‹ Études sur les réformateurs ou socialistes modernes (volume 3)Chapitre 2 sur 13 · CHARTE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

CHARTE DU PEUPLE

« Tout habitant mâle des trois royaumes sera apte à voter,

« 1° S'il est né dans le pays ou s'il est naturalisé après deux ans de résidence ;

« 2° S'il a vingt et un ans;

« 3° S'il n'est pas dans un état de démence constaté au moment de la révision des listes ;

i 4° S'il n'a pas été convaincu de félonie ;

* 5° Si ses droits électoraux ne sont pas suspeu-

LES Cil AUTISTES. 2!

dus pour cause de fraude , de dissimulation, de faux dans le cours de l'élection. »

A la suite de celle déclaration de droits , vient un règlement qui divise le Royaume-Uni en trois cents districts électoraux , composés autant que possible d'un nombre égal d'habitants, cl nommant chacun un député à la chambre des communes. Les moindres détails des opérations sont prévus et réglés dans cette pièce qui forme un véritable code sur la matière et qu'ont signée les hommes les plus importants du charlisme , MM. Vincent, Lovelt , James O'Brien , Joseph Wood et M. Fergus (VConnor. Outre le suffrage universel, ces chartistes demandent encore l'élection annuelle, le vole secret et l'abolition du cens d'éligibilité. C'est la dernière limite du radicalisme extra-parlementaire.

Les troubles récents qui ont agité les districts manufacturiers ont dû naturellement reporter Patlenlion sur les chartistes et les faire accuser de complicité dans l'insurrection qui a embrassé Manchester, Bollon, Ashton, Oldham, Bury, Kochdale, Stockport, Leeds , et une foule d'autres villes industrielles. Les ouvriers quittaient alors de toutes parts leurs ateliers ou leurs mines , prêchaient par la parole ou imposaient à l'aide de sévices une suspension du travail , menaçaient les plus riches comtés de l'Angleterre, brûlaient les manufactures , dévastaient les maisons, se livraient à toutes sortes,

de désordres. Sur quelques points , à Preston , par exemple, il fallut que la troupe fît usage de ses armes, et il y eut quelques victimes. Comme hommes d'action , les chartisles durent se mêler au mouvement; voici le manifeste qu'ils publièrent au plus fort de l'insurrection :

i Frères , disait celte pièce , les grandes vérités « politiques qui sont agitées depuis cinquante ans,

* ont enfin tiré de leur torpeur les esclaves blancs « d'Angleterre , ces esclaves insultés et dégradés , « et leur ont rendu le sentiment de leurs devoirs « envers eux-mêmes, envers leurs enfants, envers « leur pays. Des dizaines de milliers d'hommes ont « jeté leurs instruments de travail. Vos maîtres

* tremblent devant voire énergie, et les masses,

< dans l'attente, surveillent avec anxiété celle « grande crise de voire cause. Le travail ne doit « plus être la proie des mai 1res et des despoles... « C'est pourquoi nous avons tous juré solennellei ment que l'heureuse occasion qui s'offre à nous k ne sera pas perdue, mais que nous ne nous remett irons au travail que le jour où les jusies griefs des « travailleurs auront cessé d'exisler , le jour où la

< charte du peuple étendra sa protection sur nous,

* sur nos femmes souffrantes , sur nos enfants dé- 2 soles. Anglais, le sang de vos frères rougit les

< rues de Preston et de Blackburn , et les meur- « triers ont soif d'en répandre encore... Soyons

l.F.S f.IIVRTISTES. 2.-,

i fermes Ct ne prêtons point à nos tyrans le fouet i dont ils nous frappent. Dans un rayon de cin-

< quanlc milles, autour de Manchester, toutes les machines sont en repos, excepté la roue utile des

< moulins à blé. Compatriotes et frères, des siècles « peuvent s'écouler sans qu'une action aussi unii venelle se reproduise. Le dé de la liberté est « jeté , nous devons , comme des hommes , en « courir toutes les chances. Que personne ne se * décourage... qu'aucun homme, qu'aucune femme, « aucun enfant ne rompre l'engagement solennel « que nous prenons, et si quelqu'un le fait, que i l'exécration des pauvres le poursuive. C'est mét riter l'esclavage que de s'y soumettre. Tous nos « moyens d'action sont préparés, et dans trois jours « votre cause sera soutenue par toute l'intelligence j que nous pouvons appeler à notre aide... Prêtezi nous force dans la crise ; aidez vos chefs ; ralliez-

< vous autour de notre saint drapeau et laissez la « décision au dieu de la justice et des batailles. >

Ce langage , au moment où les partis étaient en présence, et où le sang coulait , est celui d'hommes qui veulent se mêler au combat. Cependant les chefs charlistes désapprouvaient la prise d'armes et opposèrent à cette pièce un désaveu formel. Cela n'empêche pas que ce manifeste belliqueux ne fût émané du eharlisme et ne contînt l'expression de la majorité du parti. Dans toute opinion ardente se

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manifeste cette scission entre l'élite qui prétend contenir le mouvement et la masse qui veut le conduire aux dernières conséquences. Les chefs chartistes ont beau renfermer leurs efforts dans la poursuite d'une réforme politique, obtenue par les voies légales , le gros de leurs adhérents va plus loin et se précipite vers une révolution sociale et industrielle. Les trois millions de pétitionnaires qui se sont adressés au parlement n'ont pas été les derniers à prendre le fusil pendant les troubles des districts manufacturiers. De tels soldats n'obéissent à leurs généraux que dans la mesure de leurs passions et de leurs intérêts , et une question de salaire les touche d'une manière bien plus directe que le suffrage universel et le scrutin secret. Aussi , sur presque tous les points, aux cris qui réclamaient la charte se mêlaient des cris qui demandaient une rémunération plus élevée de la main-d'œuvre. Les mineurs de Newcastle et du Slaffordshire, voulaient que le prix de la journée fût fixé à quatre schellings, ceux du Lancashire ne portaient leurs prétentions qu'à deux et trois schellings. Partout le but le plus avoué, le plus apparent était de ramener les salaires au taux qu'ils avaient atteints de 1835 à 1856, date mémorable pour les existences manufacturières.

Malgré les efforts des hommes qui ont voulu s'emparer de la direction de ce parti , le chartisme ne peut donc être envisagé que comme une insurrcc-

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lion sociale, une sorte de jacquerie industrielle. Les ouvriers éclairés et modérés , comme le sont MM. Loveit et Vincent, ne parviendront jamais à dominer la turbulence et à réprimer l'indiscipline de la légion des travailleurs, réunie sous le drapeau du salaire. Les idées de bien-être et d'amélioration positive prévaudront longtemps encore, parmi eux, sur les abstractions constitutionnelles et parlementaires. Les vieux radicaux de l'école de Hunt et de Cobbett deviennent de plus en plus rares parmi les classes ouvrières, et en revanche les idées de révolution sociale, de communauté, de partage des forlunes, y font chaque jour plus de ravages. Le calcul personnel inspire ces révoltes et leur donne un caractère nouveau. M. Cooke Taylor cite un exemple remarquable de celle tendance. Un homme politique, un radical célèbre étant arrivé à Stockport, on provoqua un meeting } une réunion publique pour l'entendre sur les questions alors agitées dans le parlement. Tout avait été combiné pour donner quelque éclat à celte assemblée : la salle était spacieuse et pouvait contenir trois cents personnes ; un comité devaitrégler le programme de la soirée, rechange des discours et les compliments d'usage adressés à l'orateur. C'était surtout à un auditoire d'ouvriers que l'on avait fait un appel : on comptait sur une aftïuence. Le soir arriva , et à peine quelques rares curieux vinrenl-ils s'asseoir sur les bancs. A

ce spectacle, un radical de la vieille école ne put contenir son indignation. Il s'élança à la tribune, et là , par un procédé familier aux prédicateurs, il fit tomber sur les ouvriers présents la responsabilité de l'indifférence des absents :

« Ah ! s'écria-t-il, je vois ce qu'il en est : vous êtes « trop heureux aujourd'hui pour faire le moindre i cas des discussions politiques ; vous touchez trop « d'argent les samedis soirs pour vous soucier de « choses qui n'intéressent pas le ventre. Oh ! j'en « rougis pour vous; vous êtes tous devenus des tories. « Mais laissez que les mauvais temps reviennent et « vous porterez la peine de celle faute. Quand vous « aurez besoin d'appui, vous ne saurez plus distin- « guer vos amis de vos ennemis; vous frapperez « en aveugles et au hasard . Vous êtes des insensés î >»

La modification dont s'indignait le vieux radical et qu'il poursuivait d'une pareille sortie, a été le produit forcé des événements et de l'importance que la question manufacturière a soudainement acquise. Aujourd'hui une partie de la politique et de la constitution civile de l'Angleterre est enchaînée à ce problème. Sir Robert Peel l'avait en vue quand il rétablissait dernièrement Yincome tax et remaniait les tarifs des douanes. Le débouché extérieur, comme aliment d'une population nombreuse et comme garantie de grands capitaux engagés, est devenu, pour l'Angleterre, une affaire d'État, un souci essentiel.

LES CHARTISTES. il

La diplomatie en est désormais saisie, et les armes, s'il le faut, s'en mêleront. Si l'activité industrielle qui , depuis cinquante ans , jouit d'une expansion sans limites, était tout à coup comprimée, ou seulement gênée dans son essor, il pourrait en résulter une explosion dont les suites seraient incalculables. Déjà, aux yeux des observateurs les moins réfléchis, se révèlent des symptômes alarmants qui indiquent combien, dans toute société, les positions sont solidaires, en dépit des privilèges de convention et des abus de la puissance.

En effet, le travail manufacturier a introduit, dans la société anglaise , un élément qui tôt ou tard en changera les bases : cet élément est l'agglomération des ouvriers. Le travail, épars dans les campagnes, ne créait pas cet embarras et ne préparait pas cet avenir : il isolait les misères et ne les exaltait pas par la fermentation. Du reste, dans les villes mêmes, dans les foyers de production , la sécurité a dû régner, tant que le salaire a été suffisant et que l'existence des travailleurs a été lolérable. Il n'y a eu danger que le jour où les termes de cette situalion ont été changés, et ce danger subsistera , avec une alternative de révoltes et de châtiments, jusqu'à ce que la cause même du malaise ait disparu. L'ouvrier, placé en présence de son intérêt , n'est ni moins judicieux, ni plus aveugle que ses maîtres. Il rn-somic sa position et juge désormais ce qui l'en-

lourc, ce qui le domine. Dans la dernière insurrection , Tune des devises adoptées par la multitude était celle ci : « Un salaire suffisant en échange d'un « travail raisonnable. > Celle formule est simple ; elle résume le vœu universel des hommes qui vivent de leurs bras. Toutes les fois que le salaire ne correspondra pas au travail et le travail au salaire, il y aura souffrance , il y aura plainte , si ce n'est plus.

Cette équation implique en outre un troisième terme, c'est que le salaire corresponde aux besoins. Le salaire , en effet, n'a pas une valeur absolue ; il faut toujours le mettre en regard du prix des subsistances. Or voilà où est le véritable danger pour l'organisation économique de l'Angleterre. La baisse du salaire a dirigé les esprits vers la mercuriale des denrées alimentaires, et les privilèges du sol, qui se traduisent par les lois des céréales, ont dès lors été l'objet de haines sourdes ou d'attaques ouvertes. Le salaire élevé pouvait se concilier, dans une certaine mesure , avec le taux élevé des subsistances ; mais le salaire modique appelle nécessairement la vie à bon marché. De là, tout un ordre de réformes qui attaquent la classe privilégiée dans l'élément essentiel de sa richesse et de sa grandeur.

La réforme de la loi des pauvres a amené uncalcul analogue de la part des indigents qu'elle a déclassés. De temps immémorial , cette loi et les secours qui en découlaient, étaient regardés comme

une sorte de compensation aux droits étendus dont certaines classes sont investies. La charité légale répondait, dans la pensée du pays, au privilège territorial et au monopole des subsistances. C'était comme un pacte synallagmaliquc et presque une restitution. La loi guérissait ainsi d'une main les blessures qu'elle avait faites de l'autre. Or, aujourd'hui, aux yeux des intéressés, le contrat est rompu; le soulagement a cessé d'être ce qu'il était ; l'usurpation seule persiste. Ainsi, de deux côtés , se propage, parmi les classes inférieures, ce sentiment que les droits exorbitants du petit nombre sont désormais incompatibles avec le bonheur et l'existence des masses.

Dans les classes moyennes , la même impression commence à régner, et les manufacturiers surtout en sont arrivés à voir , dans le privilège territorial , la source de leur détresse. Le malheur porte conseil ; il oblige à de profonds retours sur soi-même. Jusqu'ici deux conditions avaient assuré aux industriels anglais la jouissance des débouchés les plus v.isies : c'était d'une part la puissance des capitaux, de l'autre la supériorité de l'exécution. Si , à ces (l«'ux avantages, on ajoute celui de la priorité, les facilités que garantit une navigation étendue , un génie d'entreprises qui n'a point d'égal , une hardiesse dans les affaires à laquelle il est difficile d'atteindre, enfin les qualités du peuple le plus marchand

oO LES CHARTISTtS.

(jui ait encore paru dans le monde et la tutelle d'un pavillon partout favorisé, on a lieu de s'étonner que la fortune ne soit pas restée plus longtemps fidèle à une race si richement douée et à des industries qui ne se sont jamais amollies, ni oubliées, même dans le succès. Cependant, tant de titres n'ont pas suffi pour conjurer une première déchéance. I. a concurrence s'en est mêlée ; les commandes ne se sont pas soutenues à la même hauteur. Soit que les manufactures anglaises eussent excédé la mesure d'une production raisonnable et versé un trop plein sur le inonde , soit que des fabricants rivaux fussent parvenus à les évincer de quelques marchés, à leur fermer quelques frontières, toujours est-il qu'il y a eu temps d'arrêt dans la prospérité industrielle du Royaume-Uni, malaise vague, puis souffrance sérieuse. Alors seulement les manufacturiers se sont aperçus qu'au milieu de leurs avantages , il en était un, le plus essentiel de tous, qui leur manquait : le bas prix de la main-d'œuvre. Pourquoi cela? A cause de la cherté des subsistances. Quelque réduit qu'il soit, le salaire représente toujours la somme stricte des besoins ; c'est la condition nécessaire pour que les forces de l'ouvrier ne s'épuisent pas et que le service se renouvelle.

Ces. plaintes de l'industrie, le commerce les a reproduites. Le commerce vit surtout d'échanges , et l'interdiction des céréales à l'entrée prive la navi-

LUS C1URT1STES. M

galion d'un transport imposant et la spéculation d'un alun, ni considérable. N'y a-l-il pas d'ailleurs quelque chose de contradictoire dans la double prétention d'approvisionner d'objets manufactufés tous les Marchés du globe, et de n'accepter en retour aucun des produits du sol qui ont des similaires en Angleterre? C'est se résigner à ne (aire qu'une opération au lieu de deux, et grever les articles exportés des difficultés et des restrictions imposées aux articles d'importation. De toutes les manières et sous tous les points de vue, il s'agit d'un impôt frappé sur les classes actives au profit des classes oisives, d'une contribution prélevée sur le commerce et l'industrie pour former la lisiecivile de l'aristocratie territoriale. Tel a élé renseignement le plus général qui soit ressorti de la dernière crise et de la révolte des districts manufacturiers.

Il se peut que L'industrie anglaise se relève de celle secousse. Au prix de quelques souffrances, elle diminuera son travailla plaçant les ouvriers qu'elle congédiera entre l'expatriation et le work house. Mieux réglée, la production reprendra probablement son assiette ; moins offerte, la marchandise se relèvera, et de meilleurs prix d'écoulement permettront de payer de meilleurs salaires. C'est un phénomène qui n'est pas nouveau dans l'histoire de l'offre et de la demande, qu'un relourde prospérité à la suite d'une crise industrielle. L'Angleterre pourra voir

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régner de pareilles intermittences, et le génie national, si fertile en ressources, ne lui épargnera pas les surprises. Mais dès à présent on peut augurer que ces retours de fortune seront plus brillants que solides, et que les germes de dissolution prévaudront loi ou lard sur ces apparences de vitalité. La vie à bon marché, voilà, dans l'avenir, la condition obligée des grandes zones manufacturières. Tout ce qui constitue aujourd'hui la supériorité de la production anglaise, la puissance du capital, l'habileté de l'ouvrier, la tradition mécanique, les relations, l'intelligence des débouchés, tout cela peut être égalé ailleurs, et alors celte lourde prime, payée aux détenteurs du sol, pèsera de tout son poids sur la maind'œuvre, celte âme de la manufacture. Ce sera le moment d'une lutte directe entre le privilège territorial, legs des temps anciens, et la liberté industrielle, fdle de l'âge moderne. Il faudra que l'un ou l'autre succombe.

Ainsi le charlisme est le produit des nouvelles conditions d'existence du travail manufacturier; il est sorti d'une modification dans les débouchés extérieurs et de la réforme récemment accomplie dans le régime du paupérisme Les ouvriers congédiés, les pauvres déclassés ont fourni les principaux élémenls-de celle association turbulente. De ce côlé de la Manche, on s'est fait quelques illusions sur la puissance de ces démonstrations et sur les misères

LES CU .M1SIKS.

q^ii les engendraient. Il convient d'écarter le& exagérations de re genre. La révolte charlislc a été jusqu'ici plus alarmante par les causes qui font amenée que par la résistance qu'elle a offerte. Nulle part elle n'a tenu contre les dragons envoyés pour la réduire, et il a suffi de quelques baïonnettes pour dissiper les plus formidables rassemblements. Quant à la misère des districts manufacturiers , elle est réelle, mais elle n'est que relative. Dans beaucoup de cantons de la France , le cultivateur trouverait que le sort de l'ouvrier anglais, même dans un temps de crise, est fort désirable et n'a rien qui effraye. On ne comprend pas d'ailleurs que les écrivains qui ont dressé d'hyperboliques tableaux de la misère britannique n'aient pas été arrêtés par une simple réflexion. Le workhouse (maison de travail) est ouvert à toute heure, à tout venant, homme ou femme, enfant ou vieillard ; il offre à ses hôtes un logement sain, une nourriture abondante ; il défraye très convenablement, de l'aveu même des pessimistes, les nécessités de la vie. Si donc il y a , au dehors, des misères pareilles à celles que l'on s'est plu à décrire, elles sont toutes volontaires, car le work liousc est précisément institué pour les secourir. Or comment croire qu'un homme se résigne à souffrir le mal quand il a , à ses côtés, le remède?

Le travail manufacturier n'a pas atteint en France

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des développements tels que Ton puisse y redouter une crise aussi générale que celle dont l'Angleterre a été le théâtre. Le ehartisme est un fruit du sol anglais; il est à espérer qu'il ne passera jamais la Manche. L'égalité civile règne parmi nous et le paupérisme n'y a jamais eu d'existence légale. Ce sont là de précieuses garanties contre une jacquerie industrielle.

Cependant il y a, dans ce qui se passe chez nos voisins, une leçon dont nous devrions profiter. Volontiers les manufacturiers nationaux appellent à leur aide la protection fiscale pour acclimater en France les industries artificielles ou imprimer des développements exagérés à celles qui y naissent naturellement. Le résultat de cette poursuite est de multiplier les grandes agglomérations d'ouvriers et de préparer au pays une situation qui ressemble beaucoupà l'état actuel de l'Angleterre. Si ces foyers industriels se formaient en pleine concurrence avec l'étranger et non à l'ombre de prohibitions imprévoyantes, ils seraient placés dans des conditions régulières de prospérité qui leur assureraient l'avenir et les empêcheraient de devenir jamais dangereux. Mais ce qui se crée aujourd'hui en France ou se développe en ce genre ne le fait que sous l'empire d'une vie factice et précaire. Les tarifs seuls élèvent une foule d'industries qui seraient caduques sans eux, et lient de nombreuses populations à ces exis-

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teneei irrégulières. Peut-être y aurait-il lieu de réfléchir, dès à présent et avant que le mal ne soit plus étendu, aux résultats d'un pareil système ; peutêtre devrait-on peser avec plus de soin les inconvénients de la vie manufacturière et ne pas en exciter, par des privilèges excessifs, les développements et les progrès. Le régime protecteur porte évidemment de ce côté le principal effort de l'activité française, et ce n'est pas remploi qui semble convenir à notre sol, ni à notre génie. En tout état de cause, les convulsions industrielles dont l'Angleterre est le siège doivent nous rendre désormais défiants, et il serait douloureux de penser qu'en favorisant outre mesure et artificiellement l'essor du travail manufacturier, nous préparons, de nos propres mains, un avenir de misères et de tempêtes.

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