‹ Études sur les réformateurs, ou socialistes modernesChapitre 21 sur 59 · De l'Humanité, p · texte numérisé non relu

De l'Humanité, p

plume indépendante qui ne fût prête à le défendre. D'où vient donc que M. Pierre Leroux cherche un système hybride entre la propriété et la communauté? D'où vient qu'il nie l'une sans affirmer l'autre? Dans un écrit plus récent, il n'accepte le communisme que comme un état de transition, utile, non pour fonder, mais pour détruire. L'humanité est destinée assure-t-il, à le traverser dans l'ordre social, comme elle traversera le panthéisme dans l'ordre religieux. Qu'est-ce à dire? La communauté ne serait qu'un fléau, mais un fléau nécessaire? Quoi! les sociétés n'auraient marché dans des voies meilleures que pour voir leurs éléments se disperser au souffle du premier paradoxe ! On ne pourrait aspirer à une civilisation plus parfaite qu'en retombant dans les misères de la barbarie, et les créations futures ne s'élèveraient que sur les débris des institutions actuelles ! Est-ce là ce que prévoit M. Leroux? Cette théorie des évolutions de l'humanité nous semblerait bien peu scientifique et encore moins religieuse. Elle supposerait une Providence capricieuse, se plaisant dans le spectacle d'efforts sans résultat et d'entreprises sans issue. La conscience se refuse à admettre, dans l'ordre des destinées , un jeu pareil et cette alternative fatale. Mieux vaut croire à la perfectibilité lente et graduelle des sociétés. C'est un système qui naguère a eu des défenseurs ardents ; peut-être l'ont-ils abandonné pour un autre. Il s'appelait alors le progrès continu; aujourd'hui il a changé de nom. à ce qu'il semble : il est devenu le progrès intermittent.

Si M. Pierre Leroux veut être pris pour un écrivain sérieux, il est temps qu'il sorte du cercle de ses hésitations et de ses inconséquences. Il prétend qu'après le communisme se réalisera la vraie doctrine rfi I l&è, et que cette réalisation sera le produit d'un principe supérieur. Ou'il daigne donc descendre sur notre globe, ce principe merveilleux ; qu'il dise ce qu'il est, quel bien il doit faire, quel mal il peut empêcher. Si ce principe n'est pas celui de Saint-Simon et de Fourier, qui admettent une répartition proportionnelle : s'il n'est pas celui d'Owen et de Babeuf qui consacrent

I et; alité absolue ; s'il n'est ni le rêve de Campanella ni celui de Morelly, ni la vie conventuelle des esséniens et des moraves appliquée au monde profane, ni la révolte de Wiclef et de Muncer, ni l'extase des millénaires, ni la discipline des missions du Paraguay, ni le manifeste des égaux, ni le régime des icariens. qu'il se révèle, qu'il se fasse connaître; l'attenlion, sinon l'enthousiasme, ne lui manquera pas.

II y a encore place ici-bas pour les idées vraiment fécondes. Seulement l'heure est arrivée de quitter les divagations pour les énonciations précises. On peut monter sur le Sinaï et y séjourner dans les nuages pour attendre l'inspiration ; mais il faut en descendre avec les tables de la loi à la main. M. Pierre Leroux a épuisé le droit qu'a tout penseur de distribuer des paroles vides ; on attend désormais de lui autre chose qu'un mysticisme impuissant et diffus. Peut-être ses vues ne se sont -elles jamais portées au delà d'un christianisme philosophique renouvelé de Saint-Simon , d'une papauté politique tempérée

par des pouvoirs discrétionnaires. Dans ce cas, qu'il avoue sa prétention et qu'il la justifie, s'il le peut.

Tels sont le mouvement et la filiation des idées et des sectes communistes. On voit qu'elles n'ont jamais manqué d'interprètes, et que cet héritage s'est fidèlement Iransmis de rêveurs en rêveurs sans que la valeur en ait augmenté et que la clientèle s'en soit accrue. Rien ne périt ici-bas, pas plus le faux que le vrai ; tout égarement trouve de nouvelles victimes, toute folie pousse des germes et se reproduit obstinément. Qui pourrait assurer que ce ne sont pas là des exceptions, des anomalies nécessaires ? Peut-être les sociétés ont-elles besoin de ces activités inquiètes qui agissent sur elles comme aiguillon, et qui, en demandant l'impossible, les obligent à agrandir le cercle des améliorations réalisables. Quoi qu'il en soit, on aurait tort d'attribuer à cet accident des civilisations plus de valeur qu'il n'en a, et de le représenter comme plus dangereux qu'il n'est. On a déjà vu passer beaucoup de ces sectes qui, après une agitation stérile, ont été désarmées devant le bon sens public ; le communisme aura le même destin. Les systèmes qui mettent en cause la société tout entière ne sont jamais bien dangereux. La tâche est toujours hors de proportion avec l'effort, et il existe, dans l'ensemble des convictions et des intérêts, un contre-poids qui rend ces expériences inoffensives.

Ce qui fait justice de ces doctrines plus sûrement qu'aucune persécution, c'est le vide dans lequel on les voit s'agiter. Il est aisé de reconnaître, dès le pre

mier coup d'œil, que ces hommes qui veulent organiser un monde à leur guise ne connaissent pas les premiers éléments de celui qui existe. Leur prétention est de fonder une société sans famille, sans liberté, sans droit individuel. Tout leur idéal repose sur un sensualisme étroit ; les besoins du corps y occupent une telle place que l'âme en est presque exclue. La loi religieuse avait eu jusqu'ici l'admirable soin de ménager, hors de cette vie, des compensations aux misères qui l'assiègent, misères physiques ou misères morales, et ces dernières ne sont pas les moindres ; le nouveau régime porte la main sur ces illusions, les déclare indignes d'une raison saine et calme. L'homme est enchaîné à la terre; c'est en vue de la terre seule qu'il faut régler ses relations. Rien en-deçà, rien au-delà. Ainsi, par une logique exclusive, on arrive à ne tenir compte que du monde matériel et à proposer comme modèle le régime qui gouvernait l'Ile de Circé. Il n'y a pas à s étonner que, dans cette voie d'abaissement, on ait fait bon marché de la liberté, de la volonté de l'homme; qu'on ait contesté son mérite dans le bien, sa responsabilité dans le mal. C'était une conséquence rigoureuse de la réhabilitation de l'instinct, du rôle supérieur qu'on lui assignait. Dans les choses sensibles, l'être se trouve en effet assujetti à une impulsion qu'il ne peut pas toujours vaincre et dominer ; il obéit au ressort qui le fait mouvoir. Une détermination libre ne se concilie qu'avec un but hors de la vie et une force pour l'atteindre. L'aspiration de l'homme vers l'infini et sa puissance sur le tini se confondent ainsi en une

seule faculté qui lui sert à se conduire ici-bas en portant sa vue ailleurs. Hors de ce mobile, il n'y a plus que servitude aux exigences des sens ; et, dans ce cas, il importe de régler avant tout le gouvernement de la matière. C'est ce que font les apôtres de la communauté, au risque d'exciter des désirs qu'ils ne pourront pas combler, de déchaîner des passions qu'ils ne pourront pas satisfaire. Leur idéal se résume donc dans un naturalisme où la fatalité tient une grande pla^e, et qui les rattache à l'enfance des idées religieuses et philosophiques.

Sur ce terrain, il est évident qu'ils devaient rencontrer l'égalité absolue comme mobile social. Toutes les erreurs s'enchaînent. Si l'horizon de l'homme est limité au bonheur terrestre, si le sacrifice et le dévouement sont sans valeur comme sans but, il s'ensuit qu'en l'absence de toute compensation future, il faut poursuivre un équilibre immédiat, promener sur les existences un implacable niveau, et réduire les plus hautes aux proportions des plus petites. Ici pourtant, la loi naturelle condamne formellement ceux qui tout à l'heure s'en faisaient un appui. L'égalité absolue est si incompatible avec la destinée sociale et les relations des êtres, que, même abstraitement, les communistes les plus ingénieux n'en ont pu avoir la conception complète. Dans aucun des termes de la vie matérielle, l'égalité ne peut se réaliser : si tous les hommes ne consomment pas également, il ne produisent pas non plus également. De là une souveraine injustice, car il se rencontre souvent que les plus exigeants sont aussi les moins laborieux. Au sein des

petites communautés expérimentales de Robert Uwen, cette circonstance s'est toujours révélée. On a beau alléguer que le dévouement y suppléera et que le régime commun n'en est pas à quelques différences près entre les individus : cela prouve seulement qu'un système d'égalité rigoureuse est une chimère, même aux yeux de ceux qui la poursuivent. C'est une véritable inconséquence que de condamner une société parce qu'elle impose des sacrifices aux uns au profit des autres, et de proclamer ensuite un ordre nouveau où le sacrifice se constitue sous une forme plus odieuse encore. Avec une répartition qui se mesure sur les (ouvres, on a aujourd'hui une justice relative; avec une distribution des fruits du travail indépendante du travail même, on aurait une iniquité absolue.

Plus on pénètre dans l'examen des idées communistes, plus leur impuissance se révèle. Rien n'y a de sanction; tout flotte au hasard. Souvent les prétentions les plus contraires s'y trouvent en présence. Dans la sphère politique, les uns appellent une dictature inflexible, qui sache imposer au besoin le respect delà communauté; les autres proclament formellement l'anarchie, c'est-à-dire l'absence de maîtres. Il faut pourtant choisir et ne pas aller de la sorte d'un pôle à l'autre. Une communauté sans lois qui la règlent, sans autorité qui la maintienne, n'est autre chose que le paradoxe brillant du Discours sur Vinègalité, c'est-à-dire un retour volontaire vers l'indiscipline et l'abrutissement de l'état sauvage. Une communauté obligatoire aurait besoin d'être armée d'une bien grande force pour vaincre les résistances. Où est

cette force? peut-elle sérieusement exister? Dans la plupart des combinaisons imaginaires qui viennent d'être parcourues, on ne semble pas prévoir la ne site d'un pouvoir coactif, et l'on fait reposer sur l'harmonie inaltérable des volontés toutes les garanties de ce régime. Cependant le spectacle des sociétés actuelles n'invite guère à cette confiance au moins naïve. Pour y maintenir un ordre souvent troublé, ce n'est pas trop que d'avoir des tribunaux, des prisons, une police, des régiments. On se plaint de cette obligation deeévir, de cette lutte des esprits, de ce choc desaetivi tés rivales; mais, en jetant un coup d'œil sur le globe, il est facile de se convaincre que les peuples animés de ces dispositions sont les seuls qui se fassent une place supérieure parmi les autres, et président à la marche des civilisations. Aspire -t-on par hasard au bonheur indolent des Hindous? à la quiétude stationnaire de la Chine? Les gouvernements de discussion sont sujets a quelques misères, mais ils ont aussi une part de grandeur : ils forment les intelligences par le combat, par l'agitation, parle mouvement. Exposés à su voir attaquer, ils acquièrent les facultés nécessairespour se défendre. L'éducation publique s'achève ainsi, et de là naît cette ardeur réfléchie qui semble être la dernière limite de la sagesse des nations. Voilà ce qu'il faut comprendre lorsqu'on aspire a nstituer un état social, quel qu'il soit. Un peuple unanime dans ses idées n'est pas un point de départ que l'on puisse gravement accepter. Les passions De s'abdiquent pas. Sous quelque loi que l'on vive, il y aura toujours des ambitions mécontentes, des désirs

inquiets, des volontés rétives. Si c'est l'égalité que l'on proclame, il y aura des gens et en grand nombre qui voudront l'inégalité. On les comprimera, dit-on. Soit, mais alors l'égalité cesse : il y a des oppresseurs et des opprimés, des juges et des prévenus, des exécuteurs et des victimes. Le régime n'a changé que de nom : on recommence à distinguer entre les actes légitimes et ceux qui ne le sont pas, entre les idées permises et les idées défendues. A ce sujet, l'une des sectes communistes, plus conséquente que les autres, déclare que toute discussion du principe de la communauté sera sévèrement interdite et au besoin punie par l'esclavage perpétuel. A la bonne heure, voilà du moins une sanction ; mais qu'il soit permis de regarder encore comme plus raisonnable et plus humain un ordre social qui laisse, comme le nôtre, les partisans de la communauté libres d'en vanter les bienfaits et d'en célébrer l'excellence.

Pour le triomphe de leurs projets, les communistes comptent moins, il est vrai, sur ce qu'ils apportent que sur ce qu'ils suppriment. On vient de voir qu'en vue de leur principe constitutif, ils abolissent la discussion, c'est-à-dire la vie ; en l'honneur de leur principe économique, ils détruisent la propriété individuelle, c'est-à-dire l'activité. Il faut être peu versé dans l'histoire et dans la science des intérêts pour ignorer que la communauté n'est pas une combinaison nouvelle et qu'elle a présidé à la première exploitation du globe. Elle a précédé la propriété comme le grain précède la plante; elle ne peut pas à la fois avoir été le rudiment de la civilisation et en être le

bES IDEES ET DES SECTES COMMUNISTES. 125

dernier mot. Les communistes se Irompent de date : ils se croient au temps où l'homme n'avait que la voûte du ciel pour abri, et pour nourriture le gland du chêne. Alors le sol n'était pas découpé par morceaux; sur aucun point, on ne voyait de haies ni de barrières. L'usage des fruits de la lerre était un droit que rien ne pouvait ni limiter, ni prescrire; les tribus humaines se partageaient le désert et jouissaient en commun de la solitude. Si c'est là que l'on veut en revenir, le moyen est infaillible. Mais, pour quiconque ne se sent pas porté vers la vie primitive, la propriété est le véritable lien social. La vertu de la propriété se prouve par sa marche historique. Elle a formé le premier anneau d'une solidarité défensive entre les hommes ; elle a fondé le travail en assurant au travailleur la jouissance de ce qu'il pouvait produire. A l'aide de cette garantie, l'activité individuelle s'est éveillée ; le besoin grossier a déterminé le premier, effort ; le raffinement des besoins, d'autres efforts successifs, et c'est ainsi que, depuis cinq mille ans, l'humanité roule son rocher de Sysiphe. Voilà la fonction de la propriété ; elle est la mère des civilisations actuelles, et la prospérité des territoires peut se mesurer sur le degré de sécurité dont elle y jouit : ilorissants quand elle est respectée, misérables quand elle est en butte aux insultes, ils en suivent les phases, les fluctuations, les vicissitudes. Aujourd'hui enivre, l'état des pays orientaux, comparé à celui du continent européen, peut servir à constater la distance qui sépare une propriété respectée d'une propriété sans garanties. La communauté conduirait bien

plus loin encore dans les voies d'une infériorité d'exploitation et d'une décadence territoriale.

Les partisans de la communauté sont de singuliers économistes. Ils prennent le globe au point où la propriété individuelle l'a conduit, trouvent que la richesse acquise sous ce régime est bonne à partager, et s'imaginent qu'elle se perpétuera quand ils l'auront aboli. C'est une grave erreur. La richesse est dans le travail, elle n'est que là. Ce n'est pas un bien fixe, à jamais acquis pour un peuple; c'est un bien mobile, variable, proportionné à ses efforts. Hue toute activité demeure suspendue en France pendant une année seulement, et au bout de ce laps de temps la plus grande partie de la fortune nationale aura disparu, la consommation dévorant des produits qui ne seraient pas remplacés. Sans supposer une interruption aussi complète, toute diminution d'activité provoquera une diminution correspondante de richesse. La clef du problème économique est donc dans le régime qui assure au travail un stimulant énergique et direct. C'est ce que la propriété individuelle réalise, et ce que la communauté ne réalisera jamais. On connaît la fable de la poule aux œufs d'or ; c'est l'histoire de la propriété. Elle n'est féconde que parce qu'on ne porte pas sur elle une main impie. Ceux qui l'immoleraient pour lui dérober un trésor mystérieux n'y trouveraient que la misère. A quoi tient la puissance du travail? A la faculté de disposer pleinement et librement de ses faits. De là cette vigilance qui n'a pas de trêve, cette ardeur qui ne connaît pas de repos ; de Ja cet aiguillon de la concurrence, précieux instru-

DES IDÉE S ET DBS SBCTES COMMUNISTES. \i~

ment on butte aujourd'hui à dus déclamations fort peu

sensées. Que l'on substitue le mobile indirect au mobile direct, qu'on enlève les fruits du travail au travailleur pour les attribuer à la communauté, à l'instant même le résultat se modifie. On aura voulu une mer sans tempêtes, on aura une mer sans brise, avec la détresse et la faim à l'horizon.

Une autre prétention non moins singulière, au point de vue économique, et que le communisme place en première ligne, c'est celle d'investir le gouvernement de toutes les fonctions jusqu'ici réservées aux individus. Dans ce système, c'est l'État qui fait tout, qui pourvoit à tous les besoins, règle toutes les jouissances. L'État tient, qu'on nous permette cette expression, une table d'hôte immense ; il traite l'administration publique comme une sorte de société en commandite. Ce sont là des folies qui ne soutiennent pas l'examen : malheureusement, dans bien des cas, on y cède, on y obéit. Ainsi la tendance actuellement très-prononcée de concentrer le plus d'affaires possible entre les mains du gouvernement, de lui attribuer les rôles d'entrepreneur de chemins de fer, d'administrateur des canaux, de directeur des transports à vapeur, est une concession faite à cette soif d'accaparement, qui, en beaucoup de choses, nous prépare des mécomptes infinis. Ces services seraient bien faits, et c'est un point au moins douteux, qu'il en résulterait encore un dommage pour l'ensemble des intérêts nationaux. Partout où l'Etat s'attribue une action exclusive, il n'y a plus de place pour l'activité particulière : vis-à-vis de lui, pas de concurrence

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possible. Quand, peu à peu, l'esprit d'entreprises s'est éteint chez les individus, chassés de position en position, il ne reste plus que le génie officiel pour aviser à tout et pour tout faire. On tombe alors dans un monopole universel qui voue les nations à une sorte d'indolence contemplative.

On le voit, par aucun côté, le communisme n'a de valeur, même superficielle; il est sans consistance, et par conséquent sans danger. C'est donc à tort que l'on a pris dernièrement l'alarme : le communisme ne méritait pas cet honneur. La propriété, cela a élé dit souvent, ne court aucun risque en France, où elle s'appuie sur dix millions de cotes foncières. Plus elle s'avance dans les temps, plus elle se ménage de soutiens : la loi civile assure son règne, et les habitudes lui garantissent une longue sécurité. Même aux époques les plus troublées de notre histoire, elle a maintenu son drapeau au-dessus des passions des partis. Elle s'est montrée forte à l'état de privilège ; qu'on juge de ce qu'elle doit être sous l'empire du droit commun! Aujourd'hui elle a autour d'elle, comme rempart, la famille innombrable des petits propriétaires. On peut s'en remettre à cette milice dévouée du soin de contenir les spoliateurs ; il en sera fait bonne justice. Volontiers, depuis quelques années, on s'afflige du fractionnement du sol et de son exploitation morcelée. Il y a pourtant dans ce fait une garantie qu'il serait imprudent de méconnaîre. L'une des forces essentielles de la propriété est précisément dans cette division excessive; le grand nombre de déten leurs protège le sol contre les partages violents

et les pièges de l'empirisme. En retour de cet avantage capital, ne convient-il pas de se résigner à quelques inconvénients inévitables ?

On aurait d'ailleurs tort de croire que les idées de communauté, de vie commune, exercent une action profonde sur ceux dont elles semblent flatter les passions et servir les intérêts. Il n'en est rien : divers motifs s'y opposent. En dehors de ce respect du droit d'autrui que tout cœur sincère, tout esprit bien fait, portent en eux, il s'opère un travail de réflexion, qui, même superficiel, condamne la communauté. On ne comprend pas qu'elle puisse fonctionner sans le plus odieux despotisme, sans l'abdication formelle de l'individu. Pour peu que l'on pénètre dans ce régime, c'est le néant que l'on découvre : ce vide épouvante les plus téméraires. On sait comment l'homme peut se suffire quand il dispose de ce qu'il crée, de ce qu'il produit; on ne s'en fait pas une idée dans l'hypothèse où il déléguerait ce droit. Ses efforts de chaque jour représentent la somme de ses besoins; s'il veut se priver, il est libre de rester en-deçà ; s'il veut se ménager des réserves pour l'avenir, il est libre d'aller audelà. Sa volonté n'est enchaînée que par le souci de l'existence ou la préoccupation du bien-être. Maintenant faut-il changer cette servitude indirecte en asservissement direct ? Faut-il mettre aux pieds d'une abstraction tout ce qui fait le titre et la parure de l'individu : la liberté, la spontanéité, la faculté d'initiative? Ce que Ton y perd est évident, ce que l'on doit y gagner est chimérique. Même sur les cerveaux inconsidérés, ces motifs sont souverains; personne ne se livre à

l'inconnu sans conditions. Ensuite, quelle inconséquence! Aboutir, en haine de toute discipline, à une obéissance sans limite! Cela répugne et déconcerte. Qu'il soit individuel ou collectif, le despotisme ne change ni de caractère ni de nom, et ce n'est pas le rendre plus acceptable que de l'exercer dans un cercle plus étendu. La communauté efface l'individu, lui mesure tout, le travail elles jouissances, le traite en mineur, le règle comme une machine, dispose les engrenages dans lesquels il doit se mouvoir. Les autres systèmes fatalistes remontent au moins jusqu'au ciel; celui-ci s'arrête sur la terre et sacrifia aux hommes le libre arbitre de l'homme. Jamais dégradation pareille ne fut infligée à l'espèce; l'esclavage n'anéantit pas plus complètement la personnalité.

Quoi qu'il arrive, la propriété n'a rien à craindre dans une civilisation comme la nôtre. Elle est défendue par les mœurs autant que par les lois, elle résiste par elle-même. On ne la verra capituler ni devant les écarts de l'imagination, ni devant les intempérances de la logique. Les violences mêmes ne l'effrayenl pas, car elle a la conscience des intérêts qu'elle représente et des forces qui l'appuient. Ce qui la préserve encore, c'est la mobilité qui la caractérise. On parle souvent d'un pouvoir régulateur qui serait chargé de déterminer un roulement dans les richesses immobilières et mobilières, de telle sorte que chacun pût à son tour prendre place au banquet de la propriété. Mais qu'on étudie les faits de bonne foi, et l'on verra que ce roulement existe. Il serait même dit-

DES IDÉES ET DES SECTES COMMUNISTES. lit

fieile d'imaginer un mode doué de plus d'énergie et exerçant une plus prompte justice distributive. Sous l'empire de notre loi civile, les fortunes, on le sait, n'arrivent presque jamais jusqu'à la troisième génération; et combien elles se fractionnent, avant ce laps de temps, soit dans un partage successoral, soit dans les chances aléatoires du commerce et de l'industrie! C'est là un roulement naturel, subi sans murmure, parce qu'il tient à la force des choses et pèse sur tonégalement. En serait-il de même d'un roulement arbitraire, où la main de l'homme jouerait un rôle, qui prendrait aux uns pour donner aux autres, et, pour guérir une douleur, ferait ailleurs une blessure? Ces procédés de dictature économique ne sont d'ailleurs pas nouveaux : ils ressemblent aux avanies turques et aux rançons frappées sur les Juifs aux moyen âge. Ils ont pour premier effet de faire disparaître la richesse, et alors commence une déplorable égalité, l'égalité dans la misère.

Aucun temps ne fut plus tourmenté que le nôtre par l'esprit d'aventures. De toutes parts, on est en quête du bonheur, on le poursuit dans mille directions, on le cherche où il n'est pas. On le demande à des combinaisons artificielles et extérieures, tandis que son siège est surtout dans le cœur humain. Des imaginations inquiètes se tournent vers un nouveau mobile civilisateur; personne ne songe à l'homme, en qui se trouvent les éléments de toute amélioration et de tout progrès. Pendant que les sociétés chimériques pullulent, on laisse la société réelle marcher au hasard, sans but et sans idéal. Le phénomène de ces sectes

qui s'engendrent les unes les autres tient à celle situation, et dans ce sens cette histoire méritait d'être racontée. Un coup d'œil jeté sur les égarements de l'esprit humain a toujours un utile résultat : il raffermit danb la pratique du bon sens, en montrant ou conduisent les vertiges de la pensée.

LES CHARTIS I r>. 133

CHAPITHL III *

LES CHABTISTES

Dans le chapitre précèdent, il a été question du chartisme anglais et des points de contact qu'il peut avoir avec l'utopie de la communauté. Il reste maintenant à achever l'histoire de cette singulière manifestation, dont le caractère esta la fois social, politique et industriel. Ce sera l'objet d'une étude rapide.

Avant de l'aborder, il convient, pour éviter les malentendus, de décliner toute pensée de rapprochement entre la Fiance et L'Ângletrrre, au point de vue du travail manufacturier. Le canal qui sépare les deux contrées est moins profond que ne le sont les différences et les incomptabilités des régimes qui les gouvernent. A peine y a-t-il lieu à des comparaisons de détail, àdesanalogies partielles. D'un côté, un peuple qui se compose de deux tiers d'agriculteurs contre un tiers d'industriels, de l'autre, une nation chez qui la

i. Écrit en 1843.

2. Chartism, par Carlyle. — .4 tour in the Laiieashire. par Taylor. — The peoples charter, Manifeste ilu comité chartiste. il. — 7* «Milion. S

proportion inverse prévaut, c'est-à-dire, deux tiers d'industriels contre un tiers d'agriculteurs : ici, une démocratie qui a aboli, dans une nuit demeurée célèbre, tous les privilèges territoriaux, toutes les servitudes de la glèbe ; là, une oligarchie à qui le sol est inféodé et qui a su longtemps se ménager, par le jeu des tarifs, le monopole des subsistances ; l'égalité de ce côté de la Manche, l'inégalité du côté opposé: voilà quel contraste offrent les deux pays à l'observateur le plus superficiel. Evidemment une diversité pareille éloigne l'idée d'une appréciation comparative ; elle indique que chacune de ces races, chacun de ces États veulent être appréciés à part, avec le cortège de phénomènes qui leur sont propres.

Le charlisme semble donc être un produit du régime manufacturier de l'Angleterre et des phases curieuses autant qu'alarmantes que ce régime vient de parcourir. Depuis un demi-siècle environ, l'activité industrielle a pris, dans le Royaume-Uni, un essor fécond au début, aujourd'hui plein de menaces. Avant que les deux grandes découvertes du siècle dernier, la vapeur et le tissage mécanique, eussent bouleversé les conditions d'existence des manufactures britanniques, les populations, maintenues dans un équilibre régulier, se partageaient entre les travaux des champs et les travaux des fabriques. Le tissage à la main occupait les veillées des chaumières, les bras des enfants et des femmes pendant toute l'année, ceux du cultivateur dans la saison où la terre se repose. Ainsi l'industrie se combinait avec l'agriculture, et la classe ouvrière trouvait de l'emploi sur toute l'étendue du

pays, sans être forcément attirée dans les centres d'agglomération. On devine sans peine combien cette distribution des travailleurs était favorable à la tranquillité et à la moralité publiques. Les séductions des villes, les tristes plaisirs qu'elles recèlent, la débauche qui y règne n'atteignaient pas alors ces populations disséminées, et la misère ne les frappait presque jamais en masse et collectivement. Au milieu des ehamps, la vie était plus facile, les ressources étaient plus variées. Quand l'industrie manquait aux bras, ils se reportaient vers la culture, et on s'épargnait de la sorte le triste spectacle d'une oisiveté forcée engendrant une détresse profonde. C'était toujours une existence précaire, mais sans alternatives douloureuses, et protégée contre un extrême dénùment.

L'invasion des nouveaux agents industriels opéra, il y a soixante-dix ans environ, une révolution complète dans cet état de cboses. L'industrie collective attaqua l'industrie isolée et l'écrasa ; le travail mécanique emporta et anéantit le travail à la main. Kn songeant àce bouleversement imprévu, on comprend, sans les partager, les colères des luddisles. Ces milliers de chaumières qui toutes avaient plusieurs métiers montés, se voyaient peu à peu réduites aux abois par les établissements gigantesques dont la vapeur animait les ingénieux mécanismes. Les bras de l'homme soutinrent jusqu'au bout la lutte contre les forces de la nature ; ils ne cédèrent que devant l'irrécusable témoignage de leur impuissance. Alors seulement se produisit, dans l'équilibre des populations, un déplacement dont toutes les conséquences ne sont pas en-

130 ÉTUDES SUK LES KÉKuKM AÏEURS.

core dégagées. Les moteurs mécaniques , en modifiant les termes delà production, venaient de l'élever à une puissance inconnue jusque-là. Le prix modéré des choses avait eu pour premier effet d'exciter la consommation, et bientôt les agents naturels qui, au premier abord, avaient paru évincer le travail humain, lui imprimèrent une énergie nouvelle. Les moyens perfectionnés de production exigèrent plus de bras que les moyens imparfaits naguère en vigueur, et l'industrie mécanique demanda un personnel infiniment plus nombreux que l'industrie manuelle. Une seule différence, mais une différence capitale, subsista entre les deux régimes : le travail aggloméré lit place au travail isolé. De là ces cités improvisées, ces villes dont la population semble monter comme le flux de la mer, ces foyers immenses que l'on nomme Manchester, Birmingham et Soho, Leeds, les deuxBolton, Preston, Stockport, Sheffield, Newcastle, Macclesfield et une foule d'autres places manufacturières, hier simples bourgs, aujourd'hui puissants chefs-lieux de l'industrie anglaise. Tout ce qui accompagne la production à bon marché s'était sur-le-champ fixé dans ces ateliers infatigables : le haut salaire, les commandes imposantes, la fourniture de presque tous les marchés du globe. On conçoit, dès lors, qu'un mouvement d'attraction se soit fait sentir dans la contrée environnante, et que les travailleurs déclassés, tisseurs à la main ou autres, aient été peu à peu attirés vers ces foyers d'activité, désertant ainsi la vie des campagnes pour le tourbillon des cités manufacturières.

La première période de cette révolution s'accomplit presque sans douleur. L'Anglelerre devait profiter seule d'abord des découvertes que le génie national avait fécondées, et jouir longtemps d'une prépondérance industrielle que les autres peuples n'étaient pas alors en mesure de lui disputer. Les ressources issues delà transformation mécanique entrèrent pour beaucoup dans les moyens d'attaque et de défense qu'elle déploya lors des guerres de l'Empire ; elles servirent à fonder ce crédit financier qui arma le continent contre la suprématie militaire de la France. Même quand la paix fut venue, cette espèce de monopole exercé sur les marchés de l'univers ne fut point enlevé à l'Angleterre. Elle avait tout ce qui constitue les éléments d'une supériorité durable : la possession antérieure, la force qui commande le respect, l'habileté qui triomphe des obstacles ; elle était en avance sur les autres peuples pour les procédés mécaniques, et la conservait par des perfectionnements sans tin, par la délicatesse de l'exécution et la sûreté de la main-d'œuvre, par la discrétion des prix et la hardiesse de la spéculation maritime. C'est ainsi que se soutint ce travail nouveau, dont le mouvement avait quelque chose de fiévreux, et au bout duquel les esprits doués de quelque prévoyance apercevaient une crise.

En effet, l'industrie continentale, réchauffée par une longue paix, se relevait graduellement de la torpeur qui l'avait frappée. Une lutte commerciale et industrielle commença, timide d'abord, limitée à certaines zones, puis plus délibérée et poursuivie sur une

grande échelle. Dans cette manifestation, la France ne joue qu'un rôle subalterne et fort effacé. Pour la navigation marchande, le vrai rival de l'Angleterre est l'Union américaine, qui, se mesurant corps à corps, commence à balancer la fortune de la Grande- Bretagne. Des États de second ordre suivent ce mouvement, entre autres la Suède, laXorwége, la Hollande et les villes anséatiques dans l'Océan, l'Autriche et la Grèce dans la Méditerranée. Quant à la suprématie manufacturière, si l'Angleterre la conserve, ce n'est qu'au prix de grands efforts et non sans la voir chaque jour entamée. Pour bien des articles, la Belgique serait en mesure d'engager directement le combat : l'Allemagne ferme ses marchés pour s'y préparer, et, avec plus de confiance dans ses forces, la France pourrait également entrer dans la lice. Ainsi, sur bien des points et par divers modes, s'est organisée une résistance aux empiétements de l'Angleterre, et le travail manufacturier a éprouvé de l'autre côte de la Manche, les effets de cette réaction commerciale et maritime.

Telle est la première cause des douleurs qui assiégeaient chez nos voisins le monde industriel et poussaient les populations ouvrières vers la révolte. 11 n'est point ici-bas d'excès qui ne s'expie. L'Angleterre avait abusé de la puissance productive dont la vapeur et la mé ,amque l'avaient soudainement investie; elle portait la peine de cette effervescence. Elle ne pensait pas que l'empire industriel tût des limites, elle avait cru à des débouchés inépuisables et éternels, elle n'a. ait pas supposé qu'on pût la déposséder de la

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fourniture du globe. Sa vie intérieure, les mœurs, les besoins de ses régnicoles, l'activité de ses villes, tout s'était mis à l'unisson de cette prétention et de cette croyance. Le fabricant avait eu foi dans la durée des bénéfices, l'ouvrier avait compté sur la perpétuité d'un gros salaire. Des deux côtés on avait non-seulement joui du présent, mais encore engagé l'avenir. Les choses avaient été ainsi conduites, avec une telle ardeur et une imprévoyance si grande, qu'à tout débouché qui se fermait au dehors ou seulement décroissait, correspondaient, dans la zone manufacturière de l'Angleterre, une souffrance, un malaise réels. L'Asie entière à alimenter et de vastes débouchés ouverts dans les quatre autres parties du monde n'avaient pu éteindre cette fièvre de production, toujours plus intense et plus vive. A la première halte, au premier temps d'arrêt, il y eut secousse et ébranlement.

Les crises industrielles se ressemblent toutes. Menacé dans ses profits, le manufacturier s'en est pris alors à l'ouvrier; il a songé à des réductions de si- Jaire. C'est surtout dans le Lancashire et dans les fabriques de lissage et d'impression que la dépréciation du prix de la main d'œuvre a été le plus sensible. Ainsi, dans l'enquête ordonnée par la chambre des communes, il fut constaté qu'à Stockport, des familles de Six personnes, dont quatre enfants, qui autrefois gagnaienl de vingt-deux à vingt-trois schellings par semaine, avaient été obligées de pourvoir à leurs besoins avec la modique somme de trois à qnat e schellings, a peine suffisante pour les empêcher de mourir de faim. Les rapports des commissaires fourmillent

de semblables détails qu'il faut accepter toutefois avec réserve. Dans certaines localités, le manufacturier avait ajouté aux réductions de salaire une autre sorte d'exploitation, celle d'un payement en nature, connu sous le nom de Truck System (système de troc ou d'échange). Au lieu de toucher le prix de la journée en argent, l'ouvrier recevait alors les denrées qui lui étaient nécessaires pour sa consommation quotidienne. C'est le fabricant qui fournissait ces divers articles, et naturellement il les grevait d'un bénéfice qu'il s'attribuait. Comment les ouvriers eussent-ils débattu soit le prix, soit la qualité des objets qui leur étaient livrés ? Dans de pareils marchés, le maître a toujours la haute-main, et quand le travail est offert, quand les métiers chôment, il ne reste plus à l'artisan qu'à subir la loi qu'on lui dicte.

Pour résister à une oppression de ce genre, l'ouvrier n'avait que deux moyens, la ruse ou la violence : il a employé l'un et l'autre. Le Truck system a donc engendré les Unions de travailleurs connues sous le nom de Trade's Unions et le chartisme.Ces unions qui, durent encore, constituent une véritable ligue de l'ouvrier contre les maitres, comme le système des trocs constituait une exploitation du maître au préjudice des ouvriers. Un ouvrier membre d'une Union, ne s'appartient plus; il a des chefs, ouvriers comme lui, investis de ce mandat par l'élection, qui peuvent disposer de son temps, de ses bras, de son salaire, comme bon leur semble. Les membres de l'Union ne travail lent que lorsque les chefs le permettent ; ils désertent un atelier au premier ordre et n'y rentrent que

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lorsque l'interdit est levé. Cette organisation n'est puissante qu'au prix d'une soumission semblable et et d'une obéissance absolue. Un manufacturier met-il en vigueur dans ses ateliers le système des trocs, ou diminue-t-il les salaires d'une manière onéreuse, a l'instant les chefs de l'Union s'assemblent et décident que les membres s'abstiendront de travailler dans cette fabrique jusqu'à ce que le taux et les conditions des salaires y aient été améliorés. L'action des chefs de l'Union sur les ouvriers qui en font partie est souvent plus exorbitante encore. Quand le travail manque et que la concurrence menace d'influer d'une manière fâcheuse sur le prix des journées, les chefs peuvent condamner à l'expatriation le quart, la moitié même des membres de l'Union. Le hasard en décide alors, et ceux qu'il désigne passent sans murmurer en Belgique ou en Allemagne. Au prix d'un pareil sacrifice la main-d'œuvre se relève : ceux qui restent profitent du \ ide qu'a occasionné le départ des autres.

Le chartisme, né au sein de ces Unions, en est la manifestation violente ; mais un autre élément a fortement contribué, depuis 1834, à fomenter cette révolte des classes laborieuses. Cet élément est la nouvelle condition que la réforme du paupérisme a faite aux hommes qui vivaient à l'ombre de cet antique abus. On sait que la loi des pauvres s'était perpétuée en Angleterre, depuis le règne d'Elisabeth jusqu'à nos jours, sans subir de modification profonde. Par cette loi, l'indigence était reconnue comme un titre et la charité comme un devoir administratif. Chaque paroisse avait à nourrir ses pauvres, et ceux-ci, quand

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