GYMNASTIQUE
« La gymnastique harmonienne devra donner à l’exercice de tous les membres une proportion constante, afin d'éviter les disparates d’accroissement. D’ordinaire, la force et les. sucs se portent sur la partie exercée; de la vient qu’on voit les danseuses musclées et bien moulées d’en bas, bien souvent grêles dans le haut du corps. Le contraire a lieu chez les boulangers, qui ont le train d’en haut renforcé. Les vignerons, Cultivant des pentes ardues, sont fatigués de l’arrière par la déclivité du terrain, et la jambe reste grêle malgré la vigueur du corps. Même inconvénient affecte la cuisse du cavalier. C’est un phénomène parmi nous qu’un ambidextre, tandis qu’un monodextre, comme nous le sommes tous, passerait en Harmonie pour un estropié, et l’on jugerait bi-estropié celui qui, comme nous, ne ferait aucun usage de ses doigts du pied.
» Loin de réduire ses pieds à l’état de moignon sans in-
dustrie, un Harmonien de l’un ou de l’autre sexe fait parade des doigts du pied comme de ceux de la main, et leur procure, par l’industrie, un plein accroissement. Un organiste, en costume d’étiquette, étale des diamants aux pieds aussi bien qu'aux mains, en faisant mouvoir des claviers de touches pédestres., Un Harmonien exécute du talon tout service que nous faisons de la pointe du pied. Un tisseur ou organiste aura, dans ses deux jeux pédestres, des claviers garnis de pédales à l'arrière pour le jeu des talons, et des touches à l'avant pour le jeu des doigts. »
(Même livre, pag. 130 et suiv.)
ARMÉESINDUSTRIELLES.==GUERRE GASTRONOMIQUE
« Je ne parlerai pas des guerres d'amour qui ne seraient pas compatibles avec nos mœurs. Il suffit d’un tableau de régime gastrosophique pour faire connaître les intrigues des armées harmoniennes (piège aux Zoïûles, je les en préviens).
» Supposons une grande armée du douzième degré, d'environ 60 empires qui ont fourni chacun 40,000 hommes ou femmes. Les soixante divisions ou armées’ d’empire sont rassemhlées sur l’Euphrate, ayant leur quartier général à Babylone.
» Cette grande armée a choisi deux thèses de campagne, dont l’une en industrie, qui est l’encaissement de cent vingt lieues du cours de l’Euphrate; l’autre en gastrosophie, qui est la détermination d’une série des petits pâtés en orthodoxie hygiénique de troisième puissance à trente-deux sortes de petits pâtés, plus les foyers, tous adaptés aux tempéraments de troisième puissance.
» Les soixante empires qui veulent concourir ont apporté leurs matériaux, leurs farines et objets de garniture, les sortes de vins convenables à leurs espèces de pâtés. Chaque empire a choisi les gastronomes et pâtissiers les plus aptes à soutenir l’honneur national et à faire prévaloir ses sortes de petits
pâtés. Avant son arrivée, chaque armée a envoyé les ingénieurs disposer les cuisines de bataille. Les oracles et juges siégent à Babylone, et sont tirés, autant qu’il se peut, de tous les empires du globe.
» L’armée, forte de 600,000 combattants et de deux cents systèmes de petits pâtés, nn position sur l’Euphrate, formant une ligne d'environ cent vingt lieues, moitié au-dessus, moitié au-dessous de Babylone. Avant l'ouverture de la campagne, soixante cohortes de pâtissiers d'élite se délacheront pour le service de la haute cuisine de bataille du grand Sanhédrin gastrosophique de Babylone. C’est un haut jury qui a fait fonction de concile œcuménique sur la matière. En même temps, on détache des saixante armées cent vingt bataillons des pâtissiers de ligne qui se répartissent par escouades de chaque armée, pour fabriquer les petits pâtés, selon les instructions des chefs de thèse de leur empire.
» Chacune des soixante armées se classe dans le centre, ou les ailes, selon la nature de ses prétentions.
» L’aile droite en petits pâtés farcis . . . 20 » Le centre en vol-au-vent à sauce. . . . 25 60 » L’aile gauche en mirlitons garnis . . . 45
» L'affaire s’engage par des fourrés de l’un des trois corps, soit de l'aile gauche sur les mirlitons qui sont dégustés à Babylone par le grand Sanhédrin ou congrès des oracles et oraclesses. On ne peut présenter au concours plus de deux à trois systèmes par jour. La dégustation deviendrait confuse si elle excédait le nombre de trois.
» Au bout d’une semaine, employée à la dégustation des systèmes de l’aile gauche, le Sanhédrin rend un jugement provisoire d’après lequel les trois empires, France, Japon et Californie, ont remporté un très-grand avantage; que tels systèmes de mirlitons présentés par eux sont admis provisoirement.
( Ici figurent les détails de la bataille, qui sont fort comphqués.)
» À la fin de la campagne, il y aura eu 25 empires vaincus
et 36 triomphants, car un même empire peut réussir à faire adopter deux ou trois espèces de sa composition.
» Au jour du triomphe, les vainqueurs sont honorés d’une salve d’armée. Par exemple, Apicius est vainqueur pivotal ; on sert ses petits pâtés au début du diner. A l'instant, les 600,000 athlètes s’arment de 300,000 bouteilles de vin mousseux dont le bouchon ébranlé et contenu par le pouce est prêt à partir. Les commandants font face à la tour d'ordre de Babylone, et au moment où son télégraphe donne le signal du feu, on fait partir à la fois les 300,000 bouchons. Leur fracas, accompagné des cris de vive Apicius ! retentit au loin dans les antres des monts de l’Euphrate. Au même instant, Apicius reçoit du chef du Sanhédrin la médaille d’or portant en exergue : « À Apicius, triomphateur en petits pâtés à la bataille » de Babylone, donnée par les soixante Empires. » Leur nom est gravé sur le revers de la médaille 1. »
(Traité d'association, t. II, pag. 486 et suiv.)