MANIFESTE DE ROBERT OWEN INVENTEUR ET FONDATEUR
D'UN SYSTÈME DE SOCIÉTÉ ET DE RELIGION RATIONNELLES Traduit de l'anglais
I. — Le système de société qui a prévalu jusqu’à nos jours a pris sa source dans des notions imaginaires, issues d’un élat primitif, grossier et inexpérimenté de l'esprit humain.
II. — Toutes les circonstances extérieures qui régissent le monde sont l’ouvrage de l'homme et se ressentent de ces notions primitives et imparfaites.
IT. — Les faits qui ressortent de l'expérience prouvent, d’une manière évidente, à quiconque veut observer avec soin et sagement réfléchir, que ces notions primitives et grossières sont déplorablement erronées, et que, dans les âges précédents, qui peuvent être justement appelés la période irrationnelle de l'existence humaine, l’homme a été trompé par elles au sujet de sa propre nature, et conduit ainsi à devenir le plus imparfait et le plus inconséquent de tous les êtres.
IV. — L'histoire de la race humaine démontre invinciblement l’état grossier de l'esprit humain, et chacune de ses
1. Ce manifeste curieux, échappé à la plume de M. Owen, se rattache à l’audience que lord Melbourne, alors chef du cabinet anglais, lui fit obtenir de la reine Victoria, en janvier 1840, et semble avoir été provoqué par les plaintes que le clergé anglais éleva, à cette occasion, dans la chambre des lords. Comme on le verra, cette pièce comprend à la fois une exposition de système et une auto-biographie. À ce double titre, elle nous a paru, malgré ses longueurs, digne d’être reproduite. [Le style fera connaître l’homme. |
pages contribue à établir, avec détail, combien sa tendance est insensée et irrationnelle.
V. — Cette histoire a été une suite de guerres, de massacres, de pillages, de divisions interminables, d’opposition mutuelle à un état de paix et de bonheur; une longue période dans laquelle chacun a été en lutte avec tous et tous avec chacun; principe de conduite admirablement calculé pour enfanter le moins de prospérité et le plus de misère possible.
VI. — Toutes les institutions qui gouvernent le monde sont des émanations directes de ces primitives, grossi‘res et graves erreurs de nos ancêtres. |
VII. — En place de ce système d’une ignorance profonde qui force l’homme à devenir, dès son enfance, tant comme esprit, que comme conduite, un être irrationne!, inconséquent et incompétent pour juger ses erreurs les plus saillantes, je propose aujourd’hui à tous les peuples du globe un autre système de société ; un système entièrement nouveau, fondé sur des principes issus de faits invariables et en parfaite harmonie avec les lois de la nature; un système dans lequel l'assistance de tous sera acquise à chacun et l'assistance de chacun sera acquise à tous, principe admirablement calculé pour enfanter le plus de prospérité et le moins de misère possible.
VII. — Un système de vie humaine opposé en tous points au système passé et présent, un système qui créera un nouvel esprit et une nouvelle volonté dans tout le genre humain, et conduira ainsi Chacun, par une nécessité irrésistible, à devenir conséquent, rationnel, sain de jugement et de conduite.
IX. — Un système nouveau pour l’homme qui ouvrira les yeux sur la dégradation présente et passée de la race humaine, sur la démence et l’absurdité de nos institutions, sur l’impérieuse nécessité où l’on se trouve de changer toutes ces circonstances extérieures pour d’autres institutions basées sur les faits connus et en harmonie avec notre nature. Ces der-niers signes caractéristiques sont ceux auxquels tout homme peut distinguer la vérité de l'erreur.
X. — Un système si énergique qu’il peut seul mettre promptement un terme à l'ignorance humaine; arrêter les progrès du paupérisme et en anéantir le retour; couper court aux diverses superstitions qui règnent sur le globe et éloigner toutes les causes qui ont jusqu'ici divisé les humains, soit en fait, soit en intention; introduire une abondance inépuisable dans tout ce qui est nécessaire à la vie et aux plaisirs de l’homme, et lui rendre sa tâche de producteur plus agréable et plus facile.
XI. — Un système si méconnu et si puissant que, dans l’année même de son adoption, il réalisera sur cette terre plus de bien-être, plus d’aisance, plus de moralité, que n’a pu le faire, depuis des siècles, le vieux système, et qu’il ne le fera tant qu’il sera debout.
XII. — Un système si différent du système actuel, en théorie et en pratique, et dans son caractère général, qu’il effectuera ces réformes radicales avec calme, avec tranquillité, graduellement et sous l’empire d’un tel ordre, que personne n'aura à souffrir le moindre dommage dans ses intérêts * moraux et matériels; mais qu’au contraire chacun y trouvera une satisfaction et un bénéfice, en tous lieux, dans tous pays.
XIIT. — Bien plus, par égard pour les erreurs de l’ancien état social et pour ne blesser en aucune manière les consciences, le nouveau système arrangera les'choses de manière à ce que les vieilles superstitions de chaque peuple meurent de leur mort naturelle, avec le moins d’inconvénients possible pour les individus dont l'existence y est attachée, et avec le plus grand respect pour les faiblesses humaines.
XIV. — Comme ces deux systèmes sont parfaitement disüncts, il est évident qu'il n’y aura jamais fusion entre eux, même dans la période où l’un absorbera l’autre. Le vieux système est fondé sur une erreur, et il ne pourrait se défendre qu’à l’aide de subtilités et de mensonges. Le nouveau système est basé sur la vérité, et il n’admettra aucune déception ni dans Ja vie publique, ni dans la vie privée, pas pis entre individus qu’entre peuples,
XV. — Le fondateur du nouveau système a été, dans la première période de sa vie, un industriel. un homme d’affaires, d'ordre, d'expérience, et ils’est inspiré de cette connaissance et de cette pratique, pour combiner des institutions basées sur les principes de notre nature et en harmonie avec eux.