MÉDECINE HARMONIQUE
« En civilisation, le médecin gagne en proportion des malades qu’il a traités. 11 lui eonvient donc que les maladies soient nombreuses et longues, principalement dans la classe riche.
» Le contraire a lieu en Harmonie. Les médecins y sont rétribués par un dividende sur le produit général de la Phalange. Ce dividende est conditionnel pour le taux; il s’accroit ou décroit en raison de la santé collective ou comparative de la Phalange entière. Moins elle aura eu de malades et de morts dans le courant de l’année, plus le dividende alloué aux médecins sera fort. On estime leur services par les résultats
1. Quelques pages plus loin, Fourier riant lui-même de sa bataille gastrosophique, ajoute : « Si l’on ne résout pas le problème » sur une minutie comme les petits pâtés, on ne le résoudra pas » sur les branches supérieures comme le pain. »
et comparativement aux statistiques sanitaires des Phalanges voisines jouissant du même climat,
» L'intérêt des médecins harmoniens est le même que celui des assureurs sur la vie: ils sont intéressés à prévenir et non à traiter le mal. Aussi veillent-ils activement à ce que rien ne compromette la santé d'aucune classe, à ce que la Phalange ait de beaux vieillards, des enfants bien robustes, et que la mortalité s’y réduise au minimum. Les dentistes spéculent de même sur les rateliers. Moins ils opèrent, plusils gagnent. Aussi surveillent-ils assidûment les dents des enfants comme des pères. Bref, l'intérêt de ces fonctionnaires est que chacun ait bon appétit, bon estomac, bon ratelier. »
(Nouveau Monde industriel, pag. 201.)