‹ Études sur les réformateurs ou socialistes modernes (volume 3)Chapitre 1 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Dans le chapitre précédent, il a été question du charlisme anglais et des points de contact qu'il peut avoir avec l'utopie de la communauté. Il reste maintenant à achever l'histoire de cette singulière manifestation, dont le caractère est à la fois social, politique et industriel. Ce sera l'objet d'une étude rapide.

Avant de l'aborder, il convient, pour éviter les malentendus, de décliner toute pensée de rapprochement entre la France et l'Angleterre, au point de vue du travail manufacturier. Le canal qui sépare les deux contrées est moins profond que ne le sont les différences et les incompatibilités des régimes

•1) Chartism , par Carlvlc. — A ionr ûi ihe Lancashire , |^r Tavlor. — The people's charter, Manifeste tîU caçule cbnrti.ste.

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qui les gouvernent. A peine y a-t-il lieu à des comparaisons de détail, à des analogies partielles. D'un côté, un peuple qui se compose de deux tiers d'agriculteurs contre un tiers d'industriels, de l'autre, une nation chez qui la proportion inverse prévaut, c'est-à-dire deux tiers d'industriels contre un tiers d'agriculteurs; ici, une démocratie qui a aboli, dans une nuit demeurée célèbre, tous les privilèges territoriaux, toutes les servitudes de la glèbe; là, une oligarchie à qui le sol est inféodé et qui sait se ménager, par le jeu des tarifs, le monopole des subsistances ; l'égalité de ce côté de la Manche, l'inégalité du côté opposé, voilà quel contraste offrent les deux pays à l'observateur le plus superficiel. Évidemment une diversité pareille éloigne l'idée d'uno appréciation comparative; elle ndique que chacune de ces races, chacun de ces Etats veulent être appréciés à pari, avec le cortège de phénomènes qui leur sont propres.

Le chartisme semble donc être un produit du régime manufacturier de l'Angleterre et des phases curieuses autant qu'alarmantes que ce régime vient de parcourir. Depuis un demi-siècle environ , l'activité industrielle a pris, dans le Royaume-Uni, un essor fécond au début, aujourd'hui plein de menaces. Avant que les deux grandes découvertes du siècle dernier, la vapeur et le tissage mécanique, eussent bouleversé les conditions d'existence des manufac-

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ivres britanniques, les populations, maintenues dans un équilibre régulier, se pa nageaient entre les travaux îles champs et les travaux des fabriques. Le tissage à la main occupait les veillées des chaumières, les bras des enfants* et des femmes pendant toute Tannée, ceux du cultivateur dans la saison où la terre se repose. Ainsi l'industrie se combinait avec l'agriculture , et la classe ouvrière trouvait de remploi sur toute rétendue du pays, sans être forcément attirée dans les centres d'agglomération. On devine sans peine combien cette distribution des travailleurs était favorable à la tranquillité et à la moralité publiques. Les séductions des villes, les tristes plaisirs qu'elles recèlent, la débauche qui y règne n'atteignaient pas alors ces populaiions disséminées, et la misère ne les frappait presque jamais en masse et collectivement. Au milieu des champs, la vie était plus facile , les ressources étaient plus variées. Quand l'industrie manquait aux bras , ils se reportaient vers la culture , et on s'épargnait de la sorte le triste spectacle d'une oisiveté forcée engendrant une détresse profonde. C'était toujours une existence précaire, mais sans alternatives douloureuses et protégée contre un extrême dénûment.

L'invasion des nouveaux agents industriels opéra, il y a soixante et dix ans environ , une révolution complète dans cet état de choses. L'industrie collective attaqua l'industrie isolée el l'écrasa; le travail

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mécanique emporta et anéantit le travail à la main. En songeant à ce bouleversement imprévu, on comprend , sans les partager, les colères des luddisles. Ces milliers de chaumières qui toutes avaient plusieurs métiers montés, se voyaient peu à peu réduites aux abois par les établissements gigantesques dont la vapeur animait les ingénieux mécanismes. Les bras de l'homme soutinrent jusqu'au bout la lutte contre les forces de la nature; ils ne cédèrent que devant l'irrécusable témoignage de leur impuissance. Alors seulement se produisit , dans l'équilibre des populations , un déplacement dont toutes les conséquences ne sont pas encore dégagées. Les moteurs mécaniques, en modifiant les termes de la production , venaient de l'élever à une puissance inconnue jusque-là. Le prix modéré des choses avait eu pour premier effet d'exciter la consommation , et bientôt les agents naturels qui, au premier abord, avaient paru évincer le travail humain, lui imprimèrent une énergie nouvelle. Les moyens perfectionnés de production exigèrent plus de bras que les moyens imparfaits naguère en vigueur, et l'industrie mécanique demanda un personnel infiniment plus nombreux que l'industrie manuelle. Une seule différence, mais une différence capitale , subsista entre les deux régimes : le travail aggloméré fit place au travail isolé. De là ces cités improvisées, ces villes dont la population semble monter comme le flux de

la mer, ces foyers immenses que Ton nomme Manchester, Birmingham et Soho, Leeds, les deux Bolion , Preslon , Slockport, Sheffield, Newcastle , Alaeclesfield et une foule d'autres places manufacturières , liier simples bourgs, aujourd'hui puissants chefs-lieux de L'industrie anglaise. Tout ce qui accompagne la production à bon marché s'était surle-cliamp fixé dans ces ateliers infatigables, le haut salaire, les commandes imposantes, la fourniture de presque tous les marchés du globe. On conçoit, dès lors, qu'un mouvement d'attraction se soit fait sentir dans la contrée environnante et que les travailleurs déclassés , tisseurs à la main ou autres, aient été peu à peu attirés vers ces foyers d'activité , désertant ainsi la vie des campagnes pour le tourbillon des cités manufacturières.

La première période de cette révolution s'accomplit presque sans douleur. L'Angleterre devait profiter seule d'abord des découvertes que le génie national avait fécondées, et jouir longtemps d'une prépondérance industrielle que les autres peuples n'étaient pas alors en mesure de lui disputer. Les ressources issues de la transformation mécanique entrèrent pour beaucoup dans les moyens d'attaque et de défense qu'elle déploya lors des guerres de l'empire ; elles servirent à fonder ce crédit financier qui arma le continent contre la suprématie militaire de la France. Même quand la paix fut venue , celle

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espèce de monopole exercé sur les marchés de l'univers ne lui point enlevé à l'Angleterre. Elle avait tout ce qui constitue les éléments d'une supériorité durable ; la possession antérieure, la force qui commande le respect , l'habileté qui triomphe des obstacles ; elle était en avance sur les autres peuples pour les procédés mécaniques et la conservait par des perfectionnements sans fin, par la délicatesse de l'exécution et la sûreté de la main-d'œuvre, par la discrétion des prix et la hardiesse de la spéculation maritime. C'est ainsi que se soutint ce travail nouveau , dont le mouvement avait quelque chose de fiévreux , et au bout duquel les esprits doués de quelque prévoyance apercevaient une crise.

En effet, l'industrie continentale , réchauffée par une longue paix , se relevait graduellement de lu torpeur qui l'avait frappée. Une lutte commerciale et industrielle commença, timide d'abord , limitée à certaines zones , puis plus délibérée et poursuivie sur une grande échelle. Dans cette manifestation, la France ne joue qu'un rôle subalterne et fort effacé. Pour la navigation marchande, le vrai rival de l'Angleterre est l'Union américaine, qui, se mesurant corps à corps , commence à balancer la fortune de la Grande-Bretagne. Des Etats de second ordre suivent ce mouvement , entre autres, la Suède, la Norwége, la Hollande et les villes hanséatiques dans l'Océan , l'Autriche et la Grèce dans la Méditerranée. Quant

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à la suprématie manufacturière , si l'Angleterre la conserve, ce n'est qu'au prix de grands efforts et non sans la voir chaque jour entamée. Pour bien des articles, la Belgique serait en mesure d'engager directement le combat ; l'Allemagne ferme ses marchés pour s'y préparer, et, avec plus de confiance dans ses forces, la France pourrait également entrer dans la lice. Ainsi, sur bien des points et par divers modes, s'est organisée une résistance aux empiétements de l'Angleterre, et le travail manufacturier éprouve déjà, de l'autre côté de la Manche, les effets de cette réaction commerciale et maritime.

Telle est la première cause des douleurs qui assiègent chez nos voisins le monde industriel et poussent les populations ouvrières vers la révolte. Il n'est point ici-bas d'excès qui ne s'expie. L'Angleterre a abusé de la puissance productive dont la vapeur et la mécanique l'ont soudainement investie ; elle porte la peine de cette effervescence. Elle ne pensait pas que l'empire industriel eût des limites, elle a cru à des débouchés inépuisables et éternels, elle n'a jamais supposé qu'on pût la déposséder de la fourniture du globe. Sa vie intérieure, les mœurs, les besoins de ses regnicoles , l'activité de ses villes , tout s'est mis à l'unisson de cette prétention et de celte croyance. Le fabricant a eu foi dans la durée des bénéfices, l'ouvrier a compté sur la perpétuité d'un Rros salaire. Des deux côtés on a non-seulement

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joui du présent , mais encore engagé l'avenir. Les choses ont été ainsi conduites, avec une telle ardeur et une imprévoyance si grande qu'aujourd'hui à tout débouché qui se ferme au dehors ou seulement dé* croît, correspondent dans la zone manufacturière de l'Angleterre une souffrance, un malaise réels. L'Asie entière à alimenter et de vasles débouchés ouverts dans les quatre autres parties du monde n'ont pu éteindre celle fièvre de production, toujours plus intense et plus vive. A la première halte, au premier temps d'arrêt , il y a eu secousse et ébranlement.

Les crises industrielles se ressemblent toutes. Menacé dans ses profits, le manufacturier s'en est pris à l'ouvrier ; il a songé à des réductions de salaire. C'est surtout dans le Lancashire et dans les fabriques de lissage et d'impression que la dépréciation du prix de la main-d'œuvre a été le plus sensible. Ainsi , dans l'enquête ordonnée par la chambre des communes, il a été constaté qu'à Stockport , des familles de six personnes , dont quatre enfants , qui autrefois gagnaient de vingt-deux à vingt-trois schellings par semaine, ont été obligées de pourvoir à leurs besoins avec la modique somme de trois à quatre schillings, à peine suffisante pour les empêcher de mourir de faim. Les rapporls des commissaires fourmillent de semblables détails qu'il faut accepter toutefois avec réserve. Dans certaines localités, le manufacturier a ajouté aux réductions de salaire

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une autre sorte d'exploitation, celle d'un payement en nature, connu sous le nom de Iruck syslcm (système de hoc ou (rechange). An lien de loucher le prix de la journée en argent, l'ouvrier reçoit alors les déniées qui lui sont nécessaires pour sa consommation quotidienne. C'est le fabricant qui fournit ces divers articles, et naturellement il les grève d'un bénéfice qifil s'attribue. Comment les ouvriers débattraient-ils soit le prix , soit la qualité des objets qui leur sont livrés? Dans de pareils marchés, le maître a toujours la haute main, et quand le travail est offert , quand les métiers chôment , il ne reste plus à Partisan qu'à subir la loi qu'on lui dicte.

Pour résister a une oppression de ce genre, l'ouvrier n'avait que deux moyens, la ruse ou la violence. Il a employé l'un et l'autre. Le Iruck syslem a donc engendré les unions de travailleurs connues sous le nom de traders unions et le chartisme. Ces unions constituent une véritable ligue de l'ouvrier contre les maîtres, comme le système des trocs constitue une exploitation du maître au préjudice des ouvriers. Un ouvrier, membre d'une union, ne s'appartient plus; il a des chefs, ouvriers comme lui, investis de ce mandat par l'élection , qui peuvent disposer de son temps , de ses bras , de son salaire , comme bon leur semble. Les membres de l'union ne travaillent que lorsque les chefs le permettent ; ils désertent un atelier au premier ordre et n'y rentrent que

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lorsque l'interdit est levé. Cette organisation n'est puissante qu'au prix d'une soumission semblable et d'une obéissance absolue. Un manufacturier met-il en vigueur dans ses ateliers le système des trocs , ou diminue-t-il les salaires d'une manière onéreuse, à l'instant les chefs de l'union s'assemblent et décident que les membres s'abstiendront de travailler dans cette fabrique jusqu'à ce que le taux et les conditions des salaires y aient été améliorés. L'action des chefs de l'union sur les ouvriers qui en font partie est souvent plus exorbitante encore. Quand le travail manque et que la concurrence menace d'influer d'une manière fâcheuse sur le prix des journées , les chefs peuvent condamner à l'expatriation le quart , la moitié même des membres de l'union. Le hasard en décide alors, et ceux qu'il désigne passent sans murmurer en Belgique ou en Allemagne. Au prix d'un pareil sacrifice la maind'œuvre se relève : ceux qui restent profitent du vide qu'a occasionné le départ des autres.

Le charlisme , né au sein de ces unions , en est la manifestation violente ; mais un autre élément a fortement contribué, depuis 1834, à fomenter cette révolte des classes laborieuses. Cet élément est la nouvelle condition que la réforme du paupérisme a faile aux hommes qui vivaient à l'ombre de cet antique abus. On sait que la loi des pauvres s'était perpétuée en. Angleterre depuis le règne d'Elisabeth

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jusqu'à nos jours sans subir de modification profonde. Par celle loi , l'indigence était reconnue comme un litre el la charité comme un devoir administratif. Chaque paroisse avait à nourrir ses pauvres, et ceux-ci, quand elle y manquait, pouvaient l'y contraindre judiciairement. Plus d'une fois , il en résulta des procès , tantôt de la part des indigents qui réclamaient des secours de la paroisse, tantôt de la part de la paroisse qui , à force de chicanes , parvenait à faire expulser de son sein de nombreuses familles d'indigents. La misère légale était donc vétilleuse et procédurière ; elle usait de part et d'autre de misérables chicanes. C'était à la fois un scandale social et une erreur économique.

Avec celle fixité qui caractérise les institutions anglaises , les choses n'en durèrent pas moins sur ce pied pendant près de trois siècles. Le paupérisme inonda la Grande-Bretagne d'une légion de pauvres. En 1776, sur la motion de Gilbert, le parlement ordonna une enquête à la suite de laquelle il fut établi que la taxe s'élevait à dix-sept cent mille livres sterling pour toutes les paroisses du royaume. A vingt-cinq ans de là, celte somme avait plus que doublé; en 4801, le paupérisme coûtait à l'Angleterre quatre millions de livres sterling sur une population de neuf millions dames; en 1818, huit millions de livres sterling sur douze millions d'âmes; en 4 853, huit millions cinq cent mille livres sler-

ling pour quatorze millions d'àmes. Le tout pouf l'Angleterre seule et sans que l'Ecosse et l'Irlande y fussent comprises. Ces huit millions et demi de livres sterling, formant au delà de deux cent millions de francs, étaient distribués entre treize cent mille pauvres, ce qui donnait une proportion d'un pauvre par chaque sept habitants.

Les choses en étaient là quand le gouvernement ouvrit les yeux. Malgré le respect pour des vieilles lois et des traditions consacrées , il comprit qu'un pareil abus, s'il n'était extirpé ou contenu , dévorerait l'Angleterre. Evidemment le paupérisme devenait une profession et constituait la pire espèce d'oisifs, des oisifs misérables. Dans une paroisse de Sunderland, sur dix-sept mille habitants, on comptait en 4831 quatorze mille pauvres. Aussi la taxe était-elle devenue fort onéreuse , et il arrivait fréquemment que pour soulager les indigents on en créait d'autres. 11 était donc urgent d'aviser : le gouvernement s'y décida en 1834. Par un amendement à la loi des pauvres , il régularisa le paupérisme et lui affecta des asiles connus sous le nom de ivork houses, maisons de travail. Désormais plus d'allocations d'argent de la part des paroisses , plus de secours à domicile. La maison de travail doit pourvoir à tout ; ouverte aux pauvres , elle leur donne de l'occupation en retour d'une nourriture abondante et saine, d'un logement, de vêtements, enfin des

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plus urgentes nécessités de la vie. 11 est vrai que le régime de la maison de travail stipule une rigoureuse séparation des sexes et que la vie en famille y est interdite. C'est en cela que la réforme a été rude, trop rude peut-être. La claustration et l'isolement des sexes ont éloigné des maisons de travail la moitié au moins des hommes qui vivaient du paupérisme , et déjà la taxe des pauvres est descendue du chiffre de près de neuf millions à celui de quatre millions. Le régime d'Elisabeth n'existe plus et l'organisation actuelle du paupérisme rappelle , à peu de nuances près , celle de nos dépôts de mendicité.

Quoi qu'il en soit , du jour au lendemain , treize cent mille indigents ont été mis en demeure d'opter entre la discipline du work house ou le dénûment dans la liberté. Six cent mille au plus ont profité des dispositions de la loi ; les autres, c'est-à-dire sept cent mille environ , ont préféré traîner au dehors une existence précaire ou demander au travail libre ce qu'autrefois ils demandaient à la charité officielle. Dans les tableaux rembrunis que divers statisticiens ont tracés de la misère anglaise , cette circonstance n'a pas été suffisamment mise en relief. Évidemment celte suppression subite de secours, celle économie de cenl millions de francs, réalisée dès la seconde année , sur les subsides de la bienfaisance , ont dû provoquer ça et là bien des souffrances et occasionner bien des vides. Le spectacle de la misère exlé-

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rieure a dû s'en aggraver, et cette masse flottante de pauvres , subitement délaissée par les paroisses, pèsera longtemps sur l'économie sociale et industrielle de l'Angleterre.

Il est impossible, en effet, que les conditions du travail n'aient pas été profondément atteintes par celle modification du paupérisme. Les cent millions que la charité légale ne fournit plus , il faut qu'aujourd'hui le pauvre les trouve dans le salaire. Le premier résultat de la réforme a donc été de rejeter vers les ateliers cette population naguère à demi oisive. Coïncidant avec l'amoindrissement des débouchés extérieurs, cetie irruption a dû contribuer à faire naître ce malaise qui trouble depuis quelque temps les districts manufacturiers de l'Angleterre» Avecmoins desévérité dans le régime des ivork houses, peut-être aurait-on évité une panie de ces froissements et ménagé la transition entre le paupérisme d'autrefois , paternel jusqu'à l'absurde , elle régime actuel , sombre au point d'éloigner le malheureux.

C'est du milieu de ces complications que s'est élevé le chartisme , premier et effrayant symptôme d'une décadence manufacturière en Angleterre. Tant que le système industriel a marché dans des voies prospères , aucune agitation n'est venue troubler cette fortune et faire diversion à cette suite de conquêtes ; mais , au premier embarras , il a été facile

de reconnaître les éeueils d'un pareil régime. Desservir les besoins du globe entier est une gloire qui n'est pas sans périls, el quand on a dressé des populalions pour un travail gigantesque , il faut leur donner de l'aliment sous peine d'en être dévoré. Certes, il a été facile à la manufacture d'attirer à elle , par l'appât de salaires élevés , les gens de la campagne; il lui serait moins aisé de rendre aux travaux agricoles les ouvriers qu'elle en a détournés. Quand on envisage de sang-froid celle question, tout y paraît confus et trisle , et l'on comprend que les hommes politiques en détournent leur regard, comme l'a fait sir Robert Peel.

On a pu lire plus haut un court historique du chartisme et des phases qu'il a parcourues. Cette manifestation est fort récente , el l'échauffourée de Frost et de Williams en marque les débuts. A l'origine, la violence y tenait une grande place, et les épisodes qui eurent pour ihéâlre le comté de Galles , se compliquent de coups de sabre et de fusil , d'arresiations et de condamnations à mort. Une répression vigoureuse avait suivi ces premières tentalives, et un instant on put croire que le parti ne survivrait pas à sa défaile. Cependant, vers le milieu de 1842 , les chartistes reprirent courage en changeant de tactique : ils renoncèrent à l'emploi de la force et agirent dans les limites de la légalité. L'épisode de leur pétition au parlement a été raconté brièvement

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dans le précédent chapitre. Cette pétition arriva sur un char escorté par vingt mille signataires, avec drapeaux el musique ; elle fut présenlée par M. Duncombe et soutenue par MM. Leader, Bowring, Fielden , Easlhope, Hume, Wakley , O'Connell et Roebuck. Elle fut rejetée et devait l'être , mais avec tous les honneurs de la guerre.

Depuis ce temps , les chartisles aspirent à devenir un parti plus politique qu'industriel , et c'est dans ce sens surtout qu'abonde la charte qu'ils se sont donnée. Celte pièce est assez curieuse pour mériter une mention. 11 est dit dans le préambule que le meilleur moyen d'obtenir du peuple l'obéissance aux lois est de le faire concourir à l'élection des législateurs , et que, par conséquent , il y a lieu d'attribuer des droits électoraux à tout citoyen dans les formes et sous les restrictions suivantes :

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