‹ Études sur les réformateursChapitre 45 sur 64 · APTITUDES PROFESSIONNELLES · texte numérisé non relu

APTITUDES PROFESSIONNELLES

« Si l'édification civilisée développait, dans chaque enfant, ses penchants naturels, on verrait presque tous les enfants … riches se passionner ‘pour divers travaux très-populaires, tels que maçonnerie, charpente, forge, sellerie. J’ai cité Louis XVI qui aimait l’état de serrurier; un infant d’Espagne préférait celui de cordonnier; tel roi de Danemark se plaisait à fabriquer des seringues; l’ancien roi de Naples aimait à vendre lui-même, au marché, le poisson de sa pêche; le prince de Parme, élevé par Condillac aux subtilités métaphysiques, n'avait de goût que pour l’état de marguillier et de frère.

» La majeure partie des enfants donnerait dans ces goûts vulgaires, si l'éducation civilisée n’en contrariait pas le développement, et si la saleté des ateliers et la grossièreté des ouvriers ne créait pas des répugnances plus fortes que les attractions. Quel est l'enfant de prince qui n’ait du goût pour l’une des quatre fractions que je viens de citer, maçon, menuisier, forgeron, sellier, et qui n’y fit des progrès, s’il voyait, dès son bas âge, ce travail exercé dans de brillants ateliers par des gens polis, qui ménageraient toujours aux enfants un atelier en minialure, avec de menus outils et de menus travaux.

» Chaque série industrielle doit donc disposer un local pour les bambins èt les chérubins qui voudront mordre à l’hameçon. Un groupe d’enfants préférera aux lambris dorés de petites tenailles et de petites gâches, avec un petit tas de mortier à broyer, une menue forge et de menues enclumes qu’on lui ménagera à côté des grands forgerons. Ces enfants seront

triomphants de pouvoir fournir quelqu’une des pièces d’un ouvrage fabriqué à leurs côtés. Un autre appât sera le luxe de chaque série en parade. Celle des forgerons paraît aux jours de fête en Gyclopes; elle figure ainsi sur le théâtre de sa ‘Phalange. Ses salles représentent des antres effrayants qui plairont aux enfants mieux que les meubles somptueux d’un salon. En exerçant ainsi les enfants en bas âge, on se ménage toujours un levier d’amour-propre, en leur réservant une portion facile du travail. Construit-on un édifice, on leur garde un pan de mur. peu important; on y conduit leur groupe en grand appareil, en le faisant défiler à la parade matinale avec "ses petits outils et ses costumes du travail. » (Tbid., t. I, pag. 97,)

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