‹ Études sur les réformateursChapitre 52 sur 64 · ÉPILOGUE SUR L’ANALOGIE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE SUR L’ANALOGIE

« En voyant un serin, tout vêtu de jaune, on peut dire, à coup sûr: cet oiseau représente quelqu'une des relations de paternité. En effet, le serin est le petit enfant gâté; il veut vivre de friandises, de sucreries. Les enfants gâtés ont un babil agréable, dépeint par le gazouillement du serin. Il est impétueux, furibond comme eux, il se fait bien servir et bien obéir. Aussi la nature lui a-t-elle placé la couronne sur la tête par emblème de l'enfant gâté qui est le roi dans le ménage. | | . » Le chardonneret est l’opposé du serin : son plumage gris boueux, mais propre et lustré, indique une pauvreté industrieuse. Il dépeint l'enfant issu de parents pauvres, tenu sévérement, élevé par eux aux idées ambitieuses. Par analogie, le chardonneret se plait sur le chardon, plante épineuse et sympathique avec la classe rustique, habituée aux épines de l’industrie. C’est pour figurer ces rapports que la nature met en sympathie sur le chardon deux personnages bien contrastés, le chardonneret, emblème de l’enfant studieux issu du paysan, et l’âne, emblème du paysan, de son patois ou braiement risible, de sa nourriture chétive, de sa résignation aux mauvais traitements et de sa solte obstination dans les vicieuses méthodes.

» Le chou est l’emblême de l’amour mystérieux, de ses intrigues masquées par centuple ruse pour échapper aux argus et aux obstacles. De même, le chou cache sa fleur sous les voiles de cent feuilles emboitées. Le chou-fleur, qui est la contre-partie du chou, dépeint la situation contraire, l’obstacle sans amour ni mystère, les ébats de la jeunesse libre qui voltige de plaisir en plaisir. Le chou-fleur a un certain vice de fétidité, comme l’artichaut, comme l’asperge. Dans les vices communs à ces trois plantes, la nature dépeint les différents désordres de l’amour libre.

» L'oiseau étant l'être qui s'élève au-dessus des autres,

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c’est sur sa tête que la nature a placé les portraits des sortes d'esprit dont les têtes humaines sont meublées. Aigle, vautour, paon, perroquet, faisan, etc., sont, quant à l’extérieur des têtes, le portrait de l’intérieur des nôtres.

» L’aigle, image des rois, n’a qu’une huppe chétive et fuyante en signe de la crainte qui agite l’esprit des monarques, obligés de s’entourer de gardes. Le faisan peint le mari jaloux tout préoccupé des risques d’infidélité. On voit une direction contraire dans la huppe du pigeon peignant l’amant sûr d’être aimé. Le coq est l'emblème de l’homme du monde, l’homme aux bonnes fortunes. Le canard est l’emblême du mari ensorcelé qui ne voit que par les yeux de sa femme. La nature, en affligeant le canard mâle d’une extinction de voix, a voulu peindre ces maris dociles qui n’ont pas le droit de répliquer, quand une femme a parlé. Le coq dépeint le caractère opposé, l’homme courtois qui sait maitriser les femmes. Mais laissons ce joli sujet, qui nous conduirait trop loin. »

(Monde industriel, p. 244 et suiv.)

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