‹ Études sur les réformateurs, ou socialistes modernesChapitre 14 sur 59 · Voyez Illustrations ofProplwcy, par Towers · texte numérisé non relu

Voyez Illustrations ofProplwcy, par Towers

mers se résignent. Il en est de même dans tout l'ordre physique : les poisons disparaissent, les bêles malfaisantes sont retranchées de la création, les animaux les plus farouches réclament les honneurs de la domesticité. Les lils d'Adam jouissent enfin d'un héritage laborieusement conquis ; ils sont les souverains de la terre, et élèvent jusqu'à Dieu leur concert de de victoire. Il n'y a plus ici-bas qu'un troupeau et qu'un pasteur, comme l'annoncent les Écritues. Ce régime est inséparable d'une paix universelle ; aussi les armées se dissolvent-elles, faute d'emploi. On ne tue plus, on ne punit plus ; le crime ayant cessé, la loi n'a plus besoin de glaive. Telle est l'Apocalypse de Towers, et Winchester ajoute qu'au moment où le millenium commencera, tout œil humain pourra distinguer, pendant vingt-quatre heures, le corps de Jésus-Christ suspendu sur l'équateur et visible d'un pôle à l'autre. Bellamy et Worthington font de cette métamorphose le point de départ d'un grand développement industriel, Sherlock celui d'une nouvelle fécondité agricole. Ainsi tout se trouve compris et intéressé dans cette seconde rédemption, le corps comme l'esprit; la béatitude est complète. C'est merveilleux en vérité, surtout lorsque l'on songe que ce grand secret se transmet depuis plus de mille ans, de rêveurs en rêveurs, de mystiques en mystiques. A ce compte, notre siècle, qui croyait avoir inventé la fraternité et la solidarité, la paix perpétuelle et la réhabilitation de la chair, ne serait plus qu'un plagiaire ; il aurait copié les chiliastes, il aurait refait le millenium. Pour l'émancipation du sexe, il se serait laissé devancer par

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Guillaume Postel; pour les chimères du travail collectif, parles communistes du xvie siècle. Triste, mais inévitable aveu! il n'y a plus désormais d'originalité, même dans l'absurde, et rien n'est nouveau ici-bas en l'ait de vertiges.

Les tentatives de ce genre ne sont pas même demeurées circonscrites dans les sphères de la spéculation. Comme il y a, dès l'origine des siècles, une école de théorie, il y a aussi une école pratique. On n*a pas la ressource de dire que la communauté n'a point été essayée : elle l'a été et à diverses fois. Les thérapeutes et les esséniens ont laissé des traces dans l'histoire, des imitateurs dans le cours des temps. Leurs statuts, tels que les retracent Philon et Josèphe, se retrouvent chez beaucoup de corporations religieuses ou civiles, et forment l'élément principal de plusieurs combinaisons imaginaires. Les esséniens n'avaient rien qui leur appartint en propre, ni maisons, ni terres, ni denrées; tout chez eux était à chacun et à tous. Ils vivaient sous un toit assigné, mais la porte en demeurait constamment ouverte au coreligionnaire. Leurs repas, pris en commun, donnèrent naissance à ces agapes célèbres dans les premiers âges de la chrétienté; leur continence devint la règle des ordres monastiques. On retrouve sans peine dans la vie de ces sectaires notre régime conventuel, qui impliquait l'abandon de toute richesse particulière au profit de la fortune collective ; on y découvre l'origine des bieus de main-morte, des bénéfices, des redevances de toute nature qui défrayaient les besoins des corporations religieuses. Mais ce qu'il faut voir

dans ces accidents de l'existence sociale, c'est moins le l'ait en lui-même que le mobile. Dans cet abandon du droit individuel, ce n'est pas la jouissance que l'on cherche, mais le sacrifice ; on n'y voit pas un plaisir, mais une épreuve. On sait bien que ce n'est point le bonheur sur la terre, on espère que ce sera le salut dans le ciel. La communauté est une expiation à laquelle on se résigne par piété, par fanatisme ; on comprend qu'elle n'est possible qu'avec l'esprit de détachement, de renoncement. Aussi n'y a-t-il rien à conclure de ces réalisations partielles, à moins qu'on ne prétende convertir le globe entier en un vaste monastère.

Diverses sectes ont même poussé les choses plus loin : elles ont admis le mélange des sexes dans la communauté, et substitué le travail collectif à l'oisiveté systématique du couvent, De ce nombre sont les moraves. Le lien principal de leur association est l'ascendant religieux des chefs, leur bienveillance et leur dévouement sans bornes. On obéit volontiers à qui commande avec justice. Les moraves vivent en commun l dans de vastes établissements. Chaque frère exerce un métier ou un art, et le produit de son travail est versé à la masse. Il n'y a entre eux d'autre hiérarchie que celle de l'âge. On distingue divers chutas dans chaque maison, des chœurs d'hommes et de femmes, de veufs et de veuves, de garçons et de

1. D'après des détails procis que donnent MM. Droz et de Gérando, le régime de la communauté n'existerait pas chez les Moraves, i't la propriété individuelle y serait formellement reconnue. Cette modification, si elle existe, doit être récente.

filles. Les enfants sont élevés ensemble, comme s'ils appartenaient au même père. Chez aucun sectaire, le mysticisme n'exerce un empire plus grand : leur dévotion à Jésus remplit entièrement leurs âmes. Les jeunes filles sont les épouses du Sauveur, leurs maris n'ont que le droit de procureurs fondés. La plaie latérale du Christ est l'objet d'une adoration particulière ; on voit cette plaie figurée sur leurs livres et sur les portes de leurs établissements. Des hommes qui se passionnent dans ce sens doivent évidemment regarder leur organisation temporelle comme un objet secondaire, et y apporter des dispositions qui rendent leur gouvernement facile. Les satisfactions que procure un culte mental étouffent ces jalousies , cette cupidité, ces ambitions, qui jettent tant de désordre dans nos sociétés humaines, et, grâce à l'ascendant religieux, la communauté morave se maintient, depuis un grand nombre d'années, sans interruption comme sans progrès.

Le même mobile se retrouve dans les colonies d'Indiens que fondèrent, vers le milieu du dernier siècle, les jésuites du Paraguay *. Les éléments différaient cependant sur un point. Ces Indiens vivaient à l'état sauvage, et l'application d'un mode de civilisation, quel qu'il fût, était pour eux un bienfait réel. Les jésuites d'ailleurs se montrèrent animés, à l'égard de leurs nouveaux sujets, de sentiments éclairés et bienveillants. Leurs missions ou réductions du Paraguay étaient gouvernées par un régime patriarcal tempéré

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