IT. En réunissant leurs forces, les hommes voulurent assurément se procurer le plus grand nombre de jouissances dont ils avaient l’idée par le moins possible de peines.
Or, l'abondance des choses nécessaires assure ces jouissances, et est elle-même assurée par le travail des associés, qui n’est pour chacun d’eux le moindre possible que lorsqu'il est réparti sur tous.
ART. 3. La nature a imposé à chacun l'obligation de travailler : nul n’a pu, sans crime, se soustraire au travail.
PREUVES
I. Le travail est pourtant un précepte de nature : A0 Parce que l’homme isolé dans les déserts ne saura, sans un travail quelconque, se procurer de la subsistance;
20 Parce que l’activité que le travail modéré occasionne est une source de santé et d’amusement.
II, Cette obligation n’a pu être affaibe par la société ni pour tous, ni pour chacun de ses membres.
10 Parce que sa conservation en dépend ;
2 Parce que la peine de chacun n’est la moindre possible que lorsque tous y participent.
ART. 4, Les travaux et jouissances doivent être communs.